«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Le fantasme du Canada raisonnable

La « canadianisation » tranquille de l’indépendance

Déni de la volonté de suprématie anglo-saxonne

Chronique de Gilles Verrier
samedi 20 février 2016
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Ma dernière chronique imputait à l’engouement référendaire le délaissement de la construction de l’État réel au profit d’un État fantasmé. Dans un commentaire laissé sous cette chronique, Jean-Claude Pomerleau poussait l’hérésie jusqu’à mettre en doute les « processus spécialisés » d’accession à la souveraineté. Plus précisément, il renvoyait dos à dos le référendum et l’élection décisionnelle, affirmant que ni l’un ni l’autre ne pouvait mener au changement de statut pour le Québec :

« Pour la simple raison qu’il s’agissait depuis le début d’une approche qui postulait que l’État canadien allait respecter le choix démocratique du Québec. Les faits ont démontrés le contraire. Ce qui n’empêche pas les idéalistes de poursuivre dans le déni de cette réalité. »(1)

En bousculant 50 ans de souverainisme, M. Pomerleau touche ici à un monstre sacré. Il questionne l’idée bien ancrée que l’État canadien est prêt à respecter le choix démocratique du Québec, cette idée qui colle à la peau de la classe politique souverainiste et qui en a fait sa doctrine. Mais ce consensus doctrinal est pourtant loin de la vérité. Et pour cause, il contredit complètement l’enchaînement des faits historiques. Sa persistance au centre du décor ne semble donc que servir la logique circulaire des « idéalistes » affairés à bricoler leur « déni de cette réalité ».

Le commentaire de JCP se ramènerait à ceci :
1) Le déni de la malveillance de l’État canadien s’est installé dans la foulée du ralliement des nôtres à la propagande positive dans laquelle se drape l’État canadien, autrement dit par la « canadianisation » des mentalités québécoises.
2) Le dispositif psychologique et politique des Québécois, grandement affaibli par la corruption de la vérité historique en faveur du récit canadian a rendu inopérant l’indépendantisme.

* * *

L’espace de cette chronique ne permettra pas de développer suffisamment sur la constance dans la malveillance de l’élite anglo-saxonne canadian. Un rappel succinct de notre histoire longue s’impose tout de même. Essentiellement, cette histoire est marquée par la volonté assimilatrice de notre conquérant, illustrée par l’évolution démographique des locuteurs du français et de l’anglais au Canada, le français parlé ayant passé de 99% à 23%. Les conquérants, hésitants au début dans leur projet, faute de moyens et pour leurs propres intérêts, se sont ensuite repris sans discontinuer pour nous faire disparaître, à mesure que les relations avec la nouvelle république américaine se stabilisaient. Une politique d’État parfaitement assumée par Lord Durham en 1839, qui ne trouva d’autre remède à notre infériorité que par la voie de la totale assimilation à la « race supérieure ».(2)

L’Acte d’Union, une recommandation du Rapport Durham, légalisait la spoliation économique du peuple fondateur (union des dettes du Bas et du Haut-Canada) en même temps que la mise en œuvre de l’assimilation comme la « solution finale ». La Confédération vint redéfinir en 1967 le rapport de domination dans un contexte où les anglo-saxons étaient entre temps devenus majoritaires, ce qui permettait l’élargissement de la démocratie à leur profit. La Confédération s’imposera quand même en violation des nombreuses assurances politiques données aux Canadiens français pour obtenir leur appui, une tricherie sur laquelle s’attardera longuement Lionel Groulx. L’interdiction de l’enseignement du français un peu partout, la brutale destruction de la colonie de la Rivière rouge et la famine organisée sur le territoire métis, la fin de la coopération avec les autochtones remplacée par leur refoulement dans des réserves et la pendaison de Louis Riel, ne sont que quelques uns des gestes conformes à la politique de ceux qui menaient la Confédération. Le lecteur qui voudra suivre le fil des injustices et des coups de force, dont au moins quatre sont de nature purement militaires, pourra consulter, entre autres, les plus de 900 pages de malveillances que comptent les trois tomes du Livre noir du Canada anglais de Normand Lester.

On ne peut pas ignorer ce dossier noir. Mais, d’aucuns excuseront le passé pour le distinguer du présent, à tort, arguant par exemple qu’à ces époques une attitude différente de la part du conquérant n’était pas possible. Faux ! L’histoire nous fournit des preuves d’une humanité aux antipodes de la malveillance, une attitude que j’appellerai celle de la « bienveillance du conquérant ». On voit cette attitude plus généreuse illustrée notamment par la célèbre peinture de Diego Velasquiez, Les lances, où le vaincu « ...apparaît avec les clés [de la ville] de Breda à la main et fait le geste de s’agenouiller, geste qui est interrompu par son rival qui pose une main sur son épaule et l’empêche de s’humilier. » (3) En rendant sa dignité à un adversaire qui s’est bien battu, le vainqueur s’élève et conserve sa propre dignité. Nous avons aussi chez-nous des exemples à portée universelle de la bienveillance du plus fort, comme celui qui nous est donné par Samuel de Champlain se liant d’amitié avec tous les peuples indigènes qu’il croisait. (3)

Mais laissons l’histoire plus lointaine pour nous intéresser plutôt aux faits et gestes du pouvoir fédéral entourant le référendum de 1995 et ses suites. Nous y retrouvons intact la tradition du vainqueur anglo-saxon qui, dès qu’une manifestation de notre volonté de vivre se pointe, qu’il assimile à une menace, n’exclura aucun moyen pour transformer cette aspiration légitime en épreuve de force destinée à accroître sa puissance à nos dépens. C’est ce qu’exprimera avec franchise un Charles « Chuck » Guité en répétant sans élégance : « Nous étions en guerre ».(4) Ce en quoi il n’avait raison qu’à moitié. « Nous avons toujours été en guerre », eut été plus proche de la réalité.

L’absence de bienveillance à l’égard d’un peuple condamné à ne jamais pouvoir faire le poids en termes militaires, réduit à des moyens limités pour sa défense face à la puissance anglo-saxonne (canadienne et mondiale) qui le harcèle et l’amenuise depuis 250 ans est absolue. Dès lors, est-il étonnant que le vainqueur se montre capable de prendre des libertés occasionnelles avec le droit (qu’il a pourtant lui-même écrit), et avec la démocratie (dont il a lui-même fixé le cadre) ? C’est la pesanteur de cette dictature à laquelle il recourt quand les civilités ne suffisent plus qu’a réédité le vainqueur en 1995 et suivantes, traduisant par « Nous sommes en guerre », l’esprit de sa relation « cordiale » mais conditionnelle avec le vrai peuple fondateur du Canada de l’époque européenne.

* * *

Devant une histoire longue qui ne ment pas. Face aux évidences plus récentes et plus prégnantes de 1995 et des années qui suivirent, devant le poids d’un dossier accablant, comment des chefs sérieux pourraient-ils éviter, au minimum, de s’interroger sur les limites démocratiques et pacifiques du Canada en ce qui concerne le destin du Québec ? Je dirais que la doctrine inconséquente à laquelle ils adhèrent les en empêche. C’est ce « déni de réalité » des « idéalistes » que réaffirmait Jacques Parizeau quand il écrivait à notre étonnement, en 2012, lavant le fédéral de sa pingrerie malveillante et de ses « libéralités » envers la démocratie dans sa préface du livre « L’indépendance maintenant »(5), en concluant : « On a longtemps discuté des nombreuses irrégularités qui auraient marqué le vote. Mais le résultat était là. » Fin du paragraphe. Il n’ira pas plus loin. Coupant court à toute explicitation. S’arrêtant net avant de porter un jugement, une appréciation, une évaluation du comportement des autorités fédérales et de ses affidés. (6). Rien. Des « irrégularités », exprimées au conditionnel, dont « on a longuement discuté », dira-t-il, qui ne méritaient pas – qui n’auront jamais mérité – qu’on s’y attarde. Dès le soir du référendum, il était pourtant clair que de irrégularités dignes de mention s’étaient produites.

Je vais faire ici une petite mise au point. On pourra me reprocher un examen critique des années Parizeau. Je l’assume. Je reconnais que cette critique était plus difficile de son vivant, puisque beaucoup le considèrent comme « le plus grand des souverainistes » et « celui qui nous aura amené le plus près de l’indépendance ». Or cet homme, un grand Québécois, est maintenant décédé. Après avoir pris le temps de lui rendre hommage par des éloges et des funérailles nationales, son œuvre appartient désormais à l’histoire. Mais pour tout dire, la critique dont M. Parizeau est l’objet ne le concerne pas à ce point personnellement. Elle prend davantage à partie la doctrine politique d’une époque... qui l’a précédé et qui lui survit.

