«Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus»
-(Sénèque)
«Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n'osons pas; c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur».

L’incroyable odyssée du Québec vers son indépendance

Morale de cette histoire, le courage ne réside ni dans la traîtrise, ni dans la disgrâce, encore moins dans des demi-vérités, mais dans l’honnêteté et la franchise.

Billet — Louis Lapointe
vendredi 24 août 2012
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L’Odyssée est l’histoire d’un héros, Ulysse, qui, après avoir participé à la guerre de Troie, met dix ans pour retourner chez lui afin de retrouver sa famille et délivrer son épouse, Pénélope, dont la fortune et les biens sont convoités par d’odieux prétendants.

À bien des égards, le destin du peuple québécois ressemble à l’Odyssée d’Homère.

Depuis notre conquête en 1760, nous poursuivons inlassablement notre périple vers l’indépendance, un chemin semé de pièges et de difficultés.

Il y eut d’abord la trahison des clercs, ensuite la défaite des patriotes, puis la grande noirceur.

Advint enfin la Révolution tranquille, une grande bouffée d’air frais qui nous donna l’illusion que nous étions tout près du but. Mais il n’en fut rien. Un premier référendum fut perdu, l’autre volé.

Puis, survint la deuxième trahison des clercs avec sa loi sur la clarté, son scandale des commandites, l’aggiornamento des conditions gagnantes et la grande démission.

Dans une guerre de succession sans merci, quatre lieutenants politiques assoiffés de pouvoir achevèrent le travail de sape commencé par leur chef démissionnaire aujourd’hui au service de l’oligarchie, les mutineries se succédant les unes après les autres sans jamais faire de vrai vainqueur, ne réussissant qu’à affaiblir davantage à chaque occasion ce qu’on appelait jadis notre vaisseau amiral.

***

L’Odyssée se poursuit toujours dans la présente campagne électorale avec son chant des sirènes, ses marins transformés en porcs qui se vautrent dans la fange, ses sanguinaires cannibales, ses prétendants véreux, les charmes de l’enchanteresse et la funeste tempête qui achève de décimer un équipage divisé entre Charybde et Scylla.

La prochaine élection sera-t-elle une nouvelle épreuve qui nous éloignera ou nous rapprochera davantage de notre destination ?

Nous débarrasserons-nous des prétendants qui convoitent nos ressources, ferons-nous confiance aux mutins, écouterons-nous le chant des sirènes, succomberons-nous aux charmes de l’enchanteresse ou poursuivrons-nous notre quête vers la liberté ?

Peu importe les résultats de la prochaine élection, elle ne nous conduira pas à bon port, à l’indépendance, nous le savons tous.

L’enjeu de la prochaine élection est la gouvernance provinciale.

Toutefois, si nous faisons preuve de discernement, elle pourrait bien nous en approcher et enfin permettre à Ulysse d’atteindre un jour les berges d’Ithaque, là où le sort de notre épique épopée sera scellé.

Morale de cette histoire, le courage ne réside ni dans la traîtrise, ni dans la disgrâce, encore moins dans des demi-vérités, mais dans l’honnêteté et la franchise.

***

Nous pouvons bien voter stratégiquement cette fois-ci encore si cela peut nous rapprocher de notre objectif, mais cela ne suffira certainement pas à nous donner l’indépendance.

Tôt ou tard, il faudra choisir le bon capitaine, le bon navire, le bon équipage, il faudra être honnête avec nous-mêmes et ne pas craindre d’entendre la vérité.

Notre héros, fut-il seul aujourd’hui, comme jadis le fut Ulysse, pourrait bien être celui qui, dans un avenir pas si lointain, je l’espère, nous permettra d’accoster le long des rives de la liberté. Nous aurons alors la possibilité de choisir notre destinée.

Ce n’est ni d’un grand ménage, ni d’une dilapidation de nos ressources, encore moins d’un mirage scintillant de bonnes intentions dont nous avons besoin, mais bien d’une courageuse quête de notre indépendance à l’image de cette incroyable OdysséeUlysse retrouva enfin Pénélope.

