«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Un hommage à un ami de la liberté

Le décès du patriote Réginald chartrand

« Tu peux dormir en paix, Reggie, la relève est là »

Tribune libre de Vigile
mercredi 12 mars 2014
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Je suis très peiné d’avoir à écrire sur le décès de mon ami, le grand patriote québécois Réginald « Reggie » Chartrand, survenu le 8 mars dernier, vers 23h30, au CHSLD Jeanne Leber. Reggie est décédé à la suite à un deuxième infarctus en moins d’un mois.

Réginald Chartrand, selon sa volonté, sera incinéré. Il y aura une cérémonie funéraire dimanche le 23 mars, à Montréal, à la salle Circuit-Est, au 2022 Rue Sherbrooke Est, à Montréal.

Reggie, c’est un de mes héros de jeunesse. Il a influencé ma vie positivement. Je lui dois mon engagement politique à l’âge de 16 ans et demi seulement. Qu’il vive éternellement dans l’histoire du Québec et dans nos esprits de Québécois libres.

Je savais que son état de santé se dégradait puisque je l’ai visité plusieurs fois en 2013. C’est à une de ces visites qu’a germé l’idée de proposer au Rassemblement pour un pays souverain de décerner à Reggie sa décoration des Grandes palmes d’or patriotiques.

Donc, le CA du RPS a décidé de lui remettre cette décoration, le 15 février dernier, conjointement avec Doris McInnis, sa compagne de lutte, la meilleure et la plus fidèle militante des Chevaliers de l’indépendance.

La remise devait avoir lieu au traditionnel Souper des Patriotes, en commémoration de la pendaison de nos Patriotes par l’armée anglaise, sur ordre de la Reine Victoria, le 15 février 1839. Mais l’ état de santé de Reggie ne lui a pas permis de se présenter en personne à ce souper et c’est donc à son fils, François Chartrand, que la décoration a été remise, en même temps qu’à Doris McInnis, sa mère.

Remise des Grandes palmes d’or patriotiques à Doris McInnis

Le 19 février suivant, François Chartrand, Doris McInnis, quatre membres du Mouvement des Insoumis et moi-même, sommes donc allés remettre à Reggie cette décoration et l’événement a été filmé.

Remise des Grandes palmes d’or patriotiques à Reggie Chartrand (à partir de 13:30)

Il s’agit donc là des dernières images de Reggie vivant. Il aura été fidèle à son idéal jusqu’à son dernier souffle.

Tenant compte des circonstances, Reggie était relativement en forme ce jour là. Il a brandi le poing comme il faisait toujours, en scandant Vive le Québec Libre. Je ne pouvais pas me douter que 17 jours plus tard, il serait parti.

Avant de nous quitter, il avait eu la lucidité et la volonté de passer le flambeau au Mouvement des Insoumis qui s’inspire largement des Chevaliers de l’indépendance. La famille Chartrand appuie cette initiative. La relève est là. Tu peux dormir en paix Reggie, tu l’as bien mérité.

Le 15 février, c’est à moi qu’est revenu l’honneur de présenter la décoration des Grandes palmes d’or patriotiques à Doris McInnis et à Reggie puisque je suis peut-être le seul ex-Chevalier de l’indépendance qui milite encore. Voici donc l’allocution que j’ai prononcée ce jour-là :


Oui, je suis un ex-Chevalier de l’Indépendance. Reggie m’appelait son petit tannant. J’ai fréquenté l’école de boxe, mais pas pour la boxe, simplement parce que Reggie l’avait transformé en école de formation politique.

Le texte que je vais vous lire est de François Chartrand, le fils de Reggie, qui est le dépositaire des archives de la famille. C’était la personne la mieux placée pour expliquer qui étaient ses parents et ce qu’ils ont fait. Vous allez voir que la pomme ne tombe jamais loin de l’arbre.

Alors, voilà ce qu’a écrit François Chartrand :

« Nous sommes ici ce soir pour célébrer l’œuvre de deux personnes qui ont marqué l’histoire du Québec. L’histoire de Doris McInnis et de Reggie Chartrand commence alors que les Québécois sommeillent sous une lourde dépendance face à la fédération canadienne. Dans les salons, en privé, certains intellectuels de l’époque parlent déjà d’un pays.

Pourtant, ce n’est qu’avec l’apparition des Chevaliers de l’indépendance qu’on verra apparaître, dans la rue, le mouvement populaire pour l’indépendance du Québec. Dès 1964, ces soldats pour la défense de la patrie seront une force majeure pour l’organisation et la conduite des premières grandes manifestations publiques en faveur de l’indépendance du Québec.

