«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Penser le Québec

La leçon d’Astérix

Contre l’ironie du sort libérale

Tribune libre de Vigile
vendredi 10 avril 2015
674 visites 2 messages

Les étudiants ont marché, en 2012, contre l’augmentation des frais de scolarité décrétée par le gouvernement Charest. Résultat ? Quelques mois seulement après le printemps historique, le gouvernement libéral était reconduit au pouvoir, majoritaire, avec 40% des voix. Quelle ironie ! Actuellement, le gouvernement du médecin Philippe Couillard applique une médecine de cheval au secteur public qui va beaucoup plus loin que la hausse des frais de scolarité qui irritait tant les carrés rouges.

Ce gouvernement, non content de l’indexation des frais de scolarité, module aussi les frais des garde sur le salaire des parents, « propose » le gel aux employés de l’État et met de l’avant des mesures d’austérité qui mettront en péril plusieurs services publics, ce qui est, à bien y penser, bien plus radical que la hausse de 1625$ souhaitée par son prédécesseur. Bientôt, les pertes d’emploi seront réelles et les étudiants ne seront plus seuls dans la rue…

Quelle ironie pour ceux qui se sont mis en forme lors du printemps érable : non seulement ils ne se sont pas vus au bulletin télévisé, mais ont-ils aussi irrité, par leur engagement social, une population qui n’aime pas être dérangée dans son confort. Tout se passe comme si les marcheurs avaient, malgré eux, renforcé la détermination et l’autorité du gouvernement libéral. En avril 2015, la situation est plus grave qu’en 2012 et les moyens pour répliquer sont, ironiquement, moins efficaces.

Car marcher ne marche plus. Marcher ne galvanise plus les troupes et les grèves sont, en période d’austérité, difficiles à mener. Comment faire la grève lorsque l’on doit se serrer la ceinture ? N’est-il pas paradoxal de refuser son salaire, fut-il moyen, dans le but de s’appauvrir plus encore ? Cela est d’autant plus pervers qu’une loi spéciale attend les travailleurs qui oseront manifester contre la volonté du gouvernement qui est prêt à tout, cette fois, pour exorciser le fantôme du déficit. Que d’ironie, non ? Les libéraux sont au pouvoir, dixit Philippe Couillard, parce que le Parti québécois avait pour stratégie de parler d’indépendance… Nous ne sommes donc pas à une subtilité près.

Peut-être convient-il d’apprendre de 2012 en combattant l’ironie du sort par une ironie volontaire, une ironie qui dévoilera les effets dévastateurs de l’ironie du sort libérale sur le peuple québécois. Autrement dit, pourquoi ne pas dépasser la version étudiante de la désobéissance civile par l’obéissance servile des employés de l’État ? Si ceux qui marchent contre l’austérité allaient plutôt travailler en courant, s’ils courraient vers l’austérité, tout le monde serait content.

Si ces travailleurs partaient plus tôt le matin, vers 6 heures, et se retrouvaient tous bloqués sur les ponts, le gouvernement ne pourrait plus critiquer ses employés puisque ceux-ci, ayant hâte de travailler, mériteraient plutôt une augmentation de salaire digne du coût de la vie. Si les employés de l’État qui jouissent, il semble, de bonnes conditions de travail, tombaient tous malades en même temps, le gouvernement de médecins qui veut guérir le Québec connaîtrait aussi la maladie. La stratégie est connue : dans les grands travaux, il faut retourner la force de l’adversaire contre lui-même.

Cela nous rappelle Astérix qui, condamné à rapporter le laisser-passer A-38, retourne la folie contre les bureaucrates eux-mêmes. Et si, pour appliquer encore cette leçon, les bons citoyens apportaient une enveloppe brune à leurs députés, ces derniers ne pourraient plus distinguer entre l’enveloppe brune des « petits amis » et celles de l’austérité. Astérix est sorti de la maison des fous : il avait compris quelque chose que nos étudiants et nos syndicats auraient intérêt à méditer.

Commentaires

  • Dominic Desroches, 12 avril 2015 20h04

    Merci à Ougho pour son petit rappel publié sous ma dernière contribution.

    De l’auteur, on dira qu’il s’agit bien du même Dominic Desroches qui a écrit sur Vigile plusieurs textes et qui, pour différentes raisons, a laissé sa place à d’autres auteurs, plus lus et moins nuancés. Il est si peu important ce DD, professeur, que les nouveaux administrateurs du site Vigile, ignorant tout de son existence, y compris de son passé, ont relancé un nouveau Dominic Desroches plutôt que d’ajouter son texte à ses anciennes séries, notamment Penser le Québec, un intitulé offert par M. Bernard Frappier, de qui, il faut le dire, on s’ennuie beaucoup.

    Merci encore Ougho pour votre ouverture et votre gentillesse.
    Le chasseur de fantômes,
    DD.

  • Ouhgo, 10 avril 2015 16h35

    Le 25 novembre 2009, Dominic Desroches s’éloignait (temporairement) de Vigile après une série de textes songés que Bernard Frappier avait intitulés : Penser le Québec. Pour nourrir notre pensée, heureusement, il revient parfois se rappeler à notre mémoire.

    J’avais commis cette fantaisie lors de son départ :

    Un Quetzal ! Ne bougeons plus ! Jumelles, silence, yeux au plus grand ! Marchant dans la forêt pluvieuse du Costa Rica, depuis tôt le matin, certains n’espéraient plus l’apercevoir malgré cette soif de voir, une fois dans la vie, le Quetzal. Or, après un vol furtif, invisible sous la ramée verte, il vient de se poser près de ses miniavocats préférés, les longs rubans verts de sa queue encore volant de son arrêt soudain. Il nous fait luire sa poitrine rubis, sa cape émeraude, sa huppe dressée qui fait ressortir l’œil noir et le bec de coq jaune… Il picore calmement. Visons-le, studieusement car il n’avertira pas avant de nous quitter. Ce pourrait être le seul Quetzal qu’il nous soit donné d’observer de notre vie.

    Il y a plusieurs mois, j’ai découvert un Quetzal sur Vigile. Il a fait son nid. Il a nourri sa famille, discrètement. J’ai essayé d’attirer l’attention sur lui, avec précautions. J’ai voulu qu’on remarque son caractère resplendissant, ses mœurs secrètes. J’ai voulu en garder les meilleures photos et faire découvrir ses comportements typiques.

    Mais aujourd’hui, je suis angoissé, triste. Le Quetzal ne trouve plus de nourriture, ou il craint des prédateurs, des braconniers, peut-être. Le Quetzal n’entreprend peut-être qu’une migration saisonnière, peut-être une modification de son aire géographique, à cause de changements du climat. Si c’est le cas, ne soyons pas trop accablés, nous le perdons, mais il va se perpétuer ailleurs. Le professeur Dominic Desroches nous quitte, il l’annonce aujourd’hui. Il nous laisse des photos, ses 80 articles sur Vigile.
    http://www.vigile.net/Un-Quebec-foutu-3

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