«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

La guerre d’indépendance du Texas (1835-1845)

Tribune libre de Vigile
vendredi 14 avril
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Le 28 septembre 1821, le Mexique devient indépendant de l’empire d’Espagne. Les autorités mexicaines cherchent à mettre en valeur le vaste territoire du pays. Pour ce faire, elles s’inspirent du modèle américain. En 1824, le Mexique adopte une constitution instaurant un système fédéral. Les États fédérés créés correspondent aux anciens districts espagnols. Le Texas n’est alors qu’une province semi-désertique de l’État de Coahuila y Tejas. Il ne compte que 2 500 habitants, d’origine hispanique, appelés les « Tejanos ». La loi prévoit que le Texas peut obtenir le statut d’État s’il atteint un certain niveau de population. Le gouvernement mexicain cherche à attirer des immigrants pour peupler le pays. Particulièrement pauvre, le Coahuila y Tejas tente de séduire les nouveaux arrivants en posant des conditions d’installation peu exigeantes. Les immigrants doivent s’engager à être loyaux envers le gouvernement mexicain, à utiliser la langue espagnole et à se convertir à la religion catholique. L’Américain Stephen Austin se fait agent promoteur de l’immigration au Mexique au sein des États-Unis car il y voit des perspectives d’enrichissement rapides. Très intéressés par la conquête de l’ouest, les Américains se précipitent pour exploiter les richesses du Mexique. Dès 1831, ils sont 20 000 colons établis au Coahuila y Tejas. Contrairement aux règles édictées par l’État fédéré, les Américains conservent leur religion protestante, la langue anglaise et ne manifestent aucune attitude de loyauté envers le Mexique.

Les autorités mexicaines commencent à s’inquiéter de la menace d’une perte de contrôle sur une partie de leur territoire. Dès 1829, le général Manuel de Mier y Terrain fait un rapport préconisant la mise en place de mesures destinées à contrôler l’immigration dans le pays. Il suggère en particulier de renforcer les garnisons existantes le long du Rio Nueces, de mieux contrôler le fleuve Sabine utilisé comme couloir d’entrée par les immigrants américains et stopper l’introduction d’esclaves. Le nouveau président mexicain, Anastacio Bustamente, applique ces recommandations et va même plus loin. Il fait adopter, le 6 avril 1830, une loi qui interdit tout nouveau flux migratoire entrant. Le gouvernement fédéral supprime également l’exemption de taxes accordée jusque-là aux immigrants. Il charge deux Américains, George Fischer et John Davis Bradburn, d’installer six nouvelles garnisons destinées à garder les points d’entrée au Texas.

La nouvelle politique du gouvernement mexicain mécontente fortement les Texans. En effet, ces derniers ont pris l’habitude de vivre avec une large autonomie. Ils n’acceptent pas que l’échelon fédéral intervienne dans les affaires locales. En 1831, l’avocat américain William Barret Travis s’installe au Texas. Très vite, il se montre favorable à l’indépendance de la province. Il devient un des leaders du « parti de la guerre » qui est appelé à jouer un rôle déterminant dans les tensions entre le Texas et le Mexique. Face à l’agitation qui se développe au Texas, les autorités mexicaines instaurent la loi martiale en 1832. Bradburn arrête Travis ainsi qu’un de ses acolytes. En réaction, 200 miliciens texans capturent 19 cavaliers mexicains à Anhuac et exigent la libération des deux agitateurs Américains. Bradburn refuse tant que les Texans n’auront pas quitté la ville. Un affrontement a lieu entre les combattants mexicains et texans. Les Texans l’emportent. À court de munition, le colonel Domingo de Ugartechea est contraint à la reddition. Après une négociation, les Texans obtiennent la libération des deux agitateurs. En échange, les prisonniers mexicains sont libérés. Le calme revient pour un temps au Mexique.

En 1833, le général Antonio Lopez de Santa Anna est élu président du Mexique. Cherchant à rassembler la population, il rompt avec la politique de son prédécesseur. Il se montre en particulier très favorable au développement du fédéralisme. Stephen Austin est désigné par la majorité anglophone du Texas pour défendre leurs intérêts auprès du gouvernement mexicain. Après d’intenses tractations, il obtient l’abrogation de la loi du 6 avril 1830. Cependant, Santa Anna refuse que le Texas obtienne le statut d’État fédéré. Très vite, il manifeste un penchant pour la mise en place d’un régime autoritaire au Mexique. En 1834, il limoge le vice-président et les ministres, dissout le parlement et ordonne la confiscation des armes. Il fait modifier la constitution de 1824 pour accorder davantage de pouvoirs au président. Ce changement de régime, non souhaité par les Mexicains, provoque une révolte partout à travers le pays. Le 21 septembre 1834, le général de division Martin Perfecto de Cos pénètre avec ses troupes au Texas avec pour mission de prendre toutes les armes de la colonie. Celle-ci détient en particulier un canon de 6 livres destiné à assurer sa protection contre les attaques des nations autochtones.

