«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Indépendance du Québec 422

Le Pourquoi, le Quoi et le Qui

L’action humaine ne peut esquiver le Qui

Chronique de Bruno Deshaies
samedi 11 octobre 2014
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« ...il faut faire l’histoire de ce qui s’est passé
pour créer du recul. »

(Antoine Prost, Douze leçons sur l’histoire,
Paris, Le Seuil, 1996/2014, 330 p. (coll. « Points Histoire ») http://www.pedagogie.ac-nantes.fr/1198401822859/0/fiche___ressourcepedagogique/&RH=HG

« Si nous [les historiens] voulons être les acteurs responsables
de notre propre avenir,
nous avons d’abord un DEVOIR D’HISTOIRE. »
(Id., Ibid.)

Qui pense ?

Au sujet du Pourquoi et du Quoi, je vous réfère d’entrée de jeu sur ces questions à la chronique de Monique Chapdelaine intitulée : « L’indépendance du Québec, un choix décisif. » Le sous-titre est néanmoins important. Elle écrit : « Il est impératif de choisir l’indépendance nationale du Québec et d’adopter un discours unique, clair et cohérent. » http://www.vigile.net/L-independance-du-Quebec-un-choix Par conséquent, le temps est venu de mettre fin aux entourloupettes et aux stratagèmes de politiciens. L’enjeu est NATIONAL.

État de la question

Étant donné que l’enjeu de l’indépendance du Québec doit correspondre à une politique publique nationale, elle nécessite, tout autant qu’une politique publique sociale et même encore plus, une définition claire de l’objectif. Car, même en supposant un objectif clair, les indépendantistes doivent apprendre, d’abord, à mieux communiquer entre eux et, surtout, avec la population en général.

La société civile dont on parle tant – y compris les citoyens pris individuellement –, les deux demandent à comprendre et non à se faire bercer d’illusions et de projets sociaux chimériques hors de l’existence de facto d’un État souverain soutenu démocratiquement par une majorité populaire souveraine.

Cette majorité populaire souveraine n’adviendra pas nécessairement du seul pouvoir politique aussi bien intentionné soit-il (1). Une preuve scientifique quelconque de l’indépendance nationale est difficile à faire. Cependant, ceci ne signifie pas qu’elle est nécessairement irréalisable, car elle est un bien en soi pour une collectivité nationale qui cherche à devenir une nation indépendante par opposition à se maintenir dans son statut de nation annexée, fédérée, dans un Canada-Uni − ce qui est le cas de la société nationale québécoise. Mais, une fois l’idée reçue et acceptée accompagnée par une volonté de changement, les indépendantistes doivent se mettre au travail et apprendre à faire le combat collectif.

La vie dans un régime démocratique exige une pluralité majoritaire favorable à une telle idée. Tous les individus dans la société sont interpelés. Pour tous ceux qui ont le droit de voter, il est légitime de connaître la nature réelle du concept de l’indépendance d’une collectivité. Car sur cette base fondamentale, les indépendantistes doivent tenir un langage qui porte un message significatif et convainquant.

Je voudrais dans cette chronique partagé avec un collaborateur anonyme une idée fondamentale afin de parvenir à convaincre les Québécoises et Québécois du bien en soi de l’indépendance nationale du Québec.

Problème(s) de communication

On doit donc considérer ce problème de communication comme point de départ.

Quelques notions préliminaires.

Minorité ici vue comme majeure/mineure : quand on commence à penser par soi-même, à tenir compte des autres, mais agir par soi-même, à se penser en majorité, comme majorité.

Entendement : de son intelligence, pensé : par soi-même, dans sa situation de minorité en vue de devenir majorité.

Responsable de son entendement : la paresse, le manque de courage :

À force de ne pas agir par soi-même, de ne pas penser par soi-même, on perd l’habitude de penser. On n’arrive plus à voir que l’on est minorité/minoritaire ; on n’arrive plus à voir que ce n’est pas « normal », et on n’arrive plus à penser ce que serait le normal :

− le « normal » au politique : être capable de penser, vouloir, décider, commander, déclencher l’action : dans tous les domaines où on n’a pas la capacité de penser et d’agir soi-même, par soi-même : où n’a pas la liberté d’agir ; exemples : les chemins de fer, le transport ferroviaire sur son territoire ; les ponts sur le fleuve Saint-Laurent ; le poisson dans le fleuve ; l’aéroport dans une zone agricole ; le libre échange avec l’Europe ; etc., l’actualité où à force de ne pas agir par soi-même, de ne pas penser par soi-même, on a perdu l’habitude de penser comme « majeur », une majorité, qui pense et agit, individuellement et collectivement par soi-même, à l’Assemblée nationale.

