«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

La Presse grande castratrice de la révolution tranquille (8e partie)

La peur des nouveaux médias et de PKP

Brin de panique chez les Desmarais

Tribune libre de Vigile
vendredi 18 septembre 2015
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C’est à ma demande que la direction de Vigile a retiré de son site une première version de la 8e partie de La Presse, grande castratrice de la Révolution tranquille. À celles et à ceux qui l’auraient lue, je vous en propose une mouture nouvelle, laquelle a une approche quelque peu différente sur le comment, en cette époque de l’ère numérique et avec PKP comme chef du PQ, les médias de la chaîne Gesca tentent à tout prix de stopper tout nouvel élan d’émancipation collective des Québécois.
Viens/Un nouveau jour va se lever/Et son soleil/Brillera pour la majorité qui s’éveille/Comme un enfant/Devenu grand/Avec le temps.

Dans les années 70, cette chanson de Jacques Michel avait fait fureur tellement elle était une manifestation tangible de la prise de conscience de tout un peuple dans sa capacité de changer les choses. De se relever de sa position de peuple conquis. Dans le premier volet de ce présent texte, nous avons vu comment, dans les années cinquante, la télé naissante et La Presse avaient toutes deux été porteuses de ce grand élan du peuple québécois qu’avait été la Révolution tranquille. Dans le deuxième volet, nous avons analysé la réaction du Canada anglais face à cet éveil collectif. Et comment il a vite trouvé son sauveur en Trudeau.

Dans le quatrième texte, nous avons vu que ce dit sauveur a bien senti que la crise d’octobre ne fut en rien suffisante pour casser le nationalisme québécois. Qu’il fallait en outre aller à la source du mal, c’est-à- dire là où, dans les années cinquante, tout a commencé. Par son « finies les folies », Trudeau manifestait l’importante mission qu’il s’était donnée, celle de museler une télé ayant à son avis trop bien remplacé les prêches des curés.

Les quatre autres volets ont montré comment Paul Desmarais a pris le relais. Voyant que la télé publique ne pouvait, sans se discréditer elle-même, aller trop loin dans son occultation du nationalisme québécois, il a décidé d’acheter La Presse pour palier la difficulté. Sa détermination est devenue obsessionnelle quand en 1995, ses adversaires ont été à un cheveu de l’emporter. Nous avons vu comment André Pratte est alors devenu un fervent soldat de la cause fédéraliste, lui et son équipe de La Presse jouant à fond de train une subtile convergence inter-média avec Radio-Canada.

À partir de la théorie du village global résumée dans cette courte phrase de Marshall McLuhan, « The medium is the message », à partir également du froid regard d’un Noam Chomski dans l’excellant documentaire Manufacturing consent, certains pourraient penser qu’a porté fruit cette subtile convergence Radio-Canada/Power. Et que sont maintenant à plat le gros des forces nationalistes au Québec. Et pourtant…
Un nouvel alignement des planètes

Mais voilà que, par les temps qui courent, tout semble vouloir changer sur la planète Terre. Il y a seulement un an, qui aurait prévu qu’aux États-Unis, un homme de gauche de la trempe d’un Bernie Sanders allait autant ébranler une Hilary Clinton ? Ou qu’un Jeremy Corbyn allait devenir chef des Travaillistes en Angleterre ? Et quand on sait que, dans le passé, tout ce qui se passe de très puissant dans le monde a toujours eu des relents en terre laurentienne…

Actuellement, les gens de Power s’interrogent. Si ces mouvements de fond contre l’austérité et contre les écarts scandaleux de richesse dans le monde allaient un jour toucher les rives du Saint-Laurent ? « Quelle catastrophe ce serait alors pour nous d’avoir tout misé sur un gouvernement Couillard tant épris d’austérité. Déjà on semble avoir compris au PLC puisque Justin se montre maintenant plus à gauche que Mulcair. »

Dans la famille Desmarais, on a vraiment peur de ce qui peut se produire au Québec. On est bien conscient que le phénomène des réseaux sociaux est en train de changer la donne. Surtout parmi les jeunes. « S’il fallait, se dit-on, que progressisme rime à nouveau avec libération nationale ? Comme au temps du RIN. Et puis il y a ce PKP devenu chef du PQ et qui joue la carte du populisme. Un populisme quelques peu de centre-gauche.