Pour développer le propos, qui reste délicat pour certains, je vais m’effacer un peu pour laisser parler un militant indépendantiste chevronné, en désaccord avec la tournure en queue de poisson que prit la fin du référendum. Son appréciation, exprimée avec beaucoup de circonspection envers Jacques Parizeau, creuse néanmoins le fossé qui sépare la doctrine officielle des militants.

Voici donc l’extrait hérétique que publiait Robert Barberis-Gervais en juin 2015.(7)

« Quand Parizeau a parlé et a dit que le camp du OUI avait perdu à cause de l’argent, il aurait dû en tirer la conséquence logique : ne pas accepter les résultats et contester la victoire du NON. Parizeau savait que le camp du NON n’avait pas respecté le plafond des dépenses de 5 millions imposé par la loi québécoise des référendums. Il en savait assez pour justifier le discours suivant qu’il aurait pu prononcer. Jacques Parizeau, le soir du référendum, au lieu de faire le discours qu’il a fait, aurait dû dire :



« Mes amis, les résultats du référendum sont tellement serrés que je ne peux pas, ce soir, déclarer que le camp du NON a gagné. Il y a eu 2,308,360 votes pour le OUI (49.42%) et 2,362,648 votes pour le NON (50.58%) soit une différence de 54,288 votes en faveur du NON avec un taux de participation exceptionnel de 93.25%.Et je ne parle pas des votes ethniques encouragés part (sic) le camp du NON qui a incité les leaders des communautés grecque, italienne et juive à faire une conférence de presse conjointe où ils conseillaient aux Grecs, aux Italiens et aux Juifs de voter NON sans oublier les milliers d’immigrants avec lesquels on a accéléré le processus de citoyenneté pour qu’ils puissent voter NON après avoir prêté serment à la reine. Le camp du NON a utilisé des votes ethniques dans un grand élan de nationalisme ethnique. Nous allons réfléchir avant de concéder la victoire. Nos informations sont à l’effet que la loi québécoise des référendums n’a pas été respectée surtout au chapitre de la limite des dépenses permises. Nous en savons assez ce soir pour affirmer que le camp du NON a amplement dépassé la limite des dépenses permises de 5 millions de dollars. Pensez aux dépenses encourues pour organiser le « Love in » du Canada anglais à Montréal. Nous n’irons pas jusqu’à dire que ce référendum a été volé mais plusieurs indices penchent dans cette direction. Nous allons dormir là-dessus et nous vous reviendrons.

Nous pensons qu’une commission d’enquête sur les irrégularités commises par le camp du NON pourrait nous permettre de contester le résultat. Paraît-il qu’il y a même eu une organisation secrète nommée Option Canada qui a dépensé beaucoup d’argent pour le NON.Mes amis, nous ne sommes pas une république de bananes où on peut faire n’importe quoi. Il y a des lois au Québec qui encadrent légalement la démocratie, lois que certains vont apprendre à devoir respecter. La démocratie et le fair-play britannique ont des exigences et nous verrons si ces exigences ont été respectées. Si tel n’est pas le cas comme de nombreux indices nous le montrent déjà, nous prendrons les mesures qui s’imposent. Le peuple québécois ne se laissera pas voler son pays. Il se peut même que nous allions en appel devant des instances internationales.Une chose est certaine : je ne démissionnerai pas de mon poste de premier ministre. L’Etat québécois existe et il peut agir. C’est le plus important instrument d’action politique de la nation québécoise. Nous agirons. Bonne nuit. Vous pouvez dormir en paix : votre gouvernement ne vous abandonnera pas. »



Après 50 ans de militantisme en faveur de l’indépendance ce qui devrait empêcher quiconque de me traiter de gérant d’estrade, j’affirme que ce discours aurait été LA position à prendre qui aurait changé l’histoire du Québec. »

M. Barberis-Gervais poursuit, s’abstenant de toute critique envers Jacques Parizeau. Il tourne le blâme contre ses « brillants conseillers » et sur Lucien Bouchard... ce en quoi il n’a pas tort, [et qui d’autres encore ?] Mais Jacques Parizeau lui-même ne s’est jamais repris à ce sujet. Même après que furent dévoilés de nouveaux faits incriminant le fédéral. Restant attaché à la doctrine officielle du partenaire fédéral qui a le pouvoir de « dire » la démocratie, un partenaire avec lequel nous devions éventuellement négocier ; il aura marché jusqu’au bout dans les traces de René Lévesque et de Claude Morin pour qui la pathologie suprémaciste de l’élite anglo saxonne est une maladie imaginaire. Il aura ménagé le « partenaire fédéral raisonnable » jusqu’au bout, concluant plutôt, décevant, s’adressant à ses compatriotes, dédouanant la classe politique souverainiste, il dira : « Lorsque, dans la société, l’indépendance du Québec sera redevenue un sujet intéressant, la politique recommencera à s’y intéresser. » Nous y reviendrons.

Résumons. Au faîte d’un moment « crisique », à ce point d’équilibre instable ou tout pouvait basculer d’un bord ou de l’autre, cette doctrine idéaliste, n’admettait pas de rebondir dans la tension, dès que le Canada sortit ses griffes. Parizeau, homme de ce temps où le récit historique reste, semble-t-il, davantage chevillé à l’encyclopédisme indigné plutôt qu’à l’opérationalité conséquente, a-t-il été plombé par son entourage ? Est-ce ce qui l’aura empêché de nous donner un exemple de liberté ? De dire les mots, « la position qui aurait changé l’histoire du Québec » ? pour citer Barberis-Gervais ?

RB-G poursuit :

« Inventer un tel scénario [le discours pugnace de Parizeau qui aurait donné au Québec son de Gaulle du 18 juin 1940] est un exercice d’imagination politique pour faire comprendre où était la voie du courage et de la résistance contre tous ceux que Robin Philpot a dénoncés dans son livre remarquable :« Le référendum volé ».

Pour nous rafraîchir la mémoire, voyons une présentation du livre « Les secrets d’Option Canada » de Robin Philpot et Normand Lester.

« Personne, pas même le directeur général des élections du Québec, n’a jamais pu savoir comment Option Canada a dépensé des millions de dollars durant la campagne référendaire de 1995. Lors de leurs précédentes enquêtes, les deux auteurs avaient heurté un mur. Or, voilà que la découverte providentielle d’une boîte de documents comptables change la donne : factures, chèques, listes de noms sont mis au jour !

Option Canada a été créée dans le plus grand secret le 7 septembre 1995 à la veille du référendum. Alors que la limite maximum permise aux comités pour le OUI et le NON était de 5 millions $, Option Canada a dépensé clandestinement 5,2 millions $ en subventions du ministère du Patrimoine canadien dans le cadre d’un programme d’appui à la dualité linguistique canadienne.

On y décèle le germe du scandale des commandites : détournement de fonds publics à des fins partisanes, entorses, malhonnêteté et mépris de la démocratie.
En plus d’étayer la thèse du « référendum volé », les dossiers d’Option Canada montrent que les ténors du NON, de Daniel Johnson à Liza Frulla, en passant par Claude Dauphin, Jocelyn Beaudoin, John Parisella, Pierre Pettigrew, Jean Charest et Lucienne Robillard, ne peuvent prétendre ignorer les magouilles de 1995. »

Malgré des sources externes relativement nombreuses (Philpot, Lester, Toupin, Gomery...) le principal intéressé, le PQ, a jusqu’ici résisté à la transparence et à la mise à plat du dossier. Or, c’est à lui qu’il revient de nous proposer son bilan de la situation depuis 1995.

Sérieusement, le PQ doit expliquer comment et pourquoi, dans le cas d’un match référendaire serré il a pu jeter la serviette et refuser d’aller en prolongation ? Comment il a pu démobiliser ses partisans et ouvrir les portes du fort. Permettre par cette démission que les « commandites » puissent déferler sur nous dans un désert d’opposition et que s’entament des années de morosité et de recul ? Comment a-t-il pu faire cela alors que des gains, voir les plus grands, étaient encore possibles en prolongation ?

Marcel Haché, un familier de Vigile, sortira cette formule lapidaire :
« C’était le devoir de René Lévesque de démissionner sur le champ après le référendum de 1980 et de remettre ça. C’était le devoir de Jacques Parizeau de rester après celui de 1995, mais lui d’en remettre… »

Ce qui me rappelle une anecdote où l’on raconte que Vladimir Poutine aurait dit au début de son premier mandat que les dirigeants russes « avaient été souvent soit des alcooliques ou des fous », faisant exception de Pierre Le Grand et de Staline ; de leur coté les chefs québécois semblent pris d’un autre mal, celui de ne pas terminer leur combat ou de changer de camp. Je vous laisse le soin de mettre des noms.