***

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Commentaires

  • Jean Tremblay, 31 août 2012 07h38

    J’aime bien votre prose mais la réalité est tout autre et je suis plutôt comme Bergie. Moi les histoires de reconstruction je n’y crois pas. Et aujourd’hui on a une très bonne équipe sur la patinoire avec le parti Québécois qui est à la porte de prendre le pouvoir majoritaire pour 4 ans. Et là on entend des commentaires que ce n’est pas la bonne équipe, qu’elle ne dit pas qu’elle va faire l’indépendance du Québec ????
    Comment voulez-vous prôner l’indépendance du Québec dans ce système où tous les médias de masse sont fédéralistes ??? Où les grands partis d’opposition sont fédéralistes, lorsque le gouvernement fédéral possède son propre réseau de propagande(radio can) et qui nous bombarde d’entrevues suggestives, de reportages biaisés et de débat à trois contre un ??? En plus vous avez une population dont 20% ne votera jamais pour vous quoi que vous fassiez, parlez-en à René Lévesque !
    La bonne stratégie dans un tel contexte c’est se présenter comme centre gauche et l’indépendance en prime si le peuple le veut. Ensuite dans ce contexte sans être nécessairement indépendant, on met en place des politiques qui vont dans l’intérêt de la nation québécoise française. Comme Bourgault le disait : l’indépendance n’est pas la solution c’est un outil pour la solution. Il peut y avoir d’autres moyens en attendant et il faut les utiliser dans le cadre que nous permet la constitution du Canada actuelle.
    Et comme le disait dernièrement Marois, on peut faire beaucoup de chose dans le cadre actuel car nous avons beaucoup de pouvoir dans beaucoup de domaines. Il ne manque que la politique étrangère, l’armée, les communications et quelques autres.

    Donc en matière culturelle, on peut investir davantage pour avoir des artistes francophones, des écrivains et le reste.
    Mais la priorité reste l’intégration des immigrants. Les immigrants vont parler la langue qui leur permet de vivre au Québec. Dans ce sens, il faut renforcir les lois du travail pour que celui-ci se fasse en français. Peut-on le faire ? Je pense qu’on peut être plus vigilant et donner des récompenses aux entreprises moyennes qui se francisent.

    MOi je suis comme les Israéliens, l’avenir c,est maintenant. On se bat d’abord et ensuite on verra. On gagne l’élection et ensuite on établit une stratégie. Il manque des médias pro indépendantistes au Québec. Il manque des journaux de masse indépendantistes. Il manque des radios indépendantiste à Québec. Il manque la promotion. On ne peut pas convaincre les gens avec rien entre les élections ou les référendum.

    Donc la stratégie péquiste est la bonne. Sauf si on encourage les tiers partis, on permet à nos adversaires de gagner. On a une fenêtre historique actuellement alors que ce sont les deux partis fédéralistes qui se divisent le vote. Il faut en profiter maintenant et concentrer nos forces.

    Quelquefois des petits pas maintenant ont plus d’impact que de grands pas incertains dans un avenir inconnu.

    Pour faire l’indépendance, il faut faire la démonstration de façon honnête que le Québec ne peut se développer efficacement dans le Canada. C,est ça le défi de Marois ensuite après l’élection. Il faut démontrer que le fédéral nous empêche de mettre en place des politiques pour assurer notre avenir et notre développement dans notre culture.

    Ça peut se faire par le rapatriement de la culture et des lois sur la question linguistique car je crois qu’il peut avoir consensus sur ces questions au Québec. Le français dans les entreprises fédérales au Québec soumis à la loi 101. Charest en a parlé donc cela pourrait faire l’objet d’un premier débat.

    En lançant le débat peut-être qu’il serait possible de raviver la flamme.

  • Claude G., 25 août 2012 21h13

    VLB serait fier de vous, M. Lapointe. On ne savait pas que vous puissiez vous inspirer de James Joyce à vos heures. Bravo ! Très inspirant.

  • Jean-Louis Pérez-Martel, 25 août 2012 17h49

    Monsieur Lapointe,

    Vous écrivez pertinemment à ce moment historique pour le devenir du peuple canadien-français : « Nous débarrasserons-nous des prétendants qui convoitent nos ressources, ferons-nous confiance aux mutins, écouterons-nous le chant des sirènes, succomberons-nous aux charmes de l’enchanteresse ou poursuivrons-nous notre quête vers la liberté ? »

    Ne voulant pas faire partie de cette mascarade politique, du consensus de la culture de la trahison et de la complicité partisane cherchant, une fois de plus, à prendre en otage la majorité de ce peuple, j’ai pris la décision de ne plus être membre ni militant du Parti Québécois.

    Ce passage de ma lettre de démission (23-08-2012) témoigne les principes qui m’ont forgé et guidé à prendre cette décision en cohérence avec l’engagement pris pour la défense et la promotion des intérêts nationaux des Canadiens français :

    « Malheureusement, je constate aujourd’hui que mon militantisme nationaliste et indépendantiste ne concorde pas avec celui prôné par les hauts responsables du PQ qui, voulant se rallier ceux qui ont une représentation électorale significative auprès de leurs communautés, mais divergentes à nos intérêts nationaux pro-occidentaux, cherchent augmenter les chances de reprendre le Pouvoir. Cette reprisse du Pouvoir devrait se faire en cohérence nationaliste et patriotique avec le concours indissociable de la majorité francophone, sans trahir le parcours de son Histoire nationale et ses attentes comme peuple distinct. »

    Cordialement,

    JLPM

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