«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

À l’Est, rien de nouveau

La minorité tire encore vers elle la majorité à Metis Beach

L’hypothèque coloniale perdure

Tribune libre de Vigile
lundi 10 juillet
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Plus de 900 000 Québécois, très majoritairement francophones, émigrèrent aux États-Unis entre 1840 et 1930. Que reste-t-il aujourd’hui de la présence canadienne-française en Nouvelle-Angleterre ? Bien peu de traces à dire vrai. Le seigneur John McNider installa à compter de 1817 une poignée d’Écossais (150-200) à Métis, au milieu des Canadiens français. Qu’en reste-t-il aux portes de la Gaspésie touristique ? Tout ! Je m’explique.

Un passé qui ne passe pas

La nationalisation de l’électricité représente certainement une étape cruciale de l’émancipation économique des Québécois francophones. George Carlyle Marler (1901-1981) était le chef de file des opposants à ce projet phare de René Lévesque dans une famille libérale alors dirigée par Jean Lesage. Après le fameux « Lac-à-l’Épaule » des 4 et 5 septembre 1962, le gentleman de Westmount alla « digérer sa défaite (Pierre Godin) » à sa résidence secondaire de... Metis Beach !

En éducation

Seulement sur le territoire de la MRC de La Mitis, deux écoles primaires de la Commission scolaire des Phares n’ont pu échapper à la fermeture définitive en 2015 : Padoue et Sainte-Jeanne-d’Arc. L’école Euclide-Fournier de Saint-Charles-Garnier cessa d’exister officiellement le 1er juillet 2012. La journaliste Sonia Lévesque rapportait que l’école secondaire du Mistral à Mont-Joli a perdu 1200 de ses 2000 élèves en une trentaine d’années (L’Information, 28 août 2013, p. 3). Pendant ce temps, Metis Beach School, construite au départ pour une vingtaine d’élèves, en accueille 78, en prévoit déjà une centaine et s’étend. Le directeur adjoint et enseignant, Mark Lyth, affirme : « Notre étendue est beaucoup plus grande, et puis l’attitude aussi a changé par rapport à l’anglais (ICI.Radio-Canada.ca, 24 septembre 2013) ».

Le ministère de l’Éducation a étudié une demande d’agrandissement de cinq millions de dollars (ICI.Radio-Canada.ca, 13 novembre 2014). Nous sûmes l’automne suivant que le projet, évalué désormais à sept millions, fut retenu. Pour la durée des travaux, les jeunes anglophones en expansion occupent les locaux désaffectés du français de l’école de Sainte-Jeanne-d’Arc. Jeanne d’Arc, occupée par l’Anglais, priez pour nous !

Soyons vigilants. J’estime que pareils développements devraient susciter des interrogations au sein de la population. Pourquoi cette minorité tire encore et toujours vers elle la majorité ? 33 universitaires québécois signèrent le 22 février 2013 dans La Presse une lettre intitulée : « Les universités anglophones financées démesurément ». Elles drainent 29% de l’ensemble des revenus alloués aux universités alors que les Québécois de langue maternelle anglaise représentent à peine 8% de la population. Pensez-y : quel est l’avenir de l’école française en Amérique si l’hypothèque coloniale perdure ?

