«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Alain Dubuc s’acharne délibérément à noircir le tableau de l’économie québécoise pour des raisons politiques. Or la situation est bien moins mauvaise qu’il ne la décrit comme en font foi des témoignages d’acteurs importants du milieu cités aujourd’hui dans La Presse ou même une comparaison Ontario/Toronto/Ottawa et Québec/Montréal/Québec des dernières statistiques de chômage

Le devoir de franchise

mercredi 15 janvier 2014

Le Québec a perdu 10 200 emplois en décembre. Il compte 22 300 chômeurs de plus. Il a vu son taux de chômage passer de 7,2% à 7,7%. Et qu’est-ce que les ministres des Finances et de l’Emploi nous ont dit dans un communiqué ? « Les plus récentes données sur l’emploi, publiées ce matin par Statistique Canada, démontrent un bilan positif au Québec en 2013, par rapport à 2012. »

Cette lecture surréaliste de la réalité s’explique par le contexte politique mouvant dans lequel nous nous trouvons, qui pousse les politiciens à la surenchère partisane. Mais cela met en relief l’importance de trouver une autre façon de traiter les questions économiques dans le débat public pour que les citoyens puissent s’attendre à ce que leur gouvernement leur donne l’heure juste sur l’état de l’économie.

Le triomphalisme factice des ministres Nicolas Marceau et Agnès Maltais repose sur une anomalie arithmétique dont j’ai déjà parlé. Et c’est le fait que la méthode traditionnelle pour calculer l’évolution de l’emploi ne donne pas un portrait juste de la situation réelle.

Quand on prend la moyenne de l’emploi pour chaque mois de 2013, on arrive à 4 032 200 emplois. Pour 2012, ce même exercice donnait une moyenne de 3 984,400 emplois. Il y a donc eu un gain, satisfaisant, de 47 800 emplois entre 2012 et 2013. C’est ce qui permet aux ministres du gouvernement Marois de proclamer, sans mentir, qu’il s’agit d’« un bilan supérieur aux attentes ». Mais l’honnêteté intellectuelle consiste à dire toute la vérité.

La vérité, c’est que ces moyennes masquent la façon dont l’emploi a évolué. Le Québec a subi une baisse brutale de l’emploi en 2011. Au début de 2012, le niveau de l’emploi était donc très bas. On a ensuite assisté à une hausse spectaculaire tout au long de 2012. Et en 2013 ? Rien. Des hauts et des bas, mais dans l’ensemble, une totale stagnation.

C’est un peu comme si l’entraîneur-chef du Canadien, Michel Therrien, après que son équipe ait subi sept revers consécutifs, affirmait en conférence de presse que le Canadien allait très bien, parce qu’il était en bonne position dans le classement.

La vérité, c’est que la bonne année, ça a été 2012, et que 2013, c’est le désastre. On le voit mieux en regardant les résultats de fin d’année. Il y avait 3 908 800 emplois en décembre 2011. On en dénombrait 4 044 200 en décembre 2012, un bond exceptionnel de 135 400 emplois. Et en décembre 2013, on était passés à 4 046 300 emplois. Un gain franchement anémique de 2100 postes qui masque, en outre, un changement troublant dans la composition de l’emploi : sur ces douze mois, il s’est perdu 43 800 emplois à temps plein et créé 45 800 emplois à temps partiel.

Et qu’ont à dire là-dessus les ministres Nicolas Marceau et Agnès Maltais ? Rien. Même si cette stagnation de l’emploi est un phénomène purement québécois. De décembre 2012 à décembre 2013, il y a eu 99 900 emplois de plus dans le reste du Canada, 24 000 de plus en Ontario, 1 374 000 de plus aux États-Unis.

J’ai écrit plus d’une fois sur l’interprétation à donner à ces statistiques. Ce n’est pas par amour des guerres de chiffres. Un ministre des Finances doit s’élever au-dessus du débat partisan primaire, il doit jouer un rôle de fiduciaire et c’est son devoir de faire preuve de transparence et donner un portrait fidèle de l’état des finances et de l’économie.

Pourquoi l’emploi se comporte-t-il différemment au Québec ? C’est une question à laquelle on ne pourra pas répondre si on n’admet pas au départ l’existence du problème. Il sera très difficile d’avoir un débat public fructueux, et de prendre les bonnes décisions si, au départ, on se refuse au bon diagnostic.


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