« …qui se chargent de nous rappeler tous les dangers que l’on court dans cette démarche où nous n’avons pas encore acquis ces nouvelles habitudes d’agir et de penser, comme majeur/majorité qui pense et agit par elle-même. »

− Le réflexe du minoritaire

Difficulté de sortir de cette minorité. Peu y arrivent. On envisage cette possibilité mais cet état de minorité est devenu comme une seconde nature, on s’y est habitué, le cheminement historique entraîne de nouveaux échecs aidé en cela par nos tuteurs (au Parlement fédéral, à Ottawa, et leurs alliés à l’Assemblée nationale) qui se chargent de nous rappeler tous les dangers que l’on court dans cette démarche où nous n’avons pas encore acquis ces nouvelles habitudes d’agir et de penser, comme majeur/majorité qui pense et agit par elle-même.

L’important ce n’est pas le comment, mais le QUI, pense et agit.

Il faut d’abord avoir la capacité de penser et d’agir comme majeur/majorité d’où découle la liberté de penser et d’agir dans tous les secteurs de sa vie collective, c’est-à-dire, dans sa vie politique, économique et culturelle. Le style d’agir en sera le reflet et non le principe. Ainsi, le comment jaillira, à force de décisions, comme majeur/majoritaire.

Mais, devant notre impuissance à se penser comme majeur/majoritaire, hélas, on se crée des modèles de société, qu’on échafaude tant et plus, axant nos énergies sur l’accessoire, oubliant le plus important, l’essentiel, être un majeur/une majorité qui pense et agit par elle-même.

Mais le plus important est la liberté : la liberté de penser, la liberté d’agir, bref, la liberté collective, c’est-à-dire avoir la capacité comme société de penser par elle-même, d’agir par elle-même et d’être libre et distincte.

Voici comment s’exprime un lecteur du journal Le Devoir :

Jean-Marc Pineau@M. Lebel (2) - 23 septembre 2014 21 h 22.

Il doit s’agir d’une variante du syndrome de Stockholm : le « mineur » que l’on tient sous tutelle finit par aimer ses chaînes, c’est-à-dire : ses tuteurs qui, eux, se croient majeurs et décident pour leurs « protégés ». Sinon, comment expliquer en effet cet entêtement dans la dépendance, dans l’état de minorité ?

Oubliant (comme vous le faites M. Lebel) que le succès, normal, est d’arriver à penser et agir suffisamment par soi-même dans sa vie économique, politique et culturelle.

Mais encore, faut-il avoir le désir, le courage, la volonté et la ténacité (3)

Il faut non seulement la capacité intellectuelle, mais aussi le désir, le courage et la volonté d’agir par soi-même, en majeur/majoritaire. La ténacité devrait s’exercer au Québec, à l’Assemblée nationale, dans tous les secteurs de notre vie en société : à l’intérieur de notre territoire et à l’extérieur de notre territoire, c’est-à-dire, comme majeur/majoritaire dans sa vie économique, politique, culturelle, sans qu’aucun tuteur ne vienne s’interposer.

L’article d’Alain Gagnon (cf., note 3) propose une sorte d’idéal, comme celui de Lumières, fondé sur un modèle incarnant l’esprit des Lumières : l’usage de la raison et la revendication de la liberté qui conduit à souhaiter, désirer et vouloir, tout en tenant compte des autres, penser et agir, en majorité/majoritaire par soi-même, sans aucun tuteur.

Et ce, pourrait-on ajouter, dans sa vie économique, politique et culturelle. Sans tutelle, sans tuteur, agir et penser suffisamment par soi-même dans sa vie économique, politique et culturelle, tel est l’idéal auquel la raison nous convie.

Mais à force de ne pas être habitué d’agir, le bon tuteur se chargeant de la faire si bien à notre place, et nous terrorisant, ou ridiculisant, quand cela nous effleure l’esprit, on en est venu à ne plus être capable de penser, même de s’imaginer pensant dans tous les secteurs où nous n’avons pas à penser et à agir.

Et il est tellement facile de laisser le Canada-Anglais (from coast to coast, to coast) agir à notre place. Et la situation de soumission, par subordination et superposition de l’Autre, se maintient parce que le tuteur, et ceux qui profitent de la situation avec le tuteur, nous font croire que ce serait dangereux d’en sortir. Ironiquement, ils nous font croire que c’est difficile d’accomplir toutes ces tâches de domination, difficile de dominer, alors qu’il s’agit pour eux de se maintenir au pouvoir.

