«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

La mort de Castro - la fin du XXe siècle

Chronique d’Alexandre Cormier-Denis
mardi 29 novembre 2016
416 visites 6 messages

La mort de Fidel Castro aura eu le mérite de nous révéler que la gauche est encore fascinée par les systèmes politiques totalitaires tant qu’ils sont mâtinés de tiers-mondisme et d’antiaméricanisme.

Au fond, la gauche défend aujourd’hui l’islamisme comme elle défendait jadis le communisme. Dans le confort bien cossu des salons petit-bourgeois québécois, il est facile d’excuser l’islamisme et de défendre le « meilleur système de santé au monde » (sic) tout en pianotant sur son iPhone construit par le prolétariat chinois que les médecins cubains ne peuvent pas se payer, socialisme réel oblige.

Certes il fait mieux vivre dans le Cuba castriste qu’en Haïti « démocratique », mais cela n’empêche pas que nous pouvons être critiques face au régime communiste qui a été imposé aux Cubains depuis 1959. Les défenseurs le présentent souvent comme un souverainiste ayant arraché Cuba aux chaînes impérialistes américaines, ce qui est vrai. Le problème, c’est que c’était pour remettre son propre pays dans les griffes de l’ours soviétique, ce qui n’était franchement pas plus recommandable. Il a poussé son pays d’une dépendance à l’autre. L’effondrement du bloc soviétique a d’ailleurs catapulté le pays dans une crise alimentaire incroyable, poussant de nombreux cubains à une extrême indigence.

Sans tomber dans l’admiration béate du régime cubain ni faire preuve d’anticastrisme primaire, il faut peut-être considérer que la mort de Fidel nous indique surtout que le XXe siècle et ses conflits idéologiques sont derrière nous. La fin de la Guerre froide aura ouvert la voie à la mondialisation libérale qui détruit les frontières et les souverainetés nationales. Devant la tentation d’effacer les États-nations, les peuples doivent se lever pour signifier leur refus de disparaître.

La fusion entre la gauche sociétale, celle qui milite pour la fin de la Nation, et la droite libérale, celle qui souhaite la destruction de l’État, mène à la mise en place du camp libéral-libertaire qui souhaite détruire toutes les formes d’enracinement au sein des populations. Tout comme l’utopie communiste rêvait d’accoucher d’un monde radicalement nouveau, ces libéraux-libertaires cherchent à en finir avec le monde hérité de la Seconde Guerre mondiale qui a vu la fin des empires coloniaux, le réveil des nations et la multiplication des États.

Aujourd’hui, sous couvert de progressisme, c’est le village global qu’on tente de nous imposer par les traités de libre-échange, la privatisation des services sociaux, le multiculturalisme et l’immigration de masse. On voit renaître la volonté de créer de nouvelles entités post-nationales dont le symbole le plus frappant est cette Union Européenne antidémocratique. Face à ces attaques contre les souverainetés nationales, les patriotes de toutes les sensibilités doivent se réunir afin de lutter contre cet assaut envers le principe d’État-Nation qui demeure le cœur même de la démocratie

Cela est encore plus vrai au Québec. Car - pour paraphraser le chanoine Groulx - nous appartenons à un petit peuple qui, s’il ne se lève pas pour voir le jour, pourra facilement sombrer dans le néant de l’Histoire.

Alexandre Cormier-Denis

Commentaires

  • Jean-Louis Pérez-Martel, 1er décembre 2016 12h18

    Pour plus de détails sur le dictateur communiste et son parcours d’imposteur : Fidel Castro : un héritage empoisonné
    http://www.lapresse.ca/debats/votre-opinion/201611/29/01-5046273-fidel-castro-un-heritage-empoisonne.php

    ***

    JLPM

  • Jean-Louis Pérez-Martel, 29 novembre 2016 23h29

    Des précisions s’imposent… Pourquoi Cuba est devenue en 1960 autre satellite communiste de l’URSS :

    Relations entre Cuba et la Russie
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Relations_entre_Cuba_et_la_Russie

    ***

    JLPM

  • Gaston Carmichael, 29 novembre 2016 22h20

    Nonobstant tout ce qu’on peut en dire, il demeure que CUBA est un pays INDÉPENDANT, tout comme la Chine.

    MasterCard dit que l’indépendance, ça ne s’achète pas. Toutefois, il faut en payer le prix. Fidel l’a assumé.

  • Gaston Carmichael, 29 novembre 2016 20h21

    C’est quand même surprenant que des centaines de milliers de cubains convergent à la Place de la Révolution pour lui rendre hommage.

    Est-ce que c’est sous la contrainte de l’armée ?

    http://www.rfi.fr/ameriques/20161128-cuba-une-foule-immense-havane-rendre-hommage-fidel-castro

  • Gilles Verrier, 29 novembre 2016 19h35

    La position sur le Cuba de Fidel pourrait être nuancée et on peut encore le faire. Cette chronique ne le dément pas. Il convient toutefois de remettre certains éléments en perspectives et d’élaborer sur d’autres.

    L’auteur, chef d’Horizon Québec actuel (dont je suis), écrit :

    « Le problème, c’est que c’était pour remettre son propre pays dans les griffes de l’ours soviétique, ce qui n’était franchement pas plus recommandable. »

    Sur ce point, creuser un peu le sujet obligerait à renverser complètement cette idée. Ce sont en fait les autorités américaines qui par leur intransigeance et leur refus de reconnaître un gouvernement d’indépendance nationale (et aucunement anti-américain) qui a conduit les autorités cubaines à nouer les alliances nécessaires pour ne pas continuer d’évoluer dans un monde parallèle à celui d’Haïti. Ils ne voulaient pas y retourner.

