«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Rendre légale la discrimination

Le débat sur les 15 $ de l’heure

lundi 7 novembre 2016

L’auteur est directeur adjoint d’Unifor

En entrevue avec Gérald Fillion à RDI-Économie, l’économiste Pierre Fortin a prédit une bombe atomique sur le marché de l’emploi advenant que le salaire minimum augmente à 15 $/h, tout en admettant que le salaire minimum actuel n’est sans doute pas suffisant.

Avec de savants calculs, l’économiste Fortin démontre que le revenu d’une personne seule, touchant le salaire minimum, dépasse le seuil de faible revenu. Son revenu net s’élève à 19 030 $ par année, alors que le seuil de pauvreté moyen, toujours pour une personne seule, s’établissait à 17 300 $.

Dans le cas d’une famille monoparentale avec un enfant, si on ajoute l’allocation canadienne pour enfants et le soutien du gouvernement québécois aux enfants, le revenu familial net s’élève à 32 474 $, alors que le seuil de pauvreté est à 21 055 $.

Pour une famille monoparentale avec deux enfants, le revenu net serait de 40 262 $ et le seuil de pauvreté de 26 219 $. Finalement, une famille avec deux parents et deux enfants toucherait 48 912 $, pour un seuil de pauvreté de 32 709 $.

Toutes ces statistiques ont été mises en doute par Alexandre Taillefer, quelques jours plus tard dans le magazine Voir.

Pour ma part, ce que je retiens du propos de M. Fortin, c’est qu’à partir du moment où un travailleur seul ou avec enfant à charge gagne un revenu supérieur au seuil de pauvreté, la chose serait réglée ! Nul besoin d’améliorer son sort. Les dangers pour l’économie sont trop grands. Et on a presque l’impression qu’il tente de nous faire croire qu’un revenu au-dessus du seuil de pauvreté serait suffisant pour faire vivre dignement une famille.

Mais il y a pire. Selon lui, un salaire de 15 $/h favoriserait le décrochage scolaire. Sa solution ? L’école obligatoire jusqu’à 18 ans et un salaire moins élevé pour les étudiants. Toute une trouvaille !

Plutôt que de se demander : Pourquoi les élèves décrochent du système scolaire ? Quels sont les effets des réformes scolaires sur le niveau de diplomation ? Quels sont les contrecoups sur nos enfants des compressions budgétaires pour l’atteinte du sacro-saint déficit zéro ? Quelle place l’éducation devrait-elle avoir dans notre société ? Est-ce que les frais de scolarité nuisent à l’accessibilité aux études supérieures ?

Non, plutôt que de poser et, surtout, de répondre à ces questions, il propose d’obliger nos enfants à rester sur les bancs d’école jusqu’à 18 ans !

C’est bien connu, la répression a fait ses preuves par le passé. Alors, nul besoin de s’en faire. Et, pour ceux qui auraient besoin d’un travail pour payer leurs études, nous allons nous assurer qu’ils aient un salaire moindre que le salaire minimum. Il s’agit seulement de rendre légale la discrimination en raison de l’âge et le tour est joué !

Dans son analyse, M. Fortin nous fait également part « qu’un salaire minimum de 15 $/h alourdit le coût d’embauche, ce qui incite les PME à offrir moins d’emplois et moins d’heures aux petits salariés ».

Il est vrai qu’un salaire plus élevé augmente les coûts d’embauche. Mais en ce qui est de son effet sur les offres d’emploi et du nombre d’heures travaillées, il faut en douter. D’abord parce que les employeurs des PME n’offrent pas des emplois ou des heures de travail pour le plaisir. Ils les offrent parce qu’ils en ont besoin. Si les employeurs coupent des emplois ou des heures de travail, qui le fera, le travail ?

Je serais plutôt porté à croire que le contraire se produirait. Les travailleurs à bas salaire n’utilisent pas leurs augmentation de salaires pour faire des investissements dans des R.E.E.R. ou à la bourse. Ils paient leurs dettes et consomment, la plupart du temps, dans des commerces de proximité, qui sont en majorité des PME.

M. Fortin propose aussi, comme solution, une baisse d’impôt pour les travailleurs à faible revenu. Même si en réalité cette mesure aurait peu d’effet parce que les travailleurs à faible revenu ne paient, de toute façon, que peu d’impôts, ce n’est pas, à mon avis, souhaitable.

D’abord parce qu’une telle mesure nous ramène toujours vers un désengagement de l’État. Les baisses d’impôt affectent les revenus de l’État et incitent nos bons gouvernements, empressés d’atteindre le déficit zéro, à couper dans les services et à augmenter les tarifs comme ceux, par exemple, des services de garde, de l’assurance médicaments et de l’électricité.

Au bout du compte, il en découle que ce sont les contribuables qui portent le fardeau de soutenir le filet social, au lieu de partager cette tâche avec les entreprises.

Enfin, au-delà des prédictions apocalyptiques de l’économiste Fortin et de ses acolytes, advenant une hausse du salaire minimum à 15 $/h, je trouve tout à fait indécente cette idée que, dès qu’il est question d’améliorer le sort des travailleurs, des pertes d’emploi sont à prévoir, la productivité et l’économie du Québec seraient en péril.

Il y aurait peut-être lieu de réaliser une étude pour nous expliquer comment il se fait que nos dirigeants puissent empocher des hausses de salaire fulgurantes, année après année, que les riches puissent devenir de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres, sana que cela n’ait d’effet négatif sur notre économie, n’empêche l’embauche des travailleurs ou la diminution de leurs heures de travail, et ne contribue en rien à la robotisation de nos emplois, alors que l’augmentation du salaire minimum, échelonnée sur plusieurs années, le ferait.

Une étude sur le sujet mènerait peut-être à la conclusion que ce qui nuit vraiment à l’économie, ce ne sont pas les « petits salariés », mais nos bons dirigeants.


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