«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Il n’y a jamais rien eu à fêter

La Confédération déçoit depuis ses tout débuts

Le cinquantenaire passe presque inaperçu

Le Devoir, 2 juillet 1917

Chronique de Me Christian Néron
jeudi 22 juin
718 visites 6 messages

Note de la rédaction de Vigile :

Le Canada s’apprête à commémorer le cent-cinquantenaire de la Confédération canadienne. Commémorer. Pas fêter, car il n’y a jamais rien eu à fêter.

La Confédération n’a jamais été autre chose qu’une patente juridique bricolée par les autorités britanniques pour tirer l’union du Bas-Canada et du Haut-Canada décrétée en 1840 du mauvais pas dans lequel elle s’était enferrée du fait de l’incapacité du Haut-Canada d’effectuer son décollage économique.

La Confédération était une forme de restructuration comme celle à laquelle on procède pour sortir d’une faillite. Et afin de rétablir un équilibre entre les débiteurs au bénéfice du Haut-Canada, on mettait en place un régime fédéral dont le siège s’établirait à Ottawa, en Ontario, antérieurement la partie la plus importante du Haut-Canada.

Me Christian Néron, collaborateur régulier de Vigile, avocat, constitutionnaliste, et historien des institutions, nous propose à la veille du cent-cinquantième anniversaire de la Confédération, un éditorial du Devoir paru le 2 juin 2017 sous la plume de Omer Héroux, un des pionniers de ce journal.


CINQUANTE ANS APRÈS

Par Omer Héroux

Le cinquantenaire de la Confédération canadienne passera presque inaperçu. C’est à peine si une maigre, autant qu’obligatoire, célébration officielle, jointe aux non moins obligatoires articles de journaux, en marquera la date.

Qu’on n’attribue point aux tragiques circonstances que nous traversons l’indifférence et l’abstention du grand public. Si la Confédération canadienne avait réalisé, dans l’ordre moral, le progrès dont elle peut se vanter dans l’ordre matériel, la guerre l’empêcherait sans doute de donner à son cinquantenaire une trop vive splendeur ; mais, en poussant au paroxisme le sentiment national, elle apporterait à cet anniversaire une puissance d’émotion unique.

Or, l’âme canadienne, au cinquantenaire de sa naissance, ne vibre pas. Pourquoi ? Parce qu’elle a le sentiment d’une grande faillite ; parce qu’elle est divisée contre elle-même comme elle ne le fut pas depuis un demi-siècle.

Les pères de la Condéfération avaient prétendu régler les relations militaires de la métropole et du Canada. “Le gouvernement britannique, disait à la première conférence coloniale, en 1887, l’un des auteurs de la Confédération, sir Alexander Campbell, qui évoquait l’entente de 1885, le gouvernement britannique convint alors de se charger de la défense navale du Canada, et les autorités canadiennes se chargèrent de la défense territoriale de la colonie. C’EST SUR CETTE BASE QUE LA CONFÉDÉRATION DE TOUTES LES PROVINCES FUT COMPLÉTÉE : les troupes de Sa Majesté devaient être retirées ; et le gouvernement local ne se chargeait QUE DE la défense du territoire. ”

Or le Canada s’est déjà surchargé, pour une expédition européenne, de dettes qui compromettent son avenir et son gouvernement cherche à lui imposer, pour une guerre dont l’Angleterre avait d’avance accepté l’exclusive responsabilité, le plus lourd des impôts : le service obligatoire. C’est même le seul objet qui paraisse, dans l’appel qu’il adressait hier au peuple canadien, préoccuper le chef du cabinet. Contre cette politique, de l’aveu même d’un certain nombre de ses protagonistes, se dresse le sentiment de la majorité du peuple canadien, qui y voit, en termes crus, une course au suicide.

La participation du Canada à la guerre, suivant le mode et dans les proportions où elle s’accomplit, met en danger l’avenir de la nation, creuse entre ses principaux éléments le plus cruel des fossés, renverse les traditions et ruine les principes sur lesquels la Confédération fut faite. Elle suffirait, à elle seule, à expliquer l’absence d’enthousiasme, de manifestation du sentiment d’unité nationale, qui marque le cinquantenaire.

Mais il y a plus que cela. Les pères de la Confédération avaient voulu, en même temps qu’ils déterminaient les relations de la colonie avec la métropole, régler les relations des races entre elles. On sait en quels termes, vingt-trois ans après l’adoption de la Constitution, sir John A. Macdonald, dans sa célèbre réplique à D’Alton McCarthy, en définissait l’esprit. On sait avec quelle verve il se moquait de ceux qui parlaient de race conquérante et de race conquise, avec quelle énergie il proclamait que, dans le régime actuel, “en toutes matières, LANGUE, religion, propriété ou personne, les sujets britanniques possèdent des droits égaux. ”

Est-il besoin de rappeler le long et cruel spectacle qu’évoquent ces paroles ? Est-il besoin de refaire la lamentable histoire des vingt-cinq dernières années ? Il semble qu’à l’heure même du cinquantenaire, les circonstances aient voulu résumer en un ironique et douleureux épisode la faillite de cette promesse d’égalité. C’est à Ottawa même, sous les murs du Parlement fédéral, qu’on cherche à mettre en prison un commissaire d’école qui a commis le crime de payer des professeurs français qui osaient enseigner en français à de petits enfants français.

