«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Le BQ face à l’enjeu des élections canadiennes au Québec

Tribune libre de Vigile
lundi 24 août 2015
319 visites 3 messages

Cinq points aident à décoder cet enjeu. Les deux premiers : les démissions de Thomas Mulcair (2006) et de Philippe Couillard (2008) du PLQ suivies de leur élection comme chef du NPD (2012) et du PLQ (2014). Le troisième, une majorité de députés du NPD élus en 2011 au Québec avec un programme analogue à celui du BQ. Le quatrième, l’appui en 2015 de l’électorat au NPD et de la FTQ aux candidats pouvant battre ceux du PC. Le cinquième, l’affirmation du premier ministre Couillard qu’il est le protecteur attitré du Québec.

Les deux ex-ministres émergent du gouvernement Charest, en mission pour ramener les Québécois au bercail canadien. L’un fait maintenant la promotion de programmes sociaux québécois au Canada, l’autre s’active au Québec comme son prédécesseur. Avec eux, la présence du BQ à Ottawa serait disqualifiée. S’il prend le pouvoir ou est minoritaire le NPD peut réaliser des choses, pas le BQ. Quant au rôle de gardien du BQ, le chef du PLQ entend s’y substituer.

Ces points sont en arrière-scène pour assurer le déploiement de la stratégie d’experts canadiens, aguerris en gestion politique, avec pour visée de rendre le Canada socialement attrayant aux électeurs québécois invités qu’ils sont à poursuivre leur train-train quotidien en toute quiétude et à trouver aucunement pertinent le projet d’indépendance, d’autant qu’il est présenté par ces experts portés par des gens coupés des vraies affaires.

Par cette stratégie, sont ciblés les membres de la nation québécoise infranationale (les descendants des canadiens-français et des assimilés) reconnue en 2006 par la Chambre des communes mais tout autant les autres québécois qui en sont exclus pour qu’ils trouvent leur rattachement canadien plus intéressant que leur ancrage québécois.

La semaine dernière, échangeant avec un ami des années 60-70, j’en vis les effets. S’affichant neutre après avoir milité au PQ de 1976 à 1980 et voté OUI en 1995, il m’explique que ses enfants, comme la majorité des jeunes, ne veulent rien savoir de la question nationale. Quant à lui, me dit-il, il est convaincu que l’indépendance n’apportera rien, sauf des risques, et trouve une bonne chose que des programmes canadiens s’harmonisent à ceux du Québec et que des pipelines, des trains et des bateaux sillonnent le Québec pour que pétrole de l’ouest concurrence celui des pays dirigés par des dictateurs.

Le lendemain, discutant avec un québécois d’origine algérienne, j’apprends qu’il est en faveur de l’indépendance, aussi ses enfants et qu’ils s’investiraient tous d’avantage si le projet de pays du Québec n’était pas défini celui des Québécois d’origine canadienne-française, mais plutôt celui des citoyens et des citoyennes du Québec. Ça m’a ravi d’entendre ça, car c’est précisément ce que j’écris depuis vingt ans.

Je lui ai expliqué mon point de vue. Il m’a alors confié que plusieurs immigrants maghrébins pensent comme lui. Très vite, nous fûmes d’accord pour que le BQ se serve de cette élection pour confirmer que le projet d’indépendance du Québec en est un de citoyens et de citoyennes du Québec désireux de maîtriser leur avenir. Aussi qu’il précise que les projets de souveraineté, promus par des nations infranationales, visent surtout l’obtention d’une plus grande autonomie, ce qui n’a rien de comparable avec la création d’un pays.

Je lui ai exposé que tel était le projet des Patriotes et lui ai dit que Papineau, son promoteur, fut furieux d’apprendre que Durham banalise son caractère politique en en faisant une affaire de luttes « raciales ». Il me répliqua que les Français agirent de la même façon envers les Musulmans jusqu’au jour où De Gaule reconnut qu’ils étaient des citoyens français égaux aux Français en Algérie, ce qui a conduit à l’indépendance. Ça nous a encore plus rapproché.

