«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Le Bloc et l’état de l’État

Montréal n’a pas à quémander à Ottawa

Chronique de Jean-Pierre Bonhomme
dimanche 20 septembre 2015
600 visites 3 messages

La semaine dernière, M. Gilles Duceppe, le chef du Bloc Québécois, est allé faire une « visite officielle » à la Ville de Montréal, c’est-à-dire auprès du Maire de Montréal, M. Coderre : comme on va voir un chef d’État afin de négocier entre Grands un certain partage des ressources.

M. Duceppe n’a pas signé de traité, mais on nous a dit qu’il partage l’avis de l’ancien député libéral du Parlement d’Ottawa selon lequel l’État fédéral devrait financer davantage « les infrastructures » des villes, notamment de la métropole. S’il est élu le chef du Bloc fera donc des pressions pour que la responsabilité du Québec en cette affaire municipale de base diminue au point de devenir minoritaire. La moitié du financement des infrastructures viendrait dorénavant du gouvernement fédéral…

M. Duceppe, comme l’auteur de ces lignes, favorise l’indépendance du Québec. Et c’est là le problème. Le Québec, en vertu de l’ancienne constitution – et de la nouvelle qui a été imposée par le régime Trudeau - est déjà indépendant en affaires municipales. Il a déjà une juridiction EXCLUSIVE en cette matière, une matière qui touche directement la vie communautaire des Québécois. Si MM. Duceppe et Coderre devaient avoir gain de cause, on ferait disparaître la souveraineté réelle du Québec en affaires municipales. C’est à se demander si cela ne fera pas partie du « déclin du Québec », dont on commence à parler dans les chroniques ?

Votre serviteur ne veut pas exagérer l’importance de cette « visite protocolaire » à Montréal. C’est, pour lui, une petite erreur de parcours. Mais M. Duceppe en allant à l’Hôtel de Ville ne devait pas ignorer les faits. Il savait qu’en prenant son poste à la tête de la métropole, M. Coderre a dit clairement qu’il rejetait l’idée selon laquelle la ville de Montréal – est une « créature des provinces ». Cela n’est pas très indépendantiste, non plus que souverainiste ; cela ressemble plutôt à une déclaration d’indépendance de Montréal, elle qui est en train de perdre son caractère français.

Si j’avais été le chef de cabinet de M. Duceppe je me serais fait fort de lui conseiller, plutôt, de rendre visite au ministre des Affaires municipales du Québec, là où le pouvoir municipal actuel se trouve encore. On aurait vu, alors, où loge notre gouvernement en ces matières, même si celui-ci est libéral et n’a pas une grande ardeur nationaliste.

Soyons clair. M. Duceppe, comme bien des Québécois, veut l’indépendance et personne ne doute qu’il veut prendre des moyens concrets pour y arriver. Il souhaite, certes, que la culture française survive en Amérique. Et pendant la campagne électorale en cours, il est le seul à bien nous représenter à cet égard.

Mais pour que notre vie collective survive, faudra-t-il obtenir du reste du Canada, comme René Lévesque l’avait proposé, avec sa souveraineté (association), la création d’une nouvelle forme confédérative de gouvernement ? Cela impliquerait le maintien d’un pouvoir central, mais plus respectueux de la collectivité québécoise. Il faut en parler.

Devant le refus du Canada anglais de négocier cela, faudra-t-il que les Québécois réclament une indépendance pleine et entière ? Cette question doit être centrale dans la présente campagne électorale. Est-il trop radical de demander à M. Duceppe, en Bloc, d’ouvrir un plus vif débat sur la question ? Pour ma part j’estime que les Québécois sont capables de bien comprendre les enjeux. Et de faire face aux réalités. Il me semble qu’ils ne veulent pas se suicider collectivement. Si on leur demandait s’ils veulent continuer à vivre, je suis certain qu’ils diraient oui.