Les députés de la Chambre des Communes, nos représentants à Ottawa et les représentants du Canada-Anglais (pancanadian) à Ottawa, sont-ils les seuls à pouvoir penser par eux-mêmes ?

Nous sommes responsables de l’aliénation d’esprit dans laquelle nous nous maintenons.

L’intérêt du travail d’éducation pour l’indépendance, est justement de montrer que non, qu’en tant que peuple, le peuple québécois, nous devons interroger nos propres opinions, pour prendre conscience de cette situation et d’y mettre fin.

Cet effort, individuel, et collectif, de remise en question des opinions communes, a des conséquences sur notre liberté, sur notre capacité de penser et d’agir. Nous sommes sous tutelle, nous sommes la minorité la mieux entretenue au monde, nous prenons l’opinion dominante sans la questionner. Souvent éloignés de l’essentiel à bâtir des hypothèses de projet de société, des hypothèses de constituante, oubliant de mettre l’emphase sur la question : qui décide, qui est à même de pouvoir penser, vouloir, décider, commander l’action ? Nous demeurons dans le cadre d’action des politiques publiques sociales. Tous nos partis politiques, sans exception au Québec, sont dérangés par l’optique fédéraliste.

L’usage de la réflexion, de la transmission de cette réflexion, est accessible à chacune, chacun, et a des conséquences sur notre liberté, tant individuelle que collective, majoritaire, politique.

Si tu fais un référendum pour convaincre, tu perds. Pourquoi ? Parce qu’il faut d’abord convaincre, et ensuite faire un référendum .

Cependant, cet exercice de l’esprit, demande un travail à long terme, indépendant des partis politiques qui ne peuvent que travailler à court terme, et bâcler un tel exercice s’ils devaient l’entreprendre : l’expérience des 50 dernières années démontre l’échec complet et total de la stratégie, de l’approche des souverainistes québécois. Si tu fais un référendum pour convaincre, tu perds. Pourquoi ? Parce qu’il faut d’abord convaincre, et ensuite faire un référendum. Vérité de La Palice. Ce travail demande du temps, beaucoup, activement, très, à l’extérieur des partis politiques pour rejeter le plus tôt possible la confusion et entrer le plus tôt possible dans l’état de vouloir être une majorité qui décide . Cet exercice demande de relever le niveau du travail et cet exercice de l’esprit exige patience, longueur de temps et une éducation qui valorise son acquisition.

Comme pour l’individu, il est donc difficile pour notre collectivité de s’arracher à son statut de minorité, devenu pour nous presque un état de nature. Nous nous y sommes même attachés, et nous sommes pour le moment réellement incapables de nous servir majoritairement de notre propre entendement, parce qu’on ne nous a jamais laissés nous y essayer. Après nous avoir mis en minorité à l’intérieur du Canada-Anglais, on nous a ensuite montré les dangers qu’il y aurait à essayer de nous administrer, sans aide, complètement nous-mêmes.

L’indépendance doit être recherchée pour elle-même, parce qu’elle est un bien en soi. Elle se définit comme la sortie de notre peuple de l’état de minorité. L’état de minorité est l’incapacité de se servir de son entendement sans être dirigé par un autre, le Canada-Anglais, formant la majorité constante. Ayons le courage de désirer, de vouloir, de rechercher, d’affirmer, de défendre notre capacité de penser et d’agir par nous-mêmes, sans aucun tuteur interposé.

Parlons ici de minorité et de majorité selon notre dépendance ou indépendance. Visons à relever les niveaux. Qu’est-ce que l’indépendance ? Tenir compte des autres, mais agir, sans tuteur, par nous-mêmes. Pourquoi nous servir de notre raison de manière autonome ? Parce que, penser et agir par soi-même nous fera vivre dans un état normal. Et nous pourrons alors suivre notre propre dynamisme en même temps que nous allons acquérir de nouvelles expériences, initiatives, expertises. Nous dirigerons vers l’avant. Cette liberté de penser et d’agir, sans tuteur, nous permettra enfin de vraiment nous développer, enrichir, épanouir, individuellement, et collectivement – source d’épanouissement pour la société toute entière dans tous les domaines de l’activité humaine. Un sentiment national qui nous allumera et nous illuminera. N’est-ce pas une ambition légitime et noble ?

Finalement

L’indépendance, pour s’y rendre, c’est un travail ardu, minutieux à accomplir par celles et ceux qui cherchent à sensibiliser les gens notamment sur « l’oppression essentielle » que nous vivons en tant que Québécois(es), avec beaucoup de militants(es) qui donnent calmement d’eux-mêmes, un altruisme où l’unique motif ici étant le désir de promouvoir la compréhension par la sensibilisation, qui cherchent à partager et à faire connaître et à retrouver les racines historiques et culturelles de l’idée d’indépendance au Québec.

