«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

L’implacable dynamique d’un procès

Res ipsa loquitur

La vraie nature d’Anne-France Goldwater

Les surprises de La Presse et de l’Internet

Chronique de Richard Le Hir
jeudi 23 avril 2015
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Si ce n’était du procès qui a été intenté contre Vigile par Me Anne-France Goldwater au nom d’une cliente musulmane, jamais n’aurions-nous accordé ne serait-ce qu’une minute de notre temps à la personne de cette flamboyante (c’est un euphémisme !) avocate.

Mais son action, la façon dont elle la mène, son zèle avoué à pourfendre les indépendantistes, et les coûts qu’elle nous oblige à supporter, ne nous en laissent guère le choix, c’est l’implacable dynamique d’un procès à l’issue duquel il ne peut y avoir que victoire ou défaite.

Lorsqu’on s’engage sur un terrain miné, la prudence commande de prendre certaines précautions. Aussi, plutôt que d’y aller de mes propres commentaires, je vais laisser en premier lieu la parole à Nathalie Petrowski de La Presse qui avait ceci à dire de Me Goldwater dans un article paru en septembre 2011 :

Anne-France Goldwater : attention à l’arbitre !

Anne-France Goldwater, qui animera une cour en direct à V dès vendredi, n’hésite pas à parler de son enfance difficile. « J’ai toujours été comme ça. J’ai une seule face. La même face pour tout le monde et, philosophiquement, ça me plaît », explique-t-elle.

Bien avant de remporter la bataille juridique de Lola contre Éric, Anne-France Goldwater était déjà une star. Pour son sens du spectacle, ses décolletés plongeants, ses seins surdimensionnés, mais aussi pour les batailles qu’elle a menées et gagnées, notamment celle des mariages de même sexe qu’elle a remportée en 2002. À compter de vendredi sur V, l’avocate la plus connue du Québec sera l’arbitre d’une cour en direct dont la moitié des plaignants sont déjà assurés de passer un mauvais quart d’heure.

Un orang-outang en peluche rouille accapare un des fauteuils, à ma droite. Un autre au pelage noir est assis devant une pile de dossiers sur un bureau. Un ourson est juché sur une étagère de bibliothèque, juste au-dessus d’un Cartman en chiffon, ce célèbre petit personnage de la série South Park qui, en plus de se déguiser en Hitler, a la réputation d’être raciste, antisémite, grossier, égocentrique et manipulateur.

Il y a des tableaux au style délavé sur les murs qui côtoient des miroirs aux dorures rococo, des vases et des chandelles sur les tables à café, et même si le goût de cet assemblage hétéroclite n’est pas toujours très sûr, il s’en dégage une chaleur et une intimité, indéniables.

Bienvenue dans l’antre douillet de Goldwater et Dubé, cabinet d’avocats situé au 23e étage de la tour Alexis Nihon, fondé en 1981 par maître Goldwater elle-même, qui à l’époque venait à peine de passer son barreau et n’avait que 21 ans.

Je l’attends depuis un bon quart d’heure en me demandant à quoi ça sert de devancer un rendez-vous si c’est pour arriver en retard. Mais j’ai à peine commencé à maugréer qu’elle arrive tel l’ouragan Irene, un feu roulant de rondeurs généreuses et débordantes, perchées sur des talons hauts. Elle tient d’une main, un sac bling bling, dont les zircons turquoise sont aveuglants, et porte un tailleur court en lamé, gold comme dans goldfighter, le sobriquet dont elle a hérité pendant le Combat des livres de Christiane Charette.

Je la suis à travers un dédale de cloisons, de plantes, d’animaux en peluche et de potiches, avant de déboucher dans son bureau : une vaste pièce encombrée de mille et une bébelles, mais avec une vue imprenable et spectaculaire sur la montagne. Des adjoints papillonnent autour d’elle pour débarrasser sa table de travail. Puis un charmant jeune homme - est-ce un avocat ou un majordome ? - vient déposer devant nous un joli plateau de fruits et de biscuits.