Plus de 20 ans après le référendum de 1995, le PQ poursuit sa fuite en avant. Il refuse d’ouvrir le dossier d’un épisode catastrophique, espérant un oubli qui contredit notre devise nationale. Il a refusé jusqu’ici de s’engager sur la voie étroite d’une plus grande responsabilité nationale, qui l’obligerait d’examiner avec rigueur l’échec de l’aventure référendaire de 1995.

Or, comment faire encore confiance à un éventuel gouvernement du Parti québécois sans savoir si ce dernier ne retournera pas à la maison ses bénévoles, déclarant prématurément la fin de la partie ? Vingt ans après le malaise persiste. Et la lente dégringolade, une autre, cette dernière amorcée en 1995, se prolonge. Un petit goût d’amertume a gâté la saveur de la mobilisation populaire. Il faut le noter, tous les gains depuis le soir du référendum ont été faits par les fédéralistes. Foin de partisanerie, le Parti québécois porte la lourde responsabilité d’avoir ouvert les portes du fort. Qu’a-t-il à déclarer pour sa défense ou pour sa réforme ?

Pour revenir sur cette phrase de Jacques Parizeau : « Lorsque, dans la société, l’indépendance du Québec sera redevenue un sujet intéressant, la politique recommencera à s’y intéresser. » Mais diable, en 1995, c’est la politique qui s’est désintéressée de l’indépendance alors que la société avait donné un signal avec 49,6 % des voix ! Comment « la politique » qui a renoncé à tout (pour ne pas dire qu’elle a trahi la société) peut-elle sans gêne blâmer la société de ne pas s’intéresser à l’indépendance ? C’est l’hôpital qui se fout de la charité ! Et on continuera de blâmer la société pour un appui étonnant de 35 % en faveur de l’indépendance. La question mérite d’être posée en toute bonne foi : De qui se moque-t-on dans les officines nationalistes ?

Pour la suite des choses au PQ, on peut certes légitimement s’intéresser à monter les dossiers économiques qui pourront démontrer que l’indépendance est viable et avantageuse. Ça, 49,6% le savaient déjà en 1995. Mais comme dans le passé, ce qui risque de déjouer tous les plans, c’est l’irruption de la crise démocratique : le blocage par la force et l’utilisation de moyens douteux du droit du Québec à décider pour lui-même. C’est dans cet type de crise, pourtant pas nouvelle, que les souverainistes ont été incapables de jouer leur rôle en 1995, effondrés de voir se fracasser leurs illusions, tant ils sont persuadés (et propagent eux-mêmes l’idée) que le Canada est un pays raisonnable, « le plusse meilleur pays du monde ».

Un sursaut s’impose sans lequel les Québécois finiront comme les premiers sacrifiés de la Guerre de quatrième génération (G4G) après avoir été vaincus dans une guerre de conquête ordinaire 250 ans plus tôt. Le Canada travaille à l’absolutisme-suprémaciste anglo-saxon, ce qui explique son absence de bienveillance historique envers les fondateurs du pays qu’ils ont conquis. Chez eux, on va jusqu’à dire que l’indépendance du Québec serait un recul de la civilisation, un crime ethnique, un refus borné de l’universalisme. Bref, une infamie qui justifierait encore une fois l’emploi de tous les moyens pour la contrecarrer. En face, la « canadianisation » tranquille de l’indépendance s’est installée, comme le ver est dans la pomme.


1. http://vigile.quebec/L-Etat-quebecois-sous-estime
2. http://www.1837.qc.ca/1837.pl?out=article&pno=document63
Extrait pertinent, empreint d’une « bienveillante » condescendance, les faire disparaître pour leur bien, propre à l’esprit anglo-saxon depuis l’ère victorienne et son empire colonial. « Ni trop vite, ni trop rudement », sauf s’ils refusent leur disparition et veulent former un pays. « Je n’entretiens aucun doute sur le caractère national qui doit être donné au Bas-Canada : ce doit être celui de l’Empire britannique, celui de la majorité de la population de l’Amérique britannique, celui de la race supérieure qui doit à une époque prochaine dominer sur tout le continent de l’Amérique du Nord. Sans opérer le changement ni trop vite ni trop rudement pour ne pas froisser les esprits et ne pas sacrifier le bien-être de la génération actuelle, la fin première et ferme du Gouvernement britannique doit à l’avenir consister à établir dans la province une population de lois et de langue anglaises, et de n’en confier le gouvernement qu’à une Assemblée décidément anglaise... »
3. http://gilles-verrier.blogspot.ca/2016/01/a-propos-du-concept-de-la-bienveillance.html
4. « Nous étions en guerre » http://vigile.net/archives/ds-affaires/docs/02-7-10-lp-commandites.html
Mais il n’y pas que Guité. http://gilles-verrier.blogspot.ca/2016/01/a-propos-des-cas-de-mepris-de-la.html
5. L’indépendance maintenant, Collectif des intellectuels pour la souveraineté (IPSO), ed. Michel Brulé, 2012, p. 8
6. Fin du paragraphe... Et Parizeau de poursuivre dans le paragraphe suivant sur les activités douteuses, objets d’une commission d’enquête fédérale (la commission Gomery) et d’enquêtes policières sans s’interroger plus avant, sans interpeler le lecteur sur la légalité de ces programmes. Il énumère les moyens mis en œuvre par le fédéral pour « remettre le Québec à sa place », soit les moyens « juridiques (renvoi à la Cour suprême, loi sur la clarté), publicitaires (les commandites), financiers (coupures de transferts) et universitaires (bourses du millénaire, chaires de recherche du Canada). Le programme des commandites, une campagne de propagande financée secrètement qui fit l’objet d’une commission d’enquête et d’enquêtes policières et qui souleva d’abondantes protestations, sans s’interroger plus avant, sans interpeler le lecteur sur la légalité de ces programmes. » Le fédéral est gratifié à peu de frais de la légitimité et de la légalité des moyens employés. Les commandites, des moyens publicitaires
7. http://vigile.quebec/En-1995-Jacques-Parizeau-aurait-du-69438#forum

Commentaires

  • Bruno Deshaies, 25 février 2016 12h18

    2015-02-25 12:15

    Gilles Verrier a soulevé des problèmes fondamentaux que ni l’IRAI ni le PQ ne pourront éviter de considérer avec objectivité, honnêteté et respect.

    Afin de mettre à jour la conclusion à mon commentaire précédent, je vous invite à consulter le Postscriptum du document sur L’Académie de l’indépendance du Québec.

  • Bruno Deshaies, 21 février 2016 13h10

    2016-02-21 12:30

    LE CANADA-ANGLAIS EXISTE !

    Les deux dernières chroniques que vous avez écrites abordent des sujets communs. En gros, le Canada-Anglais existe ! Fragile à côté des États-Unis, superpuissance mondiale, il est en permanence inquiet. La fin de la Guerre Civile américaine en 1865 a forcé les Canadians à consolider le British Norh America contre le Republican North America. Il s’agit d’une constante de l’histoire de la colonie canadienne avant 1760 et des colonies britanniques après 1760.

    Le canadianisme a sa propre histoire. Dans les années 1950, le Rapport Massey a mis en évidence cette fragilité du Canada-Anglais (cf. « Le Rapport Massey et le canadianisme c. l’américanisme »).
    http://www.rond-point.qc.ca/rond-po... Par voie de conséquences, les Canadiens-Français et le Québec-province a subi les effets pervers de ce nationalisme pancanadianiste. Les tensions ont progressé et Maurice Duplessis a trouvé le moyen de défendre farouchement notre autonomie provinciale bien que fédéraliste lui-même. (Cf. « Choisir, c’est réussir ! Animer le discours indépendantiste pour atteindre l’objectif de l’indépendance. » (Dans Vigile.quebec, 10-10-2002 .)

    Je corrobore globalement votre point de vue au sujet des tribulations de la société québécoise. Vous avez raison d’insister pour que soit tourné toutes les pierres qui nous voilent la réalité concrète des rapports Canada-Québec. Mais je me pose une question :

    Doit-on penser à la place du CANADA ?

