«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

La laïcité est-elle islamophobe ?

Tribune libre de Vigile
dimanche 5 février
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L’islamophobie existe. Elle existe à divers degrés partout dans le monde, ainsi qu’au Canada et au Québec. N’ayant pas de définition précise, je la définirais comme une peur d’une invasion de la sphère publique par des islamistes intégristes, mêlée de haine, de mépris et de dégoût.

Les pays arabes et islamiques sont probablement les plus islamophobes. Comment expliquer autrement que le prédicateur musulman Tariq Ramadan soit interdit de séjour dans neuf pays musulmans, mais pas au Canada ni aux États-Unis. En vérité, l’islam des uns est terrifié par l’islam des autres tout en martelant qu’il n’y a qu’un seul islam.

Le racisme et la xénophobie existent aussi. Aucun pays, aucune culture n’y échappent totalement dans le temps et l’espace. Ce sont des préjugés négatifs face à la différence et une peur de l’inconnu. C’est essentiellement humain, voire animal. Ils sont parfois basés sur une réalité historique qui n’a rien d’imaginaire. Tous les blancs sont perçus comme de riches abuseurs en Afrique noire. On n’efface pas deux cent ans de colonialisme avec un sourire et de belles paroles. Des études de Statistiques Canada démontrent toutefois que les immigrants venus au Canada souffrent peu du racisme et de la xénophobie comparativement aux autres pays de la planète y compris les pays européens ou asiatiques.

Se basant sur les données de Statistiques Canada de 2013, il semble que les Canadiens du Rest Of Canada (ROC) sont 50% plus intolérants que les Québécois envers les personnes issues de communautés ethniques et deux fois plus intolérants et discriminateurs envers le sexe, l’orientation sexuelle, l’âge ainsi que les handicaps physiques ou mentaux. Les Québécois seraient donc parmi les plus tolérants de la planète. http://www.bdso.gouv.qc.ca/docs-ken/multimedia/PB01600FR_coup_doeil_discrimination_2015H00F44.pdf

Depuis 40 ans, les politiciens canadiens préfèrent entretenir les préjugés anti-Québec et maintenir le ressentiment, voire la haine, qui sont politiquement plus rentables dans le ROC. Nous dirons qu’il s’agit d’une forme de vérité alternative populiste du gouvernement fédéral. Trump n’a rien inventé.

Et la laïcité dans tout ça ?

Le Parti Libéral du Québec s’est aussi fait le porte-voix du ROC avec ses propres propos accusateurs et diffamateurs sur la Charte des valeurs du Québec. Depuis ce temps, la promotion de la laïcité de l’État est vue comme de la propagande islamophobe. Rien n’est plus faux. On devrait plutôt dire qu’il s’agit d’une idée christianophobe.

Rappelons d’abord que malgré l’amorce de séparation entre l’Église et les gouvernements fédéraux et provinciaux, le préambule de la Charte canadienne des droits et libertés et de la Loi constitutionnelle qui fait partie de la Constitution du Canada et qui détermine l’esprit de toutes les lois dit : « Attendu que le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu et la primauté du droit » . Dieu n’est pas défini, mais dans un contexte majoritaire de droite, il le pourrait. La porte est donc ouverte aux abus démocratiques.

La laïcité de l’État est un garde-fou contre les dérives démocratiques, mais autoritaires, d’une religion dominante sur les religions minoritaires. Au Canada, l’idée de laïcité serait plutôt christianophobe car elle présuppose que les élus majoritairement chrétiens pourraient ne pas être équitables envers les autres religions. On croit divaguer, mais c’est déjà le cas.

Le cours ECR en est un bon exemple. On croit que ce cours vise à bien faire connaître les 5 ou 6 grandes religions dans le monde de manière plus ou moins équitable et sans orientation. Or, les directives du ministère de l’Éducation disent que le pourcentage du temps et du contenu doit refléter le pourcentage de croyants du Québec soit près de 85% de Chrétiens. Loin d’être équitable, ce cours conforte la majorité dans le fait qu’elle a la bonne religion et stigmatise les enfants des religions minoritaires comme étant des marginaux peu importants. Je ne fais pas ici l’éloge de la refonte de ce cours. Je crois qu’il doit simplement disparaître au profit d’un cours sur la citoyenneté faisant la promotion de la démocratie, de l’histoire humaine, de la laïcité et de la science comme base commune et rassembleuse axée sur des faits et non pas des croyances ou des vérités alternatives.

