«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Les magouilles et l’ineptie de Philippe Couillard enveniment la situation

L’héritage empoisonné de Jean Charest

Le couvercle de la marmite Libérale vient de sauter

À partir de maintenant, c’est sauve-qui-peut

Editorial de Vigile
mardi 5 avril 2016
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Dans des circonstances normales, les Libéraux n’auraient jamais été élus en avril 2014. Ils traînaient beaucoup trop de casseroles. Et n’eussent été des doutes surgis devant la Commission Charbonneau sur l’intégrité de Pauline Marois et de son conjoint Claude Blanchet, de l’impardonnable confusion du PQ sur sa propre option, de la division du vote des francophones, et de l’appui massif des médias au PLQ, ils n’auraient jamais été appelés à former le gouvernement.

Un important déficit de légitimité

Dès le départ, le gouvernement Couillard affichait un important déficit de légitimité comme je le soulignais dans un article paru un mois après l’élection :

« Quelle situation incroyable ! Le gouvernement Couillard vient à peine d’entrer en fonction que déjà il affiche un déficit de légitimité comme en sont affligés les gouvernements au pouvoir depuis trop longtemps.

Vous me direz à juste titre « Mais n’est-il pas majoritaire ? » et vous aurez raison… en partie. Mais en partie seulement.

Et malheureusement pour ce gouvernement, l’autre partie est plus importante.

Passons sur le fait que si le PLQ a bien fait élire 70 de ses candidats sur un total possible de 125, avec 41,52 % des suffrages exprimés, il n’a obtenu l’appui que de 1 757 071 électeurs sur les 6 012 440 inscrits, soit même pas le tiers.

Sur le simple plan de la démocratie, ce résultat devrait déjà lui inspirer une petite gêne dans ses élans pour tout chambouler et imposer sa marque, son monde et ses choix politiques. S’il devait dépasser les faibles limites de son mandat démocratique, la population se chargerait très rapidement de le rappeler à l’ordre, au besoin à coups de casseroles dans la rue.

Mais en démocratie, la légitimité ne repose pas que sur le résultat d’un scrutin, comme je l’ai démontré amplement dans un ouvrage publié en 1997 chez Stanké dans la foulée du référendum de 1995, La prochaine étape, Le défi de la légitimité. De nombreux facteurs y contribuent, à commencer par l’autorité morale qui repose d’abord et avant tout sur une perception d’intégrité.

Sur ce plan, le gouvernement Couillard est largement déficitaire, comme les événements de la semaine viennent de nous le démontrer, non pas tant par les gestes qu’il a posés que par son étiquette PLQ et sa filiation avec le gouvernement Charest. Il lui est impossible de renier l’un comme l’autre.

Et ce que nous avons vu jusqu’ici n’est encore que de la petite bière à côté de ce qui s’en vient, que ce soit devant la Commission Charbonneau, ou devant les tribunaux avec l’aboutissement judiciaire des nombreuses enquêtes policières en cours.

Qu’il s’y prenne comme il le voudra, le gouvernement Couillard ne pourra pas se libérer de ce boulet (merci Julie) qui va l’entraver pendant toute la durée de son mandat. L’hypothèque est si lourde qu’il faut même se demander s’il pourra le terminer.

Dans Le Devoir de samedi, dans un éditorial titré fort à propos « La boîte à surprises », Bernard Descoteaux évoque l’existence d’un « malaise palpable » au sein du conseil des ministres dont plusieurs membres risquent à tout moment de se faire interpeller par les médias ou la police, comme cela vient d’être le cas pour Sam Hamad.

Philippe Couillard lui-même n’est pas à l’abri. Au fur et à mesure que vont être révélés les dessous du scandale du CUSM, les questions vont surgir sur le rôle qu’il a joué et la responsabilité qu’il pourrait avoir, sinon dans la fraude que nous ont décrite les enquêteurs de la Commission Charbonneau, du moins dans le recrutement d’Arthur Porter pour diriger le CUSM après son fiasco à Détroit.

Couillard devra aussi répondre de ses liens d’amitié avec Porter. Plus on en apprend sur ce personnage, plus on se demande comment un homme qui exerce aujourd’hui la fonction de premier ministre a bien pu s’en enticher. […]

Climat invraisemblable

Les Québécois ont oublié le climat invraisemblable qui régnait au lendemain de l’élection du gouvernement Couillard. Il faut relire les articles ou les éditoriaux du Devoir à l’époque pour en prendre toute la mesure surréaliste. Le jour même de l’assermentation avait été assombri par la nouvelle qu’un des 41 députés Libéraux réélus faisait « l’objet d’une enquête policière en lien avec des allégations de financement illégal du Parti libéral du Québec ».

