«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Le français menacé par un excès de laxisme

Le « bar ouvert »

jeudi 7 septembre

À la veille d’un congrès, une loi non écrite impose à un chef du PQ de défendre la langue française avec une ardeur inversement proportionnelle à son empressement de tenir un référendum sur la souveraineté.

 

En 1994, personne n’avait reproché à Jacques Parizeau d’avoir superbement ignoré la résolution adoptée l’année précédente, qui prévoyait la restauration de la Charte de la langue française dans son état originel. Avec son « horizon » référendaire de huit à dix mois, tout le monde comprenait parfaitement qu’il avait d’autres chats à fouetter.

 

En 2005, Bernard Landry a commis l’erreur de s’opposer à la fois à un référendum précipité et à l’extension des dispositions de la loi 101 au niveau collégial. Résultat : seulement 76 % des délégués lui ont renouvelé leur confiance, un appui qu’il a estimé trop faible pour demeurer en poste.

 

En 2011, Pauline Marois n’était pas plus pressée de tenir un référendum, mais elle a jugé plus prudent de céder sur la question du cégep, même si elle était personnellement très réticente à en interdire l’accès aux francophones et aux allophones. Elle a été récompensée par un appui de 93 %.

 

Jean-François Lisée a toujours défendu le statu quo, mais après avoir accepté de se soumettre à un vote de confiance qu’il aurait très bien pu éviter, c’est à son tour de payer un tribut aux militants. Même si un autre changement de chef paraît difficilement imaginable à un an des élections, le nouveau pragmatisme des militants a tout de même des limites. Les 22 % d’intentions de vote dont les sondages créditent le PQ ont déjà de quoi faire douter de l’opportunitéd’avoir reporté le référendum à un bien hypothétique deuxième mandat et plusieurs se demandent si la « convergence » avec Québec solidaire n’aurait pas été facile avec un autre chef.

   

Si le chef péquiste a finalement découvert que les cégeps de langue anglaise sont devenus des « bars ouverts », une volte-face en bonne et due forme aurait été un peu gênante, mais M. Lisée est un homme notoirement astucieux. Le PQ ne leur interdirait pas formellement d’accueillir des étudiants non anglophones, qui constituent la moitié de leur clientèle, mais il les priverait plutôt de moyens en faisant en sorte que leur financement « réponde en priorité aux besoins de la communauté historique anglophone », ce qui pourrait ultérieurement le diminuer de moitié.

 

L’idée d’accorder la « priorité » aux anglophones de souche n’est pas nouvelle. Sous prétexte que son caractère minoritaire ne lui permettrait pas d’étendre la loi 101 aux cégeps, le gouvernement Marois avait déjà introduit cette notion dans le projet de loi no 14. Si leur capacité d’accueil devait être limitée, il prévoyait la définition de « critères » et de « priorités » dans la sélection des étudiants « pour respecter la clientèle de langue anglaise pour laquelle avait été constitué l’établissement par le gouvernement ».

 

En commission parlementaire, l’Association des commissions scolaires anglophones du Québec (ACSAQ) avait fait à la ministre Diane de Courcy le même reproche que la Fédération des cégeps adresse aujourd’hui à M. Lisée, c’est-à-dire de faire indirectement ce qu’il n’ose pas faire directement. Si l’extension de la loi 101 aux cégeps est nécessaire à la protection du français, aussi bien agir franchement.

 

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