«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

L’Église de Rome et ses institutions se sont substituées à l’État démantelé de la Nouvelle-France pour assumer les deux missions essentielles de notre État naissant

Charte des valeurs québécoises

Le crucifix : le passage du témoin

La question existentielle

jeudi 12 septembre 2013
1 850 visites 5 messages

« Moment béni et décisif en notre histoire que celui où l’Église s’appropria la veillée de notre berceau. »

(Lionel Groulx, La Naissance de la race)

Le débat sur le crucifix ne porte qu’accessoirement sur la croyance. Bien plus fondamentalement, il s’agit du rôle qu’a pu jouer l’Église de Rome comme institution politique dans la genèse de notre nation.

Ce débat offre l’occasion de refaire corps avec notre histoire. Et cela commence par une question simple : Qu’est-ce qui fut nécessaire pour qu’apparaisse, se développe, et survive jusqu’à aujourd’hui, une nation française en Amérique ? Et la réponse est : les assises d’un État. C’est exactement à cela qu’ont contribué l’Église de Rome et ses institutions.

Depuis l’Habitation de Québec jusqu’à la défaite de la France sur notre territoire, l’Église et ses institutions ont joué un rôle de soutien actif dans la genèse des assises de notre État ; un lien organique (1). En effet, suite à la chute de la Nouvelle France, le gouverneur Guy Carleton avait clairement exprimé l’intention d’assimiler les Habitants en les enfermant dans les institutions britanniques : « l’annexion mène à l’assimilation » (Maurice Séguin).

Le sort de cette nation naissante semblait être scellé. La seule institution qui demeurait pour relever le défi existentiel qui se posait alors : l’Église de Rome !

« Une grande institution se détache en plein relief sur le tableau de l’histoire du Canada, c’est l’Église de Rome. Plus encore que la puissance royale, elle a modelé le caractère et préparé les destinées de cette colonie. Elle a été sa nourrice, et pour tout dire, sa mère » (Francis Parkman, historien).

L’Église de Rome et ses institutions se sont substituées à l’État démantelé de la Nouvelle France pour assumer les deux missions essentielles de notre État naissant : peupler et mettre en valeur le territoire. De 1760 à 1960 ce sont ces institutions qui serviront d’armature aux assises de notre État qui va nous permettre de conserver notre cohésion nationale ; garantie de notre existence comme nation française en Amérique.

Il est utile de rappeler que les composantes principales du modèle québécois apparu au 20e siècle : crédit populaire, mouvement coopératif, syndicats (non-américains), découlent de la doctrine sociale de l’Église et sont nés en son sein. Ajoutez à cela l’Ordre de Jacques Cartier : (la « Patente »), « société discrète » vouée à la défense et la promotion des intérêts de la nation.

C’est à la Patente que l’on doit la multiplication de milliers de caisses populaires dans tous les villages, et la promotion de la nationalisation de l’hydroélectricité et de la Caisse de dépôt ! En fait, tout ce qui dans le modèle québécois oppose maintenant une résistance au néolibéralisme de la mondialisation (donnez-moi la Patente et je vous donne la souveraineté).

L’État du Québec existe dans une continuité organique depuis l’Habitation de Québec, il n’y a pas eu de rupture. La Révolution tranquille n’est que l’aboutissement de ce parcours. Moment où nous sommes passé « d’un nationalisme culturel à un nationalisme étatique » (Gérard Bergeron (2)).

Le crucifix à l’Assemblée nationale est donc le témoin qui marque ce passage entre les deux formes de notre nationalisme.

***

P.s Mon texte se veut un écho à celui de M.Yves Coté : l’allocution fort émouvante d’une religieuse dieppoise. Un appel de Soeur Agnès Marie. qui m’a profondément ému et auquel je m’en voulais de ne pas répondre jusqu’à maintenant.
(...)

http://www.vigile.net/Allocution-complete-d-une

***

(1) Histoire de l’Église catholique au Québec de 1608 à 1970 (éd. fides)

« l’union organique entre l’Église et l’État... », (p.15), l’Église le corps social le mieux constitué (p.17).

(2) Petit traité de l’État . Gérard Bergeron (gratis en ligne) :

classiques.uqac.ca/contemporains/bergeron_gerard/petit..

...


Commentaires

  • JCPomerleau, 13 septembre 2013 20h54

    Les évêques du Québec s’inquiètent des dérives du débat sur la Charte des valeurs.

