«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Fondation du Québec

La victoire a plusieurs pères, la défaite est orpheline

Tribune libre de Vigile
lundi 9 janvier
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Dans un commentaire à un article de Gilles Verrier, en chronique ici, sur deux fautes du PQ en 2016, je soumettais fort hors-propos le paragraphe qui suit :

« Si l’on parlait d’indépendance comme passage obligé, à une interdépendance mondiale à réussir, pour un peuple plurinational à trois groupes de nations fondatrices : Les Premières-Nations, les deuxièmes, les troisièmes ? »

Quand j’aurai à réécrire, j’ajouterais là où il se doit, autochtones, francophones, anglophones et allophones ; passage obligé d’une confortable dépendance irresponsable à une interdépendance responsable humanitaire équitable.

L’expression « passage obligé » me fait toujours penser au livre de Charles Sirois longuement intitulé Passage obligé, passeport pour l’ère nouvelle : De la gestion mécanique à la gestion organique.

Gilles m’a répondu : « par définition on ne fonde qu’une fois. » J’entend Richard Desjardins chanter : Quand j’aime une fois, j’aime pour toujours.

https://www.youtube.com/watch?v=OMPMb69kqIU

Admettons. Il y a la sexualité et le patriotisme.

Et alors j’ai cherché à savoir en quelle année et par qui, sans guerre plus de connaissances en histoire du Québec que ce qui était enseigné au cours classique il y a 60 ans. En cela, j’ai beaucoup à apprendre de plusieurs qui écrivent ici. Je me rappelle avoir eu de l’histoire de la France, de la Grèce, de Rome, j’imagine que le reste de l’histoire s’enseignait au primaire et là, j’étais à l’école de bout de paroisse où ça allait de la première à la sixième.

L’exception notable est la lecture d’un livre publié par la Direction des élections du Québec, sous Marcel Blanchet ; recherche et direction, Benoit Mercier et André Duhamel, 2000, 2005. Le livre s’intitule La démocratie : ses fondements, son histoire et ses pratiques. Il m’a grandement faciliter le travail et l’agrément.

Schématisons, « pour faire une histoire courte comme on dit ».

1608 ? Désolé ! Champlain fonde la ville de Québec, pas Le Québec.

1663 ? Désolé ! La Nouvelle-France devient une colonie royale sur le modèle des provinces françaises. La Nouvelle-France était alors un territoire immensément plus grand que le Québec et une province sans statut d’État. Je me fais grâce de vous procurer des dessins des lieux.

1763 ? Désolé ! « La France cède à la Grande Bretagne la Nouvelle-France dont une partie prend le nom de « The Province of Quebec ». Fondation demande plus que ça. Création d’un territoire disons par la Couronne britannique.

1791 ? Désolé ! Cette année-là, The Province of Quebec est divisée en Haut-Canada (Ontario) et en Bas-Canada (Québec). Là là, l’avenir s’en vient mais le Canada continu à se fonder, pas le Québec. Réduction du territoire The Province of Quebec et non fondation d’un État.

1838 ? « Sous la direction de Robert Nelson, un groupe de patriotes proclame l’indépendance du Bas-Canada … ». Le Parlement britannique suspend la Constitution du Bas-Canada. Première tentative ratée de fondation du Québec. Désolé, The Province of Quebec est détruite et intégrée deux ans plus tard avec l’Acte d’union , sur recommandation du Rapport Durham.

1867 ? Désolé ! Le Canada devient une monarchie constitutionnelle mais sans consultation populaire ni mandat électoral. La Province de Québec n’est pas fondée mais de retour, accentuée. Remarquez l’accent sur le e de Québec et le la au lieu du The.

1931 ? Westminster. J’aurais été fier de devenir Canadien plutôt que Britannique en reconnaissance de la participation à la fin de la Première grande guerre ! Le Canada cesse d’être un dominion britannique et devient un État souverain, est devenu souverain sans le peuple, par la grâce du Parlement britannique, Province de Québec incluse.

1982 ? Cinquante ans plus tard, le Canada se prévaut de sa souveraineté et rapatrie sa constitution qui couvre la Province de Québec. Ce rapatriement se fait sans l’accord de l’Assemblée nationale de cette province. Le Québec reste à fonder.

