«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

L’effondrement national se poursuit

La seconde amputation

L’abandon du français par les souverainistes

Chronique d’Alexandre Cormier-Denis
vendredi 2 décembre 2016
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Avant le choc qu’a été la Révolution tranquille, deux jambes tenaient le corps de la Nation canadienne-française : le catholicisme et la langue française. L’Église catholique a été un des principaux piliers de la société canadienne-française depuis la fondation de Montréal, mais c’est surtout suite à l’échec patriote et l’Acte d’union de 1840 qu’elle devient une institution centrale du Canada français. Elle servit de véritable structure étatique pour un peuple sans État. Devant les attaques des Rouges inspirés par les idéaux libéraux et luttant contre Rome qui favorisait systématiquement le clergé irlando-canadien anglophone, l’Église québécoise fut une véritable institution nationale défendant les deux spécificités de notre peuple : la foi catholique et le français.

Amputé d’un membre par la libéralisation des mœurs promue par la contre-culture des années 1960’, la construction sociale-démocrate de l’État québécois a depuis servi de béquille au corps de la Nation. Arraché à nous par l’Histoire, le catholicisme a laissé toute la place à la langue comme vecteur principal d’affirmation nationale. Il y a donc eu un surinvestissement de la question linguistique qui se traduisit par une fixation du camp nationaliste sur cette question. Cela déboucha sur la mise en place, puis la défense, de la Loi 101 mettant en place la Charte de la langue française. Charte qui a été elle-même largement émasculée comme nous le révèle Éric Poirier dans un récent ouvrage.

Devant ce surinvestissement envers la question du français par le camp nationaliste, il est donc sincèrement inquiétant de voir la dégradation totale de cette question par les soi-disant souverainistes.

Mercredi 30 novembre, le député solidaire Amir Khadir interpella le gouvernement libéral en anglais - au sein même du Salon bleu - afin de l’attaquer sur la question de la corruption systémique. Un échange ahurissant s’en suivit : le ministre Leitao répondant lui aussi en anglais aux questions de M. Khadir.

L’anglicisation du Québec dépassait désormais le cadre des Francofolies qui eurent l’outrecuidance de sélectionner le groupe anglophone hip-hop Dead Obies pour ouvrir le festival cet été. C’est maintenant à l’Assemblée nationale même que se poursuit l’anglicisation décomplexée du Québec.

On pourrait rétorquer que ni MM. Leitao et Khadir ne sont de grands nationalistes et qu’ils défendent une vision canadienne - donc bilingue - de la démocratie québécoise. Malheureusement, cette tendance à la banalisation de l’anglicisation est également présente au sein même du camp souverainiste.

Une semaine auparavant, des capsules publicitaires montraient le chef du Parti Québécois, Jean-François Lisée, et les candidats péquistes aux élections partielles, interpeller les électeurs en anglais et même en espagnol. Spectacle désolant pour un parti qui est censé défendre le français comme la langue officielle de la Nation et comme « langue commune » devant être partagée par tous dans l’espace public. Ainsi, le chef du Parti Québécois, devant incarner la défense systématique de langue française devant l’anglicisation de nos institutions et l’impérialisme culturel de nos 300 millions de voisins anglophones entérine l’idée qu’il est possible, voire souhaitable, de parler uniquement qu’en anglais au Québec.

Pire, par cette campagne publicitaire, M. Lisée promeut l’unilinguisme anglophone. Il envoie le message très clair aux anglophones et aux allophones du Québec qu’il est tout-à-fait normal de ne parler uniquement anglais puisque lui-même, chef de la formation souverainiste au Québec, s’adresse à eux dans la langue de l’impérialisme anglo-saxon.

Spectacle désolant pour l’ensemble des amoureux du français et de ceux qui ont investi la cause de la langue pendant des décennies. Comment le représentant de la cause nationale peut-il avoir si peu de jugement sur cette question épineuse qu’est la défense de la langue française ?