    C’est une erreur de croire que la Majorité va nous traiter d’égal à égal. C’est un très vieux débat qui nous empoisonne l’existence depuis plusieurs générations. Est-ce le calvaire du ROC et des Canadians au Québec dont Justin Trudeau est un exemplaire représentatif en tant que Premier ministre du CANADA tout comme son bras droit Stéphane Dion. ? Il n’y a aucun doute. Pourquoi ?

    « La nation majoritaire qui n’a pu assimiler la nationalité minoritaire et qui a dû lui consentir des concessions (comme au moins un État provincial) est dérangée, importunée par cette annexe (cet appendice).
    (Maurice Séguin Les Normes : Chapitre troisième, 1965-1966.)

    « La nation minoritaire est en grande partie désorganisée et subordonnée par la présence de la nation majoritaire, politiquement, économiquement et culturellement. » (Id., Ibid.)

    L’étude de la Leçon XVI de son cours télévisé de 1963-1964 au réseau français de la Société Radio-Canada, nous rend intelligible « la courbe politique » que continuera à subir le Canada-Français (véritable « calvaire » du Canada-Français) entre 1867 et 1960. Et l’on peut affirmer sans hésitation que la logique de cette courbe politique nous la retrouvons dans le parcours qui a suivi jusqu’à nos jours. Or, l’essentiel du problème national des Québécois-Français se trouve dans la finalité de la création de la Confédération, en 1867, par les British canadians.

    Sur cette question, j’aimerais laisser à nouveau la parole à Maurice Séguin où il s’applique à démontrer la nature véritable de cette annexion politique du Canada-Français (et du Québec-province).

    V.– L’ESSENTIEL DE 1867 POUR LE CANADA-FRANÇAIS


    9. Survivance et autonomie restreinte

    //400// Inutile de dire qu’il ne faut tenir aucun compte de ces questions plus que secondaires : le status de la langue française, la part des Canadiens-Français dans la fonction publique du gouvernement central ou
    national du Dominion of Canada, le traitement réservé aux minorités de langues françaises perdues dans les provinces anglaises //401// d’un Dominion britannique. La situation politique, le status constitutionnel de la nation canadienne-française, c’est-à-dire du bloc canadien-français du Québec, nous intéresse bien davantage.

    Peut-on affirmer à propos de la place réciproque du Canada-Anglais et du Canada-Français dans l’union fédérale l’« equal parternship of the two founding races » ? Peut-on parler de l’association à titre de peuples égaux des deux nations fondatrices ?

    Évidemment non. Ni en 1760, ni en 1840, ni en 1867 et pas plus qu’en 1960 [ni encore aujourd’hui en 2016], il n’y a eu, répétons-le, ni égalité de droits, ni égalité de faits entre les deux nationalités. On sait que l’une possède toute la souveraineté locale et centrale tandis que l’autre ne détient qu’une autonomie provinciale seulement. Du régime de 1840 et de 1867, ne peut sortir, pour les Canadiens-Français, l’épanouissement politique, économique et culturel. En ce sens 1867 n’est pas un échec. L’union législative à caractère fédéral de 1841 et l’union fédérale de 1867 recouvrent avec exactitude la réalité sociale canadienne-française et canadienne-anglaise. Ces deux constitutions sont l’expression, dans l’ordre constitutionnel, d’un échec colonial de la part de l’Empire français et d’une réussite coloniale de la part de l’Empire britannique.

    A la colonisation réussie, à la nation coloniale victorieuse, la Loi constitutionnelle de 1867 donne un État central national et des États provinciaux. Ces derniers sont susceptibles d’être facilement et entièrement mis au service de l’État central. À la colonisation ratée, à la nation coloniale vaincue mais toujours présente, la Constitution de 1867 ne donne qu’un État local ou provincial. Bref, une constitution de vainqueur pour les vainqueurs ; une constitution de vaincu pour les vaincus.

    Ainsi dans leur propre patrie, devenue province parce que le Bas-Canada, en 1840 et en 1867, était la plus importante des colonies britanniques, dans ce Québec où la nationalité canadienne-française est dominée politiquement et économiquement depuis 1760, dans ce Québec bisethnique, biculturel et bilingue, les Canadiens-Français subsistent comme un peuple « chambreur » dans l’une des pièces les plus importantes de la maison qui a été construite et qui est possédée //402// par une autre nation. Le Canada-Anglais ne peut s’édifier et se développer sans ruiner et sans provincialiser le Canada-Français.

    Le Canada-Français survivra ! Il bénéficiera de l’autonomie politique restreinte difficile à utiliser à cause de la présence au coeur même du Québec de la grande bourgeoisie du Dominion of Canada. Cette autonomie restreinte encadrera tant bien que mal une survivance médiocre, mais qui semble indestructible. Le Canada-Français est comme figé dans l’inquiétude d’une survi¬vance qui paraît sans issue. Conséquemment, incapable de se libérer et incapable de disparaître, le Canada-Français est coincé en subissant une domination étran¬gère sans être assimilé.

    De cette autonomie provinciale de 1867, l’on peut réaffirmer ce que l’on disait de l’autonomie obtenue dès 1842, avec LaFontaine, sous l’Union. Cette autonomie politique est absolument impuissante à conduire les Canadiens-Français à une maîtrise suffisante de la vie économique de l’État provincial qu’est le Québec. Il reste un État investi par la grande vie financière, commerciale et industrielle du Dominion of Canada. Il est en effet impensable que la réalité économique du Québec (ce concept impliquant bien davantage que les seules sources naturelles), soit majoritairement possédée par les Canadiens-Français. Et ceci, aussi longtemps que le Québec demeure une province d’un Dominion transcontinental britannique.

    Réf. : Dans Histoire de deux nationalismes au Canada, Montréal, Guérin Éditeur, 1997, p. 400-402.

    Le rapatriement de la constitution canadienne a eu lieu. Les effets pervers se font sentir mais l’origine se retrouve dans notre histoire et dans la création de l’Union fédérale de 1867.

    L’interprétation séguiniste de la constitution canadienne tient principalement au fait qu’elle fait partie intégrante de la Grande histoire de la Nouvelle-France, du Canada et du Québec (d’hier à aujourd’hui). Un récit révisionniste des événements ne peut nous éclairer sur notre sort collectif sans une profondeur temporelle plus large de notre condition historique en tant que collectivité nationale déchue à l’état de mineure, de province, dans un nouvel empire britannique qui ne cessera jamais de s’imposer.

    (En ce moment, le gouvernement fédéral flirte avec les municipalités, ces créatures du provincial. L’État fédéral n’a pas de frontières constitutionnelles ! Voyez aussi l’intrusion massive du fédéral pour le financement des Chaires du Canada sous l’égide d’une bureaucratie de Comités nationaux fédéraux où il nous est impossible d’en assumer nous-mêmes la direction et la gestion. Les orientations de la recherche dépendent de la distribution du financement des professeurs détenteurs d’une Chaire pour 7 ans et renouvelable automatiquement – une carrière complète avec les services que doivent lui offrir les universités dans le système canadian. Nous avons perdu le contrôle sur la recherche universitaire.)

    La tradition ne peut nous offrir que le portrait d’une déroute, pas complètement achevée, et qui exaspère le Canada britannique. Pour « démaquiller » la source de la naissance du Canada uni tel qu’il est aujourd’hui, on doit s’attaquer à la constitution du Canada.

    Je me demande sincèrement comment « le Parti québécois devra prendre ses distances avec son passé ». Ce n’est certainement pas en demandant la permission au Canada britannique de « nous traiter en égaux » pour qu’il ne souffre pas « le calvaire » d’être la nation dominante ?

    Notre calvaire comme nation mineure et minoritaire dotée de pouvoirs restreints consiste à vivre en permanence un état de nation annexée. Récemment quelqu’un m’a écrit que les concepts entourant le mot nation ne pouvaient être que du « charabia ». Et un autre, que le concept d’État-nation a peu d’importance même si on ne sait pas ce que ce terme peut exprimer. « Malbrough s’en va-t’en guerre ne sait quand il reviendra. …Est mort et enterré. »

    Le Parti québécois doit faire une révision déchirante de ses catégories mentales sur les fondamentaux de l’indépendance politique du Québec. Est-ce qu’on peut dire que le chercheur de têtes a dans sa mire le candidat qui saura en imposer pour garantir que la création de l’Institut conduira à un enseignement qui saura se rapprocher du public et devenir un éveilleur de conscience nationale au Québec en vue de l’indépendance politique du Québec ? Pour le moment, tout ce qui se passe au sujet de cet institut est tout simplement obscur.

