«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Des conditions piégées !

Pauvre PQ !

Le PQS : en rire ou en pleurer ?

Les égarements de Jean-François Lisée

Chronique de David Leroux
mardi 22 novembre 2016
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Ceux qui voyaient en cette main tendue de Lisée vers Québec Solidaire en vue d’une coalition électorale progressiste pour battre les libéraux en 2018 une stratégie génialissime visant à montrer la psychorigidité de QS sont, depuis deux jours, ramenés sur terre par les faits. Les solidaires se font maintenant tout miel. C’est que le petit jeu présumément stratégique du PQ se joue aussi à deux et, que l’on aime cela ou pas, Québec Solidaire, derrière ses airs vertueux et purs, comprend parfaitement bien l’essence machiavélique du jeu politique.

Le PQ est pris à son propre jeu maintenant, puisque les solidaires proposent désormais la formation d’une coalition électorale. La position forte de Québec Solidaire dans la négociation des termes d’une coalition électorale avec le PQ – et tout autre parti, d’insister Françoise David – se confirme donc aujourd’hui. Il devient clair qu’un tel scénario de coalition se fera, mais ne se fera qu’aux termes de Québec Solidaire, et non aux termes du Parti Québécois.

Que doit-on penser, en tant qu’indépendantistes horrifiés devant un PQ archi-velléitaire, de la proposition solidaire qui jette les termes de ce que le PQ devra abdiquer ou modifier de son programme pour ne pas avoir l’air du joueur qui crie à la convergence et qui dédaigne à la faire advenir lorsque l’occasion se présente ? Voyons voir.

Présomptions électorales

D’abord un bref mot un peu technique. Les comportements électoraux des Québécois ne sont pas une variable qui se prédit aisément avec exactitude. Bien entendu, une analyse rapide peut laisser présager qu’une coalition électorale qui verrait une proposition PQS pour 2018 permettrait de faire basculer le vote libéral de plusieurs comtés chauds en faveur de la coalition progressiste. En effet, en additionnant les voix recueillies par le PQ et par QS en 2014, plusieurs comtés acquis au PLQ passent du côté lumineux de la force. Arrêter-là notre analyse relève toutefois de la simplification outrancière.

Il faut d’abord prendre en ligne de compte la forme que prendrait cette coalition électorale. Il s’agirait non pas d’une fusion formelle des deux partis, même temporaire, mais plutôt d’une entente entre le PQ et QS pour ne présenter qu’un candidat pour ces deux formations dans divers comtés de la province. Ainsi, par exemple, le PQ pourrait être appelé à « laisser » QS prendre Hochelaga en ne lui présentant pas d’opposant. QS serait appelé à faire de même pour d’autres comtés. On procéderait ainsi pour chacun des 125 comtés du Québec, ou bien pour certains comtés ciblés et plus chauds.

Une fois cela fait, toutefois, il s’agit de prier. Il s’agit d’espérer que l’électeur embarque dans le jeu et procède selon les recommandations de la coalition, c’est-à-dire que les électeurs péquistes appuient le candidat solidaire et que les électeurs solidaires appuient le candidat péquiste. C’est ici, principalement, que le bât blesse, car un électeur n’est pas un militant partisan, et il procède à son choix électoral beaucoup plus indépendamment que ce dernier. Présumer de la transférabilité des votes est donc un pari risqué. Moult péquistes sont allergiques à QS, moult solidaires sont dégoûtés par le PQ. Cette tendance s’observe aussi dans l’urne chez les citoyens non-militants. C’est ici qu’entre en jeu l’aspect idéologique de l’hypothétique coalition PQS.

L’inextricable perdition des indépendantistes

C’est le noeud du problème que nous aborderons ici. Premièrement, il faut revenir sur cet état de fait clair et net : la position du Parti Québécois comme joueur faible dans le processus de négociation des termes d’une coalition électorale se confirme. En quémandant la formation d’une coalition aux Solidaires, un parti qui a encore beaucoup à gagner en continuant à faire cavalier seul, le Parti Québécois s’est dépeint lui-même sous le pire de ses jours, c’est-à-dire en tant que grand parti de pouvoir désormais incapable de s’opposer aux libéraux à cause de la fragmentation du vote francophone.

