«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

La France a fondé le Canada.

Pourquoi la France a intérêt à la liberté du Québec.

Chronique de Loup Viallet
vendredi 28 juillet
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Préambule

En 2017, quand le premier ministre du Canada Justin Trudeau fête le « 150e anniversaire du Canada » sous les félicitations du président français Emmanuel Macron, tous deux tiennent sous silence l’existence du Québec et l’histoire des Canadiens français. Pour les deux jeunes chefs, l’heure n’est plus au développement des nations mais à la constitution de grands espaces de libre-échange, à la progression du multiculturalisme et à l’avènement du ‘‘globish’’ dans les affaires et la vie quotidienne. Avec la signature du CETA ou AECG, le président Macron a trouvé un nouvel allié à ses vues, en la personne du PM Trudeau.

Il y a cinquante ans le président de Gaulle choisissait à l’inverse de célébrer un nouvel allié de la France en Amérique du Nord, le Québec, liant sa liberté aux intérêts de la France.

La France a fondé le Canada.

Aux XVIe et XVIIe siècles, les voyages de Jacques Cartier et sa reconnaissance du fleuve Saint-Laurent au nom de François Ier, l’installation de la ville de Montréal par Maisonneuve, le développement des bases d’un Etat civil et militaire par Samuel de Champlain aménageaient cette magnifique province royale que fut la Nouvelle-France. De Tadoussac à la rivière des Outaouais une société organisée émergea où s’affairaient coureurs de bois, négociants, militaires, prêtres, armateurs, marins. La paix était préservée par de Grandes Alliances nouées avec les Amérindiens, aussi Algonquins et Hurons furent longtemps nos frères d’armes.

Mais l’Atlantique n’était pas le seul obstacle qui séparait la Métropole du jeune Canada Français.

Pendant que les guerres européennes concentraient l’essentiel des efforts militaires et de l’attention de l’Etat royal, l’Empire britannique entreprenait une vaste colonisation de l’Amérique du Nord, en conflit direct avec nos positions dans les Rocheuses et le golfe du Mexique, occupant bientôt la Louisiane, déportant les francophones d’Acadie. Nos alliances avec les Indiens ralentirent la conquête d’une guerre que les Anglais appellent encore "la guerre contre les Français et les Indiens" sobrement connue chez nous comme "guerre de Sept Ans". Elle se solda après la bataille des plaines d’Abraham et le traité de Paris, par l’asservissement des Canadiens français et la séparation avec la France.

Sitôt dépossédés des forces et de la légitimité d’un Etat, les Canadiens français devinrent les parias du régime colonial britannique, le martyr du grand résistant et protecteur des Métis Louis Riel en atteste tragiquement. Méprisés, humiliés, qualifiés de « race inférieure » aux Anglais dans les doctrines officielles de leurs gouverneurs généraux, prisonniers d’institutions étrangères, ils demeuraient irréductibles aux politiques d’assimilation à la langue, à la religion, à la culture des Britanniques.

La Révolution française, la geste napoléonienne et un siècle bouillonnant masquèrent aux Français la rébellion des Patriotes ou même la création politique de la confédération canadienne en 1867, qui marginalisait les francophones dans un dominion britannique. En France la IIIe République, qui naquit trois ans plus tard, dirigera sa politique ultramarine en Afrique du Nord, en Afrique Noire, en Indochine, plutôt que sur un continent américain soumis très tôt à la politique isolationniste des Etats-Unis au XIXe siècle.

Les premières retrouvailles n’en furent pas : des Canadiens français combattirent aux côtés de soldats français pendant les deux guerres mondiales, mais les deux peuples demeuraient sans lien officiel.

En 1967, lorsque le premier président de la Ve République française se rend sur le balcon de l’hôtel de ville de Montréal, ce n’est pas pour célébrer le centième anniversaire de la Confédération canadienne. Il est venu pour s’adresser à un peuple familier des Français, par sa langue et son histoire, qui connaît dans les années 1960 une prospérité et une puissance nouvelles, dont le gouvernement fédéral canadien minorise l’existence.