Cependant, les Texans ne se montrent pas prêts à abandonner leur canon au gouvernement mexicain. Ils confectionnent un drapeau représentant un canon et une étoile noir sur fond blanc avec la phrase « Come and take it ». Les Texans militent désormais ouvertement pour le droit au port d’armes. Le 1er octobre 1834, ils attaquent un campement mexicain du lieutenant Francisco Castaneda à Gonzales. Désireux d’éviter des effusions de sang, ce dernier fait reculer ses troupes sur une hauteur et cherche à parlementer. Il demande que la population lui livre le canon. Les Texans refusent et reprennent le combat. Castaneda décide de se replier vers Bexar. La bataille de Gonzales provoque une rupture dans les relations entre le Texas et le Mexique. Désormais, de nombreux Texans revendiquent l’autonomie de leur province. Fort de cette victoire, 500 miliciens se regroupent à Gonzales sous la houlette d’Austin. Celui-ci cherche à repousser les 750 Mexicains qui stationnent à Bexar. Le 9 octobre 1834, le planteur George Collingsworth et ses 50 hommes prennent le contrôle de la garnison de Goliad. Grâce à cette nouvelle victoire, les Texans s’emparent de vivres et d’armes tout en coupant la ville de Bexar du golfe du Mexique.

Les Texans exploitent leur bonne connaissance du terrain pour mettre en déroute les forces mexicaines. Par exemple, le 28 octobre 1834, les Texans et les Mexicains s’affrontent à la mission Concepcion située à 3 km au sud de Bexar. Les Mexicains sont défaits. Ils perdent 50 hommes et un canon dans la bataille. Le 1er novembre 1834, les délégués texans se réunissent pour décider de la suite des opérations contre les Mexicains. Le 8 novembre 1834, ils adoptent une déclaration indiquant que le Texas a pris les armes pour défendre les droits et la liberté de ses habitants. Hésitants sur la suite à donner à cette révolte, ils adoptent une loi organique instituant un gouvernement fédéré le 13 novembre 1834.

Henry Smith est nommé en tant que gouverneur de l’État du Texas. Ce dernier mène alors une politique non pas autonomiste mais indépendantiste. Sur le modèle des États-Unis, il met en place une armée régulière, sur la base d’un contrat d’engagement de deux ans, ainsi que des milices. Sam Houston est désigné comme chef des forces texanes. Entre le 2 octobre 1835 et le 21 avril 1836, près de 3 700 servent au titre de l’armée régulière. Par manque de moyens financiers, les soldats n’ont aucun uniforme particulier. La montée en puissance de cette armée s’avère d’ailleurs chaotique. De nombreux miliciens, qui ont élu auparavant leurs officiers, rejettent l’autorité de Houston. Les cas de désertions, de désobéissance et de mauvaise conduite sont multiples. Les soldats boivent beaucoup d’alcool, n’ont aucune discipline pendant les actions de feu et ont tendance à régler leurs problèmes à coups de poings. De plus, les combattants sont globalement mal nourris et mal équipés. L’absence d’une logistique de guerre efficace conduit de nombreux soldats à détourner les biens civils. Cette désorganisation est une caractéristique permanente de l’armée texane tout au long de la guerre d’indépendance du Texas. Elle est liée au fait que les troupes sont mal encadrées et peu entraînées. Malgré la promesse de terres et la citoyenneté texane immédiate, les autorités texanes peinent à recruter de nouveaux combattants chez les nouveaux immigrants. Cette difficulté à faire monter en puissance l’armée explique l’infériorité numérique du Texas face au Mexique sur le plan militaire. Cependant, dans les combats, les Texans ne déméritent pas face aux Mexicains. Ils obtiennent même de résultats supérieurs à leurs adversaire dans l’utilisation du fusil.