Au lieu de miser sur l’accentuation des contrastes entre son identité politique et celle des autres partis du Québec en gardant à l’esprit que son ultime objectif reste, jusqu’à nouvel ordre, la réalisation de la souveraineté, le PQ s’est plutôt enfoncé jusqu’au cou dans le piège vaseux tendu par les idéologues de la gauche québécoise en admettant qu’il devait, avant tout, redevenir un « vrai parti progressiste » pour courtiser l’électeur québécois qu’on dépeint faussement comme naturellement gauchiste. La position du PQ devient donc la suivante : un indépendantisme très tiède (JF Lisée ne manque pas une occasion de marteler que l’indépendance ne peut pas arriver maintenant) et un progressisme repentant.

Québec Solidaire, en tant que parti n’ayant jamais eu à exercer le pouvoir, aura toujours le haut du pavé dans la pureté progressiste au Québec. La partie à savoir si le PQ réussira à se distinguer sur la gauche face à QS est perdue d’avance. La position dans laquelle le Parti Québécois s’est placé lui permet, en plus, de se faire battre en brèche par QS sur le plan de la souveraineté. Pourtant, jusqu’alors, le PQ avait su garder l’avantage sur ce terrain en faisant passer les solidaires pour des souverainistes qui plaçaient le projet sous la condition expresse de sa soumission à son idée du progrès. Maintenant que le parti de la souveraineté se retrouve à mettre ouvertement l’indépendance sur la glace, Québec Solidaire peut se positionner comme plus souverainiste que le PQ lui-même et exiger de ce dernier une approche plus volontaire.

Voici donc les conditions auxquelles QS accepterait de former une coalition électorale.

  • La fin de l’austérité et un réinvestissement dans les services publics
  • Le féminisme comme valeur partagée
  • La fin du développement des hydrocarbures en sol québécois
  • Un mode de scrutin proportionnel
  • Un projet indépendantiste inclusif
  • La reconnaissance du droit à l’autodétermination des Premières Nations

Dans les grandes lignes, on peut dire qu’il s’agit de six beaux objectifs auxquels il est facile d’adhérer vertueusement, mais qui recèlent tous des pièges quant à leur atteinte qui rendront la convergence impossible à moins d’un PQ prêt à de très grands sacrifices, prêt, autrement dit, à se québecsolidariser, à abandonner ce qui distingue son programme de celui de QS. C’est ce qu’on appelle une assimilation politique. Les péquistes accepteront-ils cela ? J’espère que non, mais il est maintenant trop tard pour s’y refuser sans nous peinturer dans le coin politiquement.

Plus spécifiquement, les trois dernières conditions sont celles qui posent le plus problème. Sans surprise, on devine au point 5. un désir de dénaturer le projet d’indépendance en le délivrant de sa pourtant nécessaire composante identitaire. Répétons-le. Créer un pays, c’est rajouter une frontière au monde, c’est de définir une citoyenneté, c’est donc de distinguer, de discriminer le Québécois du non-Québécois.

Le délire inclusif tend vers une définition identitaire totalement désincarnée où « est Québécois qui veut » et ultimement vers la dissolution du principe à la base même de la citoyenneté. Je ne saurais mettre trop en garde les indépendantistes de s’abandonner davantage que maintenant à l’inclusivisme à la mode, à plus forte raison que le Québécois non-métropolitain n’adhère pas de manière clairement enthousiaste à cette forme de dénationalisation libérale-libertaire véhiculée par la gauche métropolitaine.