1980 Bon ! Une majorité claire de gens de la province disent non à un projet de souveraineté-association. Fort bien !

1995 Rebond ! Une majorité pas claire des gens du pays disent non à un projet de souveraineté-partenariat. Désolante démocratie !

Depuis, Non !

Le Québec reste à fonder par son peuple plurinational. Écrivez « fondation du Québec dans Google », vous en obtiendrez une preuve : La ville de Québec a été fondée, The Province of Quebec a été circonscrite en 1763, réduite en 1791, dissoute en 1840 pour ressuscitée en 1867. Le Québec depuis 1982 demeure un territoire rattaché à la souveraineté canadienne de par sa constitution, rien de plus.

La population du territoire du Québec n’a jamais fondé la République, le Royaume ou la Dictature du Québec. Si c’était fait, Me Guy Bertrand, un expert en constitution, le saurait et il ne nous aurait pas légué son projet Liberté-Nation de République fédérale du Québec.

http://www.republiquefederaleduquebec.com

La question de la fondation du Québec se posera à notre Assemblée nationale quand 55 % des gens de son territoire, incluant les moins de 18 ans, par procuration d’un ou deux parents le temps qu’il faut bien entendu, répondront oui à l’un d’une série de sondages tenus par la Direction des élections, à une question du genre : Voulez-vous que le territoire du Québec devienne un pays indépendant.

55 % après répartition des répondants qui ne donnent pas de choix. Moins de 18 ans inclus, parce que l’avenir s’en vient pour eux et qu’il s’en va pour d’autres, dont plusieurs qui écrivent ici, moi inclus.

55 % est indicatif et non un ordre. La norme d’une majorité demeure 50 % + 1. La rondelle sera mise au jeu sur la glace qu’est notre Assemblée nationale. Je verrais nos élus se lever pour ou contre une déclaration à l’exemple de celle de Robert Dutil dans La Juste Inégalité : essai sur la liberté, l’égalité et la démocratie, 1995, que voici :

« Nous proclamons les vérités qui suivent comme évidentes en elles-mêmes, que tous les hommes et toutes les femmes sont nés inégaux, qu’ils sont dotés par leur Créateur de capacités intellectuelles et physiques dissemblables, qu’ils sont plongés à leur naissance dans des milieux sociaux et culturels disparates, et qu’ils ne bénéficient donc pas des mêmes chances.

La justice réclame toutefois que soient reconnus à tous des droits inaliénables, parmi lesquels se trouve la vie, la liberté et la poursuite du bonheur. Les gouvernements sont institués parmi les humains, obtenant leurs justes pouvoir du consentement des gouvernés, pour sécuriser ces droits, pour permettre une juste égalité des chances, pour encadrer la collaboration entre les citoyens et pour s’assurer que les inégalités économiques et sociales soient au plus grand bénéfice des plus désavantagés.

Lorsque quelque forme de gouvernement que ce soit empêche l’atteinte de ces buts, il est du droit du Peuple de le modifier ou de l’abolir, et d’en instituer un nouveau, faisant reposer ses fondations sur des principes tels et organisant ses pouvoirs d’une forme telle, qu’il lui semblent plus aptes à assurer sa sécurité et son bonheur. »

Vous remarquerez que dans cette déclaration révolutionnaire, à mon sens, la justice passe avant la liberté. Si je peux me permettre, je remplacerais Créateur par leurs ascendants, ça m’apparaît plus évident sans exclure. J’ajouterais plurinational après Peuple au dernier paragraphe pour faire local.

Commentaires

  • Robert J. Lachance, 12 janvier 12h46

    On repart à zéro ?

    https://www.youtube.com/watch?v=eVFvFEUgMsw Joe Bocan

  • Robert Lachance, 12 janvier 09h18

    Jean-François Lisée a lu et aimé Champlain : La vraie histoire.

    http://jflisee.org/champlain-la-vraie-histoire/

    Sur les indigènes de l’époque j’ai lu les écrits de Nicolas Perrot qui a vécu parmi eux de 1660 à 1717.

    J’ai aussi lu Les indiens blancs de Philippe Jacquin : Français et Indiens en Amérique du Nord (XVie-XViiie siècle.

    Effectivement, nous avons de quoi être fier de notre passé.

