«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Il faut décoloniser nos esprits

Le droit à la déconnexion ?

La France vient de reconnaître un droit à la déconnexion.

En gros, les entreprises doivent encadrer leur utilisation du courriel et du texto et respecter les périodes de congé et de repos de leurs employés.

Spontanément, on comprend la bonne intention du gouvernement. Avec les nouvelles technologies, la frontière entre le domaine du travail et le domaine privé s’est brouillée.

Soumis à une pression technologique exceptionnelle, l’employé risque de ne jamais pouvoir décrocher de son travail et d’être soumis à temps plein aux caprices­­ de son employeur.

Esclavage

Reconnaissons qu’il s’agit d’un vrai problème. Et nos sociétés comprennent enfin que la technologie n’est pas seulement libératrice, mais peut aussi être à l’origine d’un nouvel esclavage.

Pourtant, si on veut vraiment parler de déconnexion, il faut aller bien au-delà des seuls problèmes qui apparaissent dans l’entreprise.

Car on aura beau reconnaître un droit à la déconnexion, il faut bien convenir qu’il n’y a pas vraiment de désir de déconnexion­­ dans notre société.

Car ce n’est pas seulement pour consulter les courriels éventuels de son employeur que le commun des mortels consulte son téléphone en pleine nuit, aux toilettes, au restaurant, dans la rue ou en voiture, au risque même de sa vie.

Les gens ne guettent pas seulement un courriel en provenance du boulot qui justifierait une consultation frénétique de leur téléphone intelligent.

Notre société semble sous hypnose.

Installez-vous dans une salle d’attente. Il y a neuf chances sur dix pour que ceux qui attendent avec vous consultent avec un air de zombie leur écran.

Les plus zélés liront peut-être un article­­ sur le site d’un journal. Dans la plupart des cas, ils défileront de manière un peu automatique leur babillard Facebook­­, sans trop savoir ce qu’ils cherchent.

Ils fouineront dans la vie de leurs amis, ou même, d’amis de leurs amis.

Ils consulteront des photos et encore d’autres photos. Pire que tout : si on leur retirait leur téléphone soudainement, ils paniqueraient et se sentiraient dépossédés. Pire : ils se sentiraient déconnectés du monde. Et ça, c’est intolérable.

On entend souvent dire que l’école veut se convertir aux nouvelles technologies­­.

En fait, le mouvement est déjà engagé. C’est une funeste erreur en plus d’être une idée très bête.

École

Ce qu’il faut, aujourd’hui, c’est justement démontrer aux plus jeunes que toute la vie ne se passe pas sur leur téléphone­­.

Qu’il est possible de toucher le monde sans toucher un écran.

Qu’on peut ouvrir un livre et faire les plus grandes découvertes sans avoir à cliquer sur un lien.

Qu’on peut souper avec un ami et avoir une conversation avec lui sans consulter frénétiquement sa boîte de courriels.

Qu’on peut écouter un cours ou une conférence sans réclamer un droit d’interagir­­ à chaque moment.

Autrement dit, il faut décoloniser nos esprits et libérer chaque jour de grandes périodes où nous ne sommes pas soumis à un écran.

La vraie déconnexion commence là.

 


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