Dans l’espace public

Mon député-touriste, soi-disant nationaliste, évite de se mouiller en félicitant sur les médias sociaux le « dynamisme » des anglophones (Twitter de Pascal Bérubé, 24 septembre 2013). Il ambitionne d’ailleurs de s’acheter une belle demeure aux environs de Metis Beach afin de vivre parmi eux (L’Avantage, 14 juillet 2015). Plus grave, le politicien guette le moindre mouvement de l’opinion sur son iPhone et l’épouse même quand celui-ci va à l’encontre de l’esprit de la Loi 101. « Un Québec aussi français que l’Ontario est anglais (gouvernement du Parti québécois, 1977) », ça te dit encore quelque chose, Pascal ? Il affirme que tous les Québécois devraient maîtriser l’anglais (« Par ici la relève ! », L’actualité, 21 novembre 2011). Cela inclut, de fait, les travailleurs qui n’en ont pas besoin. Ainsi, le « bilingue » deviendrait vite, quoique temporairement, la langue commune des Québécois. Le nouvel ordre des choses ne saurait durer bien longtemps, attendu que placer les deux langues en concurrence revient à mettre inéluctablement les deux pieds sur notre langue infiniment minoritaire (2%) en Amérique du Nord. L’anglais s’imposant bientôt partout, pourquoi diable un immigrant allophone tâcherait d’apprendre le français à Rimouski ?

« Si chacun devient complètement bilingue dans un pays bilingue, l’une des langues sera superflue », Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, Livre 1 : Les langues officielles, Ottawa, Imprimeur de la Reine, 1967, p. 12.

Villa Reford 1, Maison Gilles-Vigneault 0

À part trois années passées à Sherbrooke et trois autres à Montréal, j’ai toujours habité ce coin de pays. Il ne s’est jamais écoulé une seule année, d’aussi loin que je me souvienne, sans que nos bons médias ne rapportent qu’une nouvelle subvention de l’État québécois, libéral ou péquiste, « étoit octroyée aux Gardens dudit sieur Alexander ’’de’’ Reford ». Vous comprendrez alors, je l’espère, ma stupéfaction que l’octroi de quelques piastres à la restauration et à la reconversion de la modeste maison natale de Gilles Vigneault, notre poète national, soulève un véritable tollé chez les contribuables québécois. Je suggère que le Torontois de Métis raconte au pauvre canayen de Natashquan le secret de son succès, car ici-bas, manifestement, l’austérité n’existe pas pour tout le monde...

Caroline Sarah St-Laurent, historienne et doctorante en sociologie (UQAM)
Blogue : https://csstl.blogspot.com

Commentaires

  • jean baudouin, 11 juillet 07h22

    Tout à fait d’accord avec vous Mme. St-Laurent. Je ne sais pas si c’est toujours le cas à Métis beach mais il y avait un club de tennis qui n’était réservé qu’aux anglophones. Au Québec, faut le faire. Faut dire que plusieurs familles dont les Molson ont à Métis de petits chalets....ironie ,donc des résidences secondaires qui valent des millions ! Et c’est encore probablement le cas mais les francophones qui demeuraient sur le deuxième rang et qui étaient souvent pauvres travaillaient pour toutes ces riches familles......anglophones.

  • Alain Marquis Bergeron, 11 juillet 00h44

    Ça vous dirait de discuter de certains faits historiques qui vous ont peut-être échapper ou qui ne vous ont probablement jamais été dévoilés ?

    Et si on parlait ensemble un peu de nos origines respectives et des tords que nous avons causés envers d’autres humains (nous n’avons peut-être pas à nous en sentir coupable), mais de les laisser se perpétuer, alors la, j’assume ma responsabilité, et vous ?

    Qui parmi vous assumera la responsabilité de voir les choses bien en face ?

    De vivre en harmonie avec votre environnement, votre identité et des valeurs comme la liberté, l’intégrité, la justice et l’équité vous stimulent...

    Tout les mercredis soirs à 19 h.

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    Laissez nous vos coordonnées et le meilleur moment pour vous joindre, un des membres de notre soutien technique vous contactera.

    Merci.

  • Yves Corbeil, 11 juillet 00h12

    En ajout à mon commentaire précédent, $10.5 millions à notre terroriste internationale. 30 ans sacrament, ya pas un Gaspésien ni un québécois salarié qui va gagner ça dans une vie complète (c’est 105 ans à 100,000 par année) et lui le terroriste acquitter faute de preuve reçoit un cadeau de notre bouffon national qui parcours la planète à nos frais pour se faire prendre en photo avec tous les dignitaires et voeuxdettes du monde. Ça a peut-être été un erreur de voter si fort libéral pour sortir Harper du trône après neuf ans.