De leur côté, les autorités texanes hésitent quant à la stratégie à adopter face au Mexique. Henry Smith souhaite pénétrer plus loin en territoire mexicain. Son but est de s’emparer du port de Matamoros à l’embouchure du fleuve Rio Grande. Grâce à la prise de contrôle de ce point, le Texas aurait accès au Rio Grande, long de 3 037 km, qui le mettrait en contact avec le golfe du Mexique. Ce projet permettrait au Texas de disposer d’une voie navigable permettant des échanges commerciaux à moindres coûts. À un moment où les autorités texanes ont un besoin d’une manne financière pour soutenir leur effort de guerre, cette opération militaire s’avère tentante. De plus, le contrôle de Matamoros par les Texans empêcherait les troupes mexicaines de Cos de se ravitailler à Bexar. Cependant, l’échec de l’expédition des Texans à Tampico, à la mi-novembre 1835, refroidit les chefs de guerre. Par peur de subir une nouvelle défaite, Houston et Austin refusent de lancer une opération similaire à Matamoros. De leur côté, forte de leur victoire, les autorités mexicaines décrètent, avec la loi du 30 décembre 1835, que : « tout colon dont sera établie la preuve qu’il a participé à l’insurrection sera exécuté. Tout étranger pris les armes à la main sera considéré comme ‘pirate’ et exécuté ».

Les Mexicains s’intéressent tout particulièrement à San Antonio de Bexar et à Fort Alamo. En effet, ces deux garnisons présentent un intérêt géostratégique majeur. En étant siturées à l’intersection d’el camino reale, la route historique espagnole allant jusqu’en Californie, et de la route menant à Goliad et Fort Defiance, elles constituent des points de contrôle important du territoire. La plupart des Texans qui occupaient ces deux positions sont rentrés chez eux pour l’hiver. Il reste essentiellement des combattants Américains. James C. Neill, qui occupe la fonction de commandant en chef par intérim, prévient Houston, le 14 janviers 1836, que Fort Alamo ne pourra pas tenir en cas d’attaque. Houston décide alors de détacher James Bowie, accompagné d’une vingtaine d’hommes, pour démilitariser les deux garnisons et rapatrier les pièces vers Gonzales. Cependant, le président Smith refuse. Il ne veut pas laisser Bexar aux mains des Mexicains.

Alors que les autorités civiles et militaires texanes s’affrontent sur la conduite à tenir, plusieurs combattants se rendent à Fort Alamo. Le 2 février 1836, le lieutenant-colonel William Travis arrive dans la garnison avec 29 soldats. Le 8 février 1836, une unité américaine, le Tennesse Mounted Volunteers arrrive également sur place avec un ancien membre du Congrès dans ses rangs : David Crokett. Battu aux élections législatives américaines en 1835, ce dernier décide de rejoindre la cause texane et s’engage comme simple soldat. Le 22 février 1836, les premières troupes mexicaines arrivent aux environs de fort Alamo. En réaction, les habitants de Bexar commencent à fuir la ville dès le 23 février 1836. Fort Alamo ne compte que 170 défenseurs dont plus de 12 sont malades. Travis est parfaitement conscient que, sans arrivée de troupes en renfort, les Texans sont condamnés à une cuisante défaite face aux Mexicains. Le 24 février 1836, les Mexicains installent deux batteries de canon à 300 m des murs Sud et Est du fort et une batterie au Sud-Est. En l’espace d’une semaine, ils envoient 200 boulets à l’intérieur des murs du fort. Les Texans résistent. Ils récupèrent la plupart des projectiles et les retournent à l’envoyeur jusqu’à ce que Trevis impose des mesures d’économie de la poudre. Le 25 février 1836, près de 600 Mexicains encerclent le fort. Le 26 février 1836, ils tentent d’installer une nouvelle batterie à moins de 100 m du fort. En réaction, Travis fait sortir quelques soldats du Tennessee Mounted Volunteers, appuyés par l’artillerie, pour empêcher l’installation de ces canons. Au bout de deux heures de combat, les Mexicains finissent par rebrousser chemin.

À Goliad, Fannin a bien reçu la demande d’aide de Travis. Il envoie une force de 300 hommes, dotée de 4 canons, pour secourir fort Alamo. Ses hommes ont 150 km à parcourir avant d’atteindre la garnison encerclée par les Mexicains. Cependant, les combattants texans ne sont pas préparés à cette opération. Par exemple, ils se mettent en route alors qu’ils n’ont perçu qu’une journée de ration. Le 27 février 1836, les Mexicains bâtissent un barrage en amont du San Antonio et privent d’eau les habitants de fort Alamo. Le 1er mars 1836, le fort reçoit un renfort de 32 hommes de la Ranging Compagny of Mounted Volunteers qui provient de Gonzales. Cette arrivée de renfort convainc les Mexicains d’accélérer leur projet de prise d e contrôle de fort Alamo. Le 3 mars 1836, ils sont 2 400 à encercler le fort. De leur côté, le 1e mars 1836, 59 délégués texans se réunissent à Washington Town. Ces derniers savent qu’Alamo est encerclé par Santa Ana. Leur but est de permettre au Texas d’accéder le plus rapidement possible à l’indépendance que le Mexique n’emporte une importante victoire. La convention dure 17 jours. Pendant ce temps, les assiégés du fort Alamo tiennent le coup. Ils infligent une perte de 600 combattants aux Mexicains en 12 jours de siège. Les délégués rédigent une proclamation d’indépendance et dotent le Texas d’une constitution. David G. Burnet est nommé président intérimaire. La bataille de Fort Alama s’avère déterminante pour les Texans. La résistance des combattants du fort a permis aux délégués de déclarer l’indépendance du Texas, de doter celui-ci d’une constitution et de mettre en place un gouvernement souverain.

