«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Pierre-Elliott Trudeau n’a pas seulement trompé les Québécois. Il a aussi trompé les Acadiens.

Don’t tell the Acadiens and the French Canadians

La proclamation royale du 17 juillet 1917

Celle qu’on passe systématiquement sous silence

Chronique de David Le Gallant
vendredi 21 juillet
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Puisque nous célébrons cette année le 150e anniversaire de la Confédération (et non du Canada), il serait bon de savoir qu’à la suite de la conférence de Québec d’octobre 1864, tenue à huit clos et dans la culture du secret, s’ensuivirent des débats parlementaires sur les 72 Résolutions adoptées à cette occasion.

Les députés et la population du Canada français firent l’impossible pour obtenir que ces résolutions soient soumises au vote de la population par référendum ou élections référendaires, mais en vain.

Malgré une soixantaine de pétitions de la population, malgré trois motions présentées en ce sens au Parlement, les ministres s’y opposèrent farouchement, alléguant que l’appel au peuple était anticonstitutionnel et anti-britannique, que le Canada ne serait pas une république mais bel et bien une monarchie anglaise (bien que de dynastie primordialement allemande dite « Maison de Hanovre ») dont la toute dernière représentante régnante « directe » en Grande-Bretagne était la reine Victoria.

Rares sont ceux qui savent que la reine Élisabeth II est davantage de sang royal allemand que britannique. En plus, elle est la chef suprême d’une Église, en l’occurrence de l’Église anglicane. À ce titre et en tant que Canadien, je m’offusque qu’Élisabeth II soit aussi chef du l’État canadien. Les Canadiens en général accepteraient-ils que le pape, en tant que chef suprême d’une autre Église, soit également chef de l’État canadien ?

En juillet cette année, la Maison de Windsor célèbre son centenaire. En 1917, le roi George V de la Grande-Bretagne se débarrassa de son nom allemand Saxe-Coburg-Gotha issu indirectement de la Maison de Hanovre. Pourquoi ? Parce que l’Allemagne était l’ennemi pendant la Première Guerre mondiale.

Ce fut précisément le 17 juillet 1917 par proclamation que George V changea le nom de sa dynastie allemande de Saxe-Coburg-Gotha en Windsor, ce qui balaya d’un seul coup tous les titres allemands détenus par la famille royale britannique (par ex. Battenberg devint Mountbatten).

En ma qualité d’Acadien, je ne peux accepter qu’une reine d’une dynastie issue de la Maison de Hanovre puisse avoir le culot de régner sur les Acadiens étant donné que c’est le Hanovrien George II et son fils le duc de Cumberland (le fort Beauséjour a été renommé fort Cumberland en honneur de ce duc sanguinaire, et les lieux historiques nationaux du Canada emboîtent le pas) qui ont fomenté le nettoyage ethnique, pour ne pas dire le génocide, des Acadiens. Comme ils l’ont fait d’ailleurs aux Écossais à Culloden et aux Amérindiens.

Plus particulièrement, je m’offusque que cette famille royale n’ait jamais à ce jour présenté ses excuses aux Acadiens au nom de la couronne britannique.

On notera au passage que la Proclamation royale canadienne de 2003 n’a été qu’un subterfuge de la Couronne canadienne (Adrienne Clarkson, Jean Chrétien, Sheila Copps, Stéphane Dion) pour épargner la reine de la Grande-Bretagne.

À l’approche de la date infâme du « 28 Juillet » annuel, on se rappellera que, bien que le gouvernement canadien ne soit pas responsable d’avoir fomenté et mis en branle le nettoyage ethnique des Acadiens, ce sont les gouvernements libéraux de Jean Chrétien (avec le député Dominique LeBlanc et Patrimoine canadien : Sheila Copps et Stéphane Dion) et maintenant de Justin Trudeau (avec la ministre de Patrimoine canadien Mélanie Joly) qui perpétuent la fausseté des excuses de la reine d’Angleterre aux Acadiens.

Il faudra que nos facultés d’histoire canadienne fassent sucer la substantifique moelle à leurs historiens en herbe pour rompre l’os de toute la vérité fort révélatrice à ce sujet dans un article paru dans les Cahiers de la Société historique acadienne (vol. 36 nos 2 et 3, septembre 2005, p.122-131), article publié à l’occasion du 250e de la Déportation en 2005.

Il faudra un jour exhumer moult détails sur comment Trudeau fils fait le joli cœur avec le multiculturalisme, cet art sublime du « vivre-ensemble » et avec le penchant un peu ridicule à la délectation de soi dans le « plusse meilleur (1) pays au monde »... pour satisfaire le Canada anglais pendant que s’efface l’identité acadienne au nom d’un autre effet encore plus pervers : « nous sommes tous des immigrants ! ».

Vu cette donne, je suis parmi ceux de plus en plus nombreux, qui clament l’abolition tout court de la Maison de Windsor, au Canada. Si d’autres suggèrent la Maison des Stuarts (forme francisée des Stewarts) je ne serais pas contre, parce que, malgré ce que le le Royaume-Uni a voulu faire accroire, il y aurait une descendance des Stuarts issue de Charlotte, la fille de Bonnie Prince Charlie.

Chose surprenante qu’on apprend dans l’histoire officieuse, c’était bien à cette même dynastie écossaise que les hommes du futur président George Washington étaient allés offrir, en 1782, la « couronne de l’Amérique ». L’histoire nous informe aussi que Charles Edward, de jure Charles III. déclina cette offre de George Washington.

