«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Souveraineté alimentaire

L’offre alimentaire est déficiente sur l’île de Montréal

Tribune libre de Vigile
mercredi 5 février 2014
601 visites 3 messages

Je reprends, ici, un article composé à la fin du mois d’août dernier pour le compte d’un média grand public. Ce papier pointait du doigt le fait que la classe politique montréalaise ne fasse pas grand cas de la pénurie alimentaire qui frappe toujours Montréal au moment de remettre en ligne l’article en question.

Rappelons, à titre indicatif, qu’un enfant sur quatre souffre de malnutrition à Montréal et qu’il n’y a pas que les sans-abris qui fréquentent les banques alimentaires. Parler de pénurie alimentaire ne fait pas très sérieux dans une société où l’obésité est en pleine croissance et pourtant... La malnutrition est un fait qui n’est plus marginal en définitive.

Le coût du panier alimentaire augmente

Une famille comprenant deux parents et deux enfants peut facilement dépenser 200 dollars et plus par semaine au seul chapitre de la nourriture. Au vu de l’augmentation des prix au détail, un nombre croissant de denrées alimentaires devient graduellement prohibitif pour le plus grand nombre.

Le Dispensaire diététique de Montréal - un organisme qui se penche sur la sécurité alimentaire des familles montréalaises - estimait, dans une étude rendue publique en janvier 2005, qu’un individu devait débourser un minimum de 5,50 dollars par jour pour se procurer une alimentation adéquate. Cette évaluation était basée sur une structure familiale comprenant un homme de 40 ans, une femme de 39 ans, un garçon de 14 ans et une fille de 9 ans. On parle d’une facture dépassant les 150 dollars par semaine et on se demande combien le tout pourrait se chiffrer actuellement, alors que les aliments ont accusé un bond drastique depuis l’éclatement de la bulle financière en 2008-2009.

Une étude produite par l’université Guelph, en décembre 2012, prévoyait une hausse de 1,5 % à 3,5 % du prix des produits alimentaires pour 2013. Et, cette progression devrait dépasser la courbe de l’inflation ... ce qui s’avère vrai si on considère l’augmentation des hydrocarbures qui servent à transporter nos denrées alimentaires. C’est la viande qui devrait écoper le plus avec une hausse anticipée de 6,5 % à 8,5%. Les fruits et légumes n’échapperont pas à cette spirale inflationniste et leur coût devrait grimper de 1 % à 3 %... Un chiffre très conservateur au vu des périodes de pluie intense que nous avons connues cet été. Les chercheurs de l’université de Guelph estiment que les grandes surfaces alimentaires vont se livrer une guerre des prix sans merci dans les prochaines années, ce qui ne signifiera pas que les consommateurs seront gagnants en bout de ligne.

Le boom immobilier n’aide pas les choses

La Ville de Montréal estime que plus de 3500 unités résidentielles sont en train de voir le jour au centre-ville de Montréal. Les mêmes sources anticipent que la population des arrondissements centraux comptera 5200 nouvelles âmes et que l’offre alimentaire présente dans le secteur n’est pas à la hauteur d’une telle projection. Plusieurs observateurs estiment qu’il faudrait mettre en place plus de points de distribution alimentaire et faire en sorte de multiplier la variété des produits offerts. Toutefois, le boom immobilier provoque une pression à la hausse sur le prix des loyers, ce qui ne manquera pas d’affecter le prix des denrées alimentaires. La venue de nouvelles surfaces de distribution dédiées à une clientèle de gourmets fortunés n’aidera certainement pas à résorber la pénurie des points de distribution dans les quartiers périphériques. Bien au contraire. On risque plutôt de voir éclore une offre de produits haut de gamme dans le centre-ville, alors que les grandes surfaces populaires poursuivront leur exode vers les banlieues.

Les quartiers populaires écopent

C’est un fait bien connu de tous que les secteurs pauvres de la métropole sont mal desservis en termes d’offre de produits alimentaires. Et, ils pullulent. On n’a qu’à se promener dans Saint-Jacques-Sainte-Marie, la Pointe-Saint-Charles, Saint-Henri, les secteurs du Plateau éloignés de l’avenue Mont-Royal et plusieurs quartiers de Montréal-Nord pour réaliser que, trop souvent, ce sont les dépanneurs qui prennent le relais... et les produits alimentaires y sont vendus à des prix carrément exorbitants.