    Les indépendantistes ne pourront pas se passer facilement d’une connaissance sérieuse de l’évolution politique, économique et culturelle des deux Canadas ainsi que le l’histoire américaine. Comme le faisait remarquer Maurice Séguin dans Les Normes : « La lucidité sur le passé et le présent peut être source d’évolution planifiée ou de révolution… tranquille ou non. » (Cf. Introduction.)

    Son cours télévisé de 1963-1964 se terminait sur quelques interrogations fondamentales. Écoutons-le :

    CONCLUSION : L’AVENIR, UN QUÉBEC INDÉPENDANT ?

    « Sera-t-il permis au Québec de transformer ses relations de dépendance en relations d’égalité dans l’indépendance ? Ou sera-t-il possible au Québec de corriger deux siècles d’histoire ? L’Amérique anglaise lui a dit non en 1760 par la Conquête. Le Canada-Anglais lui a dit non en 1840 par l’union législative et en 1867 par l’union fédérale. Quelle réponse réserve le vingt-et-unième siècle ? »
    Réf. : Dans Histoire de deux nationalismes au Canada, Montréal, Guérin Éditeur, 1997, p. 431.

    Ces questions, nous nous les posons depuis plus d’un demi-siècle ? Il faut qu’elles soient posées au chasseur de têtes en lequel Pierre Karl Péladeau a mis toute sa confiance. Et lui-même, comme chef du PQ, il serait temps qu’il sorte du carcan que lui impose son organisation pour consulter directement le public. D’ailleurs, sa députation devrait en faire autant. Faites l’expérience d’accepter d’aller voir ailleurs. Les bureaux de comtés devraient être des lieux indépendantistes et non des machines de communication au service du Parti plutôt qu’à l’écoute des citoyennes et des citoyens.

  • Marcel Haché, 9 février 2016 10h46

    « Je crois que M. Parizeau estimait que les forces en présence ne permettaient pas le combat, que seule une victoire référendaire formelle donnait le poids suffisant pour affronter le monde anglo-saxon. » Pierre Bouchard.

    Ce n’est pas, et ça n’a jamais été une « victoire référendaire formelle » qui fut ou qui serait capable d’affronter le monde anglo-saxon, c’est un « mandat politique » qui peut faire cela. Pour l’avoir déjà affronté, le fameux « monde anglo-saxon », lors de la nationalisation de l’hydro, Jacques Parizeau savait que ça prend un mandat. Et le gouvernement libéral du temps s’était organisé pour en avoir un…
    Un mandat provenant de l’électorat (non pas provenant du parti, des instances et du programme), c’est cela qui donne de la Légitimité à un gouvernement.

    Certes, un référendum gagnant, c’est Le mandat par excellence. On s’entend. Mais c’est un mandat donné à un gouvernement. On s’entend-tu ?

    Si, pour toutes sortes de raisons, l’électorat ne veut pas entendre parler de référendum, que cela suffit à faire que le P.Q. ne devienne jamais le gouvernement, qu’advient-il alors de l’Indépendance ? Il advient alors de l’Indépendance qu’elle continue comme maintenant d’être le jouet des idéalistes et des carriéristes réunis ensemble autour d’une Cause qui n’avance plus.

    L’Indépendance ne se trouve pas dans le saint programme d’un parti, encore bien moins dans un référendum rejeté d’avance par l’électorat, se trouve tout simplement dans un « mandat », n’importe lequel, oui, n’importe lequel- à la guerre comme à la guerre simonak- mais que l’électorat seul peut consentir. S’agit donc, simplement, d’obtenir un mandat implicite avant d’obtenir Le mandat explicite… Le gouvernement issu de l’élection de 1960 n’avait pas du tout été élu pour « nationaliser » quoi que ce soit. C’est un gouvernement, (et non pas un parti d’opposition), qui s’était arrangé pour obtenir un mandat dès 1962, auquel Jacques Parizeau avait lui-même lourdement participé… On jase, évidemment.

  • Jean Brilland, 8 février 2016 15h31

    « Une nation est une âme, un principe spirituel.Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une est le passé ; l’autre est le présent. L’une est dans la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; l’autre est dans le consentement mutuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis ».

    Renan, Sorbonne le 12 mars 1882

    Marcel Haché dans son commentaire, adresse un problème d’une importance capitale : la résistance de la gauche québécoise à reconnaitre le danger imminent d’une immigration massive (sans intégration adéquate) - arme redoutable utilisée par l’establishment après le référendum de 95 pour briser toute forme de cohésion.

    Cette immigration conjuguée aux effets d’une acculturation néolibérale entraine :
    1) une fragmentation du sentiment collectif de partager un « riche legs de souvenirs »’ commun ; et,
    2) une cassure du consentement mutuel, du désir de vivre ensemble et la volonté de faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis ;

    Évacuer le QG du PQ des idéalistes « irréalistes » est une bonne idée, celle d’embrasser lindépendance comme un processus et le référendum comme une formalité, une meilleure idée encore.

    Merci encore une fois, monsieur Verrier pour cet excellent article. Merci à Pomerleau, Deshaies, Bouchard et Haché pour vos commentaires. Vous êtes le « levain-chef » du mouvement actuel, qui comme une vague de fonds, se prépare à voir naitre une nation-phare pour l’ensemble du monde.

    Nous sommes à quelques mois, voire quelques années de la chute du système financier actuel. On cherchera d’ici là, à faire disparaitre la monnaie (http://www.ledevoir.com/economie/actualites-economiques/462310/vers-un-quebec-sans-argent-liquide ), question d’assurer une plus grande dépendance des peuples. C’est à nous et nos enfants de prendre maintenant les moyens de notre libération. Soyons créatif, tenaces et bienveillants, le reste suivra.

    La marche est commencée.


    On tourne en rond, mais on tourne tellement vite qu’on a l’impression d’avancer. — Michel Chartrand

    C’est pas la grosseur de la hache qui compte, c’est le swing du manche. — Maurice Bellemare, de l’Union nationale

    ___

    Sur l’art de la guerre : http://www.artdelaguerre.com/art-de-la-guerre/art-de-la-guerre.pdf
    Sur l’art de la paix : http://www.aikidoseiki.com/doc/aikido_the_art_of_peace_eng.pdf

  • Chrystian Lauzon, 8 février 2016 14h35

    Merci M. Verrier, ces reculs sont essentiels à la Cause, pour atteindre et penser le peuple en lui-même, pour lui-même, par lui-même. Même PKP, hélas, ne remplit pas encore le mandat. Instituer la Cause reste à faire pour Vrai, le Vrai.

    “M Parizeau, lui aussi fut victime de « sa » logique référendaire. » JC Pomerleau. Était-ce vraiment "SA" logique, ou celle des autres, les timorés...?!

    Il faut redresser l’Histoire avant qu’elle Nous fasse trop mentir comme nation assimilée et si vulnérable. L’Éducation, oligarques mondialistes menant le bal de la dépossession de soi comme des peuples, n’est plus en devenir que d’aliénation de soi par soi. Jacques Parizeau, de prime abord (c’est lui-même qui l’a dit, écoutez-le dans les IPSO et le documentaire avec Stéphane Bureau !), ne fut pas référendiste : il fut plutôt pour un vote de députés. C’était la meilleure stratégie de rapport de forces, coupant l’herbe sous le pied à l’offensive fédéraliste (dominant l’appareil médiatique) : retourner contre l’ennemi sa propre définition (déviée/déviante) de la démocratie… jusqu’à la Cour suprême – « pourquoi ce qui vaut pour toi ne vaudrait pas pour moi ?! ». Hélas, à la « haute direction » du PQ d’alors, sur 3 votes, seul celui de Parizeau fut anti-référendum. Alors il se rallia aux 2 timorés du parti qu’il n’a jamais nommé, gardant ce vote… secret. À Lisette Lapointe, peut-être, de révéler les noms des timorés et le détail de cette position.

    Une cause telle que l’indépendance d’État-Nation exige autre chose qu’une vision simpliste et juridico-fantoche de la démocratie. C’est une « guerre » à multiples niveaux – et les armes se pointent sans gêne et avec vulgarité néocapitaliste concrètement lorsque des Octobre 70 les obligent de se montrer au grand jour. Les Nantel et Cloutier de Vigile associés aux Bernard Landry jouant dans les 2 camps se font eux-mêmes avoir et s’autodiscréditent malgré leur intelligence et expériences - la complicité avec Bouchard lorsque Landry prit le pouvoir a interdit à ce dernier de défendre Yves Michaud, tout comme il fut antidémocrate récemment avec ce traître à la patrie et au peuple que demeure Bouchard : complicité néolibéraliste du pouvoir d’argent privé pour planter une juge non-fédéraliste élue à majorité dans une cadre juridique – un pouvoir supposé de défense démocratique de l’État ! Et c’est Nathalie Normandeau qui disait à la radio récemment que Landry et Jérôme-Forget s’associèrent pour demander d’exploiter Anticosti ! Méfiez-vous de ceux et celles qui moralisent contre la désobéissance civile, tels les Landry, Duceppe, ce que j’appelle la désobéissance civilisatrice. Les prédateurs et leurs associés ne font que cela : de la désobéissance civile et contre civilisatrice, lois à l’appui !