Un nouveau mandat pour André Pratte

Le 15 mai dernier, Guy Crevier, président et éditeur de La Presse, nous annonçait qu’André Pratte avait été promu éditorialiste émérite du journal, tout en ajoutant que, dorénavant, « il écrira de façon régulière dans la section Débats ».

Par cet alambiqué communiqué, le patron de Gesca nous annonçait que La Presse, La Presse+ surtout, se mettait résolument à l’heure des médias sociaux. Et qu’André Pratte serait à l’épicentre de ce grand changement. Dans une partie à venir de ce texte, nous verrons comment le rédacteur en chef émérite s’en tire avec ce mandat de flirter avec les jeunes afin d’ainsi sauver le Canada. Pour l’instant, voyons comment le journal La Presse réagit à la nomination de Pierre-Karl Péladeau.
Comme une grossière indécence

Quelle indécence en effet que d’entendre tous les chroniqueurs de La Presse maugréer contre le fait que PKP porte deux couvre-chefs !

Ces gens devraient avoir une certaine gêne en pensant qu’eux-mêmes bossent dans une boîte qui, depuis son achat par Paul Desmarais en 1967, cherche constamment à stopper l’élan d’émancipation collective amorcé dans les années soixante. Une constante tentative en plein accord avec les visées de Bay Steet à Toronto et du Conseil privé à Ottawa.

 !967-2015 : 48 ans que ça dure ! 48 ans d’éditoriaux servant à sermonner la majorité des lectrices et des lecteurs de La Presse. À leur prêcher la bonne-entente malgré les odeurs nauséabondes d’un Québec-bashing toujours omniprésentes à l’ouest de l’Outaouais. Et dans notre West-Island.

 !967-1995 : 28 ans à nous préparer à mordre la poussière au second référendum. Un référendum qui a littéralement été volé. Cela, les bonzes de La Presse le savent trop bien. Et ils se sont quand même tus. Comme ils se sont tus face à l’orgie de dépenses que constituait le scandale des commandites. The sky was the limit pour nous faire aimer le Canada. Méchant contraste avec les journaux de Québecor.

Continuité et divergence entre le père et le fils

Bien qu’il ait été un indépendantiste avoué, Pierre Péladeau n’a jamais voulu qu’il y ait d’éditoriaux dans ses journaux. En succédant à son père, Pierre-Karl n’a point brisé la tradition.

Ce qui a changé, c’est la constante augmentation du nombre de chroniqueurs dont on peut lire la prose tant dans les versions papier que numériques du Journal de Montréal et du Journal de Québec. Changement majeur quand on songe que le père n’avait offert qu’à René Lévesque la possibilité d’y devenir chroniqueur. Sachant que le chef du PQ avait subi une grave chute de revenus suite à sa défaite dans Laurier au scrutin du 29 avril 1970, Pierre Péladeau l’avait ainsi aidé à financièrement se renflouer.

Ce qui fit toute la différence entre les journaux de Québecor et ceux de la chaîne Gesca est l’indéniable fait que, même si PKP est un indépendantiste reconnu, il a toujours cherché, du moins en ce qui concerne la question nationale, à tendre vers une certain équilibre entre fédéralistes et souverainistes dans le choix de ses chroniqueurs. C’est ainsi que, si un certain jour de la semaine, Benoit Aubin utilise sa colonne pour dire pourquoi il désire rester Canadien, quelques jours plus tard, ce sera au tour de Josée Legault, ou de Mathieu Bock-Côté, de dire pourquoi ça urge de se donner un pays.

Il reste que, chez Québecor, cet équilibre semble malheureusement moins évident quand on y traite du clivage gauche-droite de la société québécoise. Un Richard Martineau y est un peu trop omniprésent. Les idées de ce franc-tireur restent encore trop collées à une pas si lointaine époque où, sur toutes les plateformes de Québecor, télé comprise, on faisait grand usage du slogan Québec dans le rouge. Un slogan qui a largement contribué à la naissance de la CAQ. Et a malheureusement aidé les libéraux à reprendre le pouvoir en 2014.

Le Québec n’est pas la Grèce, comme l’a clamé Parizeau dans l’entrevue que, peu de temps avant son décès, il avait accordée à Michel Lacombe. Avant même de devenir chef péquiste, PKP a dû le comprendre puisque semblent aujourd’hui moins nombreuses les colonnes libertariennes des Johanne Marcotte et autres Éric Duhaime. Et qu’au moins maintenant les louanges à un néolibéralisme débridé de ces deux personnages sont largement contrées par l’ex-chef syndical Réjean Parent. Ou par surtout le très coloré Léo-Paul Lauzon.