    13 millions pour un école d’anglais quand le système scolaire francophone s’en va à la dérive. Je vous le dis, ya des coup de pied au cul qui se perdent dans cette province à la dérive. Pendant ce temps là à Montréal les cochons s’engraissent au dépends du peuple, les hôpitaux, les ponts, les autoroutes pis tous les boucheux de trous à chaque années sur les même câlisse de trous. On doit être faîtes tuff en esti pour endurer ça depuis aussi longtemps sans sortir dans rue comme y font en Europe quand leurs dirigeants dérivent ou partent en dérivent.

    Nos ancêtres aristocrates sont disparu mais la saignée continue avec tous nos petits roitelets ainsi que leurs servants, servantes et tous les ti-boss de bécosses qui sévissent autour de l’appareil gouverne mental.

  • Yves Corbeil, 10 juillet 23h43

    Merci Madame St-Laurent,

    Je me demande à chaque élection comment il se fait que nous reculons entre chacune d’elle au lieu de progresser comme société. Des aberrations comme celle-ci il y en a partout dans la province et je pense que les gens devraient commencé à ciblé leurs attentes et voter pour le député qui fera vraiment une différence pour eux dans leur circonscription respective, peut-importe le parti. Si c’est un vert qui va faire la différence pour eux calvaire bien qu’ils votent vert. Comme ça on aura peut-être une répartition des circonscriptions à travers différents partis et en minorité le cheuf sur le trône est moins fendant et arrogant. Puis ça donne la chance aux députés élus(es) d’être entendu quand le conseil est assis sur un siège éjectable.

    SURTOUT, il ne faut jamais votez pas pour un parachuter, genre un Westmountais qui se présente dans Bonaventure même si il parle le ’’franças’’.

    Ça c’est mon opinion pour faire avancer les chose dans bonne direction. Un jour on aura peut-être un autre parti du peuple comme le PQ du début, même les libéraux des années soixante était mieux que nos déconnectés d’aujourd’hui. Espérons.

  • François A. Lachapelle, 10 juillet 21h45

    Beau témoignage Mme Caroline Sarah St-Laurent, belle démonstration de la dissolution chez vous comme chez nous à Montréal de la fierté de la culture québécoise française.

    Camille Laurin est un des ministres du 1er gouvernement Lévesque qui a utilisé cette comparaison, je vous cite : «  Un Québec aussi français que l’Ontario est anglais (gouvernement du Parti québécois, 1977) ».

    Camille Laurin a utilisé cette comparaison dans un discours prononcé le 2 mai 1977 en anglais devant les membres du Canadian Club de Montréal.

    Ayant dans mes archives copie du discours de Monsieur Laurin, je porte à votre attention un des derniers paragraphe de son discours qui parle du bilinguisme institutionnel au Québec.

    « Certains disent : " Le bilinguisme institutionnel est un impératif économique au Québec." Voilà un autre mythe. Nous l’avons dit dans le Livres Blanc, certaines personnes — cadres de sociétés, membres des bureaux de direction, administrateurs de l’État — doivent savoir l’anglais. Mais affirmer que la population toute entière du Québec doive être bilingue pour des raisons économiques, ce serait affirmer du même coup que, pour gagner sa vie dans ce pays, à n’importe quel poste et dans n’importe quel travail, il faille parler anglais. Heureusement, nous n’en sommes pas arrivés à ce degré d’esclavage culturel.  »

    Camille Laurin a prononcé ces paroles à Montréal il y a 40 ans. Pourrait-il les redire intégralement en 2017 ? Notre esclavage envers la culture anglo-étatsunienne est malheureusement en progression au détriment de notre culture québécoise française. Notre extinction est en marche à moins que des milliers de leaders du Québec soient conscients de notre dérive et réagissent.

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