Avec ces quatre mots « Vive le Québec libre ! » clamés fièrement devant les caméras du monde entier, de Gaulle, en nouant un lien avec un jeune peuple à l’histoire déjà ancienne, reconnaissait au nom de la France le droit à la liberté d’une nation-sœur.

Championne de la liberté du Québec, la France du général de Gaulle n’a cessé d’œuvrer au rapprochement des deux peuples en instituant une coopération dans tous les domaines. Cette initiative limitait l’influence anglo-américaine sur la société québécoise en application du principe de non-alignement cher à la politique étrangère gaulliste, pour mieux souligner le rayonnement mondial des francophones. Chemin faisant, la France est devenue un des premiers partenaires culturels et commerciaux du Québec, beaucoup de Français y travaillent, y étudient.

En préférant travailler à l’intégration économique de l’Union européenne et du Canada anglophone et libéral de Justin Trudeau, le président Macron affirme que son monde n’est ni celui des francophones, ni celui des nations. « Vive le Québec libre ! » exprime tout l’inverse.

Commentaires

  • Viallet, 17 août 14h35

    Il y eut des Français du Canada, qui s’appelèrent eux-même "Canadiens-Français" jusqu’à Duplessis et même pendant la Révolution Tranquille qui nationalisa leur identité sous le nom de "Québécois".

    Quant à la République, elle rompt de 5 manières différentes (jusqu’à présent) avec la monarchie, mais elle n’a jamais fait disparaître la France, ni son histoire.

  • Muriel, 11 août 03h51

    macron ( sans majuscule car cela se mérite ) a déclaré vouloir en finir avec la francophonie !! Pour lui c’est une abbération !! Une insulte pour ceux qui y sont soumis, car cela leur rappelle à chaque instant, combien nous fûmes, nous les français d’odieux colonisateurs !!

  • Francis Robillard, 10 août 23h38

    La France n’a pas fondée le ’’Canada’’ (dominion of Canada 1867), mais le Canada de la Nouvelle-France (1608-1763). Il n’y a pas de continuité en les deux, mais une rupture complète avec 104 ans d’écart.

    Il n’y a pas de ’’Canadien-Francais’’, une désignation, qui était une insulte, apparut après 1840 et le rapport Durham, traduite de french-canadian, surtout qu’après qu’une bande de libéraux, le parti faussement appelé Patriote aient totalement saboter les rapports de forces des descendants canadiens de la Nouvelle-France (400 000 habitants) et être mis en pièce par moins de 2 500 soldats et des partisans du Doric club. Des événements qui mirent la table pour ce qui est la plus grande fraude électorale de notre histoire et un coup d’État, le second après avoir coupé notre territoire en deux en 1791 au profit des réfugiés loyalistes, les United empire loyalists.

    Je sais bien que cela fait un petit velours à des citoyens de la république anti-française que notre résistance soit aussi la leur, quelque chose comme un air de famille, mais nos ancêtres ne se disaient pas canadien-français, ils le savaient qu’ils étaient Français. Ceux qui se font appeler canadien-Français, ne sont que les descendants dégénérés, assimilé du dominion des britanniques, du dominion of Canada, ayant perdu tout liens avec leur histoire et en embrassant une autre, falsifiée, tout comme celle des républicains de l’hexagone, citoyen de papier, qui n’ont avec la nation Française qu’un le partis pris, celui de l’étranger, comme celui du dominion dont ils se sentent si proche qu’ils en revendiqua une paternité, ce qui serait risible si ce n’était aussi pathétique.

    Comme aurait pu le dire Lionel Groulx, entre monarchiste français et québécois il y a une certaine idée de la nation, il n’y a qu’un océan et cela se traverse sans difficultés, mais entre la république et le Québec, il y a une mer de cadavres et cela ne passe pas.

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