RÉFÉRENCES

−Il y a huit ans.

INDÉPENDANCE DU QUÉBEC 246
LES « GROUPES RÉELS » SONT NÉCESSAIRES À L’INDÉPENDANCE DU QUÉBEC.
Comment peut-on sortir de l’impasse fédéraliste ?
Chronique de Bruno Deshaies jeudi 30 mars 2006
Source : http://www.vigile.net/Les-groupes-reels-sont-necessaires

−Il y a neuf ans.

INDÉPENDANCE DU QUÉBEC 212
SERREZ L’ÉTAU
Il n’y a plus de dernière chance pour la majorité MAJEURE canadian
Chronique de Bruno Deshaies jeudi 28 avril 2005
Source : http://www.vigile.net/archives/ds-deshaies/docs5/212.html

−Il y a dix ans.

INDÉPENDANCE DU QUÉBEC 191
Le Québec libéré des entraves du fédéralisme
« Imaginer le Québec souverain. »
Chronique de Bruno Deshaies jeudi 28 octobre 2004
Source : http://www.vigile.net/archives/ds-deshaies/docs4/191.html

NOTES

(1) PINARD, Maurice, BERNIER, Robert et Vincent LEMIEUX, Un Combat inachevé, Sainte-Foy, Presses universitaires du Québec, 1997, xvi + 368 p. ISBN 2-7605-0893-5. Voir le compte rendu dans Le Rond-Point des sciences humaines. http://www.rond-point.qc.ca/auteur/cr/pinard.html Ce « combat inachevé », en 1997, l’est encore en 2014. Le cirque médiatique des péquistes et la résistance des idées reçues parmi les prétendus indépendantistes n’inspirent surtout pas beaucoup de confiance dans le peuple. « Le mérite général de cet ouvrage écrit par un sociologue, un politicologue et un spécialiste de marketing gouvernemental et politique réside dans le fait que les « faiseux » d’histoire qui discutent de l’avenir du Québec, comme on discutait du sexe des anges au Moyen Âge, peuvent réviser leurs positions, car ils sont plutôt inspirés par la pensée magique. » Le même constat par Marc Lebel, « Les faux-semblants du fédéralisme canadien. » Dans L’Action nationale (juin 1998 http://www.vigile.net/archives/ds-souv/docs/lebel-ruines.html). L’A. est professeur à l’Université d’Ottawa. Il constate, en conclusion, que « …l’idéal fédéral auquel ils [les « réfractaires aux sirènes du nationalisme québécois »] ont adhéré en toute bonne foi est bel et bien une vue de l’esprit. » Près de 20 ans après le deuxième référendum, peut-on affirmer franchement que les indépendantistes sont conscients de l’essentiel du combat qu’ils désirent mener ? Le rejet qu’ils ont subi, le 7 avril dernier, coule sur eux comme l’eau sur le dos d’un canard. Toujours la lutte nationale au deuxième degré : Comment est-on gouverné ? au lieu de s’interroger sur le Qui gouverne ? Or, la lutte NATIONALE porte sur l’agir par soi collectif, donc sur la maîtrise de sa vie collective à côté d’autres nations mais maîtresses chez elles. Elle n’est pas une lutte DANS le régime mais SUR le régime. Dans ce cas, la nation maîtrise comme majorité un État souverain. Sur ce point essentiel, l’article 1 du PQ, depuis son origine, est trop vaseux. Il a entraîné et il traine encore les scories des multiples interprétations souverainistes qui sapent la crédibilité des péquistes et du Parti québécois lui-même. Les indépendantistes sont confus sur ce point central de l’enjeu séparatiste.

(2) Michel Lebel, « Des "mineurs" ? » 23 septembre 2014 08 h 04. « Est-ce être un "mineur" (d’après Kant) que de vivre dans un État souverain composé de plusieurs nations, tel le Canada ? Je ne le crois pas, n’ayant jamais considéré le Canada ou le Québec comme étant des "mineurs". » (Réf., note 3)

Jean-Marc Pineau - Inscrit
23 septembre 2014 10 h 49
Le Devoir, Commentaires : http://www.ledevoir.com/international/europe/419159/kant-et-l-ecosse

Je crois que M. Lebel fait semblant de ne pas comprendre le sens du mot « mineur » employé ici par M. Gagnon et dans les citations de Kant. Je me serais attendu de la part d’un « professeur de droit constitutionnel » à une compréhension plus large des concepts de « minorité » et de « majorité ».