    Un peuple ne se rallie que par évidence naturelle d’une représentation effective de rapport de forces : c’est exactement le sens de la guerre que les fédéralistes MÈNENT, eux ! Et c’est exactement la révolution du Printemps érable que Marois a raté ou évité, d’amener au cœur de l’État et de l’Indépendance - ce ratage est-il dû à son amie conseillère hyperfédéraliste Monique Jérôme-Forget ?! Où est cette dernière dans la défense nationale de notre économie québécoise via Rona ? Cachée au Mexique avec Marois à suivre des cours gratos d’espagnol ?

    Parizeau a dit, quant à lui, relié au Printemps érable : « Tous les chemins mènent à Rome ! ». Écoutez, réécoutez, les IPSO !

    Qui des élus péquistes respectent les exigences de la Cause (tout le processus de moyens de conviction sur le peuple pour le peuple, de la promotion à la réalisation via l’indépendance de la souveraineté) ?

    La Cause exige collégialité stratégique et apartite : ceux et celles qui s’opposent à l’Institut sont ultralibéralistes à pouvoir hiérarchisé. Dire que la cause doit passer avant le parti est insuffisant : la cause doit passer avant l’ultralibéralisme des Landry et compagnie qui contamine l’exigence de la souveraineté du peuple par le peuple pour le peuple !

    Si PKP n’écoutait que les exigences de la Cause, il serait mieux conseillé et d’un seul côté : celui du peuple ! contre le sale pétrole, contre l’immigration massive assimilatrice, contre les Patrice Ryan à conflit d’intérêts évidents passé sous silence par Michel David, le faux objectif. Alors, il se ferait Michel Chartrand et Pierre Bourgault en son cœur et en lui-même. PKP doit s’oublier à travers la Cause : alors il gueulera (sans crier nécessairement) une fois pour toute pour Notre libération réelle, sans hésitation, mais avec nuances, sur chaque dossier, transformé, pensé, QU’EN rapports de forces. PKP doit se vigilianiser, se radioinfociter, le Vrai est là, que là dans ce type de site, à hauteur de peuple… pour le réveiller sur sa liberté-libération. Quand on est pour la Cause… du peuple (et des peuples), la dernière chose à avoir, c’est de l’estime pour les Desmarais, non ? Il manque un Édit d’engagement sur l’honneur envers la Cause, en se faisant indépendantiste, voilà qui ferait l’unité de mouvement par-delà tout parti.

  • Bruno Deshaies, 8 février 2016 14h27

    Bruno Deshaies lundi 8 février 2016 14:20

    « [L]a volonté de suprématie anglo-saxonne » est présente depuis la Défaite de 1760.

    La Défaite est toujours manifeste. Elle traverse l’Histoire jusqu’à nos jours pour une nation conquise et graduellement mise en minorité tout au long du compagnonnage de 255 années de son existence.

    C’est un vieux débat que celui sur le « canadianisme /canadianism ».

    La Société historique du Canada (Canadian Historical Association) avait organisé son colloque annuel à l’Université de Montréal, en 1956, sur ce thème. Ça fait 60 ans ! C’est à cette occasion que le Pr Maurice Séguin prononça sa célèbre conférence intitulée :« LA NOTION D’INDÉPENDANCE DANS L’HISTOIRE DU CANADA ».

    Depuis au moins une quinzaine d’années, en 1956, le Canada était préoccupé sur son existence à côté des États-Unis. Un fait historique constant pour les canado-anglo-saxons ou British canadian. Donc, en 1949, le gouvernement canadien créa la Commission royale d’enquête sur l’avancement des Arts, Lettres et Sciences au Canada, 1949-1951.(Cf. L’historien Michel Brunet, « Le Rapport Massey : réflexions et observations », in L’Action universitaire, 18 (janvier 1952), 39-47. "Rapport Massey et le nationalisme canadian"

    Reproduit dans Canadians et Canadiens, Montréal, Fides, 1955, p. 47-58, sous le titre : « Une autre manifestation du nationalisme Canadian : Le Rapport Massey ».

    On peut dire que cette marche de « canadianisation » est en place depuis 70 ans d’une manière officielle. Seize années plus tard après la publication du Rapport Massey, l’ouvrage icône de ce phénomène du gouvernement du Canada pour le Centenaire de la Confédération : Canada 1867-1967 fut publié l’année même de l’Exposition universelle « Terre des hommes » tenue à Montréal. Cette publication fortement illustrée est dédiée à l’« Édification de la nation canadienne ». Déjà le multiculturalisme est dans les cartons du gouvernement canadien à Ottawa sans oublier tous les discours sur l’unité canadienne.

    Ce document commémoratif du centenaire du Canada débute avec ce titre explicite : « Voici le Canada » sur la page de titre avec la photo du « plus grand port maritime au Canada sur la côte occidentale » à Vancouver qui est accompagnée d’une citation en exergue choisie à souhait du verset 8 du psaume 72 de la Bible :

    « Et il règnera depuis une
    mer jusqu’à l’autre, et
    depuis le grand fleuve jusqu’aux
    confins de la terre… »

    Quant au fédéralisme, au plan politique, bien évidemment, il est en « adaptation constante » :

    « Depuis un siècle, la constitution du Canada, diversifiée et complexe, évolue constamment et s’adapte de différentes façons aux nouveaux problèmes et aux nouvelles conditions qui se posent sur le plan national et international. (p. 8) »

    Pour le Canada-Anglais, le fédéralisme canadien fonctionne à merveille parce qu’il sait s’adapter aux circonstances. C’est tellement vrai, qu’à la page 2 on peut lire : « La période 1867-1967 constitue réellement la mesure-étalon de l’histoire du Canada. »

    Il ne faudrait pas s’imaginer que le ton va changer pour 2017à l’occasdion de la célébration du Cent cinquantième anniversaire du Canada contemporain. La « canadianisation » n’est que le miroir du construit historique forgé par le Canada-Anglais sous l’impulsion des Anglo-saxons qui se sont établis dans les colonies du British North America. Ce n’est donc pas un hasard que la constitution de 1867 porte le nom British North America Act ou Acte de l’Amérique du Nord britannique (AANB).

    Que se passe-t-il du côté du Québec ? C’est le fouillis de l’action politique indépendantiste. Après cinquante années de débats, nous sommes loin d’un message aussi clair de la part des nationalistes québécois. Chacun à sa formule à soi. Participer à établir un chemin critique commun n’effleure même pas leur esprit. Ils devraient travailler à bâtir l’unité québécoise mais aucun créneau ne peut les satisfaire. Ils vivent dans la politique-domaine-des-rivalités-partisanes.

    Les images fortes sur le discours indépendantiste seront comprises quand les péquistes eux-mêmes commenceront à sortir de leur dôme souverainiste nébuleux. Les images fortes viendront quand les concepts de l’indépendance politique du Québec seront communiqués avec clarté. Sinon, ce sera la continuelle ambivalence et les mêmes sempiternels discours de souveraineté-association assorties aux événements circonstanciels.

    La création de l’Institut est urgente. Mais il lui faut une équipe aguerrie qui sait de quoi elle parle lorsqu’elle cherche et discute d’indépendance POLITIQUE du Québec.

    Sommes-nous prêts à reconnaître que le mouvement indépendantiste n’a pas la préparation suffisante pour faire face au bloc canado-anglo-saxon ? Sommes-nous prêts à reconnaître qu’une nation annexée dans une fédération fortement centralisée peut s’en tirer à bon compte sans un centre de commandement bien en place ? Un tel organisme pourrait travailler en fonction surtout de mettre le réflecteur de l’indépendance au vu et au su du public au Québec. Il pourrait le faire d’une manière continue et soutenue au même titre que le Canada le fait pour déposséder les Québécois de leur volonté de désirer l’indépendance complète.

  • Peter Benoit, 8 février 2016 10h39

    Excellent texte qui me rejoint à 100% et, particulièrement, les contributions de Messieurs Barberis-Gervais et Pomerleau.

    Même si les conditions ne sont pas les mêmes, les Québécois auront un important rendez-vous avec l’histoire en 2018 qui s’apparente avec 1960...