À cette occasion, le ministre Pierre Moreau, actuellement en congé de maladie (une vraie, celle-là), avait eu ces paroles prémonitoires, « Je ne suis pas entré en politique pour être dans une organisation criminelle ».

Un autre article paru à la même époque, intitulé Financement : un cocktail entaché d’irrégularités met en scène les protagonistes actuellement sous les feux de la rampe. On y retrouve même le nom de Lino Zambito qui, dans une entrevue radio-diffusée, vient tout juste de mettre en cause de façon très spectaculaire Sam Hamad dans les stratagèmes de financement politique.

L’argent sale

Le dossier Bibeau est toujours en suspens. Pourtant, quelques semaines avant l’élection de 2014, Le Devoir n’y va pas de main morte en titrant L’UPAC vise l’argentier du PLQ sous Charest - Marc Bibeau est au cœur d’une enquête sur un système de financement illégal du parti sur fond de collusion. Point besoin d’être grand clerc pour anticiper l’effet qu’auront les accusations lorsqu’elles seront portées, ni pour comprendre que Philippe Couillard ne parviendra jamais à dissocier son gouvernement de ces pratiques. Pour y parvenir, il faudrait qu’il pose un geste très spectaculaire, comme de restituer tout l’argent sale accumulé par le PLQ sous Jean Charest, un argent dont le PLQ continue à se servir sous Philippe Couillard. Ne retenez pas votre souffle !

Le fiasco entourant le Rapport de la Commission Charbonneau a pu un certain moment laisser croire aux Québécois que les malversations qu’elle avait identifiées et documentées demeureraient impunies. J’étais pour ma part convaincu qu’il ne s’agissait que d’une question de temps, et j’en voyais pour preuve le comportement erratique de Philippe Couillard, notamment dans le dossier Anticosti. Le premier ministre savait que ce dossier pouvait se retourner contre le gouvernement Charest, et il lui fallait s’en dissocier complètement, quelles qu’en soient les conséquences pour le Québec.

L’arrestation spectaculaire de Nathalie Normandeau et de Marc-Yvan Côté le jour du budget allait démontrer que le gouvernement Couillard n’échapperait pas au destin qui était déjà scellé dès son élection. Largement déficitaire sur le plan de la légitimité dès le départ, il ne parviendrait pas à surmonter ce handicap dans un contexte où ses propres politiques le rendraient impopulaire et où son intégrité serait régulièrement remise en question. Sur ce second point, on a pu découvrir au fil des mois que l’héritage de Jean Charest ne faisait qu’amplifier ses propres failles et maladresses.

Philippe Couillard lui-même

La situation déjà difficile du gouvernement Couillard après le gouvernement Charest se complique en raison de la personnalité et des antécédents du premier ministre actuel. Ses liens avec l’Arabie Saoudite posent problème. Il a révélé avoir détenu un compte dans un paradis fiscal pour fins d’évitement, mais rien ne nous dit qu’il n’en possède pas d’autres sinon sa parole d’honneur.

Hélas pour lui, des décisions douteuses, des intérêts financiers suspects , et certaines transactions avec des personnages peu reluisants comme Arthur Porter ou Hans Peter Black avec lesquels il s’est associé en affaires l’ont exposé de trop près à des contextes de fraude et de malversations pour que l’on ne ressente pas un malaise totalement incompatible avec l’exercice de ses fonctions de premier ministre, et que ne se pose pas la question de la confiance qu’on peut lui accorder.

La documentation est accablante, comme on le découvre sur le site DossierCouillard.com.

Philippe Couillard franc-maçon

Et comme si cela ne suffisait pas, il se rajoute une affiliation à la franc-maçonnerie, réputée pour son goût du secret et des jeux d’influence, deux notions en opposition totale avec la transparence avec laquelle doivent se traiter les affaires publiques à chaque fois que le bien commun et l’intérêt collectif sont en jeu.

À ce sujet justement, on se demande pourquoi, « après 9 ans d’existence, le 27 février 2014 plus exactement [2 mois avant les élections], la revue en ligne de la Grande Loge du Québec disparaissait subitement du cyberespace. »

Parmi les documents supprimés se trouvait « un texte datant de 2006 qui pouvait éventuellement nuire à la réputation du futur premier ministre. » Il s’agissait du discours d’accueil à une soirée-hommage organisée en l’honneur d’Arthur Porter. Philippe Couillard y était présent, en compagnie entre autres de Michael Applebaum, ancien maire de Montréal, arrêté pour corruption dans l’exercice de ses fonctions. Encore une fois, Couillard se retrouve en compagnie de personnages douteux. À croire que c’est sa malédiction !

