«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

La pointe de l’iceberg ?

Henri-Paul Rousseau, le siphonneur de la Caisse de dépôt

La vérité, toute la vérité, sur les pertes scandaleuses de 2008

PRÉFACE

Tribune libre de Vigile
samedi 8 mars 2014
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Ancien journaliste au Devoir, Mario Pelletier est l’auteur de La Caisse dans tous ses états, un livre dont il sera abondamment question dans ces pages. Il a publié divers ouvrages à caractère historique, dont deux livres sur l’histoire de la Caisse, La machine à milliards, en 1989, et Dix milliards par jour, en 2002, ainsi qu’un essai sur la génération des baby-boomers, La traversée des illusions, en 1994. Il a été aussi un pionnier du cyberjournalisme au Québec, en fondant dans les années 1990 les quotidiens web Multimédium et ÉconoMédia.

On ne connaît pas encore - loin de là ! - tous les dessous de la perte catastrophique de 40 milliards de dollars par la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ), en 2008. Dans mon livre La Caisse dans tous ses états, publié en mai 2009 (et frappé aussitôt d’interdit par la Caisse), je montrais comment cette catastrophe était l’aboutissement logique de la gestion d’Henri-Paul Rousseau, qui était entré à la la CDPQ en démolisseur et y avait instauré une mentalité de casino.

Mais l’ampleur des pertes, l’investissement effréné dans un papier commercial de pacotille, tout cela s’expliquait mal. Mon livre s’arrêtait donc sur plusieurs questions restées sans réponse, des questions qui appelaient manifestement une enquête publique. En 2009, une grande majorité de Québécois la réclamait, cette enquête - dans les sondages, dans les lignes ouvertes et tout ce qui reflétait la vox populi -, mais le gouvernement Charest a refusé mordicus.

On pouvait se demander pourquoi la ministre des Finances de l’époque, Monique Jérôme-Forget, ne voulait pas d’enquête sur la perte avérée de 40 milliards de dollars par la Caisse, alors qu’en 2002, dans l’opposition, elle en réclamait une à cor et à cri sur une possible perte de 30 millions (dans la malheureuse affaire Montréal Mode).

Il y avait anguille sous roche. Plus qu’anguille, requin ! C’est ce que Richard Le Hir soupçonnera et découvrira peu à peu. Fort de son expérience des affaires et de la politique, il a mené une recherche approfondie, une véritable filature dans les cercles - apparents et souterrains - du pouvoir. Dans les traces laissées ici et là par les accointances entre politique, finance et administration publique.

C’est ainsi qu’il a mis le doigt sur des faits troublants, des associations louches, des manoeuvres habilement organisées pour aboutir à un gigantesque détroussement de tout le peuple québécois.

Qui donc a profité de la « tempête parfaite », comme Henri-Paul Rousseau avait désigné la crise de 2008 ?

Qui donc a (ont) eu intérêt à tout sceller dans le béton d’un prétendu « mystère de la vie », selon le terme mystificateur employé par le même Rousseau ?

Quarante milliards de dollars, tout cet argent perdu, dans quelles poches s’est-il retrouvé ?

En somme, qui a perdu et qui a gagné dans cette énorme dilapidation de nos fonds de retraite ?

Le grand perdant, on le sait, c’est le peuple travailleur du Québec.

Les gagnants... Eh bien d’abord, on a vite su que le patron démissionnaire de la Caisse, Henri-Paul Rousseau, était sorti très avantageusement de la tempête. En plus de recevoir - au mépris des règles normales - une large indemnité de départ, il s’est retrouvé tout de suite couvert d’argent - par millions - chez Power. Sans doute avait-il bien servi : il méritait qu’on le récompense, mais, surtout, la récompense devait être suffisante pour qu’il parte à temps ! Qu’il parte avant que toute l’affaire éclate et éclabousse le gouvernement Charest et d’autres intérêts plus occultes. Avant qu’on remonte la filière de ce détroussement sans précédent, il fallait donc, à tout prix :

1) tenir l’affaire sous le boisseau le plus longtemps possible ;

2) faire réélire le gouvernement Charest au plus sacrant - avant la fin de 2008 ;

3) faire en sorte que la Caisse se retrouve sans numéro un, donc sans grand responsable, au moment où il faudrait révéler la perte des 40 milliards.

