«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

En reprise : comme quoi les choses changent peu

La burka canadienne

Tribune libre de Vigile
mardi 23 mars 2010
2 099 visites 7 messages

Le débat sur les accommodements, sous-produit du multiculturalisme, n’est pas près de s’éteindre. Ceux qui pense y mettre fin avec l’adoption d’une Charte de la laïcité québécoise, laquelle reflèterait les valeurs communes et baliserait la problématique pour de bon, se trompent. Cela ne sera pas si simple. Le débat entre le multiculturalisme, l’interculturalisme et la laïcité ouverte ou fermée serait tout-à-fait académique selon M. Joseph Facal. Peu importe l’issue de ce débat, ce qui fait force de loi, c’est le multiculturalisme comme doctrine politique enchâssée dans la Constitution de 1982 :

(...) "Auparavant, la Cour d’appel du Québec avait donné tort aux parents du jeune sikh qui voulait porter son couteau sur lui à l’école, mais la Cour suprême du Canada avait ensuite cassé la décision pour les mêmes raisons.

Le multiculturalisme n’est donc pas qu’une théorie parmi d’autres, mais la doctrine juridico-politique que les tribunaux canadiens sont OBLIGÉS d’imposer.

(...) "..., l’article 27 de la Charte canadienne stipule que les jugements rendus doivent « concorder avec l’objectif de promouvoir le maintien et la valorisation du patrimoine multiculturel des Canadiens »."

(...) "On peut se raconter toutes les histoires que l’on veut sur la capacité du Québec de « choisir » ses immigrants et de gérer à sa convenance la diversité culturelle. Dans les faits, le pouvoir ultime échappe au Québec : être une province entraîne de vraies conséquences."

http://www.josephfacal.org/l%C2%ABinterculturalisme%C2%BB-ce-fantome/

Pour sortir de cette contrainte, certains sont d’avis que l’Assemblée Nationale pourrait utiliser la clause dérogatoire pour adopter une Charte de la laïcité québécoise qui s’appliquerait, nonobstant la Charte de Trudeau. Or, il est temps de tirer cette situation au clair, ce choix n’existe pas :

"Cette clause n’est pas sujette à la clause dérogatoire de l’article 33, c’est-à-dire qu’on ne peut pas s’y soustraire." (Me Pierre Cloutier)

Quelqu’un peut-il aviser les intellectuels qui imaginent des solutions "dans le système" qu’en fait elles n’existent qu’en "dehors du système".

Conclusion : peu importe ce que souhaite les 7 millions de tuques du Québec, ce sont les 9 perruques de la Cour Suprême qui décideront tant et aussi longtemps que la Constitution de 1982 et la clause d’interprétation de la Charte de Trudeau s’appliqueront. Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’avec le multiculturalisme, le peuple du Québec disparaît sous la burka canadienne !

Comment y échapper ?

Au nom du principe d’équivalence, nous ne pouvons opposer une simple Charte de la laïcité provinciale à une Constitution d’État. Il nous faut donc opposer notre propre Constitution à une autre Constitution. Il faut donc que le Québec se dote de sa propre Constitution d’État (et non de province), incluant une Charte des droits, une Charte de la laïcité et un Code de citoyenneté. Cette Constitution pourrait être adoptée, dans un premier temps, sous réserve des articles 41 et 45 de la Constitution canadienne ; elle contiendrait une clause de rupture à être activée en temps opportun. Certains pensent qu’il faut plutôt attendre le lendemain du Grand Soir pour se doter d’une Constitution d’État, sinon on s’enferme soi-même dans la cage à castor canadienne.

Je suis plutôt d’avis que la vaste consultation publique menant à l’adoption de notre propre Consultation d’État (et non de province) serait l’occasion d’un exercice pédagogique extraordinaire, lequel permettrait au peuple de dessiner les contours plus précis d’un pays ; un pas concret vers la rupture. Il est entendu que l’Assemblée Nationale postulerait que notre Constitution a préséance sur la Constitution canadienne, suivant en cela la posture prise dans l’adoption de la Loi 99 qui répudiait la Loi C 20. Il est à prévoir que cela mènerait à un conflit de légitimité entre les deux Constitutions. C’est ici que la clause de rupture prend toute sa pertinence ; le peuple aurait alors à trancher et faire un choix entre une Constitution qui lui fut imposée et celle qu’il se serait donnée démocratiquement. Le choix n’aura jamais été aussi clair. Bref, il y a là un positionnement stratégique obtenu sans grand risque.

Et une chance réelle d’échapper à la burka canadienne !

Commentaires

  • André Gignac, 16 mars 2015 12h10

    Monsieur Pomerleau

    Le pays nous l’avons, le Québec n’a qu’à officialiser son statut de pays par une déclaration officielle et unilatérale d’indépendance suivi de... (je ne veux pas me répéter) lors de la prochaine élection au Québec advenant que le PQ prenne le pouvoir évidemment. Aura-t-il le courage de poser ce geste ? Ça reste à voir.

    Avez-vous essayé de me piéger, en sortant ce vieux texte qui date de 2010, dans lequel j’ai signé un commentaire ? Vous saurez que ma pensée politique a évolué depuis ce temps. Mes commentaires ne sont pas alambiqués, compliqués et ils sont faciles à lire. Autrement dit, je ne joue pas double jeu ; les gens perçoivent assez rapidement que je suis un indépendantiste et non un fédéraliste qui joue double jeu.