Selon des informations plus récentes d’une source sûre, Philippe Couillard serait encore attaché ou aurait été attaché à l’une des deux loges maçonniques de Québec. Quand on fait de la politique, c’est ce qui s’appelle « chercher le trouble ».

Je termine sur une leçon tirée de mon expérience personnelle que j’ai déjà évoquée sur Vigile dans un article intitulé Il n’y a pas de secrets, seulement des vérités qui attendent leur moment pour éclater au grand jour :

S’il y a une chose que j’ai apprise dans ma vie, c’est que tout ce qu’on cherche à cacher finit toujours par émerger, souvent au moment le moins opportun. […] Et la chose est encore pire lorsque s’écroule d’un seul coup tout l’édifice de coupe-feux qu’on avait mis en place pour s’assurer que la vérité ne sortirait jamais au grand jour.

Philippe Couillard va apprendre à ses dépens que lorsque les secrets sont nombreux, il se mettent à éclater autour de soi comme des grenades. Son gouvernement sera vite réduit en lambeaux, et il ne parviendra jamais à terminer son mandat, comme je l’avais anticipé dès son élection.

Commentaires

  • Jean Brilland, 6 avril 2016 14h37

    Voici ce qu’en pense un célèbre Bougon : https://www.youtube.com/watch?v=aESwEfN40zs

    Voici ce qu’en pense quelques auteurs inspirés :

    « le Pouvoir est commandement, et tous ne peuvent commander. La souveraineté du peuple n’est donc qu’une fiction et c’est une fiction qui ne peut être à la longue que destructrice des libertés individuelles. »


    (Du Pouvoir, 1945)

    "Le gouvernement par une élite est peut-être inévitable. Mais cela ne signifie pas que l’on doive jeter l’illusion d’une démocratie pure dans les poubelles de l’histoire. Au contraire, la loi d’airain de l’oligarchie elle-même fournit la meilleure raison de conserver vivante l’illusion démocratique. Le pragmatisme américain a depuis longtemps reconnu qu’une idée peut être une illusion et cependant jouer un rôle vital et très positif pour motiver les gens à agir selon elle."


    (Lee Harris)

    "Le despotisme anonyme d’une oligarchie est quelquefois aussi effroyable et plus difficile à renverser que le pouvoir personnel aux mains d’un bandit."

    Arthur Arnold

    "Le moins mauvais système politique est celui qui permet aux citoyens de choisir l’oligarchie qui les gouvernera. On l’appelle généralement la démocratie."


    Jacques De Bourbon Busset Académicien, Artiste, Diplomate, écrivain (1912 - 2001)

  • Jean-Pierre Plourde, 6 avril 2016 05h02

    L’ampleur des fraudes n’est pas encore connue.

    L’un des premiers geste de Charest concernant notre caisse de dépôt fut d’en changer la vocation. La Caisse fut créée par Parizeau pour favoriser les investissements dans le Québec ou pour les intérêts du Québec via des actifs rentables étrangers non majoritairement.

