«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Stratégie d’accès à l’Indépendance

La "conversation nationale" - Vers d’autres actes manqués ou vers l’indépendance ?

samedi 15 mars 2008

Acte manqué : Un acte manqué s’apparente à une erreur, un raté dans une
action aisée. Le sujet se demande comment il a pu en arriver à un tel
échec. L’acte manqué est l’équivalent dans l’agir du lapsus.
(Wikipédia)

Acte manqué - Ratés du comportement dévoilant un conflit inconscient. Nous commettons tous des actes manqués. Seule leur répétition, traduisant une conduite d’échec, doit amener à s’interroger.

***

Cela évoque à mes yeux l’attitude des partis sur la question nationale. En
examinant les résultats du Conseil National du PQ et du Congrès de l’ADQ,
on peut s’interroger en effet. Comment peut-on vouloir la souveraineté ou
l’autonomie (je ne mets pas en cause les convictions réelles de qui que ce
soit) tout en se comportant en pratique presque tout le temps comme des
partis fédéralistes qui acceptent le statu quo constitutionnel ?

Voici des exemples d’actes manqués récents.

- Jeudi dernier, le 14 mars 2008,
nouveau budget provincial. Pendant que l’ADQ se glorifie de quelques
grenailles pour les familles, le PQ attaque le budget, non pour dénoncer la
mince marge de manœuvre que nous laisse le régime fédéral, mais pour dire
que cela compromet les prochains budgets provinciaux, une critique qui n’a
rien à voir avec son programme de pays, pourtant toujours en vigueur. Où
est donc passé le budget d’un Québec souverain ? À quand la proposition
d’une véritable politique familiale nationale accompagnée du rapatriement
des pouvoirs et des budgets requis pour la mettre en œuvre ?

- Le 7 février 2008, en pleine crise des études de l’Officice de la langue
française, la ministre Courchesne lance un plan en 22 points pour améliorer
l’enseignement du français. Autrement dit, nous serons de moins en moins
nombreux à le parler, mais nous le parlerons mieux. Dans ce débat, aucun
lien n’est fait, ni par le PQ, ni par l’ADQ, ni par Québec solidaire entre
la minorisation des francophones et notre statut de province canadienne.
C’est pourtant ce statut et nos pouvoirs concurrents avec ceux d’Ottawa en
matière de langue, de culture, de communications et d’immigration qui nous
empêche de vraiment franciser le Québec.

- Ce ne sont que des exemples parmi d’autres. Relisez les manifestes publiés
il y a deux ans, des manifestes pour un Québec « lucide » ou « solidaire ».
Ces deux groupes se rejoignaient sur une chose. Ils proposaient des
solutions en les situant dans un cadre provincial, rendant ainsi à moitié
illusoire toute politique vigoureuse de la population et de développement
économique durable, entre autres.

***

La « conversation nationale » (quel que soit le terme utilisé), sans un
objectif de rapatriement des moyens dont le Québec a un urgent besoin,
risque de sombrer dans la même dérive provincialiste. Il faut lui fixer un
but, celui d’une convergence nationale pour le rapatriement des pouvoirs
les plus essentiels au Québec. Y discuter de « gestes de souveraineté » qui
se conformeraient à la légalité établie par la constitution canadienne de
1982 (que le Québec n’a toujours par reconnue), n’est pas suffisant. Il
est pourtant clair que de tels gestes ne permettent pas de rapatrier au
Québec un seul des pouvoirs qu’assume le fédéral à notre place, en
utilisant nos impôts. Comme le souligne avec satisfaction Alain Dubuc dans
la Presse du 7 mars 2008
 : « la plupart des onze gestes proposés (dans la
proposition de l’exécutif au Conseil National du PQ) sont relativement
anodins ». Il faut au contraire cibler la vraie question, soit le
rapatriement des pouvoirs dont le Québec a un urgent besoin pour résoudre
ses problèmes concrets.