Cependant, le Mexique ne veut pas perdre la face. Il ne reconnaît pas l’indépendance du Texas et combat avec l’énergie du désespoir pour tenter de mettre fin à la révolte des Texans. Par exemple, Santa Anna met en œuvre une stratégie d’intimidation. Il fait brûler les cadavres des rebelles exécutés le long de la route de Gonzales. En réaction, les Texans se mobilisent pour porter secours à Fort Alamo. Le 6 mars 1836, Houston part pour Gonzales afin de lever des troupes destinées à porter secours à Fort Alamo mais il est déjà trop tard. Alamo tombe le 6 mars 1836. Les Mexicains relâchent les non-combattants pour aller propager partout la chute du fort Alamo. Cette manœuvre constitue une opération d’influence visant à fragiliser le moral des Texans afin de les inciter à abandonner le combat. Dans le même temps, les troupes du général Urrea marchent vers le nord, le long de la route côtière, en direction du fort de Goliad. Le 19 mars 1836, les Mexicains s’emparent du fort.

Face aux défaites d’Alamo et de Goliad, l’armée texane s’avère très affaiblie. Les autorités texanes s’inquiètent sur les capacités du Texas à préserver son indépendance face à un Mexique prêt à tout pour reprendre son territoire. Houston cherche à réorganiser l’armée pour renforcer la défense territoriale texane. Il arrive à Gonzales le 11 mars 1836. Il rassemble plusieurs milices en un 1st Regiment of Texas Volunteers et confie le commandement de cette unité à Sidney Sherman. Les États-Unis, de leur côté, portent assistance au Texas en envoyant 1 200 volontaires pour s’engager dans l’armée texane. Le 29 mars 1836, Houston arrive à Groce’s Plantation. Il y crée le 2nd Infantry Volunteers. Le 11 avril 1836, les États-Unis offrent deux canons de 6 livres. Forte du soutien américain, l’armée texane commence à remonter en puissance.

De son côté, Santa Anna veut mettre en déroute le Texas en frappant son centre décisionnel. Apprenant que le gouvernement texan se trouve à Harrisburg, il décide d’écraser la rébellion en menant une expédition éclair dans cette ville. Le 14 avril 1836, il prend la tête d’une force de 700 hommes et d’un canon en laissant le gros de ses troupes derrière lui. Urrea se trouve à Matagorda avec 1 200 soldats, Gaona est à San Felipe avec 725 hommes, et Filisola est à Fort Bend avec 1 800 combattants. Le 15 avril 1836, Santa Ana détruit Harrisburg mais ne parvient pas à capturer le gouvernement texan. Le 17 avril 1836, Houston apprend que Santa Anna s’est coupé du gros de ses forces pour mener son expédition le plus rapidement possible. Il décide d’exploiter cette situation à son avantage car les troupes mexicaines sont épuisées après des jours de marche forcée. Le 21 avril 1836, les Texans et les Mexicains s’affrontent. Sherman ouvre les hostilités en lançant trois compagnies contre le flanc droit mexicain. Les canons fournis par les États-Unis servent à appuyer la manœuvre texane. Dans les rangs mexicains, c’est la panique. Santa Anna est capturé. La défaite s’avère très lourde pour le Mexique. Près de 930 Mexicains eux sont tués, 208 sont blessés et 730 sont faits prisonniers contre 9 tués et 30 blessés chez les Texans. Santa Ana est contraint de mettre fin à sa campagne militaire. Avant même que ses ordres ne parviennent à ses troupes, les généraux mexicains battent en retraite vers Mexico. Pourtant, sur le terrain, les Mexicains ont encore un rapport de force favorable. Ils disposent de 4 000 hommes contre moins de 1 000 pour les Texans. Les Mexicains préfèrent abandonner le combat car leur moral est au plus bas face à des conditions climatiques très défavorables. Des pluies torrentielles transforment les champs de bataille en boue où les hommes s’enfoncent jusqu’aux genoux. Les conditions d’hygiène sont inexistantes. Plusieurs centaines de Mexicains meurent de dysenterie. Toute l’armée du nord se replie d’elle-même le 26 avril 1836.