    De mémoire, c’est après la Baie des Cochons que Castro a été forcé de se tourner vers l’Union soviétique pour protéger ses acquis. Il venait de voir que les États-Unis, après s’être rendus compte que Castro n’était pas ce bon dictateur « nègre » qu’ils anticipaient, à l’instar d’un Fulgencio Batista, il venait de comprendre qu’ils ne lui feraient pas quartier. Effectivement, il n’était pas de ceux que l’on achète pour une poignée de dollars. Ils ne cessèrent d’ourdir contre lui tous les complots, y compris la citoyenneté américaine sur un plateau, automatique pour tout cubain pouvant déposer un pied sur les plages de la Floride (pié secco). En dépit de ces avantages migratoires attribués aux seuls Cubains, il n’y a guère plus de Cubains aux États-Unis que de ressortissants haïtiens ou porto-ricains. C’est dire.

    C’est d’abord à son corps défendant, puis de façon parfaitement assumée que Fidel a rendu aux États-Unis la monnaie de sa pièce.

    L’indépendance a un prix. Si Castro avait pu faire sans alliance extérieure il l’aurait fait. Mais le cas du Hampster encerclé par une meute de prédateurs ne lui laissait aucune marge de manoeuvre. Six millions d’habitants (aujourd’hui plus de dix) sur une île aux maigres ressources ne lui laissaient guère le choix entre le retour au paradis capitaliste (Haïti ?) et le paradis socialiste (promesse jamais tenue).

    Ce qu’il faut reprocher au castrisme c’est de ne pas avoir su distinguer entre le petit entreprenariat et le capitalisme prédateur, réprimant les deux dans un même élan. L’éducation capitaliste qui succéda au féodalisme-esclavagisme laissait une population sans tradition d’entrepreneurs. L’éducation soviétique la fit passer directement de cet état à celui du fonctionnaire au service de la bureaucratie. Aujourd’hui, les réformes de Raul en faveur de la petite exploitation ne sont reçues que mollement par une population qui vit bien selon ses standards historiques et n’a nullement l’ambition des prédateurs économiques de Wall Street ou des bobos de Los Angeles. Sans complaisance, il ne faut pas reprocher à Cuba ses succès en santé et en éducation. La cause ne peut qu’être douteuse. Ce qu’il faut lui reprocher c’est son incapacité à assurer le moindrement son autosuffisance alimentaire. Les pratiques agricoles y sont figées, routinières et peinent par leur manque d’innovation à tout point de vue. Je me suis d’ailleurs toujours demandé pourquoi les collines de Pinar del rio n’étaient pas couvertes de vignes ?

    Ceci dit, la solution pour Cuba passe par le développement de la petite entreprise. C’est en partie la ligne économique actuelle des autorités. Elle coïcide avec une économie de l’écologie.

    Pour revenir au Québec, l’indépendance ne sera pas sans prix. Il faut donc dès maintenant tisser des alliances. Ce que semble comprendre parfaitement Horizon Québec : se donner des cartes qui pourront avec le temps devenir des atouts ; tout en évitant de donner en retour trop de gages à ceux qui soutiendront notre combat. Il a pu s’agir de de Gaulle un temps et de Marine le Pen aujourd’hui. Le Québec devra éviter l’écueil des Parizeau et des Castro (avait-il le choix ?) éviter de mettre ses aouts dans un seul panier en diversifiant ses appuis à l’étranger. La diplomatie est un art qui met l’accent sur ce qui rassemble et non ce qui divise en ayant pour objectif son propre intérêt national. Plus le Québec aura d’alliés qui ne doivent rien ou peu au Canada, et à qui lui-même doit peu, plus il pourra être indépendant. Il faudra donc se rapprocher de pays comme Cuba, avec qui le Québec a déjà d’excellentes relations individuelles mais se fait damer le pion politique par le Canada de Trudeau. Cuba, la France, c’est insuffisant. Il faut se rapprocher également de pays de notre taille dont on peut soupçonner qu’ils auraient intérêt à diversifier leurs relations et à se ménager une fenêtre sur les États-Unis : pays d’Amérique du Sud et centrale, Kazakhstan, Arménie, Biélorussie, etc. et des organisations telles que l’Organisation de coopération de Shanghai, par exemple. La Russie est trop imposante pour notre taille de lilliputiens. Les institutions de la francophonie étant, elles, achetées par le Canada, essentiellement pour empêcher que le Québec prenne son envol. Pour des raisons très différentes, donc, la Russie et la francophonie restent d’abord compliqué.

    Faut-il le rappeler le coût des alliances, comme nous le rappelle l’épopée de Fidel Castro. Il a aura toutefois conclu que le coût des alliances est encore moindre que celui de l’humiliation et de la dépendance politique directe. Le plus souvent indispensable, les alliances peuvent à elles seules garantir le passage à l’indépendance, parfois plus qu’un référendum d’ailleurs, mais elles coutent toujours quelque chose. Le cas de Cuba le rappelle fort bien. Néanmoins, à travers ses vicissitudes et défis, mesurés à l’aune des réalisations du Québec pour son indépendance au cours de la même période, Cuba a de quoi être fier et aucun Québécois ne peut lever le nez sur cette petite île. Ce micro pays au peuple des plus sympathique a beaucoup donné au monde à travers l’héroïsme de ses « barbudos » : Che, Camillo, Fidel, Raul et tous les autres comme le chante si bien Carlos Puebla.

  • Martin Lauzon, 29 novembre 2016 16h54

    Je ne saurais mieux dire. Excellent texte.

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