On jette l’insulte à toute une race, on affiche ouvertement l’intention de la confiner dans sa réserve de Québec, de lui imposer l’apostasie nationale si elle prétend franchir la rivière Ottawa.

Comment veut-on que, dans ces conditions, se manifeste un grand sentiment d’union et de fierté nationale ?

Nous n’évoquons point ces souvenirs dans une pensée de désespérance. Nous voulons, au contraire, en cet anniversaire, refaire avec nos amis la promesse de ne rien épargner pour que revive l’esprit de la Confédération.

Ce sera le meilleur moyen encore, tout en servant intelligemment notre pays, de nous assurer l’estime des meilleurs parmi nos amis anglais. Qu’on relise la vie de Cartier de John Boyd : on y verra que cet Anglo-Canadien y félicite particulièrement son “héros” de s’être montré Canadien, et Canadien-français ; d’avoir énergiquement défendu envers et contre tous les légitimes intérêts de son pays et de sa race.

Demain, comme hier, ce sera là la voie de l’honneur, du devoir et de la vraie grandeur.


Notes biographiques sur l’auteur

Omer Héroux [8 septembre 1876 – 3 mai 1963] a été très actif dans les médias du Québec pendant toute la première moitié du XXe s. Dès 1910, il est l’un des principaux collaborateurs d’Henri Bourassa. À titre de rédacteur au Devoir, il écrit, de 1910 à 1920 d’innombrables éditoriaux pour soutenir la résistance des Franco-Ontariens dans leur combat pour leurs écoles. En 1932, il devient rédacteur en chef. Abandonnant ses fonctions au début des années cinquante, il prend sa retraite en 1957.

L’abbé Lionel Groulx a dit de lui, dans ses Mémoires, qu’il était l’apôtre des minorités canadiennes-françaises, et qu’il était de loin le mieux renseigné sur le sujet.

Commentaires

  • Francis Déry, 3 juillet 03h03

    @Céline,
    Bienvenue.

    J’ai regardé une émission spéciale avec une parade militaire le 1er Juillet.

    https://youtu.be/F4tV2X4r9VA

    https://youtu.be/Lv-Nxc6AulU

    https://youtu.be/Yp5NruTCuG0

    150 ans c’est assez long pour qu’on arrête.
    Et oui, le 1er juillet, notre Reine a dû remettre Hong Kong à la Chine après 150 ans de spoliation du territoire suite à une infâme guerre pour vendre un poison au peuple chinois et rétablir une balance commerciale.

  • Céline Lebel, 24 juin 19h07

    Merci Francis Déry.

  • 24 juin 18h10

    Je me suis toujours demandé en effet, qu’est-ce donc qui avait motivé le fait de célébrer la confédération(?) le 1er juillet.

    Je ne vois pas qu’est-ce qui peut exciter le peuple ?

    Moi en tout cas, ça me laisse de marbre !

  • Céline Lebel, 24 juin 09h47

    La date est effectivement bonne. Me Christian Néron sera avec nous pour deux émissions ’En 60 minutes’ sur radioinfocite.com et nous parlera d’Omer Héroux, de l’édifice fédéral qui portait le nom de Hector-Louis Langevin et qui sera désormais « Le bureau du premier ministre et du Conseil privé » M. Hector-Louis Langevin est, selon Me Néron, le 2è Père de la confédération en importance. Nous parlerons de quatre autres textes récents de Me Néron, qui ne sont pas encore publiés. Pour nous donner une idée de ce que Justin Trudeau, Mélanie Joly et leurs 500 Millions de $ pour cacher le véritable Père de la confédération, George Brown ; et nous enfoncer dans la gorge John A. MacDonald, qui est juste embarqué sur un bateau qui voguait déjà. Tout comme ils nous ont imposé la constitution de 1982. Rien à fêter en ce 150ème ! Rien.
    En 60 Minutes est diffusé tous les lundis à 20h, sur radioinfocite.com Il nous reste deux émissions avec Me Christian Néron et une autre avec M Jean René Marcel Sauvé, avant la pause estivale. En espérant vous avoir comme auditeurs et auditrices. Merci Vigile.quebec Bonne fête nationale !

  • Francis Déry, 24 juin 04h50

    Fêter 150 ans de Confédération, il faut être Anglo ou fraîchement débarqué pour le faire.

    Fêter 375 ans de Montréal à grand frais, il faut être codingue (codinde ou coq d’Inde) pour cela. L’Institut Louis-Hippolyte Lafontaine doit être en liesse.

    Fêter 50 ans de l’après-Expo 67, cela aurait du sens. Je croyais que ce fut le cinquantenaire en question.

    @Celine Lebel,
    La date est correcte. Le Devoir n’a pas d’édition du 1er juillet 1917, non pas parce que le jour fut férié, mais parce que ce fut un dimanche.

  • Céline Lebel, 22 juin 15h16

    La date de l’article dans le Devoir qui est écrite me semble incorrecte : le 2 juillet 1917 ? Merci

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