En réalité, la laïcité n’est ni christianophobe ni islamophobe. Elle n’est pas raciste ni xénophobe. Elle vise simplement à limiter le pouvoir religieux et la propagande religieuse par l’État qui doit en tout temps être juste et équitable envers tous ses citoyens.

Commentaires

  • Mohammed Hadi, 8 février 05h06

    La laïcité telle qu’on la conçoit actuellement, n’est plus suffisante pour contrer les méfaits de la religion.
    Nous subissons chaque jour les dérives de dogmes religieux, primitifs et réducteurs de la dignité humaine. Une contre propagande est nécessaire, voire même vitale pour la survie de l’espèce humaine.
    Comme pour les produits de tabac, où des messages d’avertissement sont affichés sur les paquets de cigarettes, chaque livre religieux (Le coran entre autres), doit comporter des avertissements similaires avec des photos de guerre, d’attentats et de misères.

  • Glenn van der Werff, 6 février 13h19

    JACQUES LECLERC, publié le 5 février 2017, La Presse (je crois ??)
    L’auteur est conférencier et globe-trotter. Il réside à Montréal
    À la lecture des commentaires émis dans les journaux ou les réseaux sociaux, je crois que vous, mes amis musulmans, semblez avoir de la difficulté à comprendre le peuple québécois qui est non seulement en faveur de la charte de la laïcité, mais qui y tient mordicus.
    Selon plusieurs d’entre vous et aussi quelques bien-pensants québécois, vous nous percevez comme un peuple xénophobe, à la limite raciste, alors que c’est totalement faux.
    J’aimerais vous amener à réfléchir à quelques points qui pourraient nous rapprocher et vous aider à comprendre notre réaction vis-à-vis votre présence en sol québécois.
    Pour avoir visité le Moyen-Orient et presque tous les pays musulmans, je pense que vous serez d’accord avec moi que le Canada (incluant bien entendu le Québec) est, comparativement à votre pays d’origine, une des nations les plus pacifiques au monde. Souvenez-vous que les Casques bleus sont une création canadienne.
    Le peuple québécois déteste la chicane et la confrontation. Il aime la paix. Il peut faire des concessions, mais pas n’importe lesquelles.
    Le Québec a été sous l’emprise de l’Église catholique pendant 400 ans. J’exagère à peine en disant que l’Église était pour nous l’équivalent des talibans chez vous. Tout comme vos extrémistes islamistes, on nous obligeait à aller prier à l’église sous peine de brûler en enfer. L’alcool était fortement déconseillé, la musique et les films faisaient l’objet de censure. Si les jeunes femmes avaient des relations sexuelles avant le mariage, elles se faisaient renier par leurs parents et étaient jetées à la rue. On leur arrachait leurs enfants des bras pour les confier à des orphelinats dirigés par... l’Église. Pendants ce temps, des religieux abusaient des petits enfants à l’orphelinat ou à l’école.
    Il a fallu 400 ans au peuple québécois pour briser cette domination et rejeter ces dogmes et croyances ridicules. Croyez-vous que nous allons laisser une autre religion entrer dans nos vies et dans l’espace public ? Croyez-vous sincèrement que je suis à l’aise quand l’enseignante de ma petite-fille porte un voile pour lui démontrer de manière sans équivoque sa croyance religieuse : « Tu vois moi, je suis meilleure que toi, je pratique ma religion ». Et comment pensez-vous que je vais réagir quand on lui imposera la nourriture halal au CPE ou à l’école ? Nous sommes maintenant un peuple libre, libéré de la religion.
    Noyé dans une mer de 375 millions de Nord-Américains qui parlent l’anglais, le peuple québécois est fier de dire, encore aujourd’hui, qu’il a conservé sa langue et sa culture. S’il faut se battre encore 400 ans pour avoir un Québec laïc, libéré de toute religion, nous nous battrons. Les Québécois ne se laisseront jamais imposer une culture ou croyance qui va à l’encontre de leurs valeurs. De là la nécessité de la charte des valeurs québécoises.
    Alors, je vous tends la main, je vous demande à vous, mes amis musulmans, de vous joindre aux autres immigrants, italiens, chinois, grecs, vietnamiens, latino-américains, qui pratiquent eux aussi leur religion, mais discrètement à la maison. Pourquoi est-ce si facile pour eux et pas pour vous ?
    Pour beaucoup d’entre vous, vous avez quitté un pays en guerre, le Québec vous offre un pays d’accueil, de paix, sans guerre et sans conflit. Un pays où tout est possible. Il suffit de faire comme les autres immigrants et de vous intégrer au Québec. Vous avez tout à gagner.

