«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

La FFQ fait fausse route

Le Mouvement Laïque québécois ( MLQ) réprouve la position de la Fédération des Femmes du Québec ( FFQ) qui s’est prononcée contre l’interdiction du port de signes religieux au sein de la fonction et des services publics québécois.

Tribune libre de Vigile
lundi 11 mai 2009
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Texte publié dans Le Devoir du mercredi 13 mai 2009

La FFQ fait fausse route
(version intégrale)

Le Mouvement Laïque québécois ( MLQ) réprouve la position de la Fédération des Femmes du Québec ( FFQ) qui s’est prononcée contre l’interdiction du port de signes religieux au sein de la fonction et des services publics québécois.

La formule choisie par la FFQ ne clarifie rien. L’expression « s’opposer à l’interdiction » est en soi ambiguë. Cela peut signifier que la FFQ est en faveur du port des signes religieux au sein de la fonction publique et pourrait éventuellement faire la promotion de cette pratique. Cela peut aussi signifier que la FFQ est satisfaite de la situation actuelle et comme aucune règle précise (lois, normes du travail ou charte de la laïcité) n’est encore établie au Québec, il n’y aurait donc nul besoin de légiférer pour clarifier la situation.

La position de la FFQ embrouille d’autant plus qu’elle reprend à son compte les pires lieux communs, qui, depuis la publication du mémoire de la Commission Bouchard-Taylor, encombrent le débat public sur la laïcité des institutions publiques.

Plus déplorable encore, la FFQ justifie sa position en ayant recours au concept fumeux de « laïcité ouverte ». Comment la FFQ peut-elle, à son tour faire référence à un soit-disant « modèle québécois de laïcité ouverte » si la laïcité n’a encore aucun statu officiel au Québec ? À quelle disposition légale ou charte la FFQ fait-elle référence ?

L’emploi de cette expression a été dénoncé par les plus grands experts de la laïcité. Citons seulement, pour l’exemple, Henri Pena-Ruiz ou Catherine Kintzler qui ont pourtant bien démontré que cette expression n’est qu’un stratagème rhétorique mis au point par des militants pro-religieux dans le but de discréditer toute mise en œuvre effective et conséquente de la laïcité qui ne consentirait plus de privilèges ou de passes droits aux religieux et qui serait alors qualifiée de « fermée ».

La position de la FFQ doit cependant être dénoncée sévèrement parce qu’elle reproduit l’un des préjugés des plus nuisibles à l’intégration des communautés culturelles.

Le Mouvement Laïque Québécois a toujours affirmé que le débat sur la laïcité des institutions civiles ne doit pas être lié aux phénomènes d’immigration ou de diversité ethno-culturelle. La Commission Bouchard–Taylor, loin d’écarter le préjugé tenace voulant que les immigrants soient nécessairement plus religieux et plus en demande d’accommodements de nature religieuse que l’ensemble des québécois, a au contraire irrémédiablement lié la problématique des accommodements religieux aux immigrants et de surcroît aux immigrants arabes. Or une étude de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse[1][1] dément radicalement ce préjugé voulant que les immigrants récents fassent preuve d’une plus grande ferveur religieuse que les québécois. On apprend dans cette étude que les immigrants d’origine maghrébine sont ceux dont le taux de ferveur religieuse est le plus similaire à la moyenne québécoise.

De plus, la Commission Bouchard-Taylor a dans la conclusion de son rapport écarté la nécessité d’encadrer de manière rigoureuse les devoirs et obligations respectives des employés et des employeurs concernant les demandes d’accommodements religieux. Pourtant, une clarification des normes du travail aurait su rassurer les employeurs et les gestionnaires aux prises avec des demandes abusives ou répétées. Les commissaires ont au contraire envoyé un message inquiétant ; selon un soit-disant « modèle québécois de laïcité ouverte » un employeur devra désormais s’attendre à honorer les demandes d’accommodements religieux au nom de la tolérance envers les immigrants et de l’ouverture à la diversité culturelle.

Il est alors légitime de supposer que, dans ce contexte, un employeur évite d’embaucher des personnes dont il pourrait soupçonner ( à tort ) qu’elles puissent multiplier les demandes d’accommodements religieux, et comme ce sont les maghrébins qui ont (faussement) la réputation d’être de fervents religieux, ce sont eux qui par « prudence » seront plus souvent qu’à leur tour écartés lors de l’embauche.

Nous sommes convaincus que les commissaires, croyant donner des leçons de tolérance à tout le monde en prenant fait et cause en faveur des accommodements religieux sur demande et pensant naïvement travailler à l’intégration des immigrants, n’ont fait qu’aggraver les inquiétudes présentes dans le monde du travail et on objectivement nuit à l’intégration de ceux qu’ils prétendaient aider. La FFQ, par la position adoptée cette fin de semaine, reproduit en tout point les prémisses erronées mises de l’avant par les commissaires.

Tant que l’embauche d’un immigrant sera associée faussement dans l’esprit de tout un chacun à un risque accru d’obligation d’accommodement religieux, nous ne pourrons que craindre des reculs dans le taux d’emplois des immigrants et par conséquent déplorer la persistance de nombreux cas de discrimination.

En adoptant sa position contre l’interdiction du port de signes religieux au sein de la fonction et des services publics québécois la FFQ souhaitait favoriser l’intégration des immigrantes dans la fonction publique alors qu’en réalité, elle ne fait qu’entretenir la confusion générale au sujet du principe de laïcité, conforte dans la population les préjugés les plus tenaces envers les immigrants et aggrave ainsi les discriminations qui en découlent dans l’ensemble de la société.