Au lieu de corroborer une logique communautariste et de faire un racolage électoral aussi humiliant qu’inutile – comme si les Anglais allaient être dupes de l’enfumage liséen – le Parti Québécois devrait dénoncer la collusion des communautés ethniques avec le Parti Libéral et davantage mobiliser les sentiments nationalistes des québécois afin de ramener en son sein l’électorat passé à la droite autonomiste.
Avec la collaboration active des souverainistes, il serait aberrant que le Québec vive une seconde amputation nationale. Ayant jeté le catholicisme aux oubliettes, les néo-nationalistes – héritiers de la sacro-sainte Révolution tranquille – s’apprêtent-ils à se soumettre à la logique progressiste de l’anglicisation généralisée afin de ne pas apparaître « intolérants » et « dogmatiques » aux yeux de leurs adversaires ?

Pour continuer à promouvoir la souveraineté – ce que ne fait visiblement pas M. Lisée dans ces fameuses capsules publicitaires en anglais où il se vante de ne surtout pas la promouvoir pour les six prochaines années – il faudrait déjà que la Nation québécoise continue d’exister. Sans la défense minimale de la Nation, donc de sa langue, de ses institutions, de son histoire et de sa légitimité politique, la souveraineté du Québec n’a strictement aucun sens.

Il serait utile que les représentants officiels du souverainisme s’en souviennent pour que nous évitions de devenir culs-de-jatte.

Commentaires

  • Jean-Claude Michaud, 6 décembre 2016 15h58

    @ M. Russell,

    Très bien dit, nous devons voter avec notre portefeuille et faire nos choix de consommation en tenant compte qu’on nous respecte dans certains commerces, on doit acheter Québécois quand le produit est bon et faire preuve de fierté et mieux parler notre langue.

    Comme le dit M. Carmichael, il faut se méfier des bisounours présents dans le PQ, PLQ, PLC, NPD et Québec Solidaire qui refusent de voir certains problèmes.

  • Stéphane Russell, 6 décembre 2016 08h43

    Je crois qu’il y a un manque critique de discernement qui expose le français depuis trop longtemps. Cessons de nous le cacher, les nouvelles sont mauvaises. Car c’est une chose que de protéger le français avec des lois. C’en est une autre de le mettre sur le respirateur artificiel pour le maintenir.

    Il y a des limites aux lois, car elles exposent le français aux attaques. Sans débrancher sa langue du respirateur, pas tout de suite car elle n’y survivrait pas, le citoyen québécois doit apprendre à voter avec ses dollars. Il y a une mollesse qui fait que le québécois qui se fait faire affront en redemande, alors que la réponse devrait être plutôt pas de français, pas d’argent bonhomme ! Soyons baveux ! Ha non ils n’aiment pas ça...

    Et puis il y a les faux amis. Oui, il y eu des catholiques autrefois et des gens de la gauche qui ont produits un travail honorable. Leurs mérites sont indiscutables. Mais tant le catholicisme et la gauche sont des mouvements centralistes qui suivent des agendas supra-nationaux qui nous feront tourner en rond - et c’est déjà ce qui arrive. Pour plusieurs, ils font parti de la famille. Ils nous définiraient même, au point où si l’on est pas des leurs, on est pas des nôtres. Voyons voir.

    Autrefois catholique le Québec ? Pourquoi dans ce cas a-t-on omis tout ce temps de nous mentionner que Samuel De Champlain était un protestant ? Vous en connaissez des Samuels vous ? Tout comme le roi Henri IV, fondateur du Canada, qui a du se convertir au catholicisme pour hériter du trône de France. Pourquoi nous a-t-on caché que la moitié de l’immigration française au Canada au temps des colonies était protestante, qu’elle a été en partie exterminée, en partie assimilée de force et en partie exilée aux États-Unis à la pointe des baillonnettes, constituant ainsi une tache cachée dans notre histoire nationale ?