Malheureusement ils ne se rendent pas bien compte que l’existence du Bloc est un levier pour obtenir une certaine reconnaissance nationale, une reconnaissance collective, ici et de par le monde ; qu’il est un moyen pour obtenir, en définitive, un changement de régime plus accommodant pour eux.

Pour ma part il me paraîtrait utile que la direction du Bloc n’évite pas de discuter de cette question fondamentale du régime constitutionnel. Les élections sont un lieu pour cela.

Il est bien possible que la désaffection relative du Bloc auprès de la nation québécoise résulte du fait que les enjeux et les intentions n’ont pas toujours été clairs. Il ne suffit pas de dire que le régime actuel est périlleux pour notre culture ; il faut dire comment, sur le plan gouvernemental, nous voulons continuer à ÊTRE avec des mots clairs et sans faux-fuyants. Il faudra bien dire, un jour, que la structure des trois partis principaux qui se font la lutte actuellement est anglo-saxonne et que l’autre, celle du Bloc, bien qu’un peu malingre actuellement, nous représente.

Commentaires

  • Marcel Haché, 27 septembre 2015 10h00

    « Il faudra bien dire, un jour, que la structure des trois partis principaux qui se font la lutte actuellement est anglo-saxonne et que l’autre, celle du Bloc, bien qu’un peu malingre actuellement, nous représente. » J.P.Bonhomme.

    Tout est dit. C’est bel et bien ce qu’il fallait décoder de la dernière élection fédérale. Le Bloc, malgré son immense et incommensurable pertinence, va réaliser cette vérité toute simple : les faits sont têtus…

  • Jean-Claude Michaud, 25 septembre 2015 16h06

    Intéressante chronique m. Bonhomme, vous soulevez une question pertinente sur l’autonomie des villes dans un Québec fédéré. Je suis partisan d’une décentralisation vers les villes. Je pense que ces dernières dans la mondialisation ont de plus en plus besoin de s’affirmer pour se développer. Cependant, comme faire en sorte de conserver la juridiction du Québec sur les villes dans le contexte canadien. Je pense qu’une entente de financement par Ottawa doit être approuvé par le Parlement du Québec à chaque fois. Je pense que c’est la solution.

    M. Lafrenaie, vous soulevez une question importante mais très délicate. On peut citer le cas de la partition de l’Irlande du Nord qui fut séparé lors de l’accession de l’Irlande (du sud) à l’indépendance. La partie nordique était plus protestante et d’origine britannique. Le Québec aura peut-être à faire la partition de l’ouest de Montréal et d’une partie de la ville de Montréal en cas d’accession à l’indépendance du Québec si une forte proportion de Montréalais souhaite rester avec le reste du Canada en cas d’indépendance.

    Le territoire du Québec est indivisible selon de nombreux experts mais pour garder la paix sociale et linguistique dans le nouveau pays et éviter un cheval de troie d’ailleurs archi libéral anglo-montréalais, ce sacrifice pourrait être nécessaire pour contenter tout le monde. Westmount, l’ouest de l’ile et Ville Mont-Royal feraient partie de cette nouvelle province anglaise, province of english montreal. Une autre possibilité serait un territoire anglophone ou bilingue distinct à l’intérieur du Québec indépendant. Peut-être que cette dernière serait la meilleure solution...

  • André Lafrenaie, 22 septembre 2015 20h55

    Après avoir été élu maire de Montréal, Coderre s’est en effet empressé de parler de Montréal comme d’une "cité-état", et de demander beaucoup plus d’autonomie et de pouvoirs par rapport au gouvernement du Québec. On a ainsi vraiment l’impression sinon la conviction qu’Ottawa l’a envoyé à Montréal entre autres pour préparer et réaliser, en cas de déclaration d’indépendance du Québec, la partition du territoire québécois en lui soutirant notamment la ville de Montréal. Duceppe, évidemment, donne volontiers un coup de pouce à tout ça, collabore à ça, en s’unissant avec Coderre pour que Montréal devienne davantage dépendant d’Ottawa que de Québec...

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