Reprendre la promotion de la souveraineté sans la concrétiser dans un
projet de pays qui requiert un rapatriement des pouvoirs serait une grave
erreur. Cela a été démontré à l’élection de 2007 lorsque le chef du PQ,
mettant de côté le programme de pays de son parti (sauf l’obligation
référendaire), s’est interdit de traiter de la langue et de la culture, de
la lutte à la pauvreté, du déplacement des activités économiques, du défi
démographique et de bien d’autres questions importantes où on aurait besoin
du coffre à outil d’un État souverain. Le résultat a fait paraître le Parti
Québécois comme un vieux parti à court d’idées. En fait, c’est toute la
campagne électorale qui, dépourvue de grands enjeux, fut véritablement « 
provinciale », presque folklorique.

On n’ose plus parler de la question nationale parce que les souverainistes
et les autonomistes, qui forment autour des 2/3 de la population, se
heurtent au même obstacle : le refus du Canada anglais de transférer au
Québec quelque pouvoir que ce soit. Le processus d’amendement de la
constitution canadienne l’interdit à toutes fins pratiques, alors que la
centralisation et l’égalité des provinces sont devenues des principes
immuables pour les trois quart de la population canadienne anglaise.

Ce NON systématique, qui semble infranchissable, est le principal obstacle
à une solution de notre question nationale. Il amène avec lui un cortège de
lassitude, de renoncement et de peur de l’échec qui s’est répandu peu à peu
depuis quarante ans. Aucune solution ne semble pouvoir s’imposer, ce qui
amène une majorité de la population à rejeter tout nouveau référendum qui
se tiendrait dans les mêmes conditions. On peut parler d’une véritable « 
blessure collective » qui amène la majorité des gens à refuser d’avance
toute solution qui n’offre pas une garantie, une obligation de résultat.

C’est précisément l’opposition entre souverainistes et autonomistes qui
nous empêche de sortir du carcan de la constitution canadienne. Il est par
ailleurs significatif de constater le désir, très majoritaire dans la
population, que les partis politiques qu’ils élisent règlent cette question
en leur proposant une solution crédible et réalisable, conduisant infailliblement à un
résultat qui ne dépende que de la volonté majoritaire du peuple québécois.

Récemment Bernard Frappier nous demandait à quelle condition la démarche
du Parti québécois serait-elle crédible
. À mes yeux, elle sera crédible si
 :

• D’ici et pendant la prochaine élection, le Parti québécois fait campagne
sur des solutions à nos grands problèmes de société actuels, et sur le
rapatriement des pouvoirs nécessaires pour les réaliser. Ce serait le but
d’une conversation nationale sérieuse, d’une convergence nationale.

• Il vise à dégager une majorité claire sur la question nationale au-delà
des différences partisanes et fait porter l’élection sur un pas substantiel
vers la souveraineté : le rapatriement de nos impôts au Québec et d’autres
moyens appuyés par la population.

• Il s’engage après l’élection, dès que cette majorité est atteinte, à
procéder au rapatriement des impôts à Québec, unilatéralement si
nécessaire, et si, elle ne l’était pas, à créer une telle majorité en vue
d’un prochain référendum ou d’une autre élection.

Autrement dit, il faut démontrer que nous sommes déterminés, je dis bien
déterminés, à appliquer la loi 99 votée par l’Assemblée Nationale qui
affirme que « seul le peuple québécois a le droit de choisir le régime
politique et le statut juridique du Québec ».

Je pense que beaucoup ne tirent toujours pas toutes les conséquences de
cet énoncé. Il affirme la prédominance de la légitimité créée par la
volonté populaire québécoise sur celle d’une Constitution canadienne qui
nous a été imposée, sans aucune consultation de la population en 1867, en
1931 et en 1982. Même si dans les faits, depuis 1982, le Gouvernement du
Québec a respecté la situation juridique nouvelle créée par le Canada Bill,
nous ne la respectons que parce qu’elle n’a pu encore pu être remplacée par
une autre légitimité issue de la volonté populaire majoritaire du peuple
québécois.

La solution passe par une volonté majoritaire de la population. Avec une
telle volonté, exprimée par élection ou référendum, tout devient possible.
Sans cette volonté et cette légitimité, aucun Gouvernement du Québec
n’aurait pas la force suffisante pour faire respecter ses décisions par la
population. Les divers partis seront crédibles à mes yeux s’ils contribuent
à établir une telle légitimité, au delà de leurs intérêts partisans.

Gilbert Paquette, vice-président des IPSO.

— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —

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