«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Le cadre fédéral condamne le Québec à la médiocrité et, à terme, à l’effacement complet

Le 15 novembre 1976, quarante ans plus tard

C’était il y a quarante ans. Le Québec vivait un tsunami politique en élisant son premier gouvernement souverainiste, celui du Parti québécois de René Lévesque. Sur l’entraînante ritournelle de campagne qui martelait que demain nous appartiendrait, René Lévesque montait sur scène en prononçant des paroles ayant marqué l’histoire : « On est pas un petit peuple, on est peut-être quelque chose comme un grand peuple ! ». « Peut-être », « quelque chose », « comme », ça en fait des détours et des étapes avant d’en arriver au « grand peuple » !

Le PQ de Lévesque a plutôt été l’un des gouvernements les plus proactifs et les plus compétents de l’histoire du Québec. On n’en compte ni les réalisations, ni les élus dont l’intelligence n’avait d’égal que la couleur. On prédisait une catastrophe économique et sociale, et même des persécutions des minorités en plus de la fin de la démocratie. Rien de tout cela n’est arrivé. Aucun des épouvantails agités n’est devenu réalité, pas même l’indépendance du Québec...

La patate chaude référendaire

Avant 1976, référendum et souveraineté n’étaient pas synonymes. Le référendum était certes présent en tant que moyen à employer pour améliorer le rapport de force de l’État québécois, mais il ne constituait pas le signal de départ pour tout geste devant mener à l’indépendance. À partir de 1976, le moyen est devenu une fin en soi. Cette fois absolue dans le référendum reposait sur l’idée que le Grand Soir allait advenir quand l’humeur populaire serait du côté de l’option souverainiste et qu’il suffirait d’accumuler assez de « Oui » pour que le nouveau pays apparaisse automatiquement. La date du référendum deviendra, pendant des décennies, l’objet de sempiternels guerres de calendriers au sein du PQ. Je me permettrai ici de renvoyer le lecteur à mon premier livre.

Du lendemain du référendum de 1995 jusqu’à l’élection de Jean-François Lisée à la tête du PQ, le parti se présentait devant l’électorat avec une position floue sur la tenue du référendum. Lucien Bouchard appelait cela les « conditions gagnantes », Bernard Landry l’« assurance morale de le gagner », tandis que Pauline Marois jurait qu’il « n’y en aurait pas tant que les Québécois ne seront pas prêts ». Cela signifie donc qu’il peut y en avoir un dans la semaine suivante comme il peut ne jamais y avoir de consultation référendaire si les dirigeants péquistes estiment qu’il ne serait pas gagnable. On l’a vu en 2014, cette position ne passe tout simplement plus dans la population.

Après deux référendums s’étant soldés par un « Non », certes dans des circonstances troubles dans le cas du deuxième, la question nationale ne polarise plus de la même manière qu’auparavant. Un problème qui ne se règle pas épuise, jusqu’à ce que la pensée magique nous mène à croire qu’il faille ignorer le problème et se dire que, au final, ça ne va pas si mal. Pourtant, si l’opinion publique ne peut se classer en étiquettes de « Oui » et de « Non », si le drapeau à l’ONU ne les fait plus vibrer comme avant, les Québécois affichent un fort « indépendantisme inconscient » dès lors que des enjeux « concrets » comme un oléoduc ou une charte de la laïcité arrivent dans le débat. Quand un conflit oppose une vision authentiquement québécoise à une autre qui relève des intérêts canadiens, les Québécois voient généralement bleu.

Le bon gouvernement

Le PQ au pouvoir n’a assurément pas chômé, lui qui avait été élu en 1976 avec le slogan « on a besoin d’un vrai gouvernement ». Les gouvernements péquistes des successeurs de René Lévesque ont aussi bien géré les affaires publiques.

On peut se demander, cependant, ce qu’il reste de tout cela quarante ans plus tard, à mesure que les gouvernements post-1995 démantèlent à vitesse grand V l’héritage de la Révolution tranquille.

Prenons, par exemple, la Charte de la langue de la langue française, formidable réussite du ministre Camille Laurin. Pour Laurin, l’adoption de la loi 101 était une véritable reconquête qui allait corriger bien des injustices, mais aussi un des tremplins vers l’indépendance, parce que l’appétit vient en mangeant. De minorité dans l’espace canadien, les Québécois devenaient majorité sur leur territoire.

Or, la loi 101 nous est fréquemment citée comme exemple de l’inutilité de l’indépendance, parce que « la loi 101 protège déjà le français », donc, « pas besoin de sortir du Canada ». Chez les souverainistes, plusieurs en sont venus à penser que la Charte de la langue française avait effectivement conforté les Québécois dans leur condition provinciale en ayant amoindri la peur de disparaître. Stéphane Dion est même allé jusqu’à déclarer que la loi 101 était une grande loi canadienne. Plusieurs en ont été choqués. Pourtant, Stéphane Dion avait raison : la loi 101 a été perpétuellement amendée suite aux jugements de la Cour Suprême du Canada, des jugements qui ont invalidé les principes les plus importants de la loi, ceux qui faisaient du français la langue du Québec. Il suffit de lire le récent livre du juriste Éric Poirier pour s’en convaincre : elle n’est plus que l’ombre d’elle-même. La loi 101 d’aujourd’hui est donc, effectivement, une loi canadienne car conforme aux diktats du système canadien. Elle ne l’était certainement pas au début. Outre la diminution de sa portée légale, l’importance symbolique de la loi 101 a également décliné : alors qu’elle se vouait en 1977 à une entreprise d’affirmation nationale et de reconquête sociale, elle est perçue comme une réforme uniquement centrée sur la permission de l’obtention de services en français.

L’évolution de la loi 101 est un excellent exemple de ce que nous vivons dans le Canada, c’est-à-dire un mélange de confiance imaginaire qui s’accouple d’un recul réel. Si je ne dirai certainement pas qu’il est inutile d’utiliser l’État québécois (bien au contraire !), il faudra toujours se rappeler que les meilleures avancées, en tant que province, seront toujours adoptées de peine et de misère et qu’elles seront toujours dans le court terme. Il ne faut pas, comme le dit Gérard Deltell, se mettre la tête dans l’autruche : toute réalisation au sein du Canada est appelée à être menacée plus tôt que tard. Le cadre provincial aplatit la politique québécoise et il représente bien en cela un certain inachèvement de la société québécoise. Même si plusieurs refusent de le voir, il condamne le Québec à la petitesse.

Quarante ans après le 15 novembre 1976, l’indépendance du Québec demeure un projet essentiel.


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