Le Mouvement Laïque Québécois pense plutôt que l’intégration des immigrants et des immigrantes passe par l’instauration d’une véritable laïcité des institutions publiques et réaffirme l’importance d’un contrat social faisant état des droits et des obligations de tous les citoyens envers les institutions communes.

Au nom du Conseil national du Mouvement laïque québécois,

Marie-Michelle Poisson.

Présidente


[1] Paul Eid, La ferveur religieuse et les demandes d’accommodements religieux : une comparaison intergroupe, CDPDJ, http://www.cdpdj.qc.ca/fr/publications/docs/ferveur_religieuse_synthese.pdf.

Commentaires

  • micheline Trépanier, 20 mai 2009 00h04

    Je considère que l’article de Marie-Michelle Poisson serait une excellente base pour entreprendre une sérieuse réflexion dans chacune des circonscriptions du Québec afin d’éclairer nos élus qui auront un jour à prendre position.

    Pour moi, il est clair qu’on ne peut pas en rester à la position prise par la FFQ. Une question aussi importante ne peut pas se limiter au point de vue des 135 personnes présentes lors de l’assemblée de la FFQ. D’autant plus que nous savons qu’il y a eu des abstentions ( ça réduit encore plus l’importance de cette position) ... de plus, on aura beau avancer que parmi les 135, certaines personnes représentaient des organismes et se prononçaient au nom de leurs membres, ça ne fait pas sérieux !
    Il faudrait pouvoir croire que ces représentantes avaient clairement un mandat de leurs membres et nous savons qu’il y a un immense fossé à cet égard entre l’idéal démocratique et la réalité. Soyons calmes, ne bâclons pas les choses cette fois, ne recourrons pas au service d’une commission (on a vu ce que cela donnait)organisons-nous pour réfléchir et parler à nos politiciens. La FFQ aurait dû refuser de se prononcer sachant qu’elle ne peut prétendre représenter une majorité de femmes québécoises ! Je propose que chaque élu à l’assemblée nationale ait le mandat de consulter les gens de sa circonscription en bonne et due forme à ce sujet.Plus, une commission parlementaire avec présentation de mémoires peut-être ? Et pourquoi cette épineuse question de la laïcité serait-elle une histoire de femmes ? Vivement un débat ouvert à toutes et tous... dans le calme... le respect... et ça prendra le temps qu’il faudra !!!

  • 12 mai 2009 17h03

    Madame Poissant,

    J’ai lu votre article avec intérêt. Il est d’abord merveilleusement bien écrit, bravo. Vous savez mettre les choses en perspective et analyser la situation en tenant compte des divers aspects du problème. Je suis entièrement d’accord avec vous. J’ai transmis votre texte à plusieurs personnes de mon entourage. Merci

    Lise St-Denis, coprésidente de la Commission des femmes au NPD

  • Luc Archambault, 11 mai 2009 23h20

    Ce que j’ai compris de la position du FFQ, c’est qu’elle décidait de prendre position contre l’interdiction, mais qu’elle dénonçait aussi l’obligation du port du voile. Ce qui peut se défendre.

    Cependant, et vous avez raison de le dire cette position est ambiguë, imprécise et suspendue dans le vide. D’autant quand la dénonciation de l’obligation du port du voile est éclipsée par l’opposition à l’interdiction pour des raisons qui se défendent mais qui ne permettent en rien de résoudre le problème que pose le port du voile.

    Il faut avouer cependant que cette malencontreuse prise de position permet de remettre à l’ordre du jour cette grave question. Permet à vous et d’autres femmes de faire valoir que s’opposer à l’interdiction est loin d’être la panacée. En voulant protéger supposément les femmes qui autrement seraient contraintes de rester hors de l’espace public, on permet à ce prosélytisme débilitant de triompher dans l’espace public accréditant les thèses de ceux qui excluent les femmes de l’espace public. En somme, ils permettent à quelques femmes voilées de vivre dans l’espace public dans des sphères qui leur sont autrement interdites, pour mieux faire en sorte que les femmes demeurent plus généralement voilées de l’espace public. C’est l’antithèse du Cheval de Troie triomphant de Troie malgré tout. On pense laisser entrer dans la ville la totalité des militantes, mais en fait on ne fait entrer qu’une poignée de militantes, la majorité est exclue et doit rester à la maison. D’autant plus parce qu’on aura gagné la bataille du voile, symbole de la soumission des femmes à l’ordre mâle serviteur d’un Dieu mâle.

    Dans le doute, la FFQ aurait mieux fait de continuer de réfléchir.

    La question est... ne vaut-il pas mieux dénoncer le port du voile dans l’espace public, voire mieux, de l’interdire. Nous verrons alors s’ils persistent à exclure de l’espace public la majorité des femmes qu’ils voilent. Si c’est bien le cas, cela démontrerait justement la valeur discriminatoire du port du voile et signalerait que le prosélytisme à cet égard ne passera pas. Alors que, cette prise de position est la sanction qu’ils recherchent en militant activement pour le port du voile supposé libre depuis tant d’années.

    Quand les musulmans seront contraints aussi de porter le voile « librement », on en reparlera. Pour l’heure ce signe est sexué et sexiste.

    Tolérer l’obligation du port du voile est le Cheval de Troie qu’il leur faut pour justifier par ailleurs son obligation dans le reste du monde. « Il n’y a pas de problème puisque c’est permis en Occident ».

    La FFQ doit revoir sa position. La FFQ doit suspendre sa décision pour plus ample informé, et nous revenir avec une politique plus crédible, et mieux défendue.

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