  • Pierre Grandchamp, 6 février 12h50

    « Le silence de la majori­té des musulmans face à l’islamisme radical est assourdissant. Le tort qui est fait à l’islam et aux musulmans par les idéologues de la haine et les « leaders » autoproclamés est irréparable.

    La balle est maintenant dans le camp des communautés musulmanes elles-mêmes. Les extrémismes se nourrissent réciproquement de leur haine mutuelle. On ne peut combattre le racisme si on ne combat pas les discours haineux et la violence djihadiste à l’égard des « mécréants ». À l’instar du peuple québécois, les musulmans du Québec doivent montrer leur humanité en dénonçant la violence commise en leur nom et au nom de l’islam. »- Fatima Houda Pépin musulmane.

    http://www.journaldemontreal.com/2017/02/06/le-quebec-raciste

  • Alain Rioux, 6 février 02h21

    La laïcité n’est pas anti-religieuse, elle est démocratique. Car, elle a pour objet de protéger le caractère libre de la délibération citoyenne, de toute influence étatique. C’est pour cela qu’il est interdit aux employés de l’État d’afficher, pendant leurs heures de travail, quelque conviction, de quelque nature que ce soit, tout en préservant l’exercice de libertés dans l’espace public, de la société civile, par les citoyens. La laïcité, c’est la neutralité totale de l’État, ce n’est pas la réduction de la religion ou des opinions à la clandestinité.

  • Max Windisch, 5 février 23h02

    De mon humble point de vue, la difficulté à laquelle fait face ce projet de laïcité, c’est de se distinguer d’un projet théo-phobe, pour ainsi dire. Même ses origines françaises me paraissent assez ambiguës là-dessus. Le contexte contemporain est d’autant plus difficile.

    Sur le fond des choses, il n’est pas aisé de maintenir une posture réellement neutre face à la question de l’existence de Dieu (on devrait même se demander sérieusement si c’est une position logiquement concevable ; pour ma part, j’ai des doutes là-dessus).

    Plus en surface, on remarque que les personnes qui sont le plus activement impliquées dans la promotion de cette idée, dans sa plus intransigeante expression, sont la plupart du temps des personnes assez clairement associées à des positions nettement non religieuses, voire anti-religieuses. On est alors en droit de se demander s’il est sain d’avoir tant de difficulté à distinguer une intention de neutralité, d’une autre de neutralisation. Quand certains promoteurs de la laïcité parlent de "protéger les religions", se rendent-ils compte à quel point ils sonnent faux ?

    L’Histoire du Québec a beau avoir été marquée au fer par une période de malsaine domination du pouvoir religieux, bien révolue, il reste que le message chrétien, dont il doit bien rester un faible écho chez nous, c’était avant tout le message d’amour et d’acceptation de l’autre - quel qu’il soit. C’était Jésus renvoyant les lapidateurs penauds, au seul moyen de leurs propres contradictions. Fait-on mieux, en allant plutôt remplacer tels lapidateurs par tels autres (entendu au sens figuré ou même au sens propre) ? Les événements récents devraient au moins nous inciter à une réflexion là-dessus...

  • Pierre Grandchamp, 5 février 20h37

    Antoine Robitaille écrit :

    " Condamner l’« islamophobie », mais s’autoriser une « islamisto-phobie » : saine peur de l’islamisme ? ".

    http://www.journaldemontreal.com/2017/02/04/la-motion-oubliee

    Un mot bâillon

    Avec le recul, on peut s’en étonner. Il ne faut pas nier, toutefois, que c’est là un qualificatif chargé, piégé. Souvent utilisé tel un bâillon. Rachad Antonius, professeur de sociologie à l’UQAM, soulignait même en octobre dans Le Devoir qu’à force d’assimiler toute critique de l’islam à une manifestation d’islamophobie, certains adoptent une « position de déni » à l’endroit des « méfaits de la logique islamiste, allant jusqu’à contester la pertinence même du concept d’islamisme dans l’analyse des rapports entre minorités musulmanes et société d’accueil, ou même contester que Daesh ait un rapport quelconque avec l’islam ».
    Peu importe le mot pour les qualifier, il fallait, en 2015, dénoncer ces gestes. Il aurait fallu en faire bien davantage pour passer de la dénonciation à la prévention. Aujourd’hui, peut-être devrions-nous tenter de mieux nommer les choses, de faire les distinctions. Condamner l’« islamophobie », mais s’autoriser une « islamisto-phobie » : saine peur de l’islamisme ? On éviterait ainsi, peut-être, certaines généralisations létales."

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