Peu après, nous nous sommes dits que le BQ doit préciser que les promoteurs de l’indépendance entendent instaurer un « vivre ensemble » à l’image du peuple québécois, instituer un régime politique dans lequel les citoyens exercent un contrôle sur les lois votées, défendre leur territoire, développer une économie créatrice de valeurs tirant avantage de la position géographique du Québec, protéger l’environnement et, surtout, renforcer les liens sociaux entre les Québécois et les Québécoises. En somme définir démocratiquement un « vivre ensemble » et en préciser les contours.

De retour chez moi, j’étais persuadé qu’en procédant ainsi le BQ révèlera aux Québécois, aussi aux Canadiens, les écarts entre ce qu’est le Canada et ce que deviendra le Québec après son indépendance, ce que font précisément les députés du SNP (Scottish National Party) à Londres. J’en suis même arrivé à la conclusion que là se trouve la raison première de sa présence dans l’élection actuelle, à laquelle s’en rattachent d’autres : rapprocher les partis indépendantistes pour qu’ils présentent une plateforme commune en 2018, expliquer aux Canadiens l’importance pour le peuple québécois de maîtriser son avenir, signaler aussi que les partis fédéralistes cherchent, depuis 1960 mais encore plus depuis 1995, à bloquer les projets venant du Québec et jouer le rôle de gardien auxiliaire lorsque le chef du PLQ faillit à la tâche.

En soirée, j’ai rejoint un ami de Québec. Après lui avoir raconté mes rencontres, je lui ai fait part qu’en agissant ainsi le BQ rejoindra les indépendantistes qui, à plus de 40 %, veulent créer un pays original où priment la démocratie, le bien commun, la création et la redistribution de la richesse, une langue commune et le respect des droits.

Il m’a demandé l’âge du québécois venu d’Algérie. « Le même que la fille de mon ami des années 60-70, quarante ans », lui ai-je dit. Il m’a répliqué préférer construire un pays avec lui plutôt qu’avec une fille qui est ici sans y être et un père qui s’affiche neutre sans l’être.

Commentaires

  • Claude Bariteau, 25 août 2015 17h24

    La loi 99, en réaction à la loi de clarification, dit qu’il revient à l’Assemblée nationale de définir les termes de la consultation du peuple québécois Québec sur son avenir, celle-ci l’ayant déjà fait concernant la tenue d’un référendum.

    Cela dit, cette loi ne dit pas que le gouvernement du Québec procèdera sans entente avec le Canada, à défaut de quoi il lui reviendra de préciser la démarche qu’il entend mettre de l’avant.

    Par ailleurs, cette loi fait référence au peuple québécois, en l’occurrence les citoyens et les citoyennes du Québec qui ont droit de vote puisqu’il revient à ces derniers de se prononcer.

    La motion de 2013 n’ajoute rien d’autre puisqu’elle ne fait que dénoncer l’intention du gouvernement Harper d’en contester sa légitimité. Cela étant, je saisis mal les commentaires de monsieur Barberis-Gervais.

    Quant à ceux de monsieur Pommerleau, je lui signale que mon texte ne faisant aucunement allusion à cette loi, ni à l’Acte de Québec (1774) ni à la motion adoptée en 2006 à la Chambre des communes, deux gestes, au demeurant, qui visaient à encadrer politiquement les ressortissants français et la nation ethno-culturelle dite québécoise.

  • Robert Barberis-Gervais, 24 août 2015 19h37

    Loi 99 : loi sur l’exercice des droits fondamentaux et des prérogatives du peuple québécois et de l’Etat du Québec.

    Loi 99 : motion adoptée à l’unanimité à Québec par Denis Lessard, La Presse, 23 octobre 2013

    « (Québec) L’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité mercredi matin une motion présentée par le gouvernement Marois pour dénoncer la décision d’Ottawa de contester la légitimité de la loi 99 sur l’avenir constitutionnel du Québec.