Et après, on saurait bien rouler le bon peuple dans la farine de la tempête parfaite et l’énigme du mystère de la vie. Comme Henri-Paul Rousseau l’a fait devant la Chambre de commerce de Montréal, en mars 2009, puis en commission parlementaire, deux mois plus tard. Spin et désinformation réussis... et applaudis.

Richard Le Hir éclaire les dessous de ce bel enchaînement de circonstances et de manipulations. Les intérêts inavouables derrière l’achat massif du fameux papier commercial (PCAA, pour les initiés), les rapports incestueux entre Coventree, la Caisse, un grand cabinet d’avocats de Montréal et autres.

Et par-dessous, plus loin encore par-dessous : des acteurs importants qui brassent des affaires dans les coulisses. Ils jouent les figures héroïques par devant et recueillent les dividendes par derrière. Des Tartuffes politiques qui simulent les plus hautes vertus civiques, tout en se gavant sous la table. Ils empruntent des masques de circonstances : bleu fleurdelisé par devant, rouge unifolié par derrière. Leur jeu habile leur permet de confondre le public pour mieux servir les puissants intérêts qui les enrichissent.

Vous verrez, vous comprendrez de qui il s’agit en lisant ce livre. Vous comprendrez pourquoi le gouvernement Charest a tenu si fort à ce qu’il n’y ait pas d’enquête publique sur les pertes de la Caisse.

Vous comprendrez aussi à quel point cette enquête s’impose toujours. Plus que jamais même, quand on considère ce que Richard Le Hir dévoile ici. Et qui n’est peut-être que la pointe de l’iceberg. Il faut absolument que les Québécois sachent ! La vérité, toute la vérité, sur les pertes scandaleuses de 2008. Tant que cet énorme abcès n’aura pas été vidé, il continuera de métastaser notre confiance nationale.

Commentaires

  • Mario Pelletier, 8 mars 2014 21h48

    Vous avez bien raison.

    De fait, l’économie - c’est-à-dire tout ce qu’on peut ramasser sous ce terme - est l’instrument de manipulation et l’arme d’intimidation privilégiés des fédéralistes canadiens pour contrer l’affirmation nationale du Québec. Et cela se répète depuis des décennies.

    Quand on n’a ni idéal ni programme cohérent de promotion nationale (et surtout, quand on n’en veut pas !), on fait sonner le mot « économie » comme si c’était une réalité distincte du politique. Mais l’économique est lié intimement au politique. La force de l’un est liée à la force de l’autre. Si le Québec francophone a acquis une véritable force économique à partir des années 1960 c’est parce qu’il a eu l’audace politique de s’affirmer, en disant « maîtres chez nous » et en agissant en conséquence.

    Il a fallu que des gens déterminés, courageux et incorruptibles comme René Lévesque, Jacques Parizeau et d’autres rompent avec la petite politique provinciale et osent affronter le pouvoir central canadien et l’establishment financier qui y est intimement lié. Quitte à être traités de communistes ou de socialistes, il leur a fallu même aller à contre-courant de toute l’Amérique du Nord, pour nationaliser l’électricité, pour créer de puissants leviers de développement économique comme Hydro-Québec et la Caisse de dépôt.

    Eux et tous ceux qui ont poursuvi sur cette lancée - avec ce grand idéal de « maîtres chez nous » - en créant nos grandes centrales hydro-électriques, en utilisant à bon escient le levier de la Caisse de dépôt (avant l’arrivée des siphonneurs et des démolisseurs), pour lancer et soutenir une vague d’initiative et d’innovation entrepreneuriales sans précédent, appelée justement « Quebec inc. » ; oui, on peut dire qu’eux, sans agiter des slogans creux, se sont occupé des « vraies affaires » : c’est-à-dire notre émancipation et notre développement comme nation distincte en Amérique et dans le monde.

    Y a-t-il d’autres affaires plus « vraies » et plus importantes pour nous, Québécois ?

    Mario Pelletier

  • 53, 8 mars 2014 12h55

    Très bon,

    mais durant la campagne électorale qui suit, n’y aurait-t-il pas lieu de se demander quand le chef de l’Opposition Philippe Couillard parle d’économie, de quel économie veut-t-il parler ? Celle des autres comme ce qui s’est passé à la Caisse de Dépôt ? Ou la nôtre que la Chef du gouvernement s’acharne à bâtir du mieux qu’elle peut.
    R. G.

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