    (...)

    Mgr Fournier a dit espérer que ce débat de société permette aux Québécois de relire leur histoire, pour qu’ils voient « les bienfaits » des gestes posés par nos ancêtres. « Je souhaite un réveil de fierté. Ne faisons pas une rupture qui nous couperait de nos racines. »

    (...)

    http://www.lapresse.ca/actualites/national/201309/13/01-4689261-le-militantisme-antireligieux-menace-lidentite-quebecoise-selon-les-eveques.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_BO2_quebec_canada_178_accueil_POS2

    ....

    JCPomerleau

  • Gilles Jean, 13 septembre 2013 12h33

    "Le crucifix de hier".

    http://blogues.journaldemontreal.com/bock-cote/general/largument-duplessis-et-le-crucifix/

    "Il s’agit aujourd’hui de développer une mémoire de réconciliation parvenant à faire la synthèse entre notre vieux passé canadien-français et la modernité québécoise, le premier s’articulant autour autour d’une logique d’enracinement, la seconde autour d’une logique d’émancipation.... Il s’agit d’un symbole identitaire majoritaire.".

    "passé canadien-français", intimement relié à L’Église avec ses plus pis ses moins.Ce que Gérard Bergeron appelle "le nationalisme culturel". "La foi gardienne de la langue". Sans l’Église, nous ne serions plus là !Vais-je rejeter la photo de mon ancêtre parce qu’il était, disons, alcoolique ?

    "logique d’émancipation" avec la Révolution tranquille :"nationalisme étatique", selon Bergeron.

    " Le crucifix à l’Assemblée nationale est là pour nous rappeler que si l’identité québécoise doit énormément à la Révolution tranquille, elle ne lui doit pas tout.". L’Histoire ne commence pas en 1960 !

  • 13 septembre 2013 11h48

    Monsieur Pomerleau

    Où était l’Archevêché de Montréal et Mgr Turcotte après le vol du dernier référendum en 1995 ? Combien de fois le peuple a été trahi par ses dirigeants religieux et ses politiciens québécois ? Pas surprenant que nous continuons à tourner en rond avec la question nationale qui se résoudra seulement lorsque le peuple aura décidé de se prendre réellement en main. La politique actuelle au Québec, je n’y crois plus.

    André Gignac 13/9/13

  • Gilles Jean, 13 septembre 2013 09h43

    "L’Église de Rome (et ses institutions) s’est substituée à l’État démantelé de la Nouvelle France, pour assumer les deux missions essentielles de notre État naissant : peupler et mettre en valeur le territoire.".

    C’est tellement vrai que, dans un très grand nombre de municipalités québécoises, l’origine de la municipalité ne date pas de l’érection civile mais, bel et bien, de l’arrivée d’un curé et de la construction d’une église. Qu’on se rappelle l’histoire du fameux curé Labelle et la colonisation du nord. D’ailleurs, les noms donnés à une multitude de municipalités québécoises le prouvent : L’Annonciation, Saint-Jérôme, Saint-Esprit, L’Épiphanie..et des centaines d’autres !

  • Andréa Richard, 13 septembre 2013 01h30

    Oui, ce témoignage est très touchant. Il fait partie d’un fait passant à l’Histoire, et le peuple n’oubliera pas ; mais pourquoi en faire un lien avec un crucifix ? Je comprends que pour vous c’est toute la signification d’un passé qui nous a façonné. Cependant, il me semble qu’il y a, de la part des aînés, un attachement exagéré aux symboles du passé ; de telle sorte qu’on ne peut les remplacer par un symbole plus significatif du présent. Le passé est dans notre présent, et déjà demain sera le futur. Pourquoi, nous, d’aujourd’hui, ne pourrions nous pas avoir un symbole qui nous représente aujourd’hui, comme peuple en évolution, qui se tient debout et est fière de son drapeau Québécois, symbole du peuple d’aujourd’hui ! Le crucifix de hier, ne l’oublions pas, est aussi un symbole de soumission de tout un peuple, et de milliers de religieux et religieuses, à une religion fort heureusement révolue. J’ai moi aussi été religieuse, et j’ai soigné des pauvres de Paris et de ses banlieues, non pas parce que j’étais religieuse, mais parce que j’avais du cœur au ventre !

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