«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Le Canada hausse ses taux d’intérêt

La Banque du Canada demeure vague et silencieuse

Chronique de Peter Benoît
mercredi 12 juillet
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Ce matin, la Banque du Canada a finalement procédé à une hausse de 0,25% de son taux directeur à son grand dam : Le rachat de Home Capital par Warren Buffett et ses critiques à peine voilées a réussi à faire plier le gouverneur Poloz, malgré la décote des 6 grandes banques canadiennes en juin.

Évidemment, dans les grandes lignes de la stratégie médiatique du gouvernement fédéral en place de ne rien révéler, le communiqué de la Banque du Canada ne mentionne aucunement la surchauffe de l’immobilier essentiellement à Toronto et Vancouver qui est la grande responsable du relèvement du taux directeur de ce matin.

Plutôt, les Canadiens auront droit à la "forte croissance économique" comme raison principale pour justifier le geste de la Banque du Canada ; cette croissance étant dû surtout par les dépenses discrétionnaires des ménages canadiens après avoir reçu leurs fameux chèques d’aide aux familles du gouvernement Trudeau. Comme l’effet de ces dépenses se répercutent environ de 12 à 18 mois sur l’économie, il faut reconnaître que le Ministre des finances Morneau avait bien fait son travail...

Ces mesures temporaires maintenant déjà escomptées sont bien exprimées dans le communiqué : La croissance prévue du PIB de 2,6% en 2017 va redescendre à 1,9% dès 2019. Cette hausse du taux d’intérêt alors que l’inflation au Canada n’est que de 1,3% annuel en ce moment est en quelque sorte une "innovation", bref presqu’une première.

Le Canada est coincé entre des taux trop bas qui favorisent l’inflation des actifs (valeurs mobilières, immobilier, etc.) et des taux trop élevés qui nuiraient à la consommation des ménages et donc au PIB ; bref, le gouverneur du Canada aura à choisir entre une crise financière (immobilière) et une crise économique.

Également, la Banque du Canada fonde beaucoup d’espoir sur la reprise des exportations canadiennes, source de richesses et de croissance importante du PIB. Malheureusement, la chute confirmée du prix de pétrole et les politiques protectionnistes de Trump vont réduire grandement les espérances. Il est bon de rappeler qu’en 2016, le Canada a réalisé un surplus commercial de 35G $ avec les USA ; ce surplus est appelé à rapetisser de beaucoup et immédiatement avec, entre autres, l’imposition de droits de 27% sur le bois d’œuvre canadien qui représente à lui seul 15% de ce surplus à 5,5 G$.

Il est possible que le taux directeur puisse être relevé encore d’un quart de point à l’automne et même davantage. Tout cela dépendra de la réaction des marchés immobiliers de Toronto et Vancouver. Plus ces marchés demeureront résilients, plus les taux augmenteront. L’impact sur le PIB devra être compensé par un programme vigoureux de dépenses en infrastructures qui viendra alourdir considérablement la dette publique canadienne dans son ensemble.

L’augmentation du taux directeur a entraîné une hausse immédiate du rendement des obligations canadiennes et cela aura des répercussions sur les finances publiques avec des paiements en hausse des intérêts sur la dette.

Pour le Québec, dont le niveau d’endettement est élevé (et énormément accru par les gouvernements Charest et Couillard), à terme, ces hausses des taux d’intérêts pourraient coûter entre 500 et 700 M $ à chaque 0,25% d’augmentation. Il est bon de mentionner que les ministres des Finances du Québec ont, depuis la crise financière de 2008, réussi à faire baisser les paiements d’intérêts (environ 11 G $ dans le dernier budget de Leitao) en refinançant les obligations à des taux historiquement les plus bas par le rachat d’obligations à rendement élevé.

Statistiques Canada nous apprend aussi que la création d’emplois s’est accru au Canada avec 103 000 nouveaux emplois au dernier trimestre, dont 27 000 dans le domaine des services techniques et professionnels : Beaucoup de firmes de génie-conseil s’affairent manifestement à surveiller et planifier les multiples chantiers de construction à venir...

Au Québec, la performance de l’emploi est "exceptionnelle" avec une création de plus de 60 000 emplois, dont plus de 90%, est le fruit d’embauches dans le secteur public ; ce qui a permis au Québec de maintenir le taux de chômage à 6%. Malheureusement, ces données viennent également confirmer la faiblesse du secteur privé et l’absence d’une politique économique d’envergure du gouvernement du Québec.

