«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Reconfiguration géopolitique de grande envergure à l’échelle mondiale

La réorientation de la Turquie vis-à-vis de l’OTAN redessine la carte géopolitique mondiale

mercredi 30 août

Lorsque, plus tard, on parlera de cette période, et qu’on l’étudiera, les historiens perspicaces placeront le coup d’état manqué contre le président turc Recep Tayyip Erdogan comme l’un des principaux tournants de la politique du Moyen-Orient.

C’est ce coup d’État manqué, probablement organisé par les États-Unis, qui a publiquement marqué le début de l’éloignement de la Turquie vis-à-vis de l’OTAN et sa recherche de nouvelles alliances avec la Russie, l’Iran et le reste de l’Organisation de coopération de Shanghai.

Le changement a commencé au début de 2016, au moment où Erdogan a réalisé que c’est lui qui portera le chapeau pour la création de l’EI. Il a alors commencé à faire des ouvertures à la Russie pour réparer les relations après avoir abattu un SU-24 russe en Syrie en novembre 2015.

Depuis les événements de 2016, la Turquie n’a pas cessé de défier à la fois les États-Unis et l’Union Européenne sur tout, des quotas de réfugiés au blocage de son soutien à l’EI pendant le siège et la libération d’Alep l’année dernière.

La coalition pro-Assad n’aurait pas pu atteindre les gains qu’elle a obtenus en 2017 sans le soutien implicite et parfois explicite de la Turquie. En rejoignant les pourparlers de paix d’Astana et en étant signataire et un des acteurs des quatre zones de « désescalade », Erdogan a clairement indiqué qu’il ne soutenait plus les États-Unis et l’objectif de l’OTAN pour un changement de régime à Damas.

Pour rendre les choses encore pires pour les États-Unis en Syrie, la Turquie continue à les défier, ainsi que leur allié de l’OTAN, tout à fait publiquement, si ce n’est avec un dédain absolu.

Au cours des deux dernières semaines, nous avons vu la Turquie faire plusieurs démarches majeures. Tout d’abord, elle a accueilli le ministre iranien de la Défense pour discuter de l’approfondissement des liens sécuritaires. N’ayons pas peur des mots, ils ont discuté de l’action probable des États-Unis en faveur de l’indépendance kurde, et du contrôle du flot de combattants de l’EI dont les positions sont en train de s’effondrer en Syrie.

En défiant directement la dernière série de sanctions infligées par les États-Unis, la Turquie, l’Iran et la Russie ont signé un accord de 7 milliards de dollars de développement dans le pétrole et le gaz en Iran. Rappelez-vous aussi que ce sont les banques turques qui ont blanchi l’argent du pétrole iranien en utilisant l’or en tant qu’intermédiaire, durant la période où l’Iran avait été retiré du système de paiement électronique SWIFT par les États-Unis de 2012 à 2015.

Alors que la position des États-Unis sur le conflit entre le Qatar et le Conseil de coopération du Golfe dirigé par l’Arabie Saoudite était, au mieux, compliquée, la réponse rapide de la Turquie à la provocation saoudienne a empêché une potentielle opération de changement de régime de s’y déployer.

Le soutien de la Turquie, et celui de l’Iran, ont contribué à stabiliser la position du Qatar, lui donnant le temps de réagir et trouver des solutions pour contourner les sanctions et l’isolement imposés par le CCG. Si cela continue ainsi, il sera de plus en plus facile pour le Qatar de trouver des solutions pour faire face aux divers embargos.

Les informations de cette semaine annonçant que le Qatar était en train de normaliser ses relations avec l’Iran solidifient encore plus l’indépendance croissante du Qatar et de la Turquie par rapport aux anciennes alliances. Le monde géopolitique évolue rapidement. Le Qatar peut encore avoir à décrocher son rial du dollar américain à un moment donné, mais il attendra pour le faire aussi longtemps qu’il le pourra.

Si les États-Unis répondent à la nouvelle amitié du Qatar avec l’Iran par un nouvel isolement financier sur la base de la nouvelle loi sur les sanctions, ils ouvriront la porte au Qatar pour un décrochage monétaire sans grand coût politique pour celui-ci.

Il faut se rappeler qu’Israël n’est pas content de l’effondrement de l’EI en Syrie, et la colère exprimée par le Premier ministre Benjamin Netanyahu devant Vladimir Poutine sur la présence de l’Iran en Syrie suggère sa confiance en ce que les États-Unis le soutiendront dans une agression ultérieure.

Une Syrie libre et reconstruite, avec une présence quasi permanente des Russes, c’est ce qui force ces changements dans les relations. L’influence saoudienne et américaine dans la région diminue. La Turquie est prête à ouvrir la voie de l’indépendance vis-à-vis de l’OTAN. Ils construisent maintenant des liens pour les rattacher aux puissances régionales en plein essor, la Russie et l’Iran.

Avec des militaires réalistes en charge de l’administration Trump (peu importe leur côté néo-conservateur), il est peu probable que cette tendance déraille en un nouvel aventurisme militaire américain.

 Source : http://russia-insider.com/en/politics/turkeys-shift-nato-redrawing-map/ri20770

Traduction : AvicRéseau International


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