Aujourd’hui, cette partie de notre histoire est mal connue par les générations qui se sont succédées dans cette marche vers la liberté. Une cause qui ne se souvient pas de son origine est vouée à sa perte. Pour que nous puissions bâtir un pays, le Québec doit connaître la valeur, l’intégrité et le courage de ceux qui on lancé le mouvement indépendantiste moderne.

Nous sommes rassemblés ici ce soir pour une occasion importante.

Doris McInnis, une jeune femme née à Port-Daniel en Gaspésie, arrive à Montréal à l’âge de 17 ans. Elle ne tardera pas à rencontrer l’homme avec qui elle fondera une famille et au côté du quel elle mènera un féroce combat pour l’émancipation de son peuple.

En effet, à ce moment, ce couple entamera une longue lutte effrénée pour secouer le peuple québécois et le sortir de sa torpeur. Son compagnon de tous les jours deviendra dans l’esprit de nombreux militants, le symbole du guerrier. Celui qui porte une juste et noble cause, et qui, sans peur et sans reproche, mènera ses troupes dans un vaillant combat pour faire reconnaître le droit à la liberté du peuple québécois.

Reggie Chartrand, fondateur des Chevaliers de l’Indépendance, aura tout au long de son combat une complice qui fera toute la différence. Sa femme, Doris McInnis sera la plus vaillante et la plus dévouée de tous les Chevaliers. Ensemble ils accompliront des gestes héroïques d’une envergure historique.

La première chose que les colonialistes et les impérialistes disent à un peuple soumis, c’est qu’il n’a pas le droit au combat. Ce droit ne lui sera jamais accordé, il doit le prendre par la force. Il doit bâtir un rapport de force. C’est donc cette force qui est l’élément de controverse stratégique qui sera âprement contestée, afin d’éteindre toute espoir de liberté.

Aujourd’hui, nous devons nous poser la question : est-ce que les options du mouvement souverainiste reflètent réellement ce rapport de force, qui est crucial dans le combat pour l’obtention de l’indépendance ?

Il est vital que nous reconnaissions le fardeau qu’ont porté, et le prix qu’ont payé, ceux qui ont incarné cette volonté de bâtir un rapport de force encore trop faible aujourd’hui.

Reggie Chartrand, né à Timmins en Ontario, était arrivé à Montréal plusieurs années avant de rencontrer celle qui deviendra son épouse. Il s’y installa pour poursuivre sa carrière de boxe professionnelle. Entre l’âge de 18 et 22 ans, Reggie fera sa marque dans le monde de la boxe montréalaise avec de nombreuses victoires.

Pourtant, sa plus grande victoire ne viendra pas dans l’arène, mais comme directeur d’une école de boxe. L’histoire doit retenir que Reggie Chartrand et son école de boxe ont confronté l’influence anglophone dominante dans le monde de la boxe, en forçant l’adoption de la langue française lors de l’organisation, et la conduite, des matches et des tournois.

Bien que les boxeurs de son école aient remporté beaucoup d’honneurs en boxe amateur, le véritable combat de Reggie commença lorsqu’il fut banni à tout jamais du monde de la boxe, lui et tous ses boxeurs, à cause de ce combat pour le français, dans le monde de la boxe.

Ce geste brutal des autorités illustre la nature du conflit et montre avec éloquence l’injustice qui était le lot de tous les Québécois et Québécoises de l’époque. Il aura fallu un franco-ontarien d’origine, qui a bien compris le sens de cette injustice, pour lui déclarer la guerre, en transformant son école de boxe en quartier général des Chevaliers de l’Indépendance.

Bien des souverainistes diraient aujourd’hui qu’il ne faut jamais parler de guerre, que ce sont des valeurs rétrogrades. Pourtant, aucun autre mot ne peut résumer la situation lorsqu’on subit une attaque qui menace notre existence.

Ceux qui, encore maintenant, nient l’agressivité de nos opposants, manquent tout simplement de lucidité. Il faut leur rappeler que le monde anglophone ne laisse jamais de quartier, et que leur projet d’avenir n’inclut pas un pays qui se nomme Québec.

Voici en résumé la contribution de Doris McInnis et de Reggie Chartrand à la cause de l’indépendance du Québec, une lutte exemplaire pour la liberté.

Les agressions, les menaces de morts, la brutalité policière, les incarcérations illégales comme prisonnier politique à 16 reprises, l’intimidation, le mépris, le dénigrement, et combien d’autre injures, ont dû endurer ces vaillants combattants pour que nous puissions aujourd’hui commémorer leurs efforts, et nous souvenir du prix qu’ils ont payé pour nous accorder à tous une meilleure chance pour la liberté.

