«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Le contrôle des mers

Facteur de puissance durable de l’Angleterre (1672 – 1945)

Tribune libre de Vigile
vendredi 5 juin 2015
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Le contrôle des mers constitue un facteur de puissance incontournable pour tout État. En effet, l’eau présente deux avantages stratégiques majeurs. Le premier est qu’elle est présente sur les trois quarts de la planète, ce qui permet de rejoindre chaque point du globe. Le second atout est le fait que la navigation maritime a toujours constitué, et constitue toujours de nos jours, le moyen de transport le moins onéreux jamais trouvé par l’homme pour l’acheminement logistique. De ce fait, le contrôle des mers présente un volet stratégique à la fois dans le domaine militaire et économique. En tant qu’île disposant de peu de ressources naturelles dans ses sous-sols, l’Angleterre n’a pas eu d’autre choix que de s’investir dans le développement d’une flotte pour s’assurer des débouchés commerciaux d’abord avec l’Europe puis le reste du monde.

L’accession de l’Angleterre au rang de grande puissance débute au XVIIe siècle. En effet, à compter du règne d’Élisabeth Ire (1533-1603), la monarchie britannique ambitionne de s’assurer un meilleur contrôle des mers afin de s’assurer une croissance économique plus importante. Ainsi, au XVIIe siècle, l’Angleterre propose aux Pays-Bas, qui dominent le commerce mondial, une alliance commerciale. Cependant, le gouvernement néerlandais n’entend pas perdre son avantage concurrentiel. C’est pourquoi, ce dernier refuse la proposition britannique. En réaction, la monarchie anglaise investit massivement dans le développement d’une industrie navale. Ainsi, en 1651, elle adopte les Navigation Acts (1651) qui constituent des lois protectionnistes destinées à financer une marine de guerre.

L’Angleterre tient tellement à dominer les mers pour s’assurer des débouchés commerciaux qu’elle fait de ses investissements dans l’industrie maritime devient le premier poste de dépense de l’État. Ainsi, elle finance le développement d’arsenaux à Portmouth, Devonport ou encore à Plymouth. La monarchie britannique soutient également le développement de grandes entreprises privées, comme la Compagnie des Indes orientales, afin de développer le commerce anglo-saxon avec les colonies anglaises. Les Britanniques finissent par s’imposer face aux Néerlandais à partir de 1672. Ils dominent alors la mer du nord et une partie de l’espace nord-américain avec les colonies de Nouvelle-Angleterre.

À partir de 1689, l’Angleterre procède à la modernisation de sa flotte afin de pouvoir affronter une autre grande puissance concurrente, la France, qui menace le développement de son empire colonial à l’échelle mondiale, notamment avec l’existence de la Nouvelle-France au sein de l’espace nord-américain. Les deux pays se livrent une guerre navale impitoyable entre 1692 et 1815.

Toutefois, la France est handicapée par sa géographie qui oblige la monarchie française à investir à la fois dans une armée de terre permanente conséquente et dans une marine de guerre. À l’inverse, la monarchie britannique ne finance essentiellement que sa flotte de guerre. Dans ce contexte, l’Angleterre finit par s’imposer sur la France dans le domaine naval. Ainsi, avec la chute de Napoléon Ier, la monarchie britannique étend son contrôle à la Méditerranée grâce à sa base stratégique de Gibraltar. Avec la sa maîtrise des principaux points de passage du commerce international, le pays devient la première puissance maritime du monde.

Entre 1815 et 1914, l’Angleterre construit le plus important empire colonial de la planète grâce à son contrôle des mers. En effet, l’efficacité de la Royal Navy permet à la monarchie britannique d’exercer un siècle de domination sans partage. Ainsi, après l’Amérique du Nord, les Anglais s’implantent en Asie, notamment Inde ou encore en Chine. Les Britanniques exploitent abondamment les ressources naturelles du Québec pendant cette période pour construire les navires en bois qui leur servent à assurer leur suprématie.

Les Canadiens français qui travaillent pour les marchands anglais de l’industrie forestière du Bas-Canada, puis du Canada-Uni, contribuent sans nécessairement en avoir conscience à la gloire de l’empire britannique. Les Anglais font sans cesse évoluer leurs technologies navales et leur tactique de guerre car ils sont parfaitement conscients que la poursuite de leur enrichissement repose exclusivement sur le commerce avec le reste du monde. Ainsi, ils sont parmi les premiers à utiliser les coques en métal à la place du bois pour leurs navires. C’est cette évolution qui finit par provoquer la disparition de l’industrie navale à Québec à la fin du XIXe siècle.

Toutefois, entre 1914 et 1945, l’Angleterre connaît un déclin inexorable de sa puissance. En effet, les deux guerres mondiales appauvrissent le pays, tandis que les États-Unis connaissent une croissance continue de leur économie sans être touchés par les destructions liées aux combats. Ainsi, en 1922, la Royal Navy est contrainte d’accepter une parité navale avec la US Navy avec le traité de Washington.

Dans l’entre-deux guerres, l’Angleterre parvient à maintenir l’illusion d’être encore une grande puissance maritime car elle continue de dominer les mers en surface. Cependant, à la fin de la seconde guerre mondiale, la flotte américaine dépasse largement celle des Britanniques. Elle possède notamment des sous-marins qui lui confèrent un avantage stratégique supérieur aux navires de surface dans le contrôle des mers. C’est pourquoi, l’Angleterre perd son statut de première puissance maritime du monde au profit des États-Unis.

Pour conclure, entre 1672 et 1945, l’Angleterre contrôle les mers grâce à sa Royal Navy. Grâce à sa flotte de guerre, la monarchie britannique parvient à mettre en place des comptoirs commerciaux partout sur la planète. Tant que l’Angleterre a disposé d’une force navale capable de lui permettre de maîtriser les principaux axes maritimes de la planète, elle est restée la première puissance du monde.

Bibliographie :

Thomas Lediard, Histoire navale d’Angleterre depuis la conquête des Normands en 1066 juqu’à la fin de l’année 1734, Imprimerie Aimé Delaroche, 1751, 748 pages.
Jean-François André, Analyse fondamentale de la puissance de l’Angleterre, Imprimerie de D.A. Delamarre, 1805, 230 pages.
J.-Esprit Bonnet, Etat de l’Europe continentale à l’Egard de l’Angleterre, après la Victoire d’Austerlitz, Maradan, 1806, 67 pages.
François Etienne auguste comte de Paoli-Chagny, Histoire de la politique des puissances de l’Europe : depuis le commencement de la révolution française jusqu’au Congrès de Vienne, Deterville, 1817, 348 pages.
François-Guillaume Barillon, Etude sur la puissance maritime de la France et de l’Angleterre, Léon Boitel, 1843, 47 pages.
Charles Martin, Constitution et puissance militaires comparées de la France et de l’Angleterre, C. Tanera, 1863, 622 pages.
Robert Muchembled, Michel Cassan, Les XVIe et XVIIe siècles, Editions Bréal, 1995, 382 pages.
Jordis von Lohausen, Les empires et la puissance : la géopolitique aujourd’hui, Editions du labyrinthe, 1996, 321 pages.
Paul Butel, Européens et espaces maritimes : vers 1690-vers 1790, Presses Univ de Bordeaux, 1997, 241 pages.
François Lebrun, La Puissance et la Guerre (1661-1715), Points, 1997, 320 pages.
Alfred Donéaud, Histoire de la Marine française : des origines à la fin du XIXe siècle, Ancre de Marine Editions, 2002, 182 pages.
Philippe Haudrere, Les Compagnies des Indes orientales, Desjonquères Editions, 2006, 276 pages.

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