«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Faire de la laïcité « la responsable de l’incapacité française à intégrer ses immigrants relève de la fraude intellectuelle. »

Le diable français

Dans le débat sur la charte, la « laïcité à la française » est une référence systématiquement négative. Le problème, c’est qu’on multiplie à son égard les informations erronées.

Historiquement, la laïcité n’a rien à voir avec l’immigration. En fait, elle a d’abord servi d’arme dans la guerre contre le catholicisme déclenchée par la Révolution française. Elle devait extirper le catholicisme du pays et libérer le pays des soutanes. Évidemment, avec les années, elle s’est modérée en trouvant un terrain d’entente avec le vieux fond catholique français. À peu près tout le monde se l’est appropriée à sa manière.

Par rapport à l’immigration, la puissance assimilatrice de la France relevait de tout autre chose. Elle reposait sur une culture sûre d’elle-même. Cette conviction était relayée par des mécanismes sociaux puissants, comme le service militaire et l’école républicaine, qui inculquait sans gêne la vertu du patriotisme, notamment par l’enseignement de l’histoire et de la littérature.

À PARTIR DES ANNÉES 1980

Les Italiens, les Portugais et Polonais, et les autres, qui rejoignaient la France, connaissaient les règles du pays. Évidemment, il y avait des tensions. Mais la France fabriquait des Français. Cette mécanique ne s’est déréglée, toutefois, qu’à partir des années 1980. La question de la laïcité ne s’est accouplée avec celle de l’immigration qu’avec l’arrivée d’une population musulmane d’origine extra-européenne.

La laïcité gagne alors en importance dans la mesure où elle est contestée sous un angle inattendu. Elle se fixe sur le foulard islamique dans la mesure où il devient lui-même le symbole de plus en plus affiché d’un refus de l’intégration. Dire que la laïcité française a échoué à intégrer les immigrants n’a aucun contresens. Ce n’était pas son objectif.

IMPUISSANTE DEVANT L’ISLAM

D’ailleurs, la laïcité française s’est montrée impuissante devant l’Islam. Faut-il dire qu’elle n’a jamais été aussi « dure » avec les musulmans qu’elle ne l’a été avec les catholiques ? Au mieux, on espérait qu’elle contienne le retour d’un religieux conquérant dans l’espace public. Elle n’y est pas parvenue. C’était peut-être une mission impossible. Réduite à la laïcité, l’identité française s’appauvrissait.

C’est que la crise de l’intégration française était plus vaste. La France avait-elle les moyens d’accueillir autant d’immigrants ? Surtout que la crise économique faisait mal au pays. Le marché du travail était écrasé par une lourdeur réglementaire. Les grandes villes étaient défigurées par un urbanisme déshumanisé, presque criminel.

Mais surtout, les élites françaises se sont convaincues que l’identité nationale était au mieux ringarde, et au pire raciste. On l’a vu avec leur empressement à sacrifier sa souveraineté au nom de l’Europe. On l’a vu aussi avec la gauche qui a troqué le socialisme pour un multiculturalisme qui ne disait pas son nom.

La laïcité française a des forces et des faiblesses. Mais on ne peut lui faire porter des torts qui ne sont pas les siens ou en faire le symbole d’un autoritarisme identitaire. En faire la responsable de l’incapacité française à intégrer ses immigrants relève de la fraude intellectuelle.


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Charte de la laïcité
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