    Je suis d’avis que la crème de nos actifs a pu être vendu et financé pour devenir étranger à l’économie du QUébec. Le scandale des papiers commerciaux ne peut en aucun cas avoir été le fruit du hasard, la qualité de la réputation de la Caisse est rapidement tombée après l’arrivée des Charest, Couillard, Sabia et cie. Je ne peux que mettre en doute la qualité réelle de l’avoir en actif de la Caisse d’aujourd’hui avec un Sabia à la direction. Je m’attend à une très grande surprise du côté des gestes de détournements qui ont déjà eu lieu et ceux à venir si on ne met pas rapidement tous les virus Libéraux installés confortablement dans nos postes de direction, entre autres à l’Hydro-Québec par le dépouillement des Québécois du tarif préférentiel provenant de la production des vieilles centrale soit 3 à 5 sous le Kilowatt. Charest à donné ce privilège à ses amis des Multinationales dont Rio Tinto. ce geste est une attaque directe sur le revenu des gens les plus pauvres de notre société. On devra la dessus redonner au peuple ce qui lui revient et lui appartient.
    La Caisse investit beaucoup à l’étranger et plusieurs investissement sont à haut-risques.
    Le gouvernement Libéral se plait à dire que son gouvernement à réussi à mettre le déficit à zéro. Il s’agit en fait d’une fraude monumentale. À l’arrivée de Charest en 2003, ce gouvernement héritait d’une dette de 138 milliards de dollars. Au cours des mandats libéraux successifs la fameuse dette, loin d’avoir diminuée est aujourd’hui près des 280 milliards de dollars, voir, l’institutut économique de Montréal. Non seulement le déficit n’est pas à zéro mais les libéraux ont doublée la dette. Tous les mensonges sous le règne Libéral étaient permis entre autre sur la création de 250,000 nouveaux emplois sur cinq ans aujourd’hui déficitaire.
    On ne peut passer sous silence l’achat de l’Alcan par Rio Tinto résultat de la connivence entre des acteurs connues ayant participer activement à battre le référendum et dont certains acteurs sont très impliqués dans les Aluminerie.
    Les mêmes acteurs impliqués dans la vente de l’Alcan ont activement participer au transfert de nos territoires aux Amérindiens, déjà sous la tutelle d’Ottawa, par conséquent le traité dit de l’approche commune n’est rien d’autre que la mise sous tutelle fédérale de tous les citoyens habitant le territoire maintenant Canadien appelé province de Québec pour la forme. Aucun référendum auprès de la majorité des Québécois qui les ont développés soit 99% de la population qui se fait tasser en faveur de moins de 1 % des citoyens.

    Merci d’être là

    Jean-Pierre Plourde.

  • François Durivage, 6 avril 2016 04h57

    Malgré le suicide politique qu’il subira par ses propres actions, les séquelles de sa présence au pouvoir si courte soit-elle, celle de l’austérité sauvage, demeureront.
    Car pauvres, du côté mémoriel, les québécois ne verront plus le dégât permanent imposé à leurs fleurons de société.

    Et le prochain gouverne-ment ne fera que saupoudrer quelques sous, sur les immenses plaies béantes de nos institutions pour calmer la fureur populaire, malgré l’imposant déficit hérité des Libéraux, qui lui ne sera jamais épanché.

  • Stéphane thevenot , 6 avril 2016 01h48

    Élire ses maîtres n’a rien de démocratique, nous ne sommes pas dans une démocratie nous sommes dans une oligarchie !! Cessez de dire que nous sommes en démocratie c’est une supercherie.....

  • Yves Corbeil, 5 avril 2016 21h42

    Les gens aiment les libéraux, même après 9 années de corruptions et magouilles suivi de 18 mois de ressourcement dans l’opposition, ils les ont ramené au pouvoir avec le trio de docteur pour un beau quarantéun pourcent de majorité.

    On ne sait vraiment pas ce que ça prends pour que la population entière les bannissent du pouvoir pour un quart de siècle.

    On regarde au fédéral la bande des commandites de retour avec leur déficits après 9 années du conservatisme de l’ouest canadien et du pétrole dans l’économie.

    La politique dans ce pays, ça continue à faire vraiment dure et les citoyens sont vraiment bien trop patient avec ces gens incompétents et malhonnêtes pour plusieurs puis silencieux et suiveux pour plusieurs autres.

    Au Québec, nous sommes ’’overdue’’ pour de gros gros changement, comme un pays mettons.

  • Jean-Louis Pérez-Martel, 5 avril 2016 20h11

    La dynamique politique de l’actuel régime antidémocratique au Québec ne peut donner que des stratagèmes d’omerta et despotiques, défiant ainsi le Code criminel afin de préserver les intérêts des groupes organisés au détriment des intérêts nationaux : Lobbyisme : une nouvelle politique empêchera de savoir si Côté est sous enquête
    http://www.lapresse.ca/actualites/politique/politique-quebecoise/201604/05/01-4967916-lobbyisme-une-nouvelle-politique-empechera-de-savoir-si-cote-est-sous-enquete.php

    ***

    JLPM

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Les mille et un cauchemars de Philippe Couillard

Au Québec, sous le gouvernement Libéral, il n’y a pas de séparation entre le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire. Or cette séparation constitue le fondement de l’État de droit depuis Montesquieu (L’esprit des lois).

L’opposition a proposé que la nomination du Commissaire de l’UPAC relève de l’Assemblée nationale. Le gouvernement Libéral a refusé. Il va donc nommer seul celui qui va enquêter sur... le PLQ !

Le coulage de l’info de l’intérieur de la SQ (Hamad, Bibeau, etc.) est la réponse au PLQ des policiers-enquêteurs qui veulent en finir avec la corruption érigée en système par le régime.

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