«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

La grande noirceur conservatrice

vendredi 17 avril 2009

Pendant que l’administration Obama injecte des milliards dans la recherche scientifique pour donner un nouvel élan à l’économie américaine, le gouvernement Harper a choisi de couper dans ses subventions.

La politique scientifique conservatrice, mise en relief par le contraste avec ce qui se passe au sud de la frontière, est en train de provoquer, dans tout le Canada, une mobilisation qui ressemble à celle que le Québec a connue contre les compressions dans les programmes de soutien aux arts.

Ce mouvement prend de l’ampleur à mesure que l’on découvre les conséquences concrètes des annonces assez vagues du budget Flaherty. J’ai déjà dénoncé le fait que l’on limite les subventions en sciences humaines aux recherches liées au domaine des « affaires ». Mais depuis, il y a eu d’autres perles, comme ces compressions qui menacent l’observatoire du mont Mégantic ou Génome Canada.

Derrière ces décisions, il y a deux choses. Une conception étriquée et à courte vue du développement économique. Et l’expression de la pensée réformiste dans toute sa splendeur.

En soi, dans ce dossier, comme dans celui de l’aide aux arts, je peux comprendre le désir du gouvernement conservateur de réévaluer la pertinence des programmes fédéraux. Les conservateurs combattent, à juste titre, l’idée que les programmes sont permanents et les subventions gouvernementales irréversibles. Encore faut-il que ce réexamen soit convaincant.

Le gouvernement Harper, dans son dernier budget, a fait un choix. Il a consenti des fonds importants au monde universitaire : 2 milliards pour des projets de rénovation, 750 millions pour des infrastructures de recherche. C’est beaucoup. Mais en contrepartie, il a réduit les budgets de plusieurs organismes subventionnaires. Dans une logique de relance économique, on a privilégié les dépenses susceptibles de créer rapidement de l’emploi. On a préféré les pépines aux neurones.

C’est un mauvais choix. Parce que ce sont les sociétés qui misent sur l’innovation qui auront le plus de chances de rebondir et d’exceller. La recherche est un des outils les plus puissants dans une stratégie de développement. On sent aussi une tendance à privilégier la recherche « utile ». Et donc moins de sciences humaines, moins de recherche fondamentale. C’est une autre erreur. Parce que les impacts positifs de la recherche ne se limitent pas à leurs applications concrètes prévisibles.

Mais il n’y a pas que de l’économie là-dedans. Il y a aussi de l’idéologie. On l’a perçu dans le dossier des subventions aux sciences humaines, avec son parfum de chasses aux sorcières, où le jupon réformiste dépassait. Maintenant, on voit le jupon au grand complet. Cela a éclaté au grand jour avec un événement dont on a peu parlé au Québec, le fait que le ministre d’État aux Sciences et à la Technologie, Gary Goodyear, soit un évangéliste créationniste.

Le créationnisme, c’est le courant de pensée qui rejette la théorie de l’évolution. C’est le symbole d’un obscurantisme qui sévit dans l’Amérique profonde. Ce rejet primaire de ce que la science nous a apportés est un véritable fléau intellectuel. Le fait qu’un créationniste, qui nie des pans entiers de la connaissance scientifique, soit le maître d’oeuvre des politiques scientifiques est parfaitement loufoque, quand on sait que la théorie de l’évolution a des incidences dans de multiples disciplines - anthropologie, psychologie, histoire, biologie, génétique.

M. Goodyear à droit à ses convictions. Mais en faire le ministre de la Science est aussi absurde que de confier la Santé à un Témoin de Jéhovah qui s’oppose aux transfusions sanguines, ou la Culture à un propriétaire de bar de danseuses. Cette erreur, c’est le premier ministre qui l’a commise. Et il est difficile de ne pas y voir une forme de mépris pour la science, les scientifiques et le savoir.


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