«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

La stabilité sociale est en jeu

La patience n’est pas éternelle

Sous la loupe des parlementaires, le patron de l’Unité permanente anticorruption (UPAC), Robert Lafrenière, a ramé fort jeudi au Salon bleu. Son objectif : lever tout soupçon d’ingérence politique minant la bonne conduite de ses enquêtes. Y compris pour l’enquête Mâchurer sur le financement politique illégal et l’octroi de contrats publics. Laquelle porte entre autres sur l’ex-premier ministre Jean Charest et l’ex-argentier libéral Marc Bibeau.

Face aux élus, M. Lafrenière s’est engagé à mener Mâchurer à terme, soit jusqu’au dépôt d’accusations formelles au Directeur des poursuites criminelles et pénales (DCPC). Mais quand ? Mystère et boule de gomme.

Jurant qu’il n’y a ni blocage ni d’« immunité » pour les libéraux, M. Lafrenière justifie la longueur extrême de l’enquête par de nombreux obstacles juridiques ayant empêché un aboutissement plus rapide. En d’autres termes, il appelle les citoyens à la patience.

Or, quand il s’agit d’allégations graves de corruption touchant possiblement le sommet du pouvoir politique, la patience a ses limites. Cinq ans après la défaite de gouvernement Charest, il en va de la confiance amochée des Québécois envers leurs institutions.

Punition par ricochet

À dix-huit mois d’une élection, il en va aussi du sort même du Parti libéral du Québec. S’il fallait qu’avant le prochain scrutin, des accusations criminelles montent jusqu’au haut de la pyramide de l’ère Charest, la punition par ricochet de son successeur Philippe Couillard pourrait être lourde.

À l’autre extrême, si Mâchurer n’aboutit pas d’ici-là, les doutes sur l’indépendance de l’UPAC redoubleront. M. Lafrenière a beau dire qu’il n’a « rien à cirer de l’agenda politique », il existe bel et bien. En cela, il joue gros. Son engagement solennel sur Mâchurer le soumet en fait à une obligation de résultats dans un délai raisonnable.

Ce sont là des enjeux cruciaux pour la santé de la démocratie québécoise. Les Québécois ont le droit de savoir si la direction même du gouvernement Charest était gangrenée ou non par la corruption. Si oui, les responsables devront être sanctionnés.

D’où l’importance à terme d’ériger un mur pare-feu entre le politique et les patrons du triumvirat formé de l’UPAC, du DPCP et de la Sûreté du Québec en soumettant leur nomination à l’approbation des 2/3 de l’Assemblée nationale.

Dépolitiser le processus

Leur indépendance absolue face au premier ministre du jour en dépend. Lequel, étrangement, peut nommer les patrons de l’UPAC et du DPCP même si leur mission peut les mener à enquêter ou accuser des élus du parti au pouvoir.

M. Lafrenière disait jeudi se « sentir » pleinement indépendant du politique. Son « sentiment » est peut-être fondé. Il ne peut toutefois pas servir de prétexte à conserver un mode de nomination aussi politisé. À preuve, le directeur de la SQ est dégommé à chaque changement de gouvernement, ou presque. Une situation inquiétante en elle-même.

Les fuites ahurissantes de documents confidentiels concernant les dossiers de messieurs Charest et Bibeau — et confirmant leur très grande proximité — témoignent aussi de dysfonctionnements troublants au sein même de l’UPAC.

Des enquêteurs seraient-ils frustrés de ne pas voir Mâchurer aboutir ?

 


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