    On dénonce les révisionnistes fédéralistes, sauf que tout le monde nous ment en pleine face, en tordant l’histoire et l’actualité selon ce qui l’avantage. Pour résultat que le Québec est un inconnu à lui même. Par exemple, saviez-vous qu’il y avait beaucoup d’anglophones à la tête du mouvement patriote en 1837 ? Saviez-vous que deux des trois couleurs originales du drapeau des patriotes ont été retenu pour le drapeau canadien ? Qu’il y avaient des patriotes au Haut-Canada, anglophones bien sûr ? Deux ont été pendus dans l’oubli le plus complet, parce qu’ils ne satisfont plus les agendas de personne, on ne verse plus de larmes de crocodiles en leur mémoire. Ni les fédéralistes qui sont anti-patriotes, ni les indépendantistes qui nous font croire que le mouvement patriotes était comme lui. Oh que non, il était plus progressiste même !

    De gauche le Québec ? Ha oui ? Alors, où est le règne sans partage de la gauche à Québec ? Nos crayons glisseraient-ils malencontreusement au scrutin ? Pourquoi oubli-t-on de rappeler que le Québec a été le dernier ou presque au Canada à adopter le régime de santé universel ?

    Et ces mouvements, comment nous récompensent-ils de notre appui ? Par exemple, combiens d’évêques et de papes québécois sont passés à Rome ? À combien de visites papales Montréal, la ville aux milles clochers, a-t-elle eu droit depuis toujours ? Une je crois, et une à Toronto.

    Le nationalisme québécois s’est ramolli en se mettant à la traîne de ces mouvements qui n’ont rien à faire de nous. Cette mollesse est devenue nuisible. Par exemple, qui a boycotté Burger King quand ils ont congédié Marc-André Coallier, parce qu’il avait ouvertement supporté l’indépendance ? C’est pas de la mollesse ça ? Autre exemple, pourquoi madame Marois a elle été exposée ouvertement à ses adversaires par le silence coupable de ses supporteurs ? Elle dont les politiques comme la charte des valeurs québécoises ont devancées même certaines qui ont mis Donald Trump au pouvoir.

    Et surtout, où il est notre amour pour notre langue ? Je crois avoir entendu plus de francophones la dénigrer que d’anglophones, toute proportion gardée. Tant par des qualificatifs amers que la façon de la parler. Le français n’a rien à prouver à personne. Et le nôtre a même une touche sucrée tiens, comme du sirop d’érable !

    Si nous voulons voir le français sortir de sa torpeur, nous devons nous sortir des files d’attentes auxquelles on nous a habitué et devons voter avec nos gestes et avec nos dollars. Quand on aime sa langue, on la transmet avec soin et on ne laisse personne la piétiner. Aucune loi ne serait plus efficace et tranchante à revigorer notre langue. Mais hé oui, au prix de faire individuellement quelque chose, plutôt que de faire une petite manif, puis tout balancer aux élus et filer au resto comme la gauche nous l’a enseigner. Il faut plutôt choisir le bon resto, ou en ouvrir un nous même. La droite ça s’appelle... C’est bon pour le français.

  • André Gignac, 5 décembre 2016 10h47

    Un parti (PQ) qui se veut souverainiste et qui laisse la langue française se dégrader de la sorte et qui refuse d’intervenir au sujet des quotas d’immigration au Québec témoigne d’une grande supercherie politique et ce parti n’est plus digne de représenter les Québécois indépendantistes.

    Tout récemment, le PLQ a augmenté les quotas d’immigration, annuellement, de 50 000 immigrés à 51 000 immigrés. Aucune question ou contestation sur ce sujet à l’Assemblée nationale par l’opposition dont fait partie le PQ ; C’EST UNE HONTE NATIONALE !

    La seule solution pour sortir de cette assimilation programmée du Québec par les fédéralistes néolibéraux, c’est la prise en charge d’Option Nationale par Jean Marie Aussant ou par la création d’un nouveau parti politique type Front National Québécois (FNQ).