    Pour moi, le référendum n’est qu’une carte de crédit "politique" à taux d’intérêt élevé, dont on se sert pour repousser continuellement la bonne gestion "politique" en face d’un Canada qui "serait plus démocratique que vous ne le croyez" dixit Banque Scotia.

    Pour les référendistes, on a qu’à augmenter la limite de crédit et tenir autant de référendums jusqu’au moment où le Canada va tirer la "plogue" une fois pour toute.

  • Jean Claude Pomerleau, 8 février 2016 10h10

    La souveraineté, une affaire d’État (2)

    M Lévesque et Parizeau, deux grands figures de références dans l’apparition de l’État du Québec lors de la Révolution tranquille.

    Piégés par la suite dans la logique référendaire, à leurs grands préjudices et celle de la nation :

    De l’État du Québec

    "Nous possédons un levier commun, notre État du Québec. Nous serions coupables de ne pas nous en servir. » Jean Lesage

    « le seul levier dont les Québécois disposent, c’est leur État » « L’État le meilleur d’entre nous » (René Lévesque)

    « L’action de l’État est une conquête sans cesse renouvelée de sa compétence sur son territoire » (Charles Chaumont)

    « Nation : un peuple en possession d’un État" (K. Deutsch)

    « L’histoire mondiale ne retient que les Nations qui se sont constituées en États » F.W. Hegel

    Lors de la Révolution tranquille : « L’État devenait ce qu’il faisait » et se « dressait contre l’État canadien » (G. Bergeron ». Ce qu’il faisait c’était la souveraineté, ce qu’a très bien compris P E Trudeau : « Fini les folies » ; et, J. Chrétien : « Avec le recul, le référendum apparaît comme la plus grande erreur du Parti québécois. Jusque-là, sa stratégie avait été extrêmement efficace pour le Québec et extrêmement dangereuse pour le Canada. (Dans la fosse aux lions, 1985).

    Loin de moi de vouloir critiqué M Lévesque et Parizeau pour chercher un responsable de l’échec de la stratégie souverainiste. Ultimement on le trouve dans la provincialisation des esprits, résultant de l’annexion de 1763 (M. Séguin).

    Je fais simplement le constat que M Lévesque s’est piégé dans la logique référendaire, et son idéal démocratique de tenir’une promesse d’en tenir un dans le premier mandat, même en le sachant perdants. Il consacrait ainsi un affaiblissement des rapport de forces de l’État du Québec. En résulte la Constitution de 1982, extrêmement préjudiciable à la nation.

    M Parizeau, lui aussi fut victime de sa logique référendaire. C’est ce qui explique qu’il a démissionné suite à la défaite référendaire de 1995. Il le regrettera plus tard, voyant le préjudice que son départ à causé à la continuité de l’État du Québec (particulièrement désastreux pour Hydro Québec)..

    La grande question que je me pose : pourquoi deux grandes figures de notre histoire qui avaient compris que l’État du Québec « pouvait agir avec envergure » (M Sauvé), vont l’abandonné le véhicule de l’État pour une démarche souverainiste inscrite dans le registre de l’idéal ? Oubliant que la souveraineté est une affaire d’État.

    Et que signifie à cet égard :

    « L’État, la voie royale » ( PK Péladeau)

    JCPomerleau

  • Pierre Bouchard, 7 février 2016 23h08

    Bonjour M. Verrier,

    Je considère M. Parizeau comme étant le plus grand homme d’État que le Québec ait connu et, comme nous tous, je lui suis reconnaissant pour tout ce qu’il a fait pour son peuple depuis les années 60.

    Un an avant le référendum de 1995 il avait dit que s’il le perdait, il démissionnerait, et c’est ce qu’il a fait. Mais vous avez raison, étant en charge des affaires de l’État, il aurait dû se battre, il en avait les moyens. M. Barberis-Gervais a exprimé clairement le discours qu’il aurait dû tenir.

    M. Parizeau a dit il y a quelques temps qu’il regrettait sa démission vu la tournure des événements. Je crois qu’il pensait surtout au parti Québécois et au mouvement indépendantiste.

    Je crois que M. Parizeau estimait que les forces en présence ne permettaient pas le combat, que seule une victoire référendaire formelle donnait le poids suffisant pour affronter le monde anglo-saxon. Depuis 1 an aux commandes de l’État il ne voyait pourtant pas celui-ci comme belligérant dans le combat à mener, il voyait seulement son parti politique toujours sur la défensive.

    Pourtant il s’était préparé pour que l’État puisse affronter la tempête économique en cas de victoire du Oui. Il semble que la préparation sur le plan politique n’était pas aussi étoffée, il semble que le résultat serré et la tricherie de l’ennemi ne furent pas envisagés comme scénario probable.

    M. Le Hir pourrait peut-être nous éclairer là-dessus.

    Vous touchez un point central, le déni de la volonté de suprématie de l’anglosphère, le déni de la malveillance des canadians. Nos politiciens sont-ils tous si naïfs ? Ou sont-ils bêtement soumis à la pensée ambiante, du genre « encore la théorie du complot », qui interdit tout débat qui sort trop de l’ordinaire quotidien ? Ils sont comme est la population en général, le conditionnement touche tout le monde.

    Comment on change ça ? Comment d’abord se faire entendre, puis comment parvenir à ouvrir les yeux, à dire ce qui se passe au regard de notre vie collective tout en gardant l’attention des gens, donc le faire en peu de mots et avec force exemples et images ?

  • Bruno Deshaies, 7 février 2016 13h12

    L’histoire implacable et même inexorable

    Nous cherchons dans le grenier de l’histoire trop d’histoires anecdotiques. L’histoire des structures devrait nous préoccuper beaucoup plus. Quelle est cette courbe historique qui nous a fait ce que nous sommes après deux échecs référendaires ?

    La Grande histoire permet justement de découvrir ce qui reste constant, ou presque, pendant un long intervalle temporel ou le fait historique de longue durée. Ce fait, pour les Canadiens (d’hier) et Québécois-Français (d’aujourd’hui), réside dans l’ANNEXION PERMANENTE, soit la dépendance, la provincialisation, la subordination, le remplacement, bref la superposition accompagnée de nombreuses privations et d’incompréhension. C’est ce qui permet de faire vivre au Québécois de se sentir toujours à la croisée des chemins. Le doute sur son avenir est profond et ambiguë parmi tous les nationalistes de tous les camps.

    Nous nous enivrons dans l’Actuel au point de ne comprendre ni l’Actuel ni le Passé et encore moins le Présent ainsi que les forces qui contraignent le Futur, c’est-à-dire la courbe historique qui nous maintient dans le corridor étroit du fédéralisme. Nos adversaires le savent. Ils exploitent la brèche au maximum avec des moyens 100 fois plus grand que les nôtres. La prépondérance de la plus grande force l’emporte. Elle crée des inégalités, des restrictions et à la limite l’élimination. Brève explication de Maurice Séguin dans Les Normes :

    Énoncé  : Nécessairement la force l’emporte [en histoire].
    Explication  : Non pas la seule force brute (du nombre par exemple), mais la force prise dans le sens le plus général : à la fois force matérielle et intellectuelle ; force servie par les circonstances de temps et de lieu, etc.

    En outre, pour le groupe prépondérant, le terreau québécois est propice à cette pente atavique.

    La « canadianisation » anglo-saxonne a 255 ans d’histoire. Elle oblige le Canada à maintenir sa distinction par rapport aux États-Unis. Partant, il a besoin de consolider l’unité canadienne à tout prix. Elle sait qu’elle doit maintenir la pression pour « diviser », les Québécois. Ce nationalisme a des racines historiques tenaces.

    Le PQ doit prendre en considération l’Histoire avec un grand H. Il semble qu’il vit plutôt dans le Présent, le court terme et le rêve. Il faut rêver.

    Est-ce que le PQ sous la direction de Pierre Karl Péladeau saura réaliser son objectif d’indépendance politique du Québec ? Bien malin celui qui pourrait répondre maintenant à cette question. La grande politique publique « national » (par opposition à « social ») de l’indépendance quant au statut fondamental du Québec (« État français, souverain, jouissant de la reconnaissance internationale ») exige une forte coopération nationale au Québec et des idées claires sur l’indépendance des nations. Il ne faudrait surtout pas que ce soit la « canadianisation » de l’indépendance, soit de la perpétuation de l’annexion – de la provincialisation.

