«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Libre-échangisme entre le Canada et l’Europe

La loi 33 et le Plan Nord

Les travailleurs vont-ils encore se faire baiser ?

Tribune libre de Vigile
samedi 29 octobre 2011
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Un événement important pour le Québec est en cours, et on n’en parle pas beaucoup, surtout pas dans la Grosse Presse. Il s’agit de l’Accord Canada-Union européenne qui arrive bientôt à sa conclusion.

Une pétition en ligne sur l’Accord Canada-Union européenne est maintenant disponible sur le site de l’Assemblée Nationale du Québec. Le lien est ici.

Cet accord est un événement important, en effet, car c’est la première fois que le gouvernement du Québec participe directement à des discussions visant un accord de libre-échange international.

Selon Kathy Noël, de Affaires sans frontières :

« Les négociations ont commencé il y a un an et demi, dans le but de conclure une entente d’ici la fin de 2011. En bref, on veut faciliter les échanges de biens, de services, et aussi de main d’oeuvre entre le Canada et les 27 pays membres de l’UE en faisant tomber des barrières tarifaires et non tarifaires. Selon un rapport conjoint de la Commission européenne et du gouvernement du Canada, un accord entre les deux pays permettrait d’accroître les exportations canadiennes vers l’UE de 13,8 milliards de dollars, et celles de l’UE vers le Canada augmenteraient de 27,6 milliards de dollars. »

On parle donc ici de grosse "business" : plus de 40 milliards de dollars de commerce extérieur. Mais le commerce, ce n’est pas tout.

Selon Éric Desrosiers du journal Le Devoir, le 29 septembre 2011 : « les négociations de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne avancent à grands pas et pourraient bien avoir débouché sur une entente de principe d’ici Noël. »

Éric Desrosiers rapporte que Pierre Marc Johnson, le représentant du gouvernement de Jean Charest dans ces négociations, a déclaré ce qui suit au journal : « Il restera probablement ensuite « quelques fils à attacher », ainsi que « peut-être quelques crisettes politiques » à régler, comme c’est souvent le cas lorsque les gouvernements s’apprêtent à conclure un nouveau traité commercial. « Dans toutes les grandes négociations, il vient toujours un moment plus politique où certains des enjeux les plus délicats font l’objet d’un dernier troc qui survient souvent littéralement dans les dernières minutes ». La volonté de conclure une « entente ambitieuse » reste toujours aussi forte de chaque côté de la table de négociation, « Je ne peux pas parler pour les gouvernements européens, mais je sais qu’elle l’est aussi à Québec et à Ottawa. »

Et il ajoute : « L’Europe voudrait gagner en échange un meilleur accès en matière de services et de contrats publics. Il est également question de protection des investissements, de mobilité de la main-d’œuvre ou encore de droits intellectuels.”

La Publication No. 2010-60F du gouvernement du Canada, publiée par le Service d’information et de recherche parlementaires, (Bibliothèque du Parlement), nous informait déjà, en septembre 2010, que l’un des enjeux très important de ces négociations c’est la mobilité de la main-d’œuvre.

Le Canada a, depuis longtemps, inclus des dispositions sur le déplacement temporaire des travailleurs dans la plupart de ses accords commerciaux depuis la mise en œuvre de l’ALENA.

Le chapitre 16 de l’ALENA, qui porte sur l’admission temporaire des hommes et des femmes d’affaires, constitue un modèle pour ces engagements. Ce chapitre permet à certains types de gens d’affaires et de professionnels de travailler temporairement dans les autres pays signataires de l’ALENA, sans qu’il leur soit nécessaire d’obtenir un permis de travail.

Les négociateurs commerciaux canadiens voudraient que les dispositions de l’AECG en matière de mobilité de la main-d’œuvre aillent plus loin que les dispositions de l’ALENA.

L’UE a fait de la réglementation des professions et des métiers au Canada une priorité des négociations en vue d’un accord économique et commercial global (AECG). Selon elle, pour vraiment progresser dans le dossier de la reconnaissance des titres de compétences européens au Canada, il faut pouvoir s’assurer la collaboration et le soutien des provinces et des territoires.

Or, le Canada compte plus de 440 organismes de réglementation professionnelle chapeautant plus de 100 professions. Pour certaines de ces professions, il existe des obstacles importants et bien documentés à la mobilité de la main-d’œuvre interprovinciale et interterritoriale, en raison principalement des différences concernant l’autorisation d’exercer et la reconnaissance des compétences d’une province et d’un territoire à l’autre.

C’est la raison de la présence du gouvernement du Québec et de Pierre-Marc Johnson à la table de négociation, à savoir : « quelques fils à attacher » et « peut-être quelques crisettes politiques » à gérer.

***

Alors, quel est le lien avec le projet de loi 33 ? Pour ceux qui n’ont pas encore compris où je m’en vais avec ça, c’est assez simple.

Pourquoi Charest sort-il ce projet de loi à ce moment-ci ? Ce projet de loi qui enlève des droits syndicaux aux travailleurs et le contrôle sur le placement, aurait-il un rapport avec le Plan Nord et l’accord de libre-échange Canada-Europe ?

