«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

La culture de l’argent et de l’influence

La question à 10 millions $

L’affaire Charest-Bibeau témoigne avant tout d’une culture politique digne d’une dynastie trop longtemps habituée aux gâteries du pouvoir. Une dynastie dont le parfum trouble sur le plan éthique sent le déni à plein nez.

Si les libéraux remportent l’élection du 1er octobre 2018, ils entameront d’ailleurs leur cinquième mandat en 15 ans. Le vieil adage ne dit-il pas que le pouvoir corrompt et que le pouvoir absolu corrompt absolument ?

Le ver dans la pomme demeure toutefois le même : dès l’arrivée de Jean Charest à la tête du PLQ en 1998, l’argent devient une obsession. Après la victoire du PLQ en 2003, l’argent du pouvoir et le pouvoir de l’argent trônent au sommet de l’État québécois comme deux jumeaux siamois.

Au fil des ans, cette même « culture » de l’argent et de l’influence qu’il achète s’est incrustée dans le paysage politique. Au point même où notre Bureau d’enquête révélait cette semaine que Jean Charest et son grand argentier Marc Bibeau ont fait l’objet de surveillance policière jusqu’en 2016 dans le cadre d’une longue enquête toujours en cours en matière de corruption et d’abus de confiance.

D’intérêt public

Pendant que l’Unité permanente anticorruption (UPAC) cherche en son sein les sources possibles de cette fuite spectaculaire, l’intérêt public en sort néanmoins bien servi. En démocratie, c’est ce qui compte le plus.

Même s’il était ministre sous M. Charest jusqu’en 2008, le premier ministre Couillard refuse cependant, dit-il, d’être entraîné vers un « passé » qui ne le concerne pas. Le déni persiste et signe.

Les dangers éthiques de cette transformation d’un parti politique en une redoutable « machine à ramasser l’argent » étaient pourtant aussi prévisibles qu’une averse en avril. C’est pourquoi son refus de le reconnaître ne trompe plus personne en dehors de sa base électorale.

Du moment où un gouvernement et son parti mènent une chasse aussi effrénée à l’argent sur autant d’années – y compris en obligeant les ministres à collecter 100 000 $ par année –, l’inéluctable risque est de nourrir la corruption, le favoritisme, les conflits d’intérêts et des politiques publiques sous influences indues.

La question

En cela, l’ex-président du PLQ, Robert Benoît, pose LA question : « On parlait beaucoup d’argent. [...] La preuve, c’est qu’on ramassait 10 millions $ par année. [...] La question que je pose à l’UPAC c’est : pouvez-vous arrêter de chercher d’où l’argent venait, mais plutôt à quoi il servait ? »

Dès 2011, le premier rapport de Jacques Duchesneau, ex-patron de l’Unité anticollusion, était remis au gouvernement Charest. Ironiquement, ce rapport faisait le tour des conséquences néfastes d’un trop grand pouvoir de l’argent en démocratie.

« Comment ne pas évoquer déjà l’horizon du politique, écrivait-il, le financement occulte des partis et l’enrichissement personnel de certains élus ? » Cette dernière composante serait-elle aussi en jeu dans l’affaire Charest-Bibeau ? Seule l’enquête policière pourrait le dire.

Bref, les bonnes questions abondent. Le problème est qu’après toutes ces années, trop de réponses manquent encore au rendez-vous.


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