«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Pour battre Harper à tout prix

La gauche tourne le dos au Bloc

Elle renonce à l’émancipation des Québécois

Tribune libre de Vigile
samedi 22 août 2015
919 visites 2 messages

Derrière cette stratégie il y a une esquive de toute la réflexion politique que voulait entraîner la formation d’un parti à la gauche du PQ.
Le refus de travailler à plusieurs pour le Bloc Québécois est assez significatif de la façon dont la gauche québécoise manque à ses devoirs de proposer une alternative au néolibéralisme tout autant qu’un projet émancipateur pour tout le Québec.

Chaque fois qu’il a été question des enjeux fondamentaux qui président au destin du Québec, nous nous sommes retrouvés, nous, communistes du Québec devant les choix qui ont été nécessaires pour nous dans le travail d’unité de la gauche. Nous avons osé pousser la réflexion jusqu’à demander au parti communiste du Canada de discuter de ces enjeux et nous nous sommes butés à l’intransigeance et finalement à l’expulsion.
Nous avons trouvé consolation auprès d’un militant communiste d’une tradition d’audace et d’indépendance politique, Henri Gagnon. Tout à la fois syndicaliste et révolutionnaire, Gagnon continue de nous inspirer parce que son histoire politique est truffée de ce combat en faveur d’un Québec indépendant et socialiste. C’est lui qui nous a fourni des tas de prétextes à la réflexion que même les marxistes-léninistes avaient esquivée comme débat. À savoir : « Quel avenir autre que la résignation nationale pour les salarié-e-s québécois-e-s ? » « Qu’est-ce qui les amènera à la conquête d’une démocratie nationale à pouvoir élargi ? »

Il en est ainsi que, pour des intérêts à courte vue, la gauche québécoise dépose la bannière de l’indépendance pour consacrer ses énergies à sauver le Canada anglais du péril d’un Harper menaçant. « Nous sommes toujours au Canada », nous dit-on, et les Québécois-e-s subissent aussi les politiques réactionnaires d’un Harper d’extrême-droite. Lui qui veut élever un monument aux « victimes du communisme », nous aurions toutes les raisons de vouloir l’affronter avec tout le Canada sur ce terrain, nous répète-t-on.
Mais c’est exactement ce que nous faisons en alliance avec les forces nationalistes et progressistes du Québec. Quel projet est le plus risqué pour le Canada sinon celui de l’indépendance du Québec ? C’est pour ça que le Bloc Canadien (Conservateurs, Libéraux et NPD), toutes tendances confondues, s’est prononcé et maintient cette hargne contre le Québec en affirmant être absolument et solidairement contre le projet indépendantiste.

Qu’est-ce qui agace encore le plus sinon que de voir toutes les forces politiques du Québec s’unirent autour du projet émancipateur que l’affirmation d’un Québec nouveau, progressiste et fier de relever le défi historique pour envisager clairement de nous engager, d’ors et déjà, dans le processus de notre libération pure et simple ?
Toutes les arguties pour nous faire renoncer à ce projet pour régler par nous-mêmes le sort de cette autre nation, sont des futilités inquiétantes quant aux grands enjeux de notre petite planète. Ils confondent « solidarité des peuples » avec résignation à notre sort de subalternes au Canada. On nous a souvent signifié, du côté du ROC, de cesser de rêver à un avenir libre parce que le Canada serait devenu pour la gauche québécoises une nouvelle avenue de libération à cause de ces prétendus alliés à se mettre à chercher du côté du Canada anglais. On a vu que cela pouvait se traduire en autobus remplis « d’amour » pour nous à grand frais et contre la loi électorale du Québec lors d’un référendum.

On prépare ainsi un réveil brutal quant à notre avenir au sein d’un pays impérialiste réactionnaire qu’un Québec libre pourrait contribuer à faire reculer dans un monde qui a tant besoin de toutes les audaces de la gauche pour progresser.
Renoncer à cet internationalisme libérateur équivaut à une capitulation devant ses responsabilités d’une gauche québécoise qui s’est la plupart du temps engagée dans tous les combats pour préserver le monde des forces réactionnaires qui menacent constamment de l’assaillir.

