«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

La souveraineté à l’envers ?

lundi 20 octobre 2008

Au lendemain du référendum de 1995, j’avais publié un essai sur l’importance de la légitimité dans la perception qu’avaient les Québécois des enjeux constitutionnels et de l’avenir politique du Québec (La Prochaine Étape — Le défi de la légitimité, Stanké, 1997), pour conclure que le résultat de ce référendum en constituait un reflet très exact.

Il faut reconnaître à la Cour suprême du Canada le mérite d’avoir la première signalé l’existence de la problématique. En effet, dès 1981, lors du rapatriement de la Constitution, elle avait souligné la distinction qu’il fallait faire entre légalité et légitimité. Si la démarche du gouvernement fédéral était légale, elle n’en était pas pour autant légitime.

Illégitimité

Le Québec n’ayant jamais ratifié la Constitution de 1982, le Canada vit dans l’illégitimité depuis 1982, et le déficit de légitimité n’a fait que se creuser depuis lors. L’accord du lac Meech n’a pu être ratifié, l’accord de Charlottetown a été rejeté par une majorité de Canadiens et de Québécois, le référendum de 1995 n’a été rejeté qu’à une très faible marge, et le Québec envoie à Ottawa une représentation très majoritairement souverainiste depuis 1993.

Encore cette semaine, à l’occasion du dernier scrutin fédéral, le Bloc québécois est parvenu à faire élire 50 de ses candidats sur un total possible de 75, devançant ainsi largement les autres partis. Qui plus est, la participation au scrutin a été une des plus faibles de l’histoire. Et ne parlons pas des multiples incidents à gravité variable qui minent le système. Au Québec, le Canada ne fait pas recette. Quand ce n’est pas la faute des libéraux, c’est celle des conservateurs.

Douce solution

N’étant pas parvenus à dégager un consensus suffisant sur la souveraineté au Québec même, et redoutant les profonds déchirements internes qu’entraîne immanquablement un débat référendaire, les Québécois ont trouvé un moyen soft d’affirmer leur identité et leurs ambitions nationales : à Ottawa, dans les tulipes fédérales ! Dans le processus, ils sont déjà parvenus à se faire reconnaître comme nation par le gouvernement fédéral, même si cette reconnaissance demeure encore tout ce qu’il y a de plus symbolique.

Mais les Québécois ont su tirer une leçon de leur histoire : l’avenir appartient à ceux qui durent. Encore quelques années, et le fossé déjà très profond avec le reste du Canada deviendra un gouffre infranchissable. Les faits s’imposeront à tous, et le Québec se détachera du Canada comme un fruit mûr, au grand soulagement des intéressés de part et d’autre qui n’en pourront plus de cette lente agonie politique qui aura trop duré.

Sans gloire mais efficace

Après « l’étapisme » cahoteux, la souveraineté à doses homéopathiques du bon Dr Gilles Duceppe, avec seulement 38 % du vote populaire, et sans débats fratricides et interminables sur l’importance de la majorité nécessaire ! Tout cela n’est pas très glorieux, mais c’est d’une efficacité machiavélique. Et quelle économie d’énergie !

Trop heureux de l’aubaine, certains applaudiront. Je redoute pour ma part un pays qui naîtrait dans de telles conditions. Je n’ai guère d’appétit pour les cendres. Et pour ce qui est de la légitimité...

***

Richard Le Hir, Avocat et conseiller en gestion et ex-ministre délégué à la Restructuration (1994-95)


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