«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

Démobilisation générale

L’indépendance : improbable et indispensable ?

D’un sondage à l’autre, la tendance semble se confirmer : le Parti québécois glisse en troisième place dans les sondages. Ce mouvement est indissociable d’un autre : la régression de l’option indépendantiste dans la population.

Les Québécois, aujourd’hui, sont indifférents à la question nationale. Pendant quelques décennies, elle était au cœur de toutes les conversations. Dès qu’on parlait de politique, on parlait de souveraineté.

Plus maintenant.

Exaspération

Désormais, la question nationale ne passionne que les convaincus. C’est-à-dire qu’elle enthousiasme les souverainistes militants et ceux qui se réveillent la nuit pour penser du mal de l’indépendance, comme Philippe Couillard. Le commun des mortels, lui, s’en fiche un peu. Il n’y porte plus qu’une attention très discrète, qui vire rapidement à l’exaspération. On comprend l’immense difficulté du PQ, quel que soit son chef : il est porteur d’une offre pour laquelle il n’y a pas vraiment de demande.

Ses militants sont donc prisonniers d’une triste alternative. Soit ils misent sur la raison d’être du PQ, au risque de provoquer son rejet brutal par la population. Soit ils laissent leur option de côté pour un temps, mais alors, ils entretiennent la population dans l’idée que la souveraineté est une question secondaire. Ce n’est pas simple.

Allons maintenant à l’essentiel. Les Québécois ont-ils raison de croire que la souveraineté est un idéal dépassé ? Ont-ils raison de croire qu’on peut penser l’avenir politique du Québec sans réfléchir sérieusement à la question nationale.

Non. Ils se trompent. Et très gravement.

Voulons-nous encore être un peuple dans cinquante ans, dans un siècle, dans deux siècles ? Si oui, on ne peut pas faire comme si notre appartenance à la fédération était sans conséquence.

D’une décennie à l’autre, le poids du Québec y régresse et le poids des francophones y régresse aussi. Le Canada nous transforme en minorité impuissante et étrangère chez elle. Nous pesons de moins en moins sur le destin du Canada. Il s’en fiche. Il est aujourd’hui mille fois plus intéressé par les revendications amérindiennes que par le Québec.

Pire encore, il voit dans notre nationalisme une forme de suprémacisme ethnique.

Quand les Québécois s’affirment, on les prend pour des racistes. C’est aussi ce qui arrive quand ils veulent défendre leur identité. De la même manière, dans le Canada, les Québécois ne peuvent pas vraiment décider de leurs choix de société. Ils doivent s’arranger avec les moyens qu’Ottawa leur laisse. On le voit dans le domaine de santé.

Liberté ?

On le voit aussi avec la question de l’oléoduc. Nous ne sommes pas maîtres chez nous. Comment un peuple peut-il accepter de ne pas décider des choses essentielles le concernant, sinon parce qu’il s’est habitué à la dépendance ? Le Canada nous a habitués à une forme de médiocrité collective. Il nous a habitués à nous contenter de peu et à croire que le fait d’être gouverné par un autre peuple n’est pas bien grave. Le Canada nous décompose lentement mais sûrement.


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