«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Le petit supplément d’âme qui nous manque

La redoutable intelligence politique de Charles de Gaulle

Ce 24 juillet 2017 marque le 50e anniversaire du « Vive le Québec libre ! » lancé par Charles de Gaulle, président de la République française, du haut du balcon de l’hôtel de ville de Montréal.

La plupart des quotidiens du Québec ont souligné cet événement historique à leur manière.

Ce samedi, le Journal publiait un superbe cahier spécial pour l’occasion. On y trouve plusieurs textes éclairants d’analyse et même de nouvelles découvertes sur le fameux discours du Général de Gaulle. Pour le lire, c’est ici et pour lire ma chronique « L’espoir désenchanté », c’est ici.

Aujourd’hui même, plusieurs activités de commémoration ont lieu. C’est bien la moindre des choses.

Quoique le maire de Montréal, Denis Coderre, de manière tout à fait mesquine, ait lui-même refusé à la Société Saint-Jean-Baptiste le droit de procéder à une commémoration sur le même balcon de l’hôtel de ville.

Ceux et celles que le sujet intéresse peuvent aussi visionner le court-métrage réalisé par Anaïs Barbeau Lavalette sur l’histoire du fameux micro « oublié » et rebranché presque par miracle sur le balcon de l’hôtel de ville pour le Général de Gaulle.

Pour visiter le site web du Collectif « Je me souviens », c’est ici. Le collectif « Je me souviens », est un collectif de courts métrages historiques. Voir aussi Babel Films.

***

Une droiture inébranlable

Pour ma part, permettez-moi aujourd’hui d’élargir encore plus le sujet en braquant les projecteurs sur Charles de Gaulle lui-même.

Permettez-moi donc aussi de le faire en reprenant une chronique signée en 1996, dans les pages du Devoir.

À une année du 30e anniversaire du « Vive le Québec libre ! » - comme le temps passe trop vite -, je consacrais ma chronique à ce grand homme politique du XXe siècle.

Homme de liberté, cet être exceptionnel aura traversé la majeure partie de son siècle armé d’un courage indéfectible, d’une droiture inébranlable, d’une intelligence politique redoutable et d’un intellect d’une hauteur peu commune.

La pertinence de ce texte s’explique aussi par le contexte dans lequel je l’ai rédigé.

À la fin février 1996, soit quatre mois seulement après la quasi-victoire du Oui au référendum, Lucien Bouchard avait succédé à Jacques Parizeau comme chef du Parti québécois et premier ministre du Québec.

Or, dès son arrivée au pouvoir, de par certains de ses gestes et déclarations, il m’est apparu sensiblement clair que le nouveau premier ministre s’apprêtait à mettre peu à peu de côté les trois principaux piliers du mouvement souverainiste : la promotion active de cette option, la défense de la langue française et la social-démocratie. Ce qui, au fil des mois, s’est en effet matérialisé.

C’est dans cet instinct de ce qui viendrait par la suite que j’écrivais la chronique ci-bas :

***

 

La passion des principes (Le Devoir, 28 février 1996)

En 1997, nous fêterons déjà le 30e anniversaire du célèbre « Vive le Québec libre ! » du général de Gaulle. L’an prochain, nous aurons aussi une conférence constitutionnelle et peut-être une élection provinciale. Entre-temps, y aura-t-il eu élection ou référendum fédéral, un renforcement des partitionnistes ou un affaiblissement du Québec sur des fronts essentiels à sa survie ?

Face à la volatilité ambiante, que penserait donc le général ?

Que dirait celui qui, par son refus des atermoiements, avait donné à suffisamment de ses compatriotes ce supplément d’âme indispensable à la défaite des adversaires de la France - intérieurs ou extérieurs - et, finalement, à la reconquête de sa souveraineté ?

En évitant une analogie historique par trop exagérée, il n’en demeure pas moins que le Québec est entré depuis le 30 octobre dans une des ères les plus périlleuses de son histoire.

Tout est maintenant possible, d’un glissement inéluctable vers le vide à la majesté d’une ultime victoire. D’où l’appel aux enseignements de Charles de Gaulle, partisan farouche de la souveraineté des peuples et de la pensée.

Très tôt, de Gaulle comprit que pour sauver la France de ses adversaires extérieurs et d’une partie corrompue d’elle-même, il devait faire fi des élites et des groupes d’intérêts qui en minaient la fibre.