La question du droit à l’auto-détermination des premières nations est aussi un beau principe d’apparence moralement très noble, mais très difficile à articuler dans le cadre d’une entreprise sérieuse de création d’un État du Québec. Au-delà du principe d’auto-détermination des peuples sur lequel on s’appuie pour faire la promotion de cette idée se trouve un autre principe encore plus fort, celui de la souveraineté effective.

Un peuple a beau vouloir s’auto-déterminer, il lui faut, après avoir formulé son souhait, se constituer en entité souveraine. L’appel à reconnaître le droit à l’auto-détermination des premières nations est donc un pensez-y-bien pour le mouvement indépendantiste Québécois. La question des peuples autochtones en est une éminemment complexe et les inclure en tant que tels et non en tant que Québécois dans le projet de pays affaiblit considérablement ce dernier, tant au niveau territorial qu’au niveau de l’identité nationale.

La simple invitation du chef innu Ghislain Picard à un Conseil National du PQ en 2015 avait suffi, on s’en souviendra, à mettre sur la table la possibilité de la partition du territoire du Québec à travers la déclaration de Picard comme quoi il était en faveur de l’indépendance de la nation… innu. Proposer l’inclusion des premières nations dans le projet québécois me semble autrement moins risqué que d’ouvrir la boîte de Pandore communautarisante radicale de leur auto-détermination.

Finalement, l’instauration d’un mode de scrutin proportionnel – pas même un mode mixte avec composante proportionnelle – pose la question de la représentativité politique de la façon la plus grossièrement partisane qui soit. Au lieu de réfléchir aux principes de la représentativité politique et aux multiples façons d’y parvenir de manière à trouver la plus adaptée au contexte québécois, Québec Solidaire mise sur l’approche qui l’avantage le plus électoralement en tablant sur l’entretient du mythe selon lequel la proportionnalité pure est l’apothéose de la démocratie et la panacée pour lutter contre le cynisme citoyen.

Rien n’est pourtant moins certain, car la question de la représentation en politique en reste une qui soit extrêmement troublante. On comprend que dans un monde où l’individu est de plus en plus considéré comme l’unité politique absolue, l’approche proportionnelle soit séduisante pour ceux qui se sentent personnellement bafoués par le fait de perdre leur élection dans leur comté. Si cette idée est séduisante, elle mène toutefois à une fragmentation de l’offre politique et à la formation potentielle d’un bourbier parlementaire où l’effectivité gouvernementale s’étiole en même temps que la puissance politique du peuple doté de ce système.

Sans condamner totalement la proportionnalité, l’importance d’en discuter la pertinence me semble plus grande et plus importante que le fait d’en faire grossièrement la promotion sachant qu’elle nous avantagera électoralement à l’avenir. Le Parti Québécois ayant déjà, par le passé, proposé une réforme du mode de scrutin pour l’abandonner une fois au pouvoir, on le voit mal se positionner positivement face à cet enjeu autrement qu’en loup repenti ramené à l’ordre par un groupe tout aussi politiquement intéressé que lui mais ayant maintenant l’air d’un curé vertueux.

Il n’y a pas à dire : le navire indépendantiste péquiste semble en perdition. On croyait avoir trouvé en Lisée, à défaut d’un chef de guerre souverainiste, un chef capable de porter le nécessaire combat identitaire et de raffermir la colonne vertébrale d’un parti en recherche de son énergie vitale. Les premiers mois de son règne sont maintenant officiellement d’un contraste affolant avec ce qu’on attendait de lui, et la position dans laquelle nous nous trouvons désormais par rapport à Québec Solidaire vient, hélas, consacrer le côté en apparence inextricable de la périlleuse situation qu’est la nôtre.

Commentaires

  • Robert J. Lachance, 2 décembre 2016 20h25

    Météo-politique intéressante sur Le temps qu’il fait sur mon pays. Vous fallait le dire » à des amis.

    http://www.frmusique.ru/texts/v/vigneault_gilles/tempsquilfaitsurmonpays.htm

    Jean-François Lisée propose, la députation en cause, en attendant que le parti appose ou dispose en septembre 2017 à son congrès national. C’est la démocratie. Dans cet ordre ou désordre, c’est selon.