C’est mon premier tête-à-tête avec celle qui a divisé les chaumières et les femmes du Québec, en remportant une importante bataille dans la reconnaissance des droits des conjoints de fait grâce à la cause célèbre d’Éric et de Lola qui ira bientôt en appel à la Cour suprême, mais sans elle.

Avant d’inviter Anne-France Goldwater à me raconter sa vie, ce dont elle s’acquittera avec un empressement proprement étourdissant, je lui demande si elle a l’intention de faire une Judge Judy d’elle-même. C’est une question clichée dont je n’espère rien et qui pourtant suscite un aveu étonnant. « Pas tout de suite », commence-t-elle par répondre avec un regard mystérieux, mais c’est ça la vraie ambition. »

Euh, de quelle ambition on parle au juste ? De devenir juge ? « Non, non ! Peut-être quand j’étais plus jeune. Je me souviens qu’après mon premier divorce, je m’étais dit que si je tombais sur un mec fortuné qui m’aurait libérée de mes obligations, ça serait bien d’être juge. Pour une femme, c’est un métier intéressant. Mais aujourd’hui, ça ne m’intéresse plus. »

Mais alors, quel rapport avec Judge Judy, cette juge à la retraite qui sévit sur les réseaux américains depuis plus de 15 ans ? La réponse ne se fait pas attendre : « Je veux la remplacer ! Pas tout de suite, mais éventuellement. De toute façon, un jour, ils vont avoir besoin d’une nouvelle personnalité, plus jeune, plus sauvage, qui n’a pas la langue dans sa poche. C’est ça, mon ambition ! »

Enfance calamiteuse

Pour ce qui est de l’ambition, Anne-France Goldwater n’en a jamais manqué et cela, en dépit d’une enfance assez calamiteuse, merci. Née à Montréal le 14 juillet 1960, Anne France Goldwater est la fille unique de deux avocats : Sam Goldwater, avocat généraliste d’origine polonaise, et Ruth Zendel, juive française née à Paris. Des deux, c’était Ruth la star, juriste émérite, monument d’élégance et de raffinement dont tous les hommes tombaient amoureux.

Les années 60 aidant, Ruth a eu une aventure avec un certain Philippe Casgrain, mari de la députée Claire Kirkland-Casgrain. Enceinte de lui, elle s’est résignée à avorter, a sombré dans la dépression avant de se suicider. Anne-France avait 3 ans. Elle ne se souvient de rien. Ni de sa mère ni de sa mort. Son père, pour sa part, ne s’en est jamais remis. Il a redéménagé avec sa fille chez sa mère rue Deom à Outremont. Jusqu’à l’âge de la puberté et malgré une maison de 10 pièces, Anne-France était obligée de coucher dans la même chambre que son père sur ordre de grand-mère.

La suite ressemble à un roman de Dickens ou à un conte de Perrault avec la grande mère autoritaire et acariâtre, le père dépressif, les coups, les insultes et la misère affective d’une petite fille abandonnée de tous et obligée trop tôt de se débrouiller seule.

Je connais Anne-France Goldwater depuis à peine 20 minutes et pourtant, elle n’a pas hésité pas à me confier ces moments douloureusement intimes de sa vie. Je m’étonne de son absence de censure. Elle concède qu’elle ne fait pas de censure et puis... éclate en sanglots. « Il y a trois ans, quand j’ai raconté cette histoire à mon psy, dit-elle à travers ses larmes, l’intensité de mon émotion lui a fait croire que c’était arrivé hier et non il y a 40 ans. Moi, j’espère toujours qu’à force de raconter cette histoire sans faire de censure, la douleur va passer, mais elle ne passe pas. »

Anne-France tapote ses larmes avec un mouchoir et lance : « J’ai toujours été comme ça. J’ai une seule face. La même face pour tout le monde et, philosophiquement, ça me plaît. »

Obsédée sexuelle joyeuse

Admise à l’âge de 16 ans à l’Université McGill, l’adolescente douée sera reçue au barreau cinq ans plus tard. À peu près au même moment, elle épouse Chaim Adler, un prof qu’elle fréquente depuis l’âge de 13 ans et dont elle aura deux enfants, Samantha Ruth et Daniel Moise. Après ce premier mari juif dont elle divorcera, viendra Omar, un mari musulman, puis Leonel, le Salvadorien avec qui elle vit en ce moment en union libre.

