«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Si le voile islamique n’est qu’un « simple bout de tissu », alors à ce compte le carré rouge l’est aussi, lalalère...

La gauche, GND et les « bouts de tissu »

Ils sont assez nombreux parmi les carrés rouges du « printemps érable » à considérer les signes religieux ostentatoires - le voile islamique au premier rang - comme de simples « bouts de tissu ». Je me rappelle d’un Gabriel Nadeau-Dubois qui, lors de la controverse de cet été entourant le port du turban sikh au sein des ligues de soccer québécoises, s’insurgeait sur les réseaux sociaux contre la position « rétrograde » de la Fédération québécoise de soccer qui entendait initialement bannir des terrains verts ce symbole religieux.

Anticipant ses positions actuelles sur la Charte des valeurs, l’ex-porte-parole de la CLASSE affirmait que le Québec devait plutôt se concentrer sur les graves problèmes de disparité économique plutôt que de créer « artificiellement » une crise identitaire avec des « bouts de tissu ». Si tous les carrés rouges ne sont pas défavorables au projet laïque québécois, ceux qui s’y opposent devront user d’arguments un peu plus éclairés s’ils veulent convaincre la population d’adhérer à leurs positions.

Après tout, qu’est-ce que le carré rouge sinon un autre pauvre « bout de tissu » ? Pourquoi les jeunes socialistes se sont-ils épinglés par milliers ce petit carré de feutre inoffensif si ce dernier ne représentait, à l’instar du voile islamique, presque absolument rien ? Pourquoi certains le portent-ils encore, plus d’un an après les événements ?

Évidemment, nul besoin d’être très perspicace pour constater que la rhétorique du bout de tissu ne tient pas la route. Il faudrait être franchement idiot ou terriblement de mauvaise foi pour omettre la puissance du symbolique dans nos sociétés. Nul ne pourrait nier que le carré rouge représentait une certaine gauche, un mouvement d’opposition global au libéralisme économique et plus précisément à la marchandisation de l’éducation.

Disons tout simplement que la gauche multiculturaliste, très présente parmi les fidèles de GND, est vraiment très mal placée pour nous faire la leçon concernant des symboles religieux qui ne seraient toujours que de simples « fibres textiles ». Réduire d’aussi forts emblèmes à leur simple matérialité relève de la fraude intellectuelle et introduit dans le débat des éléments sortis directement d’un univers fictif.

Le voile, le turban, la kippa : de simples bouts de tissu, rien d’autre. C’est drôle, j’en connais quand même un certain nombre qui ont une signification. L’étoile jaune, par exemple, portée tristement par les Juifs sous l’Occupation. Les drapeaux des nations du monde, par exemple, représentant sans doute un peu quelque chose pour les peuples qui s’en font une véritable fierté. Et pourquoi pas aussi l’argent : après tout, ce ne sont que des bouts de papier...

On pourrait pousser la logique encore plus loin : mais qu’est-ce qu’un crucifix, sinon un misérable morceau de bois ? Si le voile islamique n’est qu’un morceau de tissu, pourquoi Québec solidaire veut-il par ailleurs décrocher un morceau de bois du mur de l’Assemblée nationale ?

Il serait vain d’étaler ici tous les exemples qui témoignent à quel point la rhétorique du bout de tissu est ridicule et frauduleuse. En fait, derrière le vide absolu de sa démarche, se cache cette volonté vicieuse de cautionner l’infériorité de la femme musulmane par rapport à son mari. On tente ainsi de réduire des siècles d’exploitation sexuelle à une simple question d’accessoires vestimentaires d’ordre « culturel » en mettant de l’avant un conservatisme à sens unique visant la création d’un « grand zoo humanitaire ».

La vérité, c’est que le voile islamique est un symbole politique, religieux et idéologique. Le carré rouge n’était pas moins politique en 2012 que ne l’est le voile islamique en 2013. Le port du foulard par les femmes musulmanes représente la conquête symbolique de l’espace public québécois par un islam conquérant. Si le voile n’est vraiment qu’un « bout de tissu », il est taché du sang des femmes qui ont lutté partout dans le monde islamisé pour leur émancipation. Ce n’est surement pas le javellisant idéologique d’une gauche gagnée à l’idéal multiculturel qui va nous le faire oublier.


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