Qu’on le veuille ou non, la « nation » québécoise aura beau vouloir s’émanciper dans ce « plusss meilleur pays au monde » appelé Canada qu’elle sera toujours une « minorité » entre toutes les nations si chères à M. Lebel et à tous les « tuteurs » autoproclamés.

Aussi longtemps qu’il existera dans ce « plussss meilleur pays au monde » des épouvantails despotiques à la Pierre Elliott-Trudeau, Stéphane Dion, Jean Chrétien, etc., les Québécois seront toujours des « mineurs » que l’on doit tenir sous la tutelle « éclairée » de nos bons fédéralistes à œillères.

Les Québécois sont si loin de leur émancipation, de leur majorité assumée, que nos tuteurs fédéralistes décident pour eux de ce qui est bon et de ce qui ne l’est pas. Les Québécois sont si peu capables de penser et de décider par eux-mêmes et pour eux-mêmes que les « grands démocrates fédéralistes » (il faut rire, ici) leur imposent une constitution qu’ils ont refusée et qu’ils refusent toujours. On leur enfonce dans la gorge des lois qui vont à l’encontre de la culture, des valeurs des Québécois. Et l’on voudrait nous faire croire qu’on a beaucoup de respect pour cette « minorité » dérangeante que représentent pour eux les Québécois.

Si nos « tuteurs » (lire « épouvantails » à la Dion et compagnie) étaient si éclairés, ils auraient un peu plus de respect pour l’intelligence des Québécois.

Les fédéralistes qui prétendent vivre « dans un État souverain composé de plusieurs nations, tel le Canada » nous dirons qu’ils se considèrent « majeurs », oubliant que cette conception de leur majorité est en effet une affirmation de leur rôle de « tuteurs » qu’ils imposent et veulent continuer d’imposer aux Québécois. [Voir infra note (3).]

(3) Cette réflexion est inspirée des idées exprimées par Alain Gagnon, « Kant (1724-1804) et l’Écosse. » Dans Le Devoir, 23 septembre 2014, p. A7 (Rubrique des Idées/Opinion). http://web2.ledevoir.com/international/europe/419159/kant-et-l-ecosse Il faut lire les commentaires qui tirent dans toutes les directions : démocratie, corruption, pouvoir, les riches ont l’argent, le peuple décidera des lois, ni mineur ni majeur, république, constitution, indépendance, égal et pas égal, minorité, majorité, mineur vs majeur, etc.

Il n’en demeure pas moins que le commentaire de M. Jean-Marc Pineau en réponse à celui de M. Lebel exprime le sentiment d’un courant suffisamment fort qui rejette le romantisme politique d’une certaine élite dite indépendantiste qui surfe sur le souverainisme qui n’est rien d’autre que de l’autonomie provinciale plus ou moins améliorée. De même dans le camp des fédéralistes, ce rêve tenace de réforme de la nation au sens Étatique, juridique, soit l’État-nation(s), qui brouille les conditions d’une nation vraiment indépendante. La posture fédéraliste doit être combattue par un discours franchement indépendantiste.

Commentaires

  • Bruno Deshaies, 24 octobre 2014 12h06

    • Bruno Deshaies, 2014-10-24 11:43

    Monsieur Gignac,

    « Le vrai combat ne s’organise pas − il s’étiole. » (Bruno Deshaies)

    Une partie de la solution que vous proposez est de l’ordre de la lutte nationale sur la manière de gouverner. On n’aime pas le style Harper ou celui de Couillard. Avant le référendum et avant une constitution provinciale provisoire et avant que le PQ se fasse réélire au gouvernement et avant d’avoir vu le Pays dans une boule de cristal mais avant d’avoir surtout convaincu une majorité démocratique solide, on s’en reparlera dans 10 ans ou 20 ou 30 ou 40 et même dans 50 ans. C’est la courbe historique d’une nation annexée qu’il faut modifier fondamentalement.

    Vous allez avoir besoin de beaucoup d’histoire pour en faire comprendre les conséquences néfastes qui conduisent à une dépossession de nous-mêmes comme collectivité nationale (soit une privation, un manque non recouvré, non récupéré) qui ne se limite pas à l’identitaire. La nation au sens intégral englobe tous les aspects de la vie et des conditions de vie d’une société nationale ce qui, d’ailleurs, fait de notre société son caractère unique. Notre société a donc besoin pour s’épanouir pleinement d’une maîtrise complète de sa vie collective. Sur ce point névralgique, l’indépendance est nécessaire et un bien en soi.