« Imaginez un juif, un musulman et un catholique ! C’est sûr que je vais brûler en enfer ! blague-t-elle avant d’avouer qu’elle est prête à épouser Leonel dans une église du Salvador demain matin, mais que c’est trop loin. Et un mariage civil au palais de justice alors ? « Moi, au palais de Justice, ça ne va pas ! s’écrie-t-elle. Pas question de sceller une union sacrée dans un endroit où j’ai baisé dans trop de recoins ! »

Cette dernière réplique à connotation sexuelle est de loin la moins osée de toutes celles que j’entends sortir de sa bouche depuis une heure. Pas de doute : Anne-France Goldwater est une obsédée sexuelle, mais une obsédée joyeuse et assumée, qui semble n’avoir aucun tabou, qui n’hésite pas à prendre ses seins à pleines mains pour célébrer leur générosité ou y glisser des shooters, et qui n’a peur de rien, surtout pas du ridicule.

Pas religieuse ni pratiquante, elle se déclare athée profonde comme son idole, le commentateur controversé et iconoclaste, Christopher Hitchens. En revanche, elle est pro-Israël comme en témoigne le petit drapeau planté fièrement dans son imprimante.

Mais si elle avait le choix du décor pour L’arbitre, ce n’est pas un drapeau israélien, mais un crucifix qu’elle accrocherait au mur. « Parce que c’est un symbole important de la société québécoise et puis lorsque je vois le Christ sur la croix, ce que je vois, c’est un bel homme mince et musclé de 33 ans, au sommet de ses pouvoirs sexuels, qui est à moitié nu et juif. Que demander de plus ! »

À la barre de L’arbitre, Me Goldwater entendra deux causes par émission. Elle promet d’être drôle et divertissante, mais de ne jamais insulter ou rabaisser les gens. Si j’étais Judge Judy, je commencerais tout de suite à prendre des notes.

Dans le contexte de la requête présentée par les avocats de Mme Louise Mailloux et de la plainte que j’ai déposée au Barreau dont je vous ai parlé dans mon dernier éditorial, ces faits sont, hélas, pertinents.

Comme l’est d’ailleurs cette vidéo qui circule largement sur l’Internet dont le texte de présentation fait état du titre professionnel d’Anne-France Goldwater :

Anne-France Goldwater et Mitsou ont une discussion très osée

Il existe dans le latin des prétoires une locution souvent utilisée pour signifier l’inutilité de rajouter quoique ce soit aux faits car ils parlent d’eux-mêmes : Res ipsa loquitur. C’est le cas ici. Tout commentaire additionnel serait superflu.

Le triste dans ce procès, c’est que quelle qu’en soit l’issue, tout le monde en sortira perdant. Vigile perd son temps et les maigres ressources que ses lecteurs ont la générosité de lui offrir sur des affaires qui n’ont rien à voir avec sa mission principale ; Me Goldwater joue sa réputation et sa crédibilité professionnelle de même que la survie de son cabinet et ses relations avec ses associés ; et la cliente musulmane de Me Goldwater se trouve impliquée dans une affaire qui constitue un affront à sa morale rigoureuse et à ses croyances religieuses.

Si le Barreau avait joué son rôle en temps utile en rappelant Me Goldwater à l’ordre, nous n’en serions pas là.

Quel gâchis ! Quel incroyable gaspillage !

Commentaires

  • Lise Séguin, 4 août 2015 07h54

    Il s’agit en fait de l’émission de Pénélope "McQuaid" Le poème bien tourné m’importe peu. J’en veux à Goldwater de dénigrer notre parti souverainiste. Son comportement illustre parfaitement l’intention malfaisante des sépulcres blanchis qui comme elle déclarent ostentatoirement leur allégeance passée à notre Parti pour en être sagement revenus suite à leur chemin de Damas. Hypocrisie dangereuse qui conforte tout quidam fédéraliste dans son option sans qu’il se donne la peine de voir sérieusement. Le dernier en lice, à ma connaissance est le député Libéral Tanguay qui admet fièrement avoir voté OUI en 1995 ! C’est un vire capot qui se veut néo-patriote.