Guidé par son amour passionné de la France, il en saisit le réel profond armé d’une analyse froide, presque clinique. S’appuyant sur une connaissance aguerrie de l’Histoire et un refus de toute opinion ou mode pouvant affaiblir la France, de Gaulle assuma pleinement ce qu’il nommait son « inquiétude lucide de l’amour ».

Celui que François Mauriac surnomma « cette barre de fer qui ne plierait pas » possédait un sens immaculé du devoir. Le « fais ce que dois » gouverna sa propre gouvernance.

En 1940, de Gaulle écrit : « Le devoir envers la France [interdit] l’hésitation, la fausse prudence, les lâches ménagements ». De Staline, il méprisa le sens hypertrophié de la manoeuvre et des complots.

Homme de principes, il observa après la guerre que « c’est une des caractéristiques étranges de la vie politique d’aujourd’hui que les questions s’y traitent non pas dans leur fond et telles qu’elles se posent, mais sous l’angle de ce qu’il est convenu d’appeler la "tactique" et qui conduit parfois, semble-t-il, à abandonner les positions qu’on avait juré de défendre. » Il déplora également ceux qui abandonnent leurs programmes afin d’éviter crises et secousses et qui, ce faisant, en provoquent de bien pires.

Toute sa vie, de Gaulle préféra l’offensive. Etre inerte, disait-il, c’est être battu.

Contrairement à la classe politique française d’alors, il refusa d’ignorer ce qui se passait en Europe et rejeta la politique d’apaisement. Car pendant ce temps, observait-il avec justesse, « la grandeur conçoit, la bassesse agit ».

De Gaulle savait que dans toute lutte : « La réalité, c’est l’ennemi ! Un ennemi exploitant la servitude pour exiger plus de servitude. » Plus tard, il se gardera même de ses alliés britanniques et américains qui, eux-mêmes, se méfiaient de l’affirmation d’une France devenue capable de leur dire non.

Cet homme vécut en parfaite symbiose avec la France sans jamais chercher à la séduire ou à en être aimé. Encore moins de ses adversaires !

Seule comptait pour lui l’action de ceux qui acceptaient de placer les intérêts de la France au-dessus des leurs. Pour les autres - dont il lui faisait peine d’avoir à les combattre parce qu’ils étaient aussi ses compatriotes -, l’Histoire saurait bien s’en occuper.

Souvent seul, de Gaulle refusait de s’entourer de ceux dont les privilèges et les intérêts pouvaient éroder leur fidélité à la France. Pour de Gaulle, la fidélité à la France et la lutte pour sa souveraineté - ce « peuple à la finrassemblé » - devait transcender les origines et les intérêts particuliers.

Pour ce faire, il lui fallait, en ses mots, une adhésion nationale suffisante, soit une majorité.

Mais il savait que les majorités ne se mobilisent qu’en cas de crise majeure ou d’une consultation populaire cruciale, et que la recherche d’une telle adhésion en d’autres temps est futile.

Sa « certaine idée de la France » était celle d’une nation politique grande par sa culture, ses lois et sa modernité.

Envers et contre tous, de Gaulle a redonné à l’idée même de nation moderne son honneur et son prestige. Ce qui ne l’empêcha aucunement de se faire un apôtre infatigable de la réconciliation franco-allemande et du rapprochement Est-Ouest, mais une fois seulement que la France eut recouvré son entière souveraineté.

En 1962, de Gaulle écrit : « Les difficultés sont des difficultés, mais la France est la France et il faut la servir. »

Son abnégation découlait d’une conviction qu’il existe en ce monde - outre notre spiritualité - quelque chose de plus que la survie quotidienne des individus. Ce quelque chose, c’est l’appartenance à un regroupement humain - la nation politique - qui nous rend différents et inestimables.

Si de Gaulle était parmi nous et osait une nouvelle remarque sur le destin du Québec, il se contenterait peut-être de nous rappeler que la nation québécoise ne pourra prendre son envol que si elle est portée par la volonté et l’attachement de ceux qui l’aiment, y croient et y seront fidèles contre vents et marées.

S’il devait nous éclairer de sa sagesse et de sa science, c’est bel et bien à eux qu’il prodiguerait ses conseils et offrirait son petit supplément d’âme. Dans les circonstances, ce serait déjà beaucoup.

***

 


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