    La survivance c’est ce qui reste à quelqu’un qui n’a pas suffisamment pour vivre. [...] Ce qui est intéressant, c’est la vie, c’est la direction de sa vie. Cependant, pour les Canadiens-français, la source du pouvoir politique se trouvant à Ottawa est aussi étrangère que si elle était à Londres ou à Washington. (Guy Frégault, 1956.)
    http://www.rond-point.qc.ca/rond-point/histoire/la-notion-dindependance-dans-lhistoire-du-canada-2/#haut

    Dans le contexte du Québec jusqu’aux années 1950, Séguin a raison d’affirmer ce qui suit :

    Agriculturisme et fédéralisme sont deux notions incomplètes de la réalité nationale. Ce sont des déviations qu’on peut expliquer, mais qui n’en restent pas moins les symptômes d’un grave bouleversement, d’un grand dérangement, dans l’évolution nationale d’un peuple (1).

    Mais si l’on changeait le mot « agriculturisme » par celui de « souverainisme et fédéralisme » quel changement se passerait-il ? Nous ne devrions pas être surpris, car nous serions toujours devant le même problème, c’est-à-dire devant « deux notions incomplètes de la réalité nationale ». La plus belle preuve de notre « grand dérangement », c’est-à-dire de cette gêne occasionnée par une perturbation extérieure, qui nous oppresse en permanence. C’est ce discours sur l’indépendance qui se limite à une litanie de mécontentements ataviques qui n’a pas encore soulevé la lame de fond qui entraînerait la transformation espérée par la majorité silencieuse d’indépendantistes qui récusent les cheminements tortueux de l’élite politique souverainiste.

    Or, celle-ci n’est pas portée à écouter. Elle préfère se rabattre sur la défense de « la grande cause » ou de « pour la Patrie » ou encore de « la cause avant tout » qui se limite finalement à conserver « notre butin », c’est-à-dire de ce qui nous reste pour survivre collectivement. De toute façon, ce sont des expressions fourre-tout comme voler de ses propres ailes. Même Cap sur l’indépendance est devenu un pis-aller. On jase…

    Après deux échecs référendaires et une situation financière et économique pitoyable qui se préoccupe de constitution provisoire et d’une constituante dans la population en général et chez les indépendantistes qui ne voient pas là dans les actions proposées par le milieu nationaliste une planche de salut. Le vrai combat ne s’organise pas − il s’étiole. L’élite souverainiste s’accroche à de vieux schèmes politiques qui ne favorisent pas la création d’un sentiment national fort. À QUI s’adresse le message des indépendantistes est le plus important défi à relever.

    Notre interlocuteur doit être amené à mieux comprendre l’histoire du Québec de ses origines à nos jours. Il ne doit pas être ni diverti par les événements ponctuels du moment ni abreuvé de dates ou d’événements qui ne font que le récit de notre passé ou de répondre à la satisfaction du devoir de mémoire. Les citoyennes et les citoyens au Québec ont droit à une explication historique qui leur fera comprendre que la maîtrise de l’agir collectif l’emporte en valeur sur la manière d’agir. En d’autres termes, le gouvernement du Québec doit être doté de la souveraineté complète de l’État qui lui permettra de conserver la liberté et les moyens d’agir collectivement. Or cet agir collectif propre de la nation souveraine est d’un ordre bien supérieur à « conserver ses lois, sa langue, etc. ».

    Pour n’importe quelle nation, l’indépendance, la collaboration, l’autonomie non moins nécessaire et l’agir (par soi) comme richesse d’être, puis le remplacement en tant qu’oppression essentielle, est une substitution de la prépondérance et de la suprématie d’un autre est intrinsèquement incompatible avec l’indépendance complète.

    À leur corps défendant, les indépendantistes doivent s’appuyer sur le concept de l’indépendance fondé sur la définition de l’agir par soi collectif. Une telle position exige une action concertée et organisée et non se réduire à des avatars ou des simulacres d’indépendance qui divisent, ennuient, découragent et éloignent ceux et celles qui ne souhaitent pas se faire mener par des chefs de file qui n’ont pas une pensée éclairante et stimulante et constamment, dans leur esprit, à la croisée des chemins ou à la remorque des sondages.

    Les déchirements entre les indépendantistes (2) tiennent principalement au fait que les moyens se substituent à la fin. Ce n’est pas seulement un parti politique qui est en cause mais particulièrement les individus et la société (civile) comme unité politique. Dans un premier temps, l’obtention de la souveraineté de l’État du Québec doit être LA priorité de l’action collective de la nation qui se considère majeur/majorité. La population ne ressent pas que le but est clair. Le discours est abscons. Et ce n’est pas l’écriture d’un document de 600 pages qui pèsera bien lourd dans la balance.