    Le texte présenté par la première ministre affirme que l’Assemblée nationale « condamne l’intrusion du gouvernement du Canada dans la démocratie québécoise par sa volonté de faire invalider les dispositions contestées de la loi sur l’exercice des droits fondamentaux et des prérogatives du peuple québécois ».

    (...) La motion a été adoptée sans débat, à l’unanimité, par les 114 députés présents ce matin.

    La motion souligne que « l’Assemblée nationale du Québec réaffirme que les Québécois et les Québécoises ont le droit de choisir leur avenir, de décider eux-mêmes leur avenir politique ». Les élus proposent aussi que « l’Assemblée nationale réaffirme que lorsque les Québécois sont consultés par référendum tenu en vertu de la loi sur les consultations populaires, la règle démocratique alors applicable est celle de la majorité absolue, soit 50 % des votes déclarés valides, plus un vote ».

    « Que l’Assemblée nationale réaffirme que seule l’Assemblée nationale du Québec a le pouvoir et la capacité de fixer les conditions et modalités entourant la tenue d’un référendum conformément à la loi sur les consultations populaires, y compris le libellé de la question référendaire. Que l’Assemblée nationale réaffirme qu’aucun parlement ou gouvernement ne peut réduire les pouvoirs, l’autorité et la légitimité de l’Assemblée nationale ni contraindre la volonté démocratique du peuple québécois à disposer de son avenir ».

    Le ministre délégué aux Affaires intergouvernementales Alexandre Cloutier, de même que le leader parlementaire libéral Pierre Moreau, le député caquiste Eric Caire et Françoise David, de Québec Solidaire ont pris la parole en faveur de la motion.

    Adoptée par le gouvernement péquiste de Lucien Bouchard en 2000, en réaction à la loi fédérale sur la clarté, la loi 99 réaffirmait les prérogatives et les droits collectifs des Québécois. Elle fixe notamment à 50% plus un vote la majorité requise pour donner suite à un référendum sur l’accession à la souveraineté. »

    RBG, 24 août 2015

  • Jean Claude Pomerleau, 24 août 2015 19h08

    Toutes réflexions sur l’évolution du statut de l’État Québec doit prendre en compte la genèse de cet État puisque ce projet s’inscrit dans cette continuité historique.

    État du Québec, sur les assises duquel reposent les garanties d’existence d’une nation française en Amérique.

    Or la dominante historique de cette nation, ce sont les Habitants (entité politique reconnu par l’Acte de Québec de 1774 et par le Congrès continental américain à la même époque). C’est exactement ces Habitants que le Parlement canadien a reconnu comme nation en 2006. La nation n’est pas abstraite elle a une épaisseur historique.

    La proposition politique du statut de souveraineté est d’abord celle des Habitants pour des raisons existentiels. Pour le reste, il y a ceux qui y adhèrent et d’autres non (peu importe leurs ethnicités).

    L’État du Québec s’est reconnu de facto après 350 ans d’investissement de peuplement et de mise en valeur du territoire lors de la Révolution tranquille de 1960. L’État est une sommes.

    Et s’est reconnu de jure (légalement) en l’an 2000 par la Loi 99. Laquelle précise les statuts des nations autochtones et les droit historique de la minorité anglophone :

    Loi sur l’exercice des droits fondamentaux et des prérogatives du peuple québécois et de l’État du Québec

    http://www2.publicationsduquebec.gouv.qc.ca/dynamicSearch/telecharge.php?type=2&file=/E_20_2/E20_2.html

    La Loi 99 que tous devrait connaître, est incontournable pour cadrer le débat qui porte sur le changement de statut de l’État du Québec, de province à État souverain.

    Ce changement de statut n’est pas un souhait mais, bien une sommes.

    JCPomerleau

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