Merci d’être venus nombreux et

Vive le Québec libre ! »


J’ajoute ici les mots de remerciement que Doris McInnis a prononcés, en son nom personnel et au nom de Reggie :

« Distingués invités,

Madame Benhabib, madame Mailloux, monsieur Rhéaume,

Monsieur Benoît Roy,

Militantes et militants du Rassemblement pour un Pays Souverain,

Bonsoir,

Reggie étant affaibli par la maladie, je parlerai pour nous deux. Nous sommes très honorés de recevoir les Grandes palmes d’or patriotiques du RPS.

Merci aux organisateurs. Vous savez, notre vie de militants, on ne l’a pas toujours eu facile. Nous, on était et on est toujours des gens du peuple, des gens ordinaires. Reggie venait de Timmins, Ontario, et moi, je venais de Port-Daniel en Gaspésie, plus précisément de l’Anse McInnis. On habitait rue St-Denis, où est aujourd’hui située l’Université du Québec. On a souvent et longtemps été un peu snobé par une certaine élite. Même au début, par des gens du RIN et encore aujourd’hui par le Parti Québécois.

Reggie avait ouvert son école de boxe, sur la rue Visitation, dans ce qui est aujourd’hui le Village. Quand nous avons décidé de fonder les Chevaliers de l’Indépendance, c’était pour pouvoir aller manifester quand on voulait, où on voulait.

Inspiré par les robes de chambre des boxeurs, Reggie a inventé un nouvel outil de publicité : les chandails noirs avec des slogans. Cette idée a été reprise par plein de monde et encore aujourd’hui, Reggie fait des disciples chez les Insoumis.

On a parfois voulu nous faire passer pour des gens de droite, mais pourtant, nous invitions souvent à prendre la parole, dans l’école de boxe, transformée en salle de réunion, des personnes identifiées à l’extrême-gauche comme madame Andrée Ferretti, ou Jean-Marc Piotte et Pierre Maheu du Club Parti-Pris. Aussi, nous invitions souvent un jeune chansonnier à ses débuts, du nom de Claude Dubois.

Nous n’étions ni de gauche, ni de droite, nous étions indépendantistes.
On a parfois voulu faire passer Reggie pour un extrémiste violent. Pourtant, notre combat était un combat pour l’indépendance et pour la liberté d’expression.

Nous sommes des Patriotes. Nos enfants portent des noms de Patriotes : François Nicolas, Pierre Rémi Mathieu, deux Patriotes pendus au Pied du courant par la reine Victoria et Rose Ariane pour madame Rose, la mère des frères Rose.

Dans les années 60, il y avait de plus en plus d’indépendantistes qui militaient, mais ce n’est pas tous les indépendantistes qui avaient le courage de descendre dans la rue pour crier Vive le Québec libre.

Quand on allait dans la rue crier Vive le Québec libre, les policiers de Montréal ou de Québec, aux ordres des fédéralistes, nous matraquaient et nous arrêtaient. Reggie a été arrêté 16 fois. Il a été battu et torturé. Il a été emprisonné, juste parce qu’il criait des slogans dans la rue et qu’il se défendait.

Moi-même, j’ai été arrêté 4 fois, emprisonnée et tabassée par la police pour la même raison. Même une fois, j’étais enceinte et ils m’ont brassée violemment.

Alors, notre combat, comme le combat de madame Benhabib, (et je la salue et lui exprime toute mon admiration) c’était le combat pour l’indépendance ET pour la liberté d’expression.

Nous nous rejoignons dans l’histoire, 50 ans plus tard, parce que notre combat n’est pas terminé. La lutte continue et continuera jusqu’à la victoire.

Vive la liberté !

Vive le Québec Libre ! »

Commentaires

  • Jean, 14 mars 2014 16h57

    Tout mon respect ; vraiment.

    « Nous avions le droit légitime et naturel de le ressentir, de le penser et de le dire tout haut, mais la peur qui rend aveugle, insensible, asservis, ignorant et irresponsable, nous en empêchait. » S.J.

    Serge Jean

  • 14 mars 2014 16h14

    Reggie Chartrand a publié en 1972 aux Éditions Parti Pris, "La Dernière bataille", un livre témoignage émouvant et courageux.

    Je suis plein de respect et d’admiration pour cet homme combattant et grand militant. Continuons son combat.

    Gaëtan Dostie
    dernier directeur des Éditions Parti Pris

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