    À mon humble avis, l’attente est tellement grande que les indépendantistes-séparatistes désespèrent de ne pas parvenir à travailler dans la même direction avec des idées communes clairement partagées. Les défenseurs de l’indépendance nationale du Québec ont un gros problème de communication à résoudre (3). Ils ne peuvent faire l’économie d’une réponse sérieuse à ce défi démocratique. Les pirouettes sémantiques sont terminées. Les Québécois doivent apprendre à penser dans l’optique indépendantiste. C’était le but de cette chronique d’en rappeler l’évidence.


    (1) Histoire de deux nationalismes au Canada, p. 7.

    (2) Mot épicène qui représente à la fois les souverainistes-confédéralistes, les indépendantistes de l’autonomie améliorée et les indépendantistes-séparatistes qui veulent briser le « plusse grand pays » du monde ainsi que des fédéralistes-optimistes qui croient dur comme fer au « vrai » fédéralisme. Peut-on admettre que les citoyens et les citoyennes en présence de toutes ces « élites » bien-pensantes restent perplexes ? D’où une réaction du peuple souverain comme celle du 7 avril dernier.

    (3) Ce problème est réglé dans le camp fédéraliste pur et dur. Voir Indépendance nationale du Québec 415 : « Ce peuple de la Nouvelle-France peut-il cesser de vivre en permanence comme une nation annexée ? Seule la conscience nationale des Québécois peut répondre à cette question. » Chronique de Bruno Deshaies, vendredi 16 mai 2014 (reprise et mise à jour de la chronique du 28.09.2000). http://www.vigile.net/Ce-peuple-de-la-Nouvelle-France

  • André Gignac, 21 octobre 2014 13h56

    Monsieur Deshaies

    Pour réaliser l’indépendance du Québec, ça prend une volonté politique et je ne la vois pas du tout en ce moment. J’en démords pas : pour que les Québécois deviennent conscients de leur vraie identité nationale qui est QUÉBÉCOISE ; il faut sortir du statu quo actuel, de cette confusion identitaire bien entretenue par la propagande fédéraliste "canadian" de Gesca, de Radio-Canada (Radio Pravda) et par leurs entremetteurs fédéralistes à l’Assemblée Nationale.

    Le PQ qui se dit souverainiste (hic !) devrait attaquer continuellement les politiques de Harper dont plusieurs sont dirigées contre le Québec et avec mes impôts en plus. C’est comme ça qu’il faut se forger une identité nationale québécoise forte. Je suis allé à l’école du RIN et de Pierre Bourgault et ce que je vois aujourd’hui au niveau politique pour réaliser l’indépendance, c’est honteux ! Pas surprenant que le statu quo actuel soit si populaire et qu’on ne veuille pas en sortir.

    L’idée du référendum au PQ provient des fédéralistes, de la CIA et du SCRS qui ont infiltré ce parti ; ils savent trop bien que c’est la formule gagnante pour empêcher la réalisation du pays québécois. Ça l’a marché par deux fois pour eux et ils ne changeront pas leur plan de match surtout avec l’arrivée de 800 000 nouveaux immigrants au Québec (un vrai suicide collectif !) depuis le dernier référendum de 1995.

    Qu’attend le PQ pour pour faire le ménage, une vraie purge dans ses rangs ? La solution, c’est de mettre le peuple dans la rédaction d’une constitution québécoise d’ici les prochaines élections générales comme les Islandais l’ont fait dans leur pays et en mettant dans la tête des Québécois, qu’advenant une victoire du PQ, le processus d’accession à l’indépendance se mettra en marche immédiatement pour une reconnaissance du nouveau pays au niveau international.

    C’est tout de suite qu’il faut bouger pas à la veille des prochaines élections. En plus, ça prend rapidement un média québécois pour vendre l’idée de l’indépendance et pour contrer la propagande fédéraliste sinon c’est perdu d’avance. VIVE LA RÉPUBLIQUE DU QUÉBEC !

    André Gignac 21/1014

  • Bruno Deshaies, 15 octobre 2014 11h17

    • Bruno Deshaies, 16 octobre 2014 11 : 06

    Monsieur Gignac,

    Je comprends votre point de vue mais mon questionnement va plus loin que les tractations politiciennes quelles qu’elles soient. Je sais que le PQ et tous les partis politiques au Québec sont dans la lutte nationale au deuxième degré. C’est le comment on est gouverné. L’imposture vaut autant pour les fédéralistes que pour les souverainistes ou les nationalistes un peu autonomistes (p. ex. : le Rapport Allaire, la Commission Bélanger-Campeau).