    André Gignac 16/3/15

  • Laurent Desbois, 16 mars 2015 10h32

    Le progressisme à géométrie variable du NPD

    http://quebec.huffingtonpost.ca/mario-simard/le-progressisme-a-geometrie-variable-du-npd_b_6865172.html

    Or, dans le débat qui touche le voile intégral, pouvez-vous me dire comment le NPD, qui se dit progressiste, peut défendre la position de la cour Suprême ?

    Certainement pas en affirmant que le voile intégrale permettra aux femmes une meilleure intégration et de s’épanouir au sein de la société québécoise. En utilisant comme paravent la liberté de conscience pour justifier sa position, le NPD démontre un progressisme à géométrie variable, dont la configuration dépend du clientélisme politique. Se dire progressiste au NPD c’est un slogan politique commode, un pitch qui permet de se différencier du parti Libéral.

    Ce qui est très ironique puisqu’en adoptant cette position, le parti accorde un soutien tacite à une conception identitaire radicale qui vise à minoriser les femmes et à diviser les musulmans entre eux.

  • André Gignac , 16 mars 2015 10h02

    Monsieur Pomerleau

    Ça fait 33 années que Trudeau nous a sortis du Canada avec son rapatriement unilatéral de la constitution "canadian" sans notre accord et sans la tenue d’un référendum et nous ne comprenons pas encore ce qui s’est passé. Il faut le faire ! Je vous le dis, il y a des chefs au PQ qui ont dormi sur la "switch" par peur de la liberté depuis 1982. Mais que voulez-vous, lorsque vous êtes atteint du syndrome de Stockholm, la guérison est très longue à venir.

    Et durant ce temps, les fédéralistes continuent à nous faire peur avec les mots référendum et clarté référendaire et nous embarquons dans ce jeu. Avec notre vieux fonds judéo-chrétien, ils savent comment nous culpabiliser. ASSEZ, C’EST ASSEZ ! Passons à autre chose en faisant une déclaration unilatérale d’indépendance à la prochaine élection ; écrivons une constitution québécoise à être votée et approuvée par le peuple et demandons une reconnaissance internationale point à la lettre. Est-ce assez clair ?

    Moi, je n’embarque plus dans ce jeu ; je n’ai plus d’énergie à perdre. Sortons-en une fois pour toute ou crevons dans le Canada, est-ce assez clair une autre fois ? Bonne chance Vigiliens, j’ai mon voyage de me répéter, j’ai tout dit. L’immigration démesurée actuelle va bientôt décider de notre avenir si nous ne nous prenons pas en main rapidement.

    André Gignac 16/3/15

  • Patrice-Hans Perrier, 15 mars 2015 20h45

    Messieurs Pomerleau et Le Hir,

    J’abonde à 100 % avec vos dires.

    Sur le même thème, j’aimerais vous confier que j’ai profité d’une petite période de questions réservées au journalistes, à la fin d’une conférence donnée par PKP aux HEC, samedi dernier, pour lui demander ce qu’il en pense ... de ce chantier constitutionnel.

    Et, la trop brève réponse qu’il m’a servi laissait entrevoir ceci :

    ... sans vouloir ouvrir les guillemets, je dirais que PKP est conscient de l’urgence et de l’importance d’un tel projet ...

    mais, on dirait que d’autres agendas, mis de l’avant par les huiles du PQ, viennent diluer le débat.

    Sérieusement, il faudrait que Vigile au grand complet MARTÈLE cette question dans les prochains mois qui viendront.

    JE suis inspiré par cet article et je vous prépare quelque chose sur la question. Pour bientôt.

    Bravo pour cet article pertinent et concis !

  • Jean Paul Tellier, 24 mars 2010 11h25

    Avant d’en arriver au bonheur terrestre faudrait une résurrection de l’hormone « fierté » chez les provincialistes francophones du Québec.

    Au Québec,la question de « l’affichage religieux » soulève les passions et polue les médias pendant que la problématique de l’affichage de la langue française fait silence de mort et indifférence des francophones .

    Si les québécois ne réussissent pas à « s’afficher linguistiquement » MAINTENANT,l’éveil d’une majorité de québécois aux messages des Vigiles n’arrivera pas .

  • André Gignac, 24 mars 2010 10h36

    Monsieur Pomerleau

    J’entérine à 100% ce que vous énoncez dans votre texte. Ce débat aurait l’avantage, en plus, d’éveiller le vrai sens national du Québec chez les citoyens québécois qui, présentement, fait défaut à cause ce cette confusion identitaire causée par ce bordel fédéraliste et multiculturaliste canadien. Bon texte !

    André Gignac le 24 mars 2010

  • Richard Le Hir, 24 mars 2010 10h02

    M. Pomerleau,

    Vous m’enlevez les mots de la bouche. Je me proposais justement d’écrire un texte dans le même sens que le vôtre après le dépôt du projet de loi sur les accommodements qui a été annoncé pour aujourd’hui.

    Les conseillers de Jean Charest ne sont manifestement pas des joueurs d’échecs. Ils ne semblent pas avoir compris la façon dont les chartes interagissent, et ne voient pas le piège qu’ils sont en train de tendre à leur propre camp.

    En effet, leur projet de loi étant inconstitutionnel ab initio, ils se trouveront à faire eux-mêmes la démonstration que les valeurs des Québécois ne peuvent pas être défendues dans le cadre constitutionnel actuel. Quelle aubaine ! Espérons que l’Opposition saura rapidement saisir cette perche.

    La seule façon de régler le problème, c’est que le Québec élabore sa propre constitution, et de préférence hors du contexte fédéral s’il veut éviter de la voir invalidée par la Cour suprême.

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