Tant que l’endettement est encore possible, le Québec n’aura d’autres choix que de poursuivre la réalisation de travaux d’infrastructures au grand plaisir des firmes de génie-conseil et des compagnies de construction et espérer que la vague de remplacement des baby-boomers puisse durer encore un peu pour accueillir les immigrants "à bras ouverts". Enfin, pourquoi ne pas arrondir "les fins de mois" avec la vente de quelques sièges sociaux ici et là au Québec...

Avec le gouvernement Couillard, vous êtes plus pauvres que vous ne le croyez !

Commentaires

  • Peter Benoit, 17 juillet 07h32

    @ Gilles Verrier et Marcel Haché

    Comme la planète est maintenant plus globalisée que jamais, je me limiterai aux années récentes du libre-échange, soit la période après 1990.

    Quelques évènements :

    1) L’élection de Jean Charest en 2003 : Je sais que beaucoup de fédéralistes salivaient à l’époque de voir le PQ affronter la pire récession (2001-2002) de l’après-guerre ; leur souci étant de voir Landry bien manœuvrer dans la tourmente. Peut-être 6 à 8 mois de plus et le PQ aurait possiblement été réélu ;

    2) La réélection de Jean Charest en 2008 qui a coûté des milliards aux Québécois avec le scandale de la Caisse de dépôt. Si ce scandale avait été rendu public, je ne suis pas certain que le parti de "l’économie" aurait été réélu ;

    3) Au référendum écossais, l’enjeu central de la campagne fut l’utilisation de la livre sterling. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que nos fédéralistes, toujours à l’affut maintenant, ont attaqué Marois lors de la triste campagne de 2014 sur l’utilisation de la monnaie à laquelle le PQ, mal préparé, ne pouvait rien répondre ;

    4) L’enjeu actuel du pipeline Trans-Mountain en Colombie-Britannique est, selon le Globe and Mail, existentiel pour le Canada qui y voit avec raison une menace pour l’unité canadienne. Pourquoi ? Parce que ce sont des milliards de $ de revenus en moins pour le gouvernement fédéral qui risque de crouler sous les dettes ;

    5) La pâte molle (True Dough) va se faire aller pour trouver des alternatives rapides pour pallier aux mesures protectionnistes de Trump et augmenter les exportations du Canada. Le Canada se traîne les pieds depuis 50 ans là-dessus...

    6) Pas plus tard que la semaine dernière, le FMI (organisme posé et trop souvent optimiste) a émis une rare mise en garde ... au Canada ! Plusieurs menaces se pointent à court terme disent-ils ;

    Enfin, je pense que dans une société plus financiarisée et mondialisée, les frontières ne sont plus à l’extérieur de nous, mais à l’intérieur... L’argent et la puissance de l’argent viennent à bout de la solidarité en rendant la société plus individualiste que jamais et, surtout, dans un contexte où la jeune génération actuelle au Québec n’a pas connu de récession majeure.

    Comment réagiront ces jeunes dans un contexte difficile avec un chômage qui finira bien par grimper avec une immigration galopante ? Le président Macron prétend que la solution à la mondialisation est plus de mondialisation...

    La solution : Plus de solidarité et je préconise un équilibre entre les droits individuels et les droits collectifs. Bref, je suis social-démocrate.

  • Marcel Haché, 15 juillet 07h03

    Malgré un taux directeur démentiel, des taux hypothécaires avoisinant, tenez-vous bien, les 20%, oui, oui, vous avec bien lu, malgré pourtant que le P.Q. était alors « au pouvoir » (totalement déstabilisé, il est vrai, par suite de la défaite référendaire) encore au début des années 80, eh bien le Canada n’a pas bronché d’un seul pouce, encore moins implosé, non plus, hélas, que ni le P.Q. ni la maudite province de Québec ne se sont constitué aucun-aucun-aucun, mais alors aucun rapport de force favorable. C’est bien plutôt le contraire qui s’est alors produit : un P.Q. à la dérive et Nous tous qui dérivons depuis avec la belle province de Québec…

    Ne comptons que sur Nous…sur le seul et unique électorat qui compte.

  • gilles verrier, 14 juillet 01h48

    "...opportunité pour le Québec de construire un rapport de force favorable"
    S’il est vrai que la dégradation de la situation économique peut exacerber les contradictions nationales, cette conséquence n’est pas automatique. On se rappellera la grave crise des années 30 qui ne remit pas en cause la paix constitutionnelle. En l’absence de forces politiques puissantes et déterminées, capables de faire transiter le mécontentement économique vers un mouvement de revendications nationales, les colonnes du temple constitutionnel ne risquent pas trop d’être ébranlées.

