«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Le créationnisme à l’école ?

vendredi 31 juillet 2009

J’ai toujours eu un faible pour les manuels scolaires. Quand j’étais sur les bancs de l’école, je conservais les miens avec soin et refusais de m’en séparer à la fin de l’année. Quand les professeurs étaient ennuyants, ce qui arrive dans les meilleures écoles, je me perdais dans leurs pages, conscient que des trésors inestimables s’y cachaient.

Les manuels étaient alors essentiellement des ouvrages de référence. À cette époque, les pédagogues n’avaient pas encore tout envahi. Je ne sais pas si je prendrais le même plaisir aujourd’hui, moi qui ai horreur des mises en situation et de toute cette pédagogie qui juge les enfants trop stupides pour comprendre quelque chose tant qu’ils ne l’ont pas rencontré dans leur vie quotidienne. Cette glorification du « vécu » n’est rien d’autre qu’une forme de mépris.

Récemment, j’ai eu la chance de feuilleter quelques manuels du nouveau cours d’éthique et de culture religieuse. Je recommande cet exercice à tous ceux que ce nouveau cours inquiète. Certains y trouveront matière à se rassurer. D’autres à s’inquiéter encore plus. J’ai d’abord eu le sentiment de retrouver les bons vieux cours de morale d’une autre époque. La trame n’est guère différente. On y décline tous les poncifs de ce qu’il faut faire ou ne pas faire pour vivre en société, être gentil avec son prochain, aimer sa grand-mère, sa matante et son chien. Les manuels regorgent de bonnes âmes qui aident le pauvre monde, militent dans des ONG, plantent des arbres et font du recyclage. Partout transpire la nouvelle morale des prêtres laïcs de l’État québécois. Celle que l’on retrouve d’ailleurs dans toutes les matières.

Heureusement, ces manuels contiennent une foule de renseignements sur les traditions religieuses les plus diverses. J’ai même cru deviner que certains éditeurs tentaient ainsi de combler de leur mieux le vide laissé par les nouveaux programmes en matière de culture générale. Ceux qui auront le courage de passer par-dessus le moralisme sirupeux qui transpire à chaque page trouveront probablement le moyen d’y apprendre quelque chose. Toutes choses qu’il aurait pourtant été préférable d’offrir dans un cadre plus neutre et plus riche culturellement, celui de véritables cours d’histoire, de littérature et de géographie humaine donnés par des enseignants formés dans ces disciplines.

L’étranger qui découvrira le Québec en feuilletant ces manuels en sortira pourtant avec une étrange image de ce que nous sommes. Il sera convaincu que les populations issues de l’immigration récente représentent près de la moitié de la population. Pas une illustration, pas une photo où le « politbureau » (c’est ainsi que certains éditeurs surnomment les responsables des manuels au MEQ) n’ait imposé sa vision multiculturelle du Québec. Impossible, à travers ces images étriquées, de deviner que les Québécois dits de souche forment encore 80 % de la population québécoise.

Le Québec semble s’y résumer à une multitude de groupes ethniques qui coexistent les uns à côté des autres. On ne se surprendra pas que certaines écoles aient proposé aux élèves de redessiner le drapeau québécois pour le rendre plus multiculturel. Dans ce Québec imaginaire, tout le monde semble aussi avoir une religion. D’ailleurs, un chapitre du site Web de l’éditeur Lidec destiné aux élèves de la première année du secondaire s’intitule « Youpi ma religion à moi ! » Bien malin qui devinera que le Québec est l’une des sociétés les plus sécularisées d’Occident où les églises sont vides, quand elles n’ont pas été transformées en condos. La « mort de Dieu » proclamée depuis deux siècles par tous les philosophes ne semble pas avoir effleuré l’esprit des concepteurs de ce programme. Les agnostiques et les athées sont évidemment les grands perdants de cette opération. Ils n’ont d’ailleurs droit qu’à quelques rares paragraphes, avec de petites photos de Marx ou de Camus.

Les sections consacrées aux récits de la création du monde sont parmi les plus riches et les mieux documentées. Sauf que l’angle essentiellement religieux et « tolérant » du programme force les auteurs à fuir comme la peste les théories scientifiques de la création. Le manuel de quatrième année intitulé Autour de nous (CEC) consacre plusieurs pages aux légendes égyptiennes, vikings, africaines et mêmes unalit (une tribu inuit). Mais il ne contient pas un mot sur Darwin ! Les auteurs poussent la naïveté jusqu’à demander à des élèves de neuf ans comment, selon eux, ont été créés les premiers êtres. Tout cela après avoir soigneusement évité de mentionner que la science avait elle aussi tenté, tant bien que mal, de répondre à la question. On pourra bien rire des créationnistes américains après cela ! Le pape lui-même a pourtant affirmé que « la théorie de l’évolution est plus qu’une hypothèse ».

De toute façon, la tolérance n’impose-t-elle pas de « se montrer respectueux des autres et de leurs différences, quelles qu’elles soient » ? C’est ce qu’affirme en toutes lettres le manuel Faire escale, aux éditions Lapensée. Vous avez bien lu : « quelles qu’elles soient » ! Il est difficile d’être plus clair. Faut-il en conclure que seuls les intolérants dénoncent la burqa, le créationnisme, la polygamie et l’excision ?


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ECR - Éthique et culture religieuse

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