«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Qui est Couillard ? Quels intérêts sert-il ?

L’intérêt des principes

jeudi 16 février

La dissidence à retardement de Charles Taylor rend aujourd’hui le même service au gouvernement que l’avait fait Renaud Lachance en se dissociant du rapport de la commission Charbonneau. Dans les deux cas, ce qui s’apparente à un acte de sabotage lui permet de justifier son inaction.

 

À en croire son ancienne députée Fatima Houda-Pepin, M. Couillard lui avait même prédit il y a plusieurs années que M. Taylor reviendrait un jour sur ses positions, ce qui aurait pour effet de cautionner les siennes. Le moins qu’on puisse dire est qu’il a bien choisi son moment.

 

Le rapport qu’il avait signé conjointement avec Gérard Bouchard en 2008 ouvrait bel et bien la porte à une éventuelle révision de sa recommandation d’interdire le port de signes religieux dans le cas des agents de l’État qui détiennent un pouvoir de coercition, comme les juges, les policiers et les gardiens de prison. «  On peut considérer que cette proposition est la plus appropriée dans le contexte actuel de la société québécoise, étant bien entendu que ce contexte peut changer avec le temps  », pouvait-on y lire.

 

C’est précisément ce nouveau contexte qu’invoquait M. Taylor dans un texte publié mardi dans La Presse +, sous le titre «  Le temps de la réconciliation  ». Selon lui, le débat sur la charte de la laïcité a eu un effet de stigmatisation qu’il ne faut pas renouveler au moment où le drame de la grande mosquée de Québec a provoqué une «  grande explosion de solidarité  » avec la communauté musulmane.

 

M. Taylor a droit à son opinion, mais il suffit de voir ce qui se dit dans les médias sociaux et les lignes ouvertes pour mesurer les limites de la solidarité qu’il évoque. Il faut être bien optimiste pour croire qu’une attitude de laisser-aller permettra aux «  déchirures du tissu social  » qu’il évoque de se recoudre d’elles-mêmes.

 

 

«  La séparation entre l’Église et l’État doit s’incarner, selon plusieurs, dans certains symboles, en l’occurrence dans l’apparence des agents qui occupent des postes qui représentent de façon tangible les différents pouvoirs de l’État. Cette attente nous apparaît raisonnable  », pouvait-on également lire dans le rapport de la commission Bouchard-Taylor. La charte de la laïcité était sans doute excessive et le drame de Québec a indéniablement frappé les esprits, mais en quoi ont-ils rendu cette attente déraisonnable ?

 

Interdire le port de signes religieux aux seuls agents de l’État en position de coercition «  représente le meilleur équilibre pour la société québécoise  », ajoutaient les auteurs du rapport. En neuf ans, la société québécoise a sans doute évolué, mais est-ce à dire qu’une telle interdiction provoquerait maintenant un déséquilibre ?

 

Qu’on soit philosophe ou premier ministre, avoir des principes ne signifie pas nécessairement avoir raison. La suffisance avec laquelle M. Couillard s’érige en juge du niveau de tolérance des uns et des autres, qu’il accuse de ternir la réputation du Québec, relève plutôt d’un complexe de supériorité morale.

 

Tout le monde reconnaît qu’il s’est comporté avec la dignité et l’humanisme qu’on attend d’un chef d’État dans les jours qui ont suivi les tragiques événements de Québec, mais force est de s’interroger sur la sincérité de ses appels à plus de modération dans le débat. Mercredi, à l’Assemblée nationale, il semblait à deux doigts d’accuser le PQ d’être responsable du climat d’intolérance dans lequel s’est inscrit l’attentat de Québec.

 

 

En politique, il est facile de confondre ses principes et ses intérêts. Le compromis auquel en sont arrivés le PQ, la CAQ et Québec solidaire, dont les positions ont longtemps paru inconciliables, aurait le mérite de mettre un terme, au moins temporairement, à un débat qui a trop duré. En se montrant aussi intransigeant, M. Couillard donne plutôt l’impression de vouloir le poursuivre.

 

Le premier ministre dit vouloir empêcher une «  dérive discriminatoire  » qui, après les policiers et les juges, étendrait l’interdiction du port de signes religieux aux enseignants et éventuellement aux baigneuses. Précisément, si l’Assemblée nationale adoptait à l’unanimité un projet de loi traçant clairement la ligne, un nouveau gouvernement y penserait à deux fois avant de rouvrir la boîte de Pandore.

 

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