«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

La lettre de Parizeau

À deux semaines du congrès, cette proposition constitue en soi un vote de défiance

mardi 29 mars 2011

Cette fois-ci, on ne pourra pas reprocher à Jacques Parizeau d’avoir fait feu sans avertissement. À la lecture de la lettre qu’il a publiée hier dans Le Devoir, on se demande même comment il a pu se retenir si longtemps.

Dans une entrevue accordée au Globe and Mail en juin dernier, l’ancien premier ministre avait déjà dit tout le mal qu’il pensait de la prétendue « gouvernance souverainiste » de Pauline Marois, y voyant bien davantage un programme de « bon gouvernement » provincial qu’une volonté de préparer et de réaliser la souveraineté.

Il était également clair qu’il était l’inspirateur de l’amendement à l’article 1 du programme présenté l’automne dernier par sa « députée préférée », Lisette Lapointe, qui proposait la création d’un comité de députés et de dirigeants du PQ chargé de superviser les études préalables à un éventuel référendum.

Pauline Marois y a vu avec raison une atteinte à son autorité. Au PQ, la question du leadership est indissociable de la position du chef sur l’article 1, qui constitue la raison d’être du parti. Si M. Parizeau a jugé qu’un tel comité était nécessaire, c’est qu’il ne lui fait pas confiance pour mener à bien les préparatifs référendaires. Quand il était lui-même chef du PQ, personne n’aurait pensé à le flanquer d’un chien de garde. À deux semaines du congrès, cette proposition constitue en soi un vote de défiance.

Passe encore que la direction du PQ ait fait en sorte que la proposition de Crémazie soit rejetée dans les diverses instances. Cela fait partie des règles du jeu au sein d’un parti politique. En revanche, le tripotage des règles de recevabilité pour éviter que les délégués au congrès puissent se prononcer dépassait clairement les bornes. L’ancien député de Mercier, Daniel Turp, qui préside le comité directeur du congrès, a lui-même trouvé la manoeuvre inacceptable, mais la chef du parti l’a certainement approuvée.

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Sur le plan personnel, M. Parizeau n’a rien contre Mme Marois, bien au contraire. Elle a fait ses premiers pas en politique à ses côtés, dans le rôle d’attachée de presse, et il a toujours favorisé son ascension quand il en a eu l’occasion. Cela n’a rien à voir avec son inimitié presque viscérale pour Lucien Bouchard.

Sa lettre au Devoir met cependant le doigt sur le malaise qui perdure au PQ depuis que Mme Marois en a pris la direction. Le « flou artistique » qu’il dénonce est bien réel. Mme Marois aimerait certainement être en mesure de tenir un référendum, mais elle n’est pas prête à s’engager au point de compromettre son rêve de devenir première ministre.

La majorité des députés préfèrent également être élus sur un engagement vague plutôt que de risquer une défaite en disant les choses clairement. Il est d’ailleurs très facile de se donner bonne conscience en se disant qu’il est encore plus urgent de débarrasser le Québec des libéraux.

Il est vrai que la promotion de la souveraineté et la bonne gouvernance ne sont pas exclusives. Entre l’élection du PQ en septembre 1994 et la tenue du référendum, quatorze mois plus tard, le gouvernement Parizeau n’était pas demeuré inactif.

Avant même son arrivée au pouvoir, M. Parizeau avait cependant promis un référendum dans les huit à dix mois. Il a beau dire que sa proposition ne préjuge en rien de la date du référendum, les préparatifs qu’il réclame n’auraient aucun sens s’il n’y en avait pas à l’horizon. Or, il n’y a actuellement aucun appétit pour un référendum dans la population, et Mme Marois se sait trop impopulaire pour être en mesure de le stimuler.

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Alors que le PQ reproche continuellement au gouvernement de ne pas contrôler suffisamment ses dépenses, l’idée d’investir des fonds publics dans la promotion de la souveraineté, comme l’exige M. Parizeau, va soulever un tollé à coup sûr.

Même si les montants en cause sont insignifiants, les libéraux en feraient leurs choux gras. S’il y en a un qui a dû jubiler en lisant la lettre de M. Parizeau, c’est bien le premier ministre Charest. Il devait avoir du mal à contenir son impatience en attendant la période de questions à l’Assemblée nationale.

Jusqu’à présent, le congrès du PQ s’annonçait sans histoire. Mme Marois connaît pourtant trop bien M. Parizeau pour avoir cru qu’il baisserait les bras. Manifestement, elle a jugé que les dégâts causés par une intervention de l’ancien premier ministre pouvaient être limités.

Bernard Landry peut cependant témoigner qu’un vote de confiance constitue une boîte à surprise. Il serait peut-être préférable de laisser les délégués se prononcer sur la proposition Lapointe-Parizeau. Même si elle était adoptée, Mme Marois trouverait bien un moyen de s’en accommoder. Si le débat est escamoté, la frustration pourrait bien s’exprimer lors du vote de confiance.

Personne au PQ ne souhaite que le congrès débouche sur un autre psychodrame, mais le risque de provoquer une démobilisation en reportant l’objectif toujours plus loin est tout aussi réel. La lettre de M. Parizeau traduit parfaitement ce que plusieurs pensent sans oser le dire.

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mdavid@ledevoir.com


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PQ - XVIe congrès avril 2011

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