«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Le bras armé du gouvernement Couillard ?

Le PLQ reprend le contrôle de la SQ

Où sont les médias ?

Tribune libre de Vigile
jeudi 27 avril
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NDLR : Article remis en ligne le 27 avril 2017 en raison de sa pertinence à l’actualité courante.

Le Parti libéral du Québec (PLQ) a repris le contrôle de la Sûreté du Québec (SQ) pour en faire son bras armé lorsque le printemps 2015 arrivera.

Au milieu du mois d’août, la nouvelle ministre de la Sécurité publique, Lise Thériault annonce le départ de Mario Laprise du poste de directeur de la SQ et crée un comité présidé par Marie Gagnon, directrice de l’École nationale de police du Québec, Robert Lavigne, ex-directeur de la SQ, Richard Bélanger, ex-agent et officier de la SQ et Danièle Montminy, ex-sous-ministre associée au Conseil exécutif sous Jean Charest.

Ce comité doit soumettre une liste de trois candidatures au Ministre de la Sécurité publique. Ce processus de sélection se termine au plus tard, le 14 novembre 2014. Cette opération décrite par la ministre comme le moyen de démocratiser le choix d’un nouveau directeur à la SQ n’est pourtant qu’un leurre. Le comité est composé de trois personnes qui ont ou ont eu des liens très étroits avec la SQ (Marie Gagnon, Robert Lavigne et Richard Bélanger ou avec Jean Charest (Danièle Montminy).

Ce comité ne choisit pas le nouveau directeur de la SQ, il propose simplement une liste de trois candidats potentiels ; il est clair que la nomination définitive revient à Lise Thériault et en dernière instance, au Conseil des ministres.

Dès le 23 octobre 2014, ce Conseil entérine le choix de Lise Thériault : Martin Prud’homme, ex-sous-ministre associé au Ministère de la Sécurité et ancien policier et cadre de la SQ. La ministre veut que ce nouveau directeur entre en fonction dès le 27 août, date bien à l’intérieur de l’échéancier prévu.

Cette nomination, quoique peu surprenante, nous permet de constater que le PLQ a repris, très rapidement le contrôle de la SQ sans craindre la réaction des médias traditionnels.

En moins de trois mois, le PLQ mène son coup de force à terme. La SQ a maintenant un directeur, Martin Prud’homme, qui est aussi le gendre de Robert Lafrenière, nommé par Jean Charest, en 2011, directeur de l’Unité permanente anticorruption (UPAC).

Mais la ministre va beaucoup plus loin dans sa mainmise sur la SQ. La présidente de ce comité de sélection, Marie Gagnon, ex-directrice de l’École nationale de police du Québec, est nommée par le Conseil des ministres, dès le 12 novembre 2014, sous-ministre associée à la Direction générale des Affaires policières du Ministère de la Sécurité publique. Sous cette direction, il y a entre autres, la direction de la sécurité d’État et la direction de la prévention et de l’organisation policière.

En outre, à l’intérieur de la SQ, Dominique Lafrenière, fille de Robert et épouse de Martin Prudhomme devient responsable en octobre 2014, du Service des projets d’enquêtes spécialisées qui relève de la grande fonction des enquêtes criminelles.

En somme, Lise Thériault fait en sorte que des initiatives comme les perquisitions et les rencontres avec des permanents au siège social du PLQ à l’été 2012 et l’automne 2013 ne se renouvellent plus. N’oublions pas que l’UPAC est une créature et sous l’autorité du Ministère de la Sécurité publique.

Sous Lise Thériault, l’opération « bouclage de la SQ » s’est effectuée sous les yeux des médias sans que ces derniers soulignent les deux nominations faites coup sur coup : d’abord Martin Prud’homme à la SQ et Marie Gagnon, sous-ministre des Affaires policières. Cette double nomination est essentiellement politique et le PLQ pourra souffler un peu avec cette double protection.

À cette première élément de sa stratégie de contrôle de la SQ, le PLQ, dans un second temps, doit aussi s’assurer que les policiers et policières de la SQ échappent aux mesures d’austérité qui viennent frapper directement les employés de l’État pour qu’ils acceptent d’être son bras armé.

Déjà en 2011, l’entente particulière entre le gouvernement Charest et l’Association des policières et policiers provinciaux du Québec (APPQ) négociée en catimini et annoncée le 14 juillet 2011, avait permis des gains très supérieurs à ceux du Front commun des syndicats du public et parapublic du Québec.