    Vous en savez trop pour moi sur beaucoup, je vais m’en tenir à la représentativité.

    J’admets avec vous qu’un mode de scrutin proportionnel ne règle pas tout, en particulier le droit de vote des moins et moindres de 18 ans qui représentent tout de même proche 20 % de la population. Ou si vous examinez autrement, la suppression d’un droit de vote complet à disons 2 millions de parents.

    http://www.dicopo.fr/spip.php?article88

  • Robert Lemieux, 1er décembre 2016 12h55

    En politique avoir un rêve pour un pays ne relève pas que du simple optimiste. Je milite depuis 30 ans pour le Parti québécois et je ne suis pas le fruit d’une génération spontanée. J’ai appris mon histoire, j’ai appris les valeurs sous-jacentes au Parti et je crois à la création d’un État pour le Québec.
    Comme dans tous pays, nos valeurs se doivent d’être enseignées et partagées pour éviter le communautarisme et favoriser un vivre ensemble plus épanouis... merci à M. Lisée pour nous redonner espoir envers l’avenir d’un vivre collectif québécois.

    « Québec suicidaire » lui s’inscrit dans une vision go-gauchisante diffusant son moralisme professoral. Avec le départ éventuel de David et de M. « Quoidire », la madame Manon, sera sûrement rejoins par Nadeau-Dubois en mal de micro pour exprimer ses analyses « socialo-socialisante. ». Il n’a pas encore compris comment il est instrumentalisé et par les médias fédéralistes.

    M. Lisée avance très habilement dans la joute politique, il a déjà repoussé QS dans un coin de la patinoire en les obligeants a révélé leurs contradictions concernant leur « lien » avec le multiculturalisme et leur tiède appui à l’indépendance.

    Alors on se calme, on observe, mais surtout on milite, pas juste pour se lire, mais dans l’action.

  • Thérèse-Isabelle Saulnier, 25 novembre 2016 15h34

    « Il n’y a pas à dire : le navire indépendantiste péquiste semble en perdition. On croyait avoir trouvé en Lisée, à défaut d’un chef de guerre souverainiste, un chef capable de porter le nécessaire combat identitaire et de raffermir la colonne vertébrale d’un parti en recherche de son énergie vitale. Les premiers mois de son règne sont maintenant officiellement d’un contraste affolant avec ce qu’on attendait de lui, et la position dans laquelle nous nous trouvons désormais par rapport à Québec Solidaire vient, hélas, consacrer le côté en apparence inextricable de la périlleuse situation qu’est la nôtre. »
    - On ne peut mieux exprimer ce que je pense…

  • J. Binette, 23 novembre 2016 08h59

    En une phrase , tout est dit : La position du PQ devient donc la suivante : un indépendantisme très tiède (JF Lisée ne manque pas une occasion de marteler que l’indépendance ne peut pas arriver maintenant) et un progressisme repentant.
    Ce n’est pas le progressisme qui fait problème, ça fait longtemps qu’il est au programme du PQ,, mais le tiède engagement pour le pays qui démobilise les indépendantistes.

  • Erik L, 23 novembre 2016 04h38

    Le PQ est sur le respirateur artificiel, car juste le fait de "quêter" une alliance avec les infâmes de QS démontre la vision de feu Jacques Parizeau : "Le PQ est un champ de ruines". Il n’y a aucun avenir avec un tel amalgame politique sinon une confrontation idéologique. Jean-François Lisée est une sorte de "Talleyrand" québécois, un serpent dont les prises de positions sont tordues et malicieuses.

  • Gaston Carmichael, 22 novembre 2016 20h10

    N’oubliez pas que l’objectif est de prendre le pouvoir en 2018. Pas de faire l’indépendance un de ces jours !

    C’est ça que la majorité des membres du PQ ont entériné, et ils n’auront pas plus que ça.

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