L’organisme Action-Gardien, a contribué à mettre en place un Comité de sécurité alimentaire à la pointe Saint-Charles. Ce comité travaille, de concert avec d’autres organismes communautaires, à mousser des avenues susceptibles d’améliorer l’offre alimentaire en faisant pression sur les pouvoirs publics pour qu’ils mettent en œuvre des politiques de soutien aux entreprises d’économie sociale et aux projets concernant les marchés en plein air et les points de vente sans intermédiaires. L’organisme dénonce, du même coup, l’abandon des anciennes artères commerciales qui servent de dessertes pour les poids lourds ou le trafic provenant de la Rive-Sud, alors qu’un nombre important des locaux commerciaux sont vacants.

Les intervenants d’Action-Gardien ont mené plusieurs enquêtes sur le terrain qui soulignent qu’un nombre croissant de citoyens âgés ou défavorisés peine à trouver des commerces situés dans un rayon de distance accessible et offrant leurs denrées à des prix abordables. D’autres organismes, présent sur le territoire des quartiers Saint-Jacques-Sainte-Marie, ont réalisé les mêmes constats, dans un contexte où un nombre grandissant de citoyens n’arrive plus à se nourrir convenablement en raison des facteurs énumérés ci-haut.

Tout le monde est touché

La situation n’est guère plus reluisante dans le Plateau Mont-Royal, un secteur pourtant huppé, alors que plusieurs commerces ont fermé leurs portes sur l’Avenue Mont-Royal. L’offre alimentaire est carrément déficitaire et la Corporation de développement communautaire ASGPs’est associé au Resto Plateau afin d’offrir des alternatives en termes de dépannage alimentaire pour les plus démunis du secteur.

Qui plus est, la vente du Marché public Saint-Jacques en 2007, un marché historique situé sur la rue Amherst dans le quartier Centre-Sud, à un promoteur privé a fait en sorte de déloger la Corporation de gestion des marchés publics et les détaillants-maraîchers qui venaient y vendre leurs denrées pour le plus grand bonheur de la population locale. On n’y a conservé que quelques détaillants de produits spécialisés destinés à une clientèle métrosexuelle. Il n’y a pas à dire, presque tous les quartiers montréalais sont touchés par un phénomène qui est loin de vouloir se résorber.

Nos politiciens et nos décideurs devront réaliser que l’offre alimentaire est intrinsèquement liée aux questions de développement immobilier, de dessertes en termes de transport et de réhabilitation des anciens faubourgs ouvriers de la métropole. C’est au moyen de politiques concertées que nous parviendrons à juguler ce phénomène inquiétant.

Lien vers mon propre site :

http://patricehansperrier.wordpress.com/2013/08/19/loffre-alimentaire-est-deficiente-sur-lile-de-montreal/

Commentaires

  • michel Guay, 11 février 2014 03h18

    Étant résident d’un de ces quartier de Montréal ou l’offre alimentaire est déficiente j’ai trouvé le moyen de COMMUNAUTO ( NB :Communauto est déjà trop cher) pour aller acheter mes produits en périphérie et croyez moi pour 200$ je me procure au moins 400$ de victuailles .
    Les citoyens doivent apprendre à magasiner .
    MICHEL GUAY

  • Michel Bélisle alias Didier, 9 février 2014 11h35

    Vous constatez monsieur Perrier qu’il n’y a pas beaucoup de commentaires en rapport avec votre article.

    Il semble que ce ne soit pas une grande préoccupation des gens que bien des Québécois ne mangent pas à leur faim.

    Ceci est le résultat de décennies à vivre sous l’emprise d’un Système qui fait la louange du chacun pour soi et du "au plus fort la poche".

    C’est pourquoi je pense que ce qui nous reste de civilisation va finir par être emporté par un quelconque cataclysme naturel comme au temps de Noé, une époque où la civilisation ne valait pas mieux, semble-t-il, qu’aujourd’hui.

  • Michel Bélisle alias Didier, 5 février 2014 21h46

    Ça fait un bout de temps que les responsables des banques alimentaires se plaignent de l’augmentation des besoins. Et le problème est à l’échelle du Québec.

    Et je suis d’accord pour dire qu’à Montréal et à Québec, c’est pire à cause des coûts de logement plus élevés qu’ailleurs.

    Ça fait longtemps aussi que M. François Saillant du FRAPRU déplore le manque de logements sociaux. Investir dans le logement social aiderait les gens à pouvoir manger.

    À quand une société où l’être humain et ses besoins priment sur le reste, argent, profits, besoins du marché etc...

    Malheureusement, on vit à une époque où l’être humain est sacrifié aux idoles.

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