Ce léger changement de cap de PKP dans le choix de ses chroniqueurs économiques a dû aider nombre de péquistes à oublier les turbulences passées dans ses relations avec les journalistes et employées du Journal de Québec et du Journal de Montréal.

Tenant compte que le Parti québécois a toujours été profondément social-démocrate, PKP semble en avoir pris acte puisque, plusieurs fois depuis qu’il est devenu chef de l’opposition officielle, il a publiquement protesté contre plusieurs coupures insensées dont le trio Couillard-Lateo-Coiteux se targue d’avoir faites « au nom de la rigueur ».

Ne plus se laisser déshabiller par Toronto

Maintenant que Pierre-Karl Péladeau est devenu chef du Parti québécois, il y a nécessité stratégique pour les indépendantistes de se rallier. Et il y a même grande nécessité de voter Bloc le 19 octobre.

Si la question se pose à savoir pourquoi il serait périlleux au Québec qu’un magnat de la presse devienne chef d’un parti capable d’accéder au pouvoir, la réponse est que ce chef, tout comme son père avant lui, ne s’est jamais servi des médias qu’il possède pour faire la promotion de l’indépendance, et ça, contrairement à la famille Desmarais qui, depuis près d’un demi siècle, se sert allègrement de ses journaux pour faire la promotion d’un Canada qui constamment cherche à déshabiller le Québec.

Et il ne semble pas que les choses vont changer si PKP devient premier ministre du Québec, la preuve étant qu’il soit ainsi allé chercher un homme aussi probe et intègre que Claude Béland pour présider son comité de trois mandataires dont le rôle sera d’administrer ses actifs sans qu’en aucun temps il puisse vendre ceux-ci à des intérêts étrangers.

Il n’est pas étonnant que PKP ait annoncé le vendredi 11 septembre cette nouvelle sur Facebook. C’est sa façon d’opérer. Le lendemain, le journaliste Robert Dutrisac le rapportait aux lecteurs du Devoir. Preuve que nous sommes à l’ère du numérique, les réseaux sociaux se sont alors vite enflammés.

À la fin de son article, Dutrisac demande à Michel Nadeau comment on pourrait préserver l’indépendance des journalistes des médias de Québecor. Le porte-parole de l’Institut pour la Gouvernance lui a répondu qu’il devrait se créer un comité de surveillance afin de contrer une telle possibilité d’ingérence. Une ingérence qui, faut-il le répéter, n’a jamais existé chez Québecor. Du moins en ce qui concerne la question nationale.

Michel Nadeau connait bien les dangers de l’accaparement des médias par des éléments étrangers. Il a été membre du C.A. de la Caisse de Dépôts quand en 2000, celle-ci a aidé Québecor a acheté Vidéotron et TVA. Dix ans plus tard, il a expliqué la raison qui a fait que la Caisse de dépôts a décidé d’agir.
« Encore échaudé par la vente de Provigo à des intérêts canadiens-anglais et par le déménagement de la Bourse à Toronto, a répondu Nadeau à Jonathan Trudel de la revue Actualité, les patrons de la Caisse ont décidé de tout faire pour trouver un acheteur québécois. On voulait garder un centre décisionnel d’une importance incroyable à Québec. Dans le temps, à la Caisse de dépôts, on y croyait encore ! On regardait toutes les options, toutes les entreprises, et on revenait toujours vers Québecor et Pierre-Karl. »

Il y eut peut-être ingérence politique à ce moment-là. Si ce fut le cas, on peut s’en réjouir aujourd’hui. On ne peut même que louanger le premier ministre Landry d’avoir exercé de son influence pour que Rodgers ne mette la main sur ce patrimoine national et hautement stratégique qu’était alors le groupe Vidéotron -TVA. Bravo Bernard ! Le même danger nous guette aujourd’hui si on se laisse prendre aux chants de sirène des Jean-Marc Fournier et autres Bonnardel.
(à suivre)

Commentaires

  • Antoine Simard, 19 septembre 2015 09h10

    Il y a erreur dans le texte. André Pratte n’est pas rédacteur en chef de La Presse. C’est plutôt Éric Trottier. André Pratte est éditorialiste émérite et relève de l’éditorial. Il s’agit d’un département différent de la rédaction.

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