Le 14 mai 1836, Santa Ana signe le traité de Velasco qui met fin aux hostilités. Le gouvernement mexicain démet Santa Ana de toute responsabilité et ne reconnaît pas formellement l’indépendance du Texas. Les autorités texanes veulent alors négocier avec Mexico pour faire connaître la souveraineté de leur État. En vain. Un statut quo se met en place mais les relations entre le Mexique et le Texas s’avèrent très tendues jusqu’en 1845.

Pendant neuf ans, le Texas est souverain. Sam Houston devient président de la république du Texas à l’automne 1836. Les premières années s’avèrent très difficiles pour les autorités texanes car tout est à bâtir dans ce pays neuf. Par exemple, le gouvernement texan doit faire face à la contestation émanant de l’armée révolutionnaire texane. Houston éprouve de grandes difficultés à se obéir par les officiers car ceux-ci veulent conserver leur liberté d’action. Il ne parvient à imposer son autorité qu’en congédiant une partie des cadres. Sur le plan diplomatique, le Texas est choyé par l’Angleterre et la France car ces deux pays cherchent à contrebalancer l’influence des États-Unis au sein de l’espace nord-américain en soutenant l’indépendance de ce nouvel État. Les Anglais se montrent les plus actifs. Mettant de côté leur opposition à la pratique de l’esclavage, ils mettent en place un circuit commercial au Texas pour exploiter les champs de coton de celui-ci. Face à l’Angleterre, qui est à cette époque la première puissance économique du monde, le Texas cherche à équilibrer ses relations. Houston redoute que les autorités britanniques ne cherchent à établir un protectorat sur son pays. Il souhaite donc se rapprocher des États-Unis qui l’ont toujours soutenu. Houston envoie rapidement un représentant diplomatique auprès des autorités américaines. De leur côté, les autorités françaises et anglaises cherchent, en vain, à faire reconnaître l’indépendance du Texas au Mexique afin de consolider la place de ce pays en tant qu’État souverain au sein de l’espace nord-américain. Les États-Unis, qui redoutent que leur processus d’expansion vers l’ouest ne soit stoppé par le soutien de la France et de l’Angleterre à un Texas indépendant, cherchent à annexer celui-ci. Le Texas participe alors à un jeu d’influence diplomatique avec le Mexique, la France, l’Angleterre et les États-Unis.

Les autorités texanes et américaines redoutent toutes les deux la menace d’un protectorat britannique. Pour empêcher que ce scénario ne se produise, elles estiment que les intérêts du Texas seraient mieux protégés en intégrant la fédération américaine. Les deux gouvernements préparent donc leurs opinions publiques à une annexion du Texas aux États-Unis à partir de 1843. Le 4 juillet 1845, le congrès américain se déclare favorable à une annexion du Texas. En octobre 1845, le congrès texan se déclare lui aussi favorable à ce processus. Le 29 décembre 1845, le président américain, James K. Polk, intronise le Texas en tant que 28e État membre de l’Union. Cette union mécontente fortement les autorités mexicaines car celles-ci ne reconnaissent toujours pas l’indépendance du Texas. Une guerre entre le Mexique et les États-Unis se déclenche entre 1846 et 1848. Ce conflit s’achève sur une défaite mexicaine. Avec le traité de Guadeloupe Hidalgo, signé le 2 février 1848, le Mexique cède aux États-Unis le Texas, la Californie, l’Utah, le Nevada, le Colorado, le Wyoming, le Nouveau-Mexique, et l’Arizona.

Pour conclure, l’accession à l’indépendance du Texas face au Mexique ne s’est pas faite de manière pacifique. Les Texans ont dû prendre les armes pour accéder à la souveraineté. Il y eu de nombreux morts aussi bien dans le camp du Mexique que celui du Texas. Ce conflit nord-américain présente un intérêt capital car il ouvre une réflexion plus large sur la question de savoir si une population peut obtenir son indépendance sans avoir à payer un impôt du sang.

Bibliographie :

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Siegel (Stanley), A Political History of the Texas Republic, 1836-1845, University of Texas Press, 2010, 296 p.

Commentaires

  • J. Binette, Montréal, 17 avril 10h19

    Très bon résumé de cette lutte pour l’Indépendance. À cet effet, il est intéressant de noter que de larges résumés de ce qui se passait au Texas étaient publiés dans les journaux québécois en 1835-1836-1837 alors que le Bas-canada était en pleine période de revendications indépendantistes.

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