Quelle belle ironie cela aurait été pour l’histoire de la planète de s’être alors débarrassé en Amérique de la Maison de Hanovre (George III) pour la remplacer par la Maison des Stuarts (Charles III), celle dynastie qui fournissait depuis 1422 la garde personnelle du souverain français, intégrée aux troupes de la maison militaire du roi.

Non, si la reine d’Angleterre ne peut même pas lever le petit doigt pour s’excuser au nom de ses ancêtres pour le génocide plus que culturelle des Acadiens, elle et sa famille ne méritent pas de régner sur nous, les Acadiens. N’oublions pas que ce sont à la fois la famille royale et le gouvernement britanniques qui les premiers ont profité du nettoyage ethnique de ces Acadiens qui étaient à la fois citoyens britanniques depuis la Nova Scotia et citoyens français depuis l’île Saint-Jean.

Avant tout, la Déportation acadienne ne marque-t-elle pas le début géopolitique de l’Empire britannique. Au bas mot, très profitable !!! Et aujourd’hui, à l’instar de son aïeul George V, Élisabeth II ne sait que balayer l’air de sa royale main en murmurant : « Oublions... Oublions... ».

Et pourquoi Pierre Elliott Trudeau y est-il allé en enchâssant la clause du « consentement unanime » dans la loi constitutionnelle de 1982 à toute modification portant sur la question de la charge de la reine au Canada ? Pourquoi vouloir enchâsser le renforcement de la monarchie de la Maison de Windsor dans la constitution du Canada sans faire appel au peuple canadien ?

Cette proverbiale anguille sous roche fomentée par Pierre-Elliott Trudeau n’aurait-elle pas bafoué une des sacro-saintes valeurs canadiennes dont se targue Patrimoine canadien, la démocratie ! Ne pas avoir fait appel au peuple pour savoir s’il voulait, par un tel truquage, renforcer ou non la charge de la chef de l’État n’est pas seulement antidémocratique mais anti-canadien.

En détournant sans complexe la démocratie, Trudeau père nous a mis pieds et poings liés sous l’autorité même des descendants de ceux qui ont eu intérêt au génocide acadien ! Pour moi, il s’agit d’un tour de force réussi puisque Pierre Elliott Trudeau savait très bien que sa Charte canadienne des droits et des libertés (2) attirerait toute l’attention.

Toute cette charade « trudeauesque » ne pourrait-elle pas être considérée sui generis à la fois comme anticonstitutionnelle et anti-canadienne, en invoquant cette même Charte ?

David Le Gallant*
Mont-Carmel (Î.-P.-É.)

*Diplômé en droit (1990) de l’Université de Moncton et présentement rédacteur en chef depuis 2012 de la revue internationale d’histoire acadienne Veritas Acadie.


1) Ce sont les paroles de Jean Chrétien, premier ministre libéral du Canada.
2) On se rappellera que la Charte canadienne des droits et des libertés en sa Partie I est une partie intégrante de la loi constitutionnelle de 1982, mais non la seule car il y a aussi, entre autres, la Partie V (Procédure de modification de la constitution du Canada) où l’on trouve dans l’article 41 le « consentement unanime » exigé aussi quant à la charge de la seule reine qu’eût la Maison de Windsor. Ce 17 juillet fatidique, flottons les armoiries en ligne de cette dynastie windsorienne issue de la Maison de Hanovre, du moins jusqu’au jour où des excuses seront enfin présentées.

Commentaires

  • J-P, 1er août 23h36

    Re : Jean L’espérance
    ’’Maintenant avec l’Union Europaïenne,les banquiers deviennent des souverains. Alors rois et reines ne seront que des titres sans valeur’’.

    C’est le pourquoi du Brexit

  • Marie-Hélène Morot-Sir, 25 juillet 09h27

    Cher David, nous sommes profondément heureux de lire vos écrits sur Vigile, le passé doit sans cesse être rappelé, nous ne devons rien oublier, et celui sur votre belle Acadie est particulièrement important et poignant. Merci de le faire.

    Au sujet des ancêtres allemands des Windsor (ex Saxe-Coburg-Gotha issus indirectement de la Maison de Hanovre) que vous évoquez, de nombreux colons allemands avaient eux aussi traversé les mers avec les colons anglais, hollandais, français huguenots etc. Ils se trouvaient en si grande majorité dans la formation de ces tout nouveaux états-unis d’Amérique qu’au moment des discussions sur l’établissement d’une langue officielle Benjamin Franklin, Thomas Jefferson, John Adams ont failli choisir la langue allemande.

    Après presque deux siècles où l’Amérique septentrionale avait parlé Français c’est la langue anglaise qui a été en fin de compte généralisée.
    Et maintenant l’Europe est à l’heure allemande !

  • Jean Lespérance, 22 juillet 13h15

    Merci à M. David Le Gallant pour tous ces renseignements surprenants. Mon frère qui est décédé dernièrement, (27 mai 2017) me parlait de choses semblables mais je n’y comprenais rien. Grâce à vous, j’en comprends un peu plus et mieux. Mon frère me disait que la reine d’Angleterre était de descendance allemande, mais je n’étais nullement intéressé à la monarchie.
    Maintenant avec l’Union Europaïenne,les banquiers deviennent des souverains. Alors rois et reines ne seront que des titres sans valeur.

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Acadie : La longue mémoire de la déportation

     

    Des excuses à tout le monde, sauf aux Acadiens
    • Comprendre le génocide acadien

      Un hommage à nos amis Acadiens en ce jour de leur Fête nationale

      Manifeste de Beaubassin

      Suivi de l’énoncé de mission de la Société Veritas Acadie
      Comité éditorial de Vigile 15 août
    • Pierre-Elliott Trudeau n’a pas seulement trompé les Québécois. Il a aussi trompé les Acadiens.

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