Qui d’entre nous n’est pas fièr-e de la lutte des Québécois-e-s en faveur des femmes du monde, de la démilitarisation et de la paix, d’un syndicalisme singulier, d’un regard neuf pour l’avenir de l’indépendance alimentaire, d’un soutien par la solidarité internationale à ceux et celles qui affrontent le racisme et la réaction politique, d’une forte opposition de masse à la dépendance aux énergies fossiles, … ? Qui n’a pas senti dans une de ces nombreuses manifestations populaires un vent prometteur souffler sur un Québec qui s’affirmait comme acteur politique aspirant à tout ce monde nouveau qu’on y exprimait par milliers ?

C’est dans le contexte d’un combat national original et créateur tourné vers l’avancement du monde que nous avons contribué toutes ces années de notre histoire unique à changer l’aspect terrifiant d’un monde hostile.

Pourquoi devrions-nous céder sur le seul terrain de notre émancipation alors que nous nous sommes toujours senti-e-s responsables de faire progresser le monde autour de nous dans le sens d’un progrès constant que notre accès aux tribunes planétaires comme pays indépendant nous permettrait d’élargir encore ? Jacques Parizeau parlait déjà de constituer nos appareils diplomatiques autour de tout-e-s ces coopérant-e-s québécois-e-s dispersé-e-s de par le monde.

Qu’est-ce qui finalement sera notre plus grand tribut aux changements que d’assumer les tâches qui consistent à édifier un mouvement national fort, uni et craint par tous les fédéralistes comme un échec de leurs prétentions à nous faire courber l’échine une autre fois en refusant de soutenir le Bloc Québécois ?

Commentaires

  • Michel Charlebois, 23 août 2015 16h53

    La grenouille et le scorpion

    Désireux de traverser une rivière, un scorpion demanda à une grenouille :

    “Prends-moi sur ton dos et fais-moi traverser.

    - Que je te prenne sur mon dos, tu n’y penses pas. Pour que tu me piques !

    - Ne sois pas stupide ! Si je te pique, tu vas couler et je vais me noyer avec toi.”

    Après de longs échanges d’arguments, le scorpion se montra si persuasif que la grenouille se rendit à l’évidence. Le scorpion ne pouvait se montrer aussi insensé. La grenouille le chargea sur son dos et commença la traversée. Parvenue au milieu de la rivière, elle ressentit une vive douleur et, avant de perdre connaissance, lui cria :

    “Qu’as-tu fait ? Tu vas mourir avec moi.

    - Je le sais, mais je n’y peux rien. C’est dans ma nature.”

    Et les deux animaux disparurent dans les eaux.

    = N’est-il pas de la nature de la gauche d’être contre tout nationalisme.

  • Marcel Haché, 23 août 2015 10h11

    Dans le « Nous », il y a place pour tout un peuple qui se réconcilie enfin avec lui-même, c’est-à-dire un peuple qui reste solidaire avec lui-même.

    Dans ce peuple, qui forme une nation, à qui il ne manque qu’un état-nation pour pouvoir s’adonner sérieusement à la « solidarité des peuples », dans cette nation québécoise manipulée, il y a du pire et du meilleur : des corruptibles et des incorruptibles, d’la drette pis d’la gauche, des fatigués et des fatigants, des souches et des arrivants, des réactionnaires et des progressistes, toutes sortes d’individus, toutes sortes de cultures et de mondes.
    Partant unique, Notre nation n’est pas différente des autres nations.

    Le Combat indépendantiste québécois reste de loin le plus difficile des combats qui se puisse imaginer en Amérique du Nord. C’est dans ce continent, en effet, que la solidarité des individus a été le plus régulièrement lessivée.

    Il arrive ainsi que la gauche qui croit pouvoir « gagner » se mette à perdre assurément. Il arrive aussi que la gauche qui se croit la plus vertueuse soit de fait la plus lâche. Ce n’est pas la Gauche qui fera l’Indépendance du Québec, elle en est incapable. Incapable par manque de fidélité, tout simplement.

    Par manque de fidélité, mais à qui croyez-vous ? À Gilles Duceppe ? Allons donc !

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