    Sans des concepts nouveaux, aucune opération de marketing ne parviendra à modifier la donne fédéraliste proclamée des avantages d’être dans la fédération la « plusse » meilleure au monde. Est-ce le « déni de la volonté de suprématie anglo-saxonne » qui est l’obstacle majeur à l’indépendance ou le fait d’être fédéré, c’est-à-dire de subir une annexion politique, économique et culturelle ? Il faudrait mieux parler du partage des pouvoirs et des servitudes que subit le peuple minoritaire sous les aspects politique et budgétaire. La centralisation ou la suprématie anglo-saxonne n’est qu’un sous-produit politique, un à-côté important de 1867. Cependant, il n’est pas la cause de nos difficultés, car la centralisation la plus désastreuse c’est celle-là même qui est contenue dans le régime législatif de 1841 et dans le régime de l’union fédérale de 1867, puis celui dans la Loi constitution du Canada de 1982, dont la Partie I est consacrée à La Charte canadienne des droits et libertés. La centralisation est donc contenue in se dans le régime d’union fédérale canadien. Cet obstacle majeur à l’indépendance du Québec doit être levé. En ne perdant pas la fin-en-vue, les moyens pour y parvenir devront être scrutés à la loupe. Le chemin critique pour parvenir à la FIN doit être analysé minutieusement. Ce problème va dépasser les messages publicitaires pour modifier la donne dont nous avons fait allusion ci-devant.

    Les équipes et les attachés politiques qui entourent le Chef du Parti québécois et aussi Chef de l’Opposition officielle à l’Assemblé nationale, pourraient méditer ce jugement de l’historien Maurice Séguin sur la situation d’une nation minoritaire.

    « Être minoritaire dans le gouvernement central à 45%, à 36%, à 25% ou à 23%, voire même à 20%, ne fait pas grand différence. Car dès qu’un peuple est mis en minorité, à cause même du partage à l’intérieur d’un régime fédéral, la réalité du pouvoir central lui échappe. »

    Au final, les Québécois comme nation minoritaire ne possèdent qu’une emprise limitée sur un rouage provincial aux compétences restreintes et aux pouvoir de taxation encore plus réduites à cause de l’union économique canadienne détenue par le Canada-Anglais et les effets de la mondialisation.

    Vouloir détenir un État souverain pour les Québécois serait la plus grande réussite collective du Québec-Français.

  • Marcel Haché, 7 février 2016 10h40

    Puisque vous me citez, Gilles Verrier, permettez-moi d’ajouter ceci : la trahison péquiste la plus grande et la plus déterminante fut d’avoir tenu le premier référendum, celui de 1980, malgré que les chiffres n’étaient pas là.

    En effet, une proportion de 60-40 % n’aurait jamais dû autoriser un gouvernement séparatiste responsable d’aller de l’avant. Fallait savoir…Si le gouvernement ne savait pas, fallait pas y aller… Le véritable cran politique aurait consisté simplement, tout simplement, à ajourner la tenue du référendum, plutôt que de Nous engager à Nous humilier Nous-mêmes. S’en est suivi un jour le référendum de 1995, un remake du premier.

    Dès le premier référendum, pendant la campagne référendaire elle-même, au vu des résultats, véritablement accablants, il est facile maintenant d’affirmer que le West Island s’était pointé (seulement) le bout du nez pour gagner. Ce n’est pas depuis 1995, mais bel et bien depuis 1980, que le P.Q. est entré dans une formidable spirale descendante.

    Même si c’est difficile pour les plus jeunes de l’imaginer : jusqu’au référendum de 1980, l’action et le discours du P.Q. s’inscrivaient dans une spirale politique ascendante, irrésistible, une spirale de winners…

    Qu’en 2016 certains persistent encore avec cette immense prétention que nous serions dans une spirale ascendante, spirale politique autorisant à tout miser sur un troisième référendum, voilà qui témoigne certes d’une immense fidélité, mais qui témoigne aussi d’un immense Déni. Les chiffres sont encore moins là qu’ils ne l’étaient à l’époque.
    Voilà aussi l’immense défi posé à Vigile…car Vigile est restée immensément fidèle, plus même que le P.Q. lui-même…

    Salutations.

  • Jean Claude Pomerleau, 7 février 2016 00h25

    La souveraineté, une affaire d’État

    « Il n’y a pas de politique qui vaille en dehors de la réalité » Général De Gaule

    « le plus grand dérèglement de l’esprit consiste à voir les choses telles qu’on le veut et non pas telles qu’elles sont ». Bossuet

    G. V. : « Il (Le PQ) a refusé jusqu’ici de s’engager sur la voie étroite d’une plus grande responsabilité nationale, qui l’obligerait d’examiner avec rigueur l’échec de l’aventure référendaire de 1995. ».

    Je vous confirme de source fiable qu’en haut lieu, la question de départ de l’Institut de recherche scientifique et appliquée sur l’indépendance est justement celle-là : qu’est-ce qui n’a pas marché en 1995 ?

    Certains soutiennent que, la contestation du processus vicié par la tricherie ou un autre référendum express gagnant celui-là, aurait pu changer le cours de l’histoire. C’est là s’accrocher à une vision idéale de la politique, ce qu’elle n’est pas, surtout pas sur un tel enjeu.

    Pour répondre à la question qu’est-ce qui n’a pas marché en 1995, il faut sortir de ce cadre conceptuel de l’idéal démocratique pour comprendre que nous sommes dans des affaires d’États.

    L’État, que Lionel Groulx nous avait promis en 1937 ; qu’il nous a livré en 1960 : l’État de facto (de fait) de la Révolution tranquille. L’état que les souverainistes ont abandonné pour partir en quête d’un pays fantasmé. Ce faisant perdant contact avec toute doctrine d’État, laquelle est l’assise d’une doctrine politique claire.

    Erreur historique d’où le cul-de-sac actuel.

    Eussions-nous eut une doctrine politique claire nous aurions compris que pour en arriver à un changement de statut il faut réunir 2 conditions :

    1- Faire reconnaître notre statut par les autres États souverains.

    Les positions des principaux acteurs étatique (1995) sont maintenant connues : Paris (Chirac) allait reconnaître les résultats et attendre la déclaration indépendance pour reconnaître le nouveau statut.
    Washington (Clinton paper) prenait acte du résultat et nous renvoyait négocier avec Ottawa dans le cadre de la doctrine constitutionnelle.
    Londres (La Bataille de Londres) allait reconnaître le nouveau statut s’il n’était pas contesté et si Québec exerçait son pouvoir (effectif) sur son territoire. Dans les faits Londres nous renvoyait négocier avec Ottawa dans le cadre de la doctrine constitutionnelle. Bref, un rapport de force directe avec Ottawa,puisqu’il n’allait pas reconnaître les résultats.

    (Pendant ce bras de fer avec Ottawa. La deuxième condition allait devenir hautement problématique).

    2- Rendre effective notre décision sur notre territoire.

    Ottawa allait ouvrir le scénario de la partition du Québec. Une dynamique politique d’une gravité extrême contre laquelle, les idéalistes de la souveraineté n’avaient aucune parade, ni plan contingent. Le camps du Non a refusé d’évoquer ce scénario proposé par Chrétien dans la campagne de 1995. Mais dès 1996, l’État canadien en a fait sa menace pour éviter que les souverainistes reviennent à la charge. Depuis le référendum est devenu un repoussoir que les libéraux agitent pour se maintenir au pouvoir au grand préjudice de la nation.

    Qu’est-ce qui n’a pas marché en 1995 ?

    Depuis le début le projet souverainiste a été inscris dans le registre de l’Idéal, le même que les Patriotes, avec les même résultats : deux ans après les 92 résolutions, et le rapport de force défavorables : l’Acte d’Union de 1840. Deux ans après la défaite référendaire de 1980 : La Constitution de 1982. Deux changements de statuts qui participent du même objectif : l’assimilation de notre nation.

    Il est temps de sortir les idéalistes du QG.

    Pierre Karl Péladeau dès son arrivé a donné des signes encourageants pour nous sortir de la fixation référendaire : « l’indépendance est un processus, le référendum une formalité ». A-t-il compris la portée de cette position : ce n’est pas le référendum qui mène à la souveraineté mais, bien la souveraineté (de facto) qui mène au référendum (de jure). Autre déclaration fondamentale inspirée par le départ de M Parizeau : « L’État la voie royale ».

    Reste à voir si nous allons enfin revenir à l’État, le véhicule du projet et dont le contrôle est le véritable enjeu de la politique.

    De là on pourra se doter d’une doctrine d’État, assise d’une doctrine politique claire. Car, ne l’oublions pas :

    La souveraineté est une affaire d’état.

    JCPomerleau

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