Échue depuis 16 mois, cette entente de cinq ans permettait aux policières et policiers de la Sûreté du Québec d’obtenir un certain rattrapage salarial, que les autres salariés de l’État n’avaient pas réussi à obtenir en 2010. En effet, en plus de recevoir, comme les autres travailleurs de la fonction publique 6 % en 5 ans, les policiers obtenait, par d’autres moyens, un salaire qui dépasse le cadre financier gouvernemental imposé au secteur public. Par une refonte des échelles salariales (un échelon de moins pour les jeunes policiers, des augmentations liées à l’ancienneté plus rapides et plus importantes , etc …) un policier après 5 ans de travail se retrouvait avec un salaire annuel de 66 700 $.

En outre, les gains se font aussi ailleurs. Sur le plan des avantages marginaux : une augmentation de la contribution de l’employeur dans le régime de retraite déjà très bien garni et alléchant, trois nouveaux congés fériés échelonnés entre 2012 à 2014, une retraite après 25 ans de travail sans pénalité.

En 2015, le gouvernement Couillard veut démontrer aux policiers et policières de la SQ, qu’une entente avec eux est possible s’ils se montrent patients. Couillard annonce ainsi qu’un projet de loi sera présenté au printemps 2015 pour faciliter le traitement particulier pour les policiers de la SQ.

Selon Denis Lessard de LaPresse, journaliste très proche du gouvernement libéral, le gouvernement « (…) veut enchâsser dans la loi un engagement du gouvernement Charest qui, il y a cinq ans, avait accepté que les négociations avec les policiers se fassent sur la base de ce qui était versé aux autres corps de police du pays. L’Institut de la statistique du Québec s’était vu confier à l’époque cette étude comparative ».

Le gouvernement libéral n’a jamais lié sa stratégie de rémunérations des employés des secteurs publics et para-publics à partir d’enquêtes sur les salaires des autres employés de l’État à travers le Canada. Pourquoi accorderait-t-il un tel traitement de faveur au syndicat des policiers et policières de la SQ ? Pourquoi le gouvernement Couillard se sent-il obligé de légiférer un tel engagement, alors que sa stratégie de déficit zéro, lui permet de sabrer dans les programmes sociaux et d’offrir aux employés de l’État un gel de deux ans des salaires ?

En somme, dans sa volonté de reprendre le contrôle de la SQ, de ses policiers et policières, le gouvernement libéral a joué sur deux tableaux.

En nommant Lise Thériault ministre à la Sécurité publique et vice-première ministre, Couillard envoie un message très clair. Nous allons à nouveau nous réapproprier la SQ.

N’oublions pas que cette ancienne ministre du travail avait, entre 2010 et 2012, mis fin au pouvoir d’embauche de la FTQ et des syndicats internationaux dans le placement de la main-d’œuvre sur les chantiers de construction. Décrite par les médias comme une ministre inébranlable et une femme de terrain, c’est la personne toute désignée pour reprendre le contrôle de la SQ.
Lise Thériault n’est seulement la dame de fer, c’est aussi une femme très ambitieuse ; son parcours politique en fait foi.

En 2002, elle décide, dans l’élection partielle d’Anjou, de représenter le PLQ plutôt que le PQ, qui la courtisait aussi. Elle choisit le PLQ car ce parti ne la soumet pas une course à l’investiture.

Le député libéral, Jean-Sébastien Lamoureux, démissionne en 2002 car sa victoire, en 1998, a été marquée par des gestes illégaux de la part de certains de ses organisateurs. La Cour du Québec et, par la suite, la Cour d’appel confirment que la victoire électorale libérale avait été entachée d’irrégularités. Sans pouvoir relier de façon irréfutable ces infractions à l’association libérale d’Anjou, les tribunaux judiciaires maintiennent les verdicts de culpabilité envers des organisateurs libéraux pris à payer des personnes pour qu’elles votent frauduleusement.

Pour donner aussi la garantie aux policiers que la ministre sera supervisée, Couillard a nommé le député Guy Ouellette, ex-policier et ex-cadre à la SQ, adjoint parlementaire à la ministre.

Tout en reprenant le contrôle de la SQ, Lise Thériault va aussi réduire le nombre d’officiers à la SQ ; projet qui ne choquera certainement pas le syndicat des policiers et policières de la SQ.

Avec cette cure-minceur déjà en opération ; le gouvernement libéral peut, par rapport aux autres employés de l’État, continuer à donner un statut particulier aux policiers et policières comme il l’avait fait en 2011. Le deuxième élément de sa stratégie peut donc commencer : faire les concessions nécessaires sur le plan salarial et normatif, pour faire des policiers et policières du Québec, le bras armé de son plan d’austérité.

Dans les prochains mois, il se ferra beaucoup d’heures supplémentaires dans les escouades anti-émeute qui se chiffreront en des dizaines de millions $ de revenus additionnels. Et vive l’austérité !!!!

Commentaires

  • yves corbeil, 27 avril 19h49

    http://meteopolitique.com/

    Dans ce dossier tous le monde sait qu’il y en a assez pour en mettre plusieurs sur la liste d’attente de madame Vallée qui peine avec son ministère.

    Un jour peut-être que les gens honnêtes sortiront pour dénoncer tout cela. Ça me laisse toujours un drôle de goût dans la bouche quand j’entends Poëti dire des inepties, lui qui a été mis sur le ’’back burner’’ en voulant faire ça job. C’est un peu honteux son silence radio depuis, pourtant un gars honnête de la police dans une autre vie.

    Ou peut-être se promènent-ils tous avec des oeillères de chevaux et des lunettes bien fumé quand ils entrent au parti.

    Les autres partis, ont-ils le droit de porter des culottes de police chamorer jusqu’à temps que toute les enquêtes qui sont nécessaire ce fassent. Une question comme ça.

  • yves corbeil, 27 avril 19h33

    Comment longtemps encore la population va-t-elle continuer à tolérer le cirque libéral.

    Comment longtemps allons-nous tolérer que ces libéraux ainsi que tous leurs pions en place partout dans les institutions continuent à se moquer de nous le peuple.

    Comment longtemps encore allons-nous tolérer tous ces gens qui se moque de la démocratie, font fi des institutions, de tous les codes éthiques, déshonorent leurs fonctions et toutes les personnes honnêtes présentes et passés qui ont sévi ou sévissent encore dans l’appareil gouvernemental.

    Comment peut-on accepter que ces gens malhonnêtes puissent retourner dans le privé avec des primes qui font vomir quand on sait très bien ce qu’ils nous ont coûté le temps de leur emploi dans la fonction publique.

    Comment longtemps allons-nous tolérer que des gens douteux mis en place pour ce gouvernement douteux enquête sur celui-ci et les sangsues qui tournent autour.

    Quand-est-ce qu’un monsieur quelconque va lâchez la bombe qui va vider le nid à rats.

  • Jean Claude Pomerleau, 19 mars 2015 12h02

    (Prudhomme et Lafrenière mis en cause dans la dénonciation de l’ingérence politique à la SQ en 2011. Or à qui les libéraux en 2014 ont ils confié le contrôle de la SQ : Prudhomme et Lafrenière)

    ,,,

    Extrait de mon texte au moment où le PQ avait nommé Mario Laprise à la direction de la SQ
    http://www.vigile.net/La-fin-du-controle-Liberal-sur-la

    (...)

    ingérence politique fut dénoncée, de l’intérieur même de ce corps de police, dans une lettre anonyme parvenue à La Presse en 2011, et dont l’authenticité ne fait aucun doute :

    « L’auteur accuse sans détour le gouvernement d’ingérence :

    « La Sûreté du Québec est une excellente organisation policière. Cependant, j’ai le regret de vous apprendre qu’il n’y aura aucun membre du gouvernement actuel qui sera accusé par la SQ ou l’UPAC ! Pourquoi ? Dans notre système actuel, il n’y a aucune indépendance entre le pouvoir policier et le pouvoir politique et c’est ce dernier qui dicte ses ordres au DG et aux DGA de la Sûreté. »

    « Nos enquêtes sont orientées sur des cibles précises et nos enquêteurs doivent constamment tenir informés leurs supérieurs de leur évolution. Aucun membre du gouvernement ne sera enquêté sans que monsieur Martin Prud’homme, sous-ministre à la sécurité publique ou que monsieur Robert Lafrenière, commissaire de l’UPAC, en soient informés. »

    ....

    À l’époque les policiers avaient demandé une enquête publique :

    http://www.lapresse.ca/actualites/dossiers/crise-dans-la-construction/201109/22/01-4450459-des-policiers-de-la-sq-veulent-une-enquete-publique.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers

    ...

    Rappel : La SQ a juridiction exclusive sur la défense de l’intégrité des institutions !

    La Loi de la police stipule que la Sûreté du Québec (ANNEXE G) :

    SERVICES POLICIERS SELON LES NIVEAUX ÉTABLIS PAR L’ARTICLE 70 :
    Niveau 6 : Crime touchant les revenus de l’État, sa sécurité ou son intégrité

    JCPomerleau

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