    Au sujet des critiques du comportement politique du gouvernement fédéral et du Canada-Anglais, c’est une bataille qui dure depuis des générations. Il suffit d’étudier l’histoire du Canada et des "Canadiens" pour le comprendre. La lutte nationale au deuxième degré est vouée à l’échec indépendantiste. Vous n’éduquerez jamais les Québécois avec ce discours que j’ai qualifié jadis de « ton plaintif ». Le plus loin où nous sommes allés dans ce sens, ce fut avec la loi sur l’impôt provincial pour faire respecter l’autonomie provinciale. Le premier ministre Louis Stephen St. Laurent a répliqué, en 1954, avec cette déclaration sans équivoque : « Le Québec est une province comme les autres. » C’est l’essence même du fédéralisme canadien. De l’époque de John A. Macdonald à Stephen Harper, c’est le même discours en vue de maintenir l’unité canadienne.

    Vous dites bien : « S’ils étaient vraiment libres, les dirigeants de ce parti [le PQ] attaqueraient continuellement les politiques du gouvernement Harper… ». Mais alors, pourquoi ne sont-ils pas libres ? Parce qu’ils ne comprennent même pas qu’ils ne parviennent pas à mettre en place les bases de la lutte nationale au troisième degré, celle de la prépondérance et de la suprématie d’un État national souverain en-dehors des contraintes de la soumission à l’intérieur d’un État bicéphale de type fédératif.

    Pour décrire le phénomène, disons que nous sommes en présence d’un fédérant (soit l’État fédéral du Canada), majeur, et de fédérés, mineurs mais majoritaires, d’une part (le Canada-Anglais), qui s’appuient sur leur État central ou national, puis, d’autre part, un appendice provincial différent (?) : le Québec – fédéré, minoritaire et mineur, subordonné et superposé.


    Les indépendantistes doivent comprendre et s’entendre sur le principe de la souveraineté de l’État national et de la nation comme majeure, majoritaire, au Québec. Pour cela, il faut se défaire des raisonnements fédéralistes. Il faut proposer aux Québécois cette ambition d’assumer leur agir par soi collectif pour l’édification de leur unité nationale complète.

    Nous serons libres quand nous oserons penser en indépendantistes. Lutter contre Harper ou demain contre Mulcair ou Trudeau, ce sera encore du pareil au même. Il faut sortir de la politique politicienne !

    Quelques références en guise de réflexion

    Bruno Deshaies, « Le problème « national » des Canadiens-Français. Nature du conflit national au Canada selon l’historien Maurice Séguin. » Vigile.net, chronique du 22-06-2000. http://www.vigile.net/archives/00-6/deshaies-21.html

    François Robichaud, « Vivre, c’est agir. » Le Rond-Point des sciences humaines, 14-10-2004. http://www.rond-point.qc.ca/rond-point/histoire/seguin/vivre_agir-seguin.html#haut

    Histoire de deux nationalismes au Canada (version télévisée, 1963-1964, et publication en 1997), p. 26-30, 126-127 et 141 et les notions d’« agir par soi collectif » et son contraire « le remplacement » qui est le fait de l’annexion. Les Normes. http://www.rond-point.qc.ca/rond-point/histoire/seguin/normes-324a.html#haut Voir le compte rendu du professeur Claude Couture. http://www.rond-point.qc.ca/rond-point/histoire/040120ar.pdf

  • André Gignac, 12 octobre 2014 11h09

    Monsieur Deshaies

    À votre question qui pense ? Pas beaucoup en tant que Québécois qui sont vraiment conscients de leur identité nationale et qui se sentent majoritaires dans leur pays éventuel le Québec en attendant que ce pays se concrétise. Tous les médias "mainstream" sont contrôlés ici par l’establishment "canadian" fédéraliste même la direction du Parti Québécois (voir mon commentaire suite au dernier article de Pierre Bouchard publié sur Vigile la semaine dernière).

    Comment voulez-vous que ce parti, le PQ, fasse prendre conscience aux Québécois de leur aliénation collective si ce parti est contrôlé de l’intérieur ? S’ils étaient vraiment libres, les dirigeants de ce parti attaqueraient continuellement les politiques du gouvernement Harper de tous les côtés (ce ne sont pas les occasions qui manquent : le transport du pétrole de l’ouest sur notre territoire, le pont Champlain, l’implication du Canada en Irak avec l’argent de nos impôts etc.) C’est comme ça qu’on politise la masse à penser par elle-même pour décider de se prendre en main non ? Pas surprenant que nous tournons en rond et que nous sommes incapables de nous brancher.

    André Gignac 12/10/14

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