«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

La séparation « soft » du Canada

Bref, pour cause d’incompatibilité identitaire croissante nourrie d’indifférence et de préjugés, le Canada vit peu à peu sa propre séparation soft du Québec, mais tout en voulant continuer à vivre sous le même toit... Et vice-versa...

mercredi 29 septembre 2010

Décidément, la une du Maclean’s aura fait beaucoup jaser. Facile lorsqu’on titre "The Most Corrupt Province in Canada" en y ajoutant un Bonhomme Carnaval ayant l’air d’être aussi fier de sa ceinture fléchée que de sa mallette débordant de dollars illicites...

Généreux à l’extrême, les Québécois se sont même rués dans les kiosques pour acheter un magazine les traitant de corrompus finis...

De toute évidence, avec ses unes criardes à la sauce Allô police - version affaires publiques - Maclean’s se soucie nettement plus d’augmenter son tirage que le quotient intellectuel de ses lecteurs.

En prime à l’intérieur du magazine : un article et une chronique truffés de références à une "culture politique" québécoise dont les "racines de corruption" seraient très, très longues. On y parle aussi d’une corruption atavique due à un Québec trop "nationaliste" et trop "étatiste". (N’y cherchez pas de logique, vous en perdrez votre latin.)

Pis encore, l’ultime problème, dixit l’ignare chroniqueur Andrew Coyne, serait que les politiciens d’ici "opèrent dans un climat général d’acceptation publique" ! (Ce qui explique sûrement pourquoi 80 % des Québécois réclament une commission d’enquête sur les allégations de corruption touchant le gouvernement Charest.)

Ce n’est donc pas aux partis politiques qu’il arriverait, ici comme ailleurs, d’oublier leur sens de l’éthique au vestiaire du pouvoir. Eh non. C’est toute la "prôôôvince" et les Kweebekois qu’on dépeint comme des handicapés de l’intégrité.

Vous me direz qu’après tout, LE sujet au Québec depuis un an, c’est bien les trois "C" : construction, collusion, corruption, mais en lien avec le gouvernement actuel. Or, Maclean’s parle d’une "culture politique" généralisée de corruption. Méchante différence.

Le Bonhomme Carnaval peut se prendre un numéro...

Suis-je indignée ? Non. Ce n’est pas mon boulot. Depuis plus de 20 ans, j’en ai trop décortiqué de ces diagnostics imbibés de préjugés pour m’en formaliser outre mesure. (Voir mes quelques tiroirs de classeur remplis d’articles et de livres dépeignant le Québec comme corrompu et/ou xénophobe.) Donc, rien de nouveau sous le soleil. Le Bonhomme Carnaval peut bien se prendre un numéro...

Si l’on quitte le registre de l’indignation, on peut observer que depuis quelques années, ces vieux préjugés toujours aussi répandus sur La Belle Province /sic/ participent aussi, hors Québec, de la montée d’une nouvelle identité canadienne. Une identité reposant en partie sur une vision nettement idéalisée du Canada. Le tout, agrémenté d’une solide dose de patriotisme bien senti.

Cette vision est celle d’un pays exceptionnellement "ouvert", non seulement envers ses minorités, mais le monde tout entier. Un pays dont l’armée "combat" dorénavant à l’étranger et un pays que le monde, à son tour, est venu célébrer aux Olympiques de Vancouver. Que le français y ait été absent fut à peine noté dans le Rest of Canada...

Même Élisabeth II, lors de son discours du 1er juillet donné à Ottawa devant une foule en pâmoison, parlait de la nouvelle "maturité" canadienne et de son "exemplarité" planétaire. Rien de moins.

Dans cette vision quelque peu fantasmée (toutes les identités nationales le sont en partie), le Québec devient irrévocablement une minorité parmi d’autres. Juste plus achalante ! Il se perd peu à peu dans la mer de ce Canada nouveau au patriotisme et à l’identité standardisés.

Dans cette vision idéalisée, aux yeux du ROC, le Québec est incapable de rivaliser avec le Canada côté "ouverture". Encore soupçonné de xénophobie et/ou de corruption chroniques, il devient dans les pages du Maclean’s une culture politique "malsaine" souffrant de "pathologies". Tandis que celle du Canada, elle, évidemment, est pure et saine.

Face à cette nouvelle identité canadienne, il est donc peu surprenant de voir aussi le Globe and Mail - Canada’s National Newspaper - présenter son nouveau look et ses nouveaux contenus, inaugurés ce 1er octobre, comme réflétant "ce qui nous définit comme nation". D’où le titre de sa série spéciale et de son site Internet : "Canada : Our Time to Lead" ! Incluant le "multiculturalisme" et l’"avenir de notre armée"...

Bien entendu, ce nouveau patriotisme n’est pas de génération spontanée. Il est le produit d’une dynamique politique en constante transformation. Il reste cependant que les référendums de 1980 et 1995, le rapatriement unilatéral de la Constitution en 1982 et le rejet en 1990 de l’accord du lac Meech par une opinion publique majoritaire au Canada anglais, ont aussi contribué à façonner une identité canadienne se pensant de plus en plus hors de la question québécoise. Hors de sa place dans la fédération. Hors même de sa langue.

Le Canada "nouveau" se définit suivant SA propre thématique multiculturaliste et patriotique. Point à la ligne.

Bref, pour cause d’incompatibilité identitaire croissante nourrie d’indifférence et de préjugés, le Canada vit peu à peu sa propre séparation soft du Québec, mais tout en voulant continuer à vivre sous le même toit... Et vice-versa...

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DERNIÈRE HEURE : Le premier ministre Charest demande des excuses au Mclean’s

Petit rappel : en septembre 2006, suite à l’article de Jan Wong liant malicieusement la tuerie de Dawson aux effets de la Loi 101 et paru dans le Globe and Mail,Jean Charest avait également envoyé une lettre à ce journal pour dénoncer cet article. Allait d’ailleurs suivre une autre lettre au journal, cette fois-ci du premier ministre du Canada lui-même...


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