    André Gignac 5/12/16

  • Gilles Verrier, 3 décembre 2016 18h29

    C’est parce que Duplessis a conduit les Canadiens-français (avec Lionel Groulx en parallèle) à se faire confiance comme jamais en deux siècles que le PQ a pu être formé. Le temps montra, après quelques heureuses et brèves saillies, qu’il fut formé pour se réclamer de la nation-ron-ron-petit-patapon afin d’en mieux trahir les fondamentaux. Mission accomplie par les péquisteux, dont nous voyons aujourd’hui les tristes résultats qui se prolongent en troisième supplémentaire avec JFL. Qui eut cru que l’on puisse s’ennuyer de Duplessis ?

    Ne manque plus qu’un parti néo-duplessiste-groulxiste pour faire gripper dans les rideaux les bien pensants du « mondialisme-progressiste-oublie-qui-tu-es ».

  • Louis Lapointe, 3 décembre 2016 17h36

    La religion catholique, la langue française et le code civil...

  • Gaston Carmichael, 3 décembre 2016 16h32

    Les bisounours au PQ ne sont même plus capables de reconnaître que si l’indépendance doit se faire, elle se fera contre les anglophones. Surtout pas avec. Je parle évidemment de la communauté, pas des individus, qui eux, sont généralement tout à fait polis et courtois.

    Les anglophones du Québec profitent à plein du régime actuel. Appuyer un parti indépendantiste serait quasiment de la haute trahison envers leur communauté tissé serrée. Je ne les blâme aucunement. Ils protègent leurs intérêts, ce qui est parfaitement normal. Ce qui est anormal, c’est que nous, nous ne sommes même pas foutus de faire de même.

    Lisée n’a jamais caché son penchant anglophile. Même qu’il s’en vantait. Les membres du PQ l’ont donc choisi comme chef en toute connaissance de cause.

    Parizeau a bien tenté de nous prévenir, mais ce fut peine perdu.

  • Marcel Haché, 3 décembre 2016 11h17

    C’était une formidable boutade que Maurice Duplessis servait à tout l’électorat quand il affirmait, sérieux comme un pape, que le Québec avait le meilleur système d’instruction « au monde », et que les canadiens-français étaient des « français améliorés »

    Derrière cette boutade, ce qui s’y trouvait véritablement, ce n’était pas qu’il estimait que Nous parlions mieux le français que les parisiens, c’était qu’il s’inclinait volontiers devant la réalité que Nous existions. Peu importe la qualité de la langue que Nous parlions alors, que Nous parlons maintenant, et celle que Nous parlerons encore demain : Nous existons. Il y a une nation qui existe ici indéniablement, quand même elle est annexée.

    Il y a ainsi un formidable électorat qui est négligé inutilement, comme si c’était indigne de s’adresser à lui, c’est-à-dire Nous. Racoler la communauté anglaise en anglais comme si cela était banal et naturel, c’est une façon détournée de renier Camille Laurin. Et même de façon « détournée », c’est carrément abdiquer.

    Hélas, les progressistes (comme JFL ?) n’ont aucune idée de ce que le mot abdiquer veut dire. Les péquisteux abdiquent de fait depuis si longtemps, que la chose leur paraît tout à fait banale et naturelle. Et s’ils abdiquent avec une telle application, c’est pour cette raison tout à fait élémentaire qu’ils ne savent pas et ne veulent pas savoir qui Nous sommes.

    Dès lors qu’au nom d’un progressisme de pacotille ils ne s’inclinent plus devant une immense réalité nationale-Nous- comment pourraient-ils s’empêcher alors de faire les niaiseries et génuflexions les plus inutiles et les plus humiliantes, toutes choses devenant supposément stratégiques, servant supposément une grande Cause ?

    Malgré toutes ses outrances verbales, c’est mon opinion que Maurice Duplessis n’aurait jamais perdu un référendum. (Encore bien moins deux…) Voyez-vous, à son époque, c’était le West Island, lui déjà dressé contre Nous, c’était l’électorat du West Island qui faisait figure de looser. N’est jamais venu à l’idée des canadiens-français d’applaudir à toujours plus d’immigration…Clisse, c’est Nous-mêmes, du Québec, qui avions déjà été forcés d’émigrer aux states…

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