  • Gilles Verrier, 10 janvier 21h53

    « ..Et valoriser notre épopée néo-française pour laquelle il y a de quoi être fier. Fondatrice du Canada, ce qui est peu, quand on pense à l’harmonie sociale que la Nouvelle-France institua de concert avec les peuples indigènes, alors que les anglos les confinèrent dans des réserves (apartheid) et au Sud (les mêmes Anglos) leur livrèrent une guerre génocidaire sans merci. Nous avons de quoi être fiers de notre passé ! Pourquoi l’avons-nous rejeté ? »

    C’est ici : http://www.lebonnetdespatriotes.net/lbdp/index.php/dossierslbdp/item/9783-deux-fautes-du-parti-quebecois-en-2016

    Notre schizophrénie (avoir une perception de soi partiellement, voire totalement altérée) de colonisés nous porte à partager le fardeau de la colonisation négative avec eux, ceux qui nous ont vaincus, les Anglos. Je vous renvoie à Bernard Landry et « la paix des braves », signée dans notre effacement, en assimilés avec les Anglos. Parce que nous sommes blancs comme eux, la race blanche ferait de nous, d’un point de vue raciste, des oppresseurs des autochtones. Selon cette perspective raciste qui nous tient par la couleur de la peau, il nous faudrait partager les repentirs et les réparations avec les Anglos alors que nous n’y sommes pour rien !

    Quand sortirons-nous de cette conception misérable de nous-mêmes qui nous discrédite devant l’histoire alors que nous avons tant de raisons de nous séparer de « leur » colonisation à « eux ». Pourquoi ne pas leur en laisser assumer toute l’accablante responsabilité ?

    Fameuse « société distincte » où te caches-tu ? N’es-tu qu’un slogan vide qui ne renvoie à aucune rupture entre le régime français et la Conquête ? Notre assimilation culturelle, notre canadian-isation a-t-elle fini par gommer toutes les différences entre les deux régimes ? Je vous invite à y réfléchir.

    Finalement, en construisant l’Habitation de Québec, Champlain ne fondait pas une ville. Mais avec cette cabane au Canada, il posait un jalon d’importance dans la construction de la Nouvelle-France. Il s’agit de l’avis de plusieurs de l’expérience la plus réussie et la plus harmonieuse de cette rencontre inévitable entre la civilisation européenne et les peuples indigènes d’Amérique. Non, l’histoire n’est pas faite que de guerres, de rapines et d’oppression, c’est un riche enseignement que la Nouvelle-France adresse à l’humanité. Ne serait-ce que pour continuer d’en témoigner, le Québec, héritier de la Nouvelle-France (à laquelle il doit tout) ne doit pas mourir et doit tenter de reprendre dans l’esprit néo-français ses relations avec les peuples dits autochtones.

    Mon emploi occasionnel du mot indigène est nullement péjoratif. Voir le dictionnaire. Il vise à rappeler que par rapport aux 55 000 nouveaux venus qui viennent au Québec chaque année, nous sommes pour eux les autochtones. Voir encore le dictionnaire.

  • Robert Lachance, 10 janvier 20h09

    Je vous en prie,

    Je vois qu’une citation en titre en attire une autre en commentaire. Celle en titre s’apparente à une de Jacques Parizeau.

    « Parizeau affirme que les souverainistes se cherchaient un « bouc émissaire » et qu’il a hérité du rôle après la défaite. « La victoire a des pères innombrables, mais la défaite est orpheline. »

    http://www.lactualite.com/politique/jacques-parizeau-lhomme-qui-ne-voulait-pas-etre-politicien/

    Il a emprunté de John F Kennedy à l’occasion de la Conférence présidentielle du 21 avril 1961, après la défaite des États-Unis à Cuba et du comte Caleazzo Ciano diplomate et beau-fils de Mussolini en 1942 : “La victoria trova cento padri, e nessuno vuole riconoscere l’insuccesso”

  • Jean Brilland, 9 janvier 12h10

    « Nous devons aimer ouvertement la démocratie durant notre servitude,
    pour la savoir pratiquer après notre émancipation ».

    Louis-Joseph Papineau

    Merci monsieur Lachance, pour cette cet enthousiasme à oeuvrer pour, par et avec le peuple.

    Nous y arrivons.

  • 9 janvier 12h08

    « Nous devons aimer ouvertement la démocratie durant notre servitude,
    pour la savoir pratiquer après notre émancipation ».

    Louis-Joseph Papineau

    Merci monsieur Lachance pour ce texte, beaucoup apprécié.

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