Selon plusieurs militants syndicaux, quelques dirigeants syndicaux, dont Donald Fortin, directeur général du Conseil provincial des métiers de la construction-International, c’est une des raisons pourquoi Charest a lancé cette grenade au sein du mouvement syndical. Son but : semer la division entre les travailleurs (CSN/FTQ), affaiblir le mouvement syndical et sortir les syndicats du Plan Nord.

Donald Fortin, directeur général du Conseil provincial des métiers de la construction-Internationa

Récemment, des avocats patronaux, avec la complicité du gouvernement du Québec, ont réussi à sortir les syndicats de la construction du domaine des mines. En effet, tout le domaine de la construction de la mine, incluant l’installation de la machinerie de production, aurait récemment été exclu de la juridiction de ces syndicats, par un jugement de cour.

Donald Fortin est arrivé à la conclusion que le gouvernement du Québec ne veut plus que les conventions collectives de la construction s’appliquent dans les mines pour avoir une main d’œuvre à bon marché.

Actuellement, il existe chez les travailleurs de la construction ainsi que chez les travailleurs en général, beaucoup d’attentes, en termes d’emplois et de revenus à tirer du Plan Nord.

Seulement l’industrie de la construction, c’est 152,740 travailleurs et 4,967,447,000 $ de masse salariale par année.

On se rappelle que pour des milliers de travailleurs, la construction des grands barrages comme celui de la Manic et ceux de la Baie James ont représenté un pactole. Des milliers d’entre eux y ont passé des mois, sinon des années, à travailler, minimum 60 heures par semaine, en moyenne 68 heures par semaine. Avec autant d’heures, le temps supplémentaire et les primes d’éloignement, ces travailleurs revenaient en ville et pouvaient s’acheter une maison ou assurer leur vieillesse.

***

Est-ce ça que Charest veut donner en cadeau aux travailleurs du Québec avec le Plan Nord ? Il semble bien que non. Après avoir délocalisé des millions d’emplois d’Amérique du Nord vers l’Asie, les capitalistes nord-américains ont d’autres plans.

Qu’est-ce qu’on peut faire avec une mine qui ne peut être délocalisée ? C’est simple, on fait venir de la main d’œuvre à bon marché. Et c’est ça que manigancent actuellement les fédéralistes canadiens, Charest et Harper en tête, pour faciliter le pillage des ressources naturelles du Québec.

Importer des travailleurs d’Europe, des travailleurs certifiés et qualifiés par qui ? Par des États européens. Des travailleurs qui viennent d’où ? Pourquoi pas un plein bateau de mineurs d’ex-Yougoslavie. Allez donc savoir. Les syndicats ne peuvent même pas actuellement aller faire des visites d’inspection dans le grand Nord parce qu’il n’y a pas de route, qu’il faut y aller par hélicoptère ou avion, et que les compagnies privées refusent l’accès.

C’est un autre immense territoire qui échappera bientôt au contrôle du peuple québécois s’il ne se passe rien. Alors, que quelques gars de la FTQ aient distribué quelques taloches à des collègues qui ne voulaient pas aller s’informer de leurs intérêts fondamentaux est absolument non pertinent. La violence dans la construction, c’est de la dentelle comparée à la violence des exploiteurs et à l’oppression nationale que vit le peuple québécois depuis 250 ans. Quand est-ce qu’ils vont en prison eux ?

Il faudrait que certains grands penseurs se réveillent et ouvrent les yeux sur ce qui se passe sous leur nez pendant qu’ils rêvent au Grand Soir.

Rhéal Mathieu

Commentaires

  • Louis-Serge Houle, 19 novembre 2011 22h28

    D’abord, le placement syndical, cel n’est pas un droit syndical. Qu’apporte-t-il aux travailleurs, sinon une concurrence entre eux pour avoir accès aux chantiers. Lorsque des syndicats deviennent des services de ressources humaines, se substituant ainsi aux boss en répondant à leurs exigences en fournissant "le bon homme à la bonne place" (comme le disent Michel Arsenault et Arnold Guérin), ils sont mal placés pour faire respecter les conditions de travail et les normes de santé-sécurité. Ça explique pourquoi l’ancienneté est absente des conventions collectives dans la construction. Certaines unions préfèrent déterminer qui, parmi leurs membres travaillent et pour quelles durées plutôt que de négocier des règles équitables pour l’ensemble des ouvriers de cette industrie. Et durant ce temps, le travail au noir se poursuit. La fin du placement syndical annonce peut-être la fin du syndicalisme d’affaires dans la construction.

    Ensuite, il faut faire preuve d’un mépris peu commun pour affirmer que le fait que "quelques gars de la FTQ aient distribué quelques taloches à des collègues qui ne voulaient pas aller s’informer de leurs intérêts fondamentaux est absolument non pertinent". J’imagine qu’il ne faut pas en avoir reçues souvent pour minimiser les actes d’intimidation de fiers-à-bras qui vont vider des chantiers sans que les travailleurs se soient prononcés sur quoi que se soit.

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