  • Peter Benoit, 13 juillet 13h23

    @ Michel Matte

    Je me suis limité à analyser sommairement la hausse du taux d’intérêt et j’aurais pu pousser mes réflexions un peu plus loin...

    Le fait est que le Canada (305% Dette-PIB) est le pays industrialisé le plus endetté sur la planète après le Japon (600% Dette-PIB) et montre à quel point les consommateurs sont essoufflés alors que nous nous rapprochons sans cesse de la situation grecque (450% Dette-PIB).

    Alors que par le passé, l’économie canadienne pouvait reprendre assez rapidement avec un dollar canadien devenu faible, cette recette ne fonctionne plus maintenant ; le développement des économies émergentes depuis 15 ans empêche le Canada de se relever.

    L’élection de Trump et la chute du prix du pétrole viennent catalyser la descente aux enfers du Canada. Dans sa fuite par en avant, le Canada jouera gros, très gros avec la mise en place d’un programme gigantesque d’infrastructures qui alourdira considérablement les finances publiques.

    De ceci, il semble assuré que le gouvernement se mettra en mode "austérité" comme Couillard. Il y a donc des opportunités pour le Québec de bâtir un rapport de force favorable devant un Canada moribond et faible.

    Le Canada devra faire des choix difficiles pour survivre et ça devient intéressant à suivre...

  • Jean Lespérance, 13 juillet 01h19

    Il ne faut pas se fier à tous les mensonges habituels. Comme on dit, il faut savoir lire entre les lignes. Nos 6 grandes banques sont une FED maquillée.
    La Banque du Canada est le porte-parole de cette FED maquillée. Pourquoi les banques se sentent-elles obligées de demander de l’argent ? L’économie réelle n’a pas changé d’un poil, ce n’est pas parce que des emplois temporaires concernant les infrastructures ont été créés que notre économie se porte mieux. Pourquoi donc ce besoin d’argent de la part de nos banques ? Un détail que vous avez peut-être oublié, les sommes garanties par Trudeau ne viennent pas de lui, mais des banques qui elles vont débourser l’argent. Le gouvernement ne fera que signer des reconnaissances de dettes envers elles. Les travaux ont nécessairement des coûts dans une éventualité rapprochée d’où les besoins des banques d’encaisser de l’argent. Notre FED ne sait plus comment s’en sortir.

    Il faudra bien qu’elle consente un jour à accepter un nouveau système bancaire où les dettes seront créditées, annulées. Et les crédits pourront être utilisés à créer une monnaie nationale ou mieux la structurer. Un système avec une monnaie internationale et une monnaie nationale s’avère une nécessité absolue. Exemple : je dois 100 millions de dollars à la Chine, la Chine met pour une valeur de 100 millions de dollars sur le marché et annule la dette. Tout le monde fait pareil et toutes les dettes sont annulées. Voilà le nouveau système en gros que je présente. L’important est de recommencer à zéro sans que quiconque ait à débourser de l’argent qu’il ne possède pas.

  • Michel Matte, 12 juillet 22h30

    La hausse des taux d’intérêt n’est pas seulement une réponse à la surchauffe de l’immobilier. C’est plus la continuation de la politique désastreuse des banques centrales et pas seulement au Canada*. La situation est encore aggravée par la politique fiscale laxiste d’Ottawa et l’orgie de travaux publics du Québec.

    La politique de la Banque du Canada consiste à alimenter une bulle par le crédit facile. Cette bulle alimente la consommation, le marché immobilier et le marché boursier. Mais comme les banques prêtent pour faire des profits et non pour votre bien, elle crèvent les bulles quand le crédit n’est plus rentable. Et alors elles saisissent les actifs dont la valeur est bien réelle.

    Au final, cette politique est désastreuse pour les citoyens et la société en général mais profitable pour les banques.

    * Références :
    "Canada Is In Serious Trouble" Again, And This Time It’s For Real

    La Réserve fédérale fait du sabotage – Et les experts sont inconscients

  • Gaston Carmichael, 12 juillet 21h30

    Le Canada n’est qu’une caboose attaché à la locomotive US. Le taux US est rendu à 1.25%. Poloz n’avait plus vraiment d’autre choix que de suivre la parade mené par Yellen.

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