  • Ouhgo, 22 mai 2015 00h21

    Encore ce 20 mai, la Dame s’est fait inviter par Pénélope McKing, pour justement raconter" notre histoire" avec elle. On sait que le mensonge vient au Kg avec elle. Les invités de son entourage sont repartis en pensant qu’elle avait simplement élargi un peu son corsage.

    Elle en profita aussi pour dénoncer le "mensonge" inventé par les Canadienfrançais sur la taxe kasher : non, non, non, les rabbins ne collectent pas d’argent des magasins d’alimentation pour mettre le Kasher sur les tablettes. Non, non, non, ces coût ne sont pas répartis également sur tous les produits qui passent à la caisse...

  • Richard Lemieux, 24 avril 2015 17h01

    Mr. Le Hir,

    Je vous cite, "Quel gâchis ! Quel incroyable gaspillage !". Ne vous sentez pas responsable de tout ça. Vous avez déjà fait énormément en tenant ce site ouvert durant toutes ces années. J’aimerais savoir : Est-ce que ce cette poursuite vous implique à titre personnel ou bien est-ce uniquement dirigé vers la corporation ?

    Au contraire, cette poursuite peut nous en apprendre beaucoup sur les personnes (leur agenda réel, pas leurs habitudes vestimentaires !) et sur les organisations en présence ici ainsi que sur les faiblesses introduites dans notre constitution principalement par le biais de la fameuse Charte comme le mentionne Mr. Matte.

    Je ne suis pas juriste malheureusement et je comprends mal toutes les implications de la Charte canadienne, mais elle me semble biaisée en partant vers les droits et elle oublie la contrepartie que sont les responsabilités (la vie en société est basée sur une forme de contrat social n’est-ce pas : donnant-donnant).

    Par ailleurs, les Nation-Unies et les accords de libre-échange ajoutent des contraintes supplémentaires. Le résultat me parait être un imbroglio légal auquel on ne peut échapper autrement qu’en regardant un match de hockey Canadiens-Sénateurs.

    Je pense qu’il nous faudrait une nouvelle charte/constitution plus simple et permettant une justice un peu plus expéditive (dans le sens de plus rapide et moins couteuse pour les parties) et peut-être commencer à prendre nos distances vis-à-vis les Nation-Unies ... s’il le faut.

  • Jean-Claude Archetto, 24 avril 2015 16h46

    Pourquoi est-ce que le système de justice québécois laisse se continuer des démarches judiciaires qui s’apparentent à une poursuite bâillon ?

    C’est vrai que depuis la célèbre commission Bastarache où on a appris que le pré-requis pour la nomination d’un juge était qu’un post-it *Libéral* soit apposé sur son CV, en plus du déroulement sr presque vingt ans de l’affaire Robinson l’ensemble des québécois se rend bien compte à qu’elle sorte de justice ils ont droit .
    C’est non seulement une justice pour les riches , mais une justice où l’influence politique corrompt le processus judiciaire.

  • Michel Matte, 24 avril 2015 11h18

    Si ce n’est pas un abus de procédure, on peut se demander ce que c’est. La prestation pitoyable et grotesque de Mme Goldwater devrait suffire à faire rejeter la plainte de Mme Awada.

    Mais comme ce cirque de basse-cour sert l’intérêt du pouvoir, il semble que toutes les provocations sont tolérées. Mais il ne faut pas tomber dans le piège.

    En fait La Charte des droits sert à réprimer les libertés plutôt qu’à les défendre selon plusieurs juristes :

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Charte_canadienne_des_droits_et_libert%C3%A9s#Critiques
    et notamment Michael Mandel :

    http://journals.cambridge.org/action/displayAbstract?aid=6273984

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