«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

C’est parce que le projet a réussi que le Canada demeure toujours, dans son esprit et son fonctionnement, une colonie

DES IDÉES EN REVUES

Le Canada, un projet colonial réussi

mardi 8 août

Comprendre le Canada suppose qu’on en aborde la réalité du point de vue de sa genèse coloniale. Sans quoi, toute lecture rétrospective risque de subordonner la conscience qu’on s’en fait au mythe trudeauiste de l’hospitalité libérale ou au récit pearsonien du chantre pacificateur de la planète. […] Combien ont fait l’impasse sur les intérêts qui ont présidé à la fondation de ce comptoir commercial qu’a été et que reste fondamentalement le Canada, et sur la nature criminelle de son évolution !

 

« Un Congo de Léopold II réussi ». Ainsi peut-on en peu de mots résumer le Canada dans sa mouture de 1867. L’expression rend compte de l’esprit du temps de sa fondation, de l’idéologie qui préside à sa création ainsi que du projet fondamentalement impérialiste et commercial qu’il réalise.

 

Pourquoi Léopold II ? Parce que le vulgaire potentat belge souhaitait lui aussi une colonie à cette époque et qu’il constitue en quelque sorte l’idéal type du projet colonial européen du XIXe siècle d’inspiration britannique. Son maître à penser en la matière, le juriste James William Bayley Money, en a cerné les caractéristiques dans son ouvrage utopiste, intitulé Java or How to Manage a Colony (Hurst Blackett, 1861). Ce quasi-manuel définit la colonie tel un genre nouveau de souveraineté destinée à organiser la vie d’une collectivité exclusivement autour d’intérêts qui ont trait à une communauté de dominants vivant à l’extérieur du territoire concerné : l’exploitation des ressources et la subordination des acteurs à cette perspective de mainmise (esclavagisme, chasse intensive) et d’extraction (agriculture, mines et autres richesses naturelles).

 

Ce n’est pas l’île que Léopold II fantasmait que lui ont finalement consentie ses pairs européens, au demeurant le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne, mais une contrée africaine de la taille d’un continent, le Congo, que l’explorateur Stanley conquit à coup de traités factices. 

 

Du fiasco à la réussite

 

À la Conférence de Berlin de 1885, lors de laquelle les puissances coloniales européennes se sont partagé l’Afrique en lui imposant arbitrairement ses frontières, la Belgique fait figure de pays médiocre capable de gérer sa souveraineté commerciale strictement à la manière d’un huissier du droit des affaires, de façon à y garantir des opérations dites à l’époque de « libre-échange ». Léopold II passe alors pour le titulaire d’une souveraineté détenue d’abord à titre privé, appelé à assurer dans ce vaste territoire du Congo l’administration requise permettant aux conglomérats, sociétés à charte et autres start-up de l’époque de prospérer ou d’acquérir, dans une extrême violence envers les populations indigènes et par l’asservissement des colons européens, un capital primitif apte à propulser la course au profit.

 

L’histoire nous apprend que ce fut un fiasco, Léopold gérant goulûment à son avantage ce gigantesque patrimoine et le conduisant à la faillite. Le Royaume de Belgique dut alors le récupérer à